Samedi 28 janvier 2012 6 28 /01 /Jan /2012 07:00

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Matthias PICARD
 Jeanine
L’Association, mars 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Étudiant aux arts décoratifs de Strasbourg, Matthias Picard  se rend régulièrement chez sa voisine Jeanine, une prostituée de 64 ans. Cette dernière parle d’elle, de sa vie, qui se révèle être trépidante et bouleversante. Le jeune homme prend alors des notes, puis s’équipe d’un dictaphone pour recueillir la totalité de ce qui est conté par Jeanine. En 2009, Matthias Picard se voit offrir la possibilité de publier ce qu’il a recueilli de  ses entretiens sous forme de bande dessinée. Le feuilleton Jeanine paraît entre 2009 et 2010 au sein de la revue Lapin, éditée par la prestigieuse maison d’édition l’Association. Les épisodes de la série sont ensuite rassemblés, prolongés de quarante pages, afin de composer l’album Jeanine, qui  paraît en mars 2011 à  l’Association.

Au cours de la bande dessinée, la vieille dame raconte sa jeunesse en Algérie au sein d’une famille extrêmement pauvre, son don pour la natation, son séjour en prison, son militantisme à la tête de la délégation des prostituées de Strasbourg… Tout en représentant ces aventures, l’auteur se met en scène dans l’appartement de sa voisine, recueillant des bribes de son quotidien. Cela confère à l’ouvrage une double dimension, à la fois romanesque et emplie de simplicité. La bande dessinée Jeanine est ce qu’on appelle un « roman graphique » dans le sens où elle aborde un thème mature, celui de la prostitution, et s’approprie un genre qui n’est pas habituellement attribué à la bande dessinée mais à la littérature écrite : la biographie. Ce qui fait toute l’originalité et la qualité de cet album c’est qu’il donne à voir le processus de composition de l’œuvre, tout en dévoilant peu à peu la personnalité profonde de l’héroïne, Jeanine.



Justesse et authenticitéJeanine-1.png

L’album Jeanine est fortement ancré dans le réel : tout au long de l’album sont représentées les visites de l’étudiant chez Jeanine, les quelques questions qu’il lui pose, leurs rencontres fortuites au bas de l’immeuble… L’auteur se met donc lui-même en scène dans ce que l’on pourrait alors appeler une mise en abyme de la création : le processus de réalisation de l’œuvre est révélé au lecteur, ce qui a pour effet de créer un fort sentiment de proximité avec le personnage de Matthias Picard. En effet, l’étudiant se fait le passeur des propos de Jeanine : ses étonnements, interrogations, doutes sont partagés par le lecteur. En témoignent les expressions de fascination voire de tristesse représentées sur le visage de l’étudiant et qui sont aussi provoquées chez le lecteur.

Cette justesse dans la manière de représenter les personnages, leurs émotions, en collant au plus près de leurs personnalités réelles, donne au livre son caractère authentique, vrai.

Matthias Picard se détache des représentations qui sont faites habituellement de la prostitution, à savoir une insistance sur les conditions de vie difficiles ou une mise en avant de la dimension sexuelle propre au métier. Si certaines pages évoquent Jeanine-2.png effectivement ces réalités, c’est avant tout par souci de vérité. L’album est certes émouvant, mais il comporte aussi beaucoup d’humour dans sa façon de représenter Jeanine. Son langage, sa vision des choses, sa manière de raconter sont transcrits afin de correspondre le plus possible à la véritable personne. Cette authenticité se ressent à travers l’oralité du langage, sa spontanéité. La simplicité, le naturel avec lesquels Jeanine raconte des épisodes stupéfiants de sa vie sont à la fois désarmants et drôles, tout comme sa façon de mêler à ses récits extraordinaires des observations banales sur son quotidien.

Cette naïveté est aussi rendue au travers du trait spontané de l’auteur, qui dessine directement au feutre, sans chercher à reproduire des personnages à l’identique mais plutôt à les modeler de façon à ce qu’ils puissent rendre compte de de sa propre vision des choses.



Du personnage à la personne
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L’album fourmille de ces récits extraordinaires, touchants, contés par Jeanine. Celle-ci apparaît comme une véritable héroïne de roman : elle a sauvé des vies à plusieurs reprises, s’est battue contre des policiers pour sauver son compagnon, a défendu la cause des prostituées au congrès de l’ONU… Pourtant, ce qui semble intéresser le plus l’auteur, au-delà de ces aventures, c’est Jeanine, non en tant que personnage mais comme personne humaine. Cet intérêt pour le quotidien de cette dame apparaît clairement dans l’album : alors que Jeanine met un terme à une visite de l’étudiant, celui-ci est représenté dans une case en train de noter d’un air satisfait les anecdotes banales dont lui fait part sa voisine en le raccompagnant à la porte.

Les pages retranscrivant les conversations d’ordre privé prennent de plus en plus de place : on fait la connaissance de Jean-Pierre, son colocataire et compagnon de vie, on la voit accomplir des gestes quotidiens comme donner à manger à son chien… Les souvenirs, au contraire, sont souvent condensés sur des pages qui comportent une majorité de texte, entrecoupé de petites illustrations. Ces planches diffèrent du reste de l’album, aménageant des sortes de pauses. Ce constant balancement entre entretiens et reconstitution des événements vécus par Jeanine donne à l’ensemble de l’œuvre un caractère composite, varié, rendant ainsi la lecture agréable.

Matthias Picard entre peu à peu dans l’intimité de sa voisine et met en scène le lien qui se crée entre les deux personnes. Cette complicité qui s’instaure se révèle à travers le dessin. On remarque que le trait évolue entre le début et la fin du livre : dans les premières pages, une importance est accordée aux détails du visage de Jeanine : ses rides, son maquillage sont mis en avant, évoquant les atours d’une prostituée. En revanche, à la fin du roman, le trait s’est simplifié, le visage est plus naturel, sans fard.

L’affection de l’étudiant pour sa voisine est transmise au lecteur qui s’attache, peu à peu, à cette vieille dame friande de courses hippiques et de jeux télévisés.
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Un album à deux voix

En montrant Jeanine dans toute sa simplicité, en mettant l’accent sur son quotidien, Matthias Picard rend un véritable hommage à cette femme qui confie avoir longtemps caressé l’idée d’écrire un livre poignant sur sa vie. La grande majorité du texte de la bande dessinée est une retranscription du discours de Jeanine, à la première personne : ainsi, c’est elle qui transmet son histoire à travers ses propres mots. En outre, la vieille dame choisit ce qu’elle souhaite raconter de sa vie. Les questions que lui pose son interlocuteur sont rares, et souvent éludées. L’histoire se compose ainsi au gré des souvenirs de Jeanine, qui refont surface de manière arbitraire et se révèlent parfois incertains, ou exagérés. En effet, un doute s’installe à un moment donné quant à la véracité de ces récits lorsque le personnage de l’auteur fait des recherches sur internet qui se révèlent infructueuses.
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Le caractère incertain du récit est totalement assumé par l’auteur, qui montre aussi que ses dessins dépendent de son imagination, correspondent à sa propre vision des choses, quitte à paraître parfois stéréotypés. La forme que prend l’œuvre dépend donc à la fois de la mémoire et de la volonté de Jeanine mais aussi de la manière dont l’auteur se représente ce qui lui est raconté. Il est évident que la transmission des entretiens entre Matthias Picard et sa voisine sous forme de bande dessinée se fait à travers le filtre du créateur, qui décide de représenter ou d’éluder tel ou tel détail. En témoigne cette représentation graphique qui est donnée des aléas de la vie amoureuse de Jeanine, à l’aide d’une double planche qui permet de résumer des faits et de les représenter sans insister sur leur caractère douloureux.

Jeanine est donc un album très personnel, au sein duquel deux rapports au monde se trouvent intimement liés. Les techniques propres à la bande dessinée, c'est-à-dire la composition de chaque image, mais aussi l’enchaînement entre les cases sont conviées afin de traduire la vision de l’auteur. Il en est ainsi par exemple lorsque Jeanine confie sa détresse, puis son recours à la prostitution pour exorciser sa haine des hommes. Dans cette planche, le personnage se fond peu à peu dans le décor noir, éclairé par quelques points blancs qui donnent aux images un caractère abstrait. Le fourmillement de ces points permet de transmettre un sentiment de désarroi, le lecteur se sent perdu dans ces cases qui s’enchaînent et se ressemblent. Finalement, le plan d’ensemble de la dernière case de la page révèle que les points blancs ne sont autres que des phares de voitures dans la nuit, ce qui appuie le discours de l’héroïne en représentant de manière symbolique le travail à la chaîne auquel elle s’est adonnée.

Le travail du dessin, tout en contrastes, exacerbe le côté personnel de l’album. En effet, on a l’impression de pouvoir accéder à la manière dont les images ont été réalisées car les traits au feutre,  les quadrillages au crayon, les aplats à l’encre de chine apparaissent de manière brute.
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Mon avis

J’ai eu la chance de rencontrer Matthias Picard à la librairie Mollat : il m’a dit avoir éprouvé des difficultés à dessiner seulement en noir et blanc, selon la consigne donnée par l’éditeur, ce qui l’a poussé à explorer de nouvelles techniques graphiques. La composition de l’album est à mon sens tout à fait réussie.

Matthias Picard m’a aussi confié avoir attaché beaucoup d’importance, au cours de la réalisation de la bande dessinée, à montrer la vie de Jeanine sous un jour qui ne soit ni scabreux ni pathétique. Le défi est réussi : l’album est remarquable par sa capacité à faire entrer le lecteur dans l’intimité d’un personnage en évitant l’écueil de l’intrusion, du voyeurisme. Cet accomplissement est dû selon moi à la délicatesse et à la profonde empathie avec lesquelles Matthias Picard dépeint sa voisine. La lecture de Jeanine m’a donné la sensation de connaître véritablement cette femme, et j’ai refermé l’album à contrecœur, avec la sensation que l’histoire n’était pas finie, que Jeanine avait encore beaucoup d’autres choses à raconter. Cette frustration m’a poussée à aller plus loin dans la lecture de la bande dessinée, d’où la réalisation de cette fiche de lecture.


Noémie, AS Bib.

 

 


Par Noémie - Publié dans : bande dessinée
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Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 07:00

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Dennis BAJRAM
Universal War One, L’intégrale
 Quadrants, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie

 

Denis Bajram est né à Paris en 1970. Dès l’âge de 8 ans, il commence à dessiner des albums complets de bande dessinée. Plus âgé, il débute des études de sciences avant d’aboutir dans le domaine des Beaux-Arts puis des Arts Déco, où il étudie le graphisme et la scénographie. Remarqué dans un fanzine nommé Scarce, il travaille ensuite pour le magazine Goinfre en 1992 et en devient le rédacteur en chef un an avant de le quitter.

Sa première œuvre en deux tomes, Cryozone, est réalisée en collaboration avec le scénariste Thierry Cailleteau et paraît chez Delcourt en 1996, puis en 1998.

Denis Bajram s’installe par la suite à Angoulême, où il travaille à l’atelier Sanzot (aujourd'hui  Crocogoule) puis l’atelier Entropie (ateliers de bande dessinée).

 

C’est en 1998 que les éditions Soleil lui proposent de travailler sur une nouvelle série de science-fiction : Universal War One. La série paraît d’abord de façon épisodique dans le journal Lanfeust Mag avant d’être adaptée en bande dessinée. Pendant neuf ans, Denis Barjam se penchera sur cette série qui s’achèvera au sixième tome en 2006.

Il participe à la création de l’atelier Central Park à Paris, et commence le scénario d’une nouvelle série, Les Mémoires mortes, publiée aux Humanoïdes Associés.

Après Paris, c’est à Bruxelles qu’il s’installe, avec son épouse, Valérie Mangin, et ils fondent ensemble la structure éditoriale Quadrant Solaire en 2006, puis Quadrants en 2007.

Aujourd’hui, c’est en Normandie que Denis Barjam poursuit ses projets de bande dessinée, tout en s’adonnant à d’autres activités comme le développement de programmes informatiques, la musique, etc.



Universal War One

Les principaux personnages de l’escadrille Purgatory

L’escadrille Purgatory est une escadrille spéciale ; ses membres ont tous un point commun, celui d’être du « gibier de potence » : en attente d’être jugés par la cour martiale. Intégrer l’escadrille est pour eux une deuxième chance, une occasion unique de pouvoir se racheter de leurs erreurs passées.

 


Kalish

Kalish est un paria à la carrure imposante, ce qui détonne beaucoup avec son statut de scientifique surdoué. Il considère autrui comme inférieur, est agressif et incapable de se contrôler. Il a provoqué une bagarre et blessé gravement plusieurs personnes.

 

 

Mario

Mario est un couard. Il est incapable de prendre des décisions importantes et d’affronter le danger. Au cours d’une mission, alors qu’il commandait un convoi, il a paniqué devant l’approche d’un champ d’astéroïdes causant ainsi la perte de trois navettes.

 

 

Balti

Balti est le stéréotype d’un super héros vaniteux, machiste et hautain. Orgueilleux, il n’en fait qu’à sa tête. Voulant jouer les héros, il a tenté de secourir l’équipage d’une navette en difficulté, sans attendre les secours. Son initiative héroïque s’est achevée par un drame : il a percuté la navette de secours, ôtant tout espoir de secourir le vaisseau en difficulté et faisant trois blessés.

 

 

June

Elle est la fille de l’amiral de la flotte. Étouffée depuis toujours par son père, elle cherche à se défaire de son ombre en désobéissant. Elle a refusé d’obtempérer à des ordres de ses supérieurs qui visaient à réprimer par la violence une rébellion de mineurs civils.



Amina

Elle a été victime durant sa vie de plusieurs agressions sexuelles. Pour se venger, elle a littéralement émasculé au cuter l’un de ses agresseurs qui est depuis dans un coma profond.

 

 

Milorad

Milorad a vécu son enfance dans un orphelinat religieux dans lequel il était humilié et maltraité. Il a agressé sexuellement une infirmière.



Résumé

2098. La galaxie est réunie autour d’un gouvernement unique : La Fédération des Terres Unies. Bien qu’autoritaire, il permet d’unir les hommes et de faire régner l’ordre. Mais dans l’ombre, les Compagnies industrielles coloniales, association de grands groupes d’industriels et financiers, se développent. Ces partisans, envieux d’une économie ultra libérale où les grands groupes ne sont plus contraints par un rattachement étatique, créent en secret une armée et menacent la paix.

Dans l’espace, un mur sombre apparaît et masque une partie du système solaire. L’armée de la Fédération des Terres Unies (UEF) dépêche une flotte sur place pour étudier et tenter de comprendre le mystérieux phénomène. L’escadrille Purgatory est envoyée au plus près du mur pour l’observer. Des sondes traversent la masse sombre pour prendre des mesures mais aucune ne parvient à transmettre de données, la force gravitationnelle à l’intérieur du mur semble trop forte. Grâce à un ingénieux système de générateur antigravitationnel, Kalish, paria scientifique de l’escadrille, parvient à ouvrir un passage. Mais l’activité de l’escadrille, suite à des problèmes internes, est suspendue et menacée d’être dissoute car trop indisciplinée. Or il y a eu des récidives. Suite à une altercation et sur un coup de tête inconscient, Balti, autre membre de l’escadrille, traverse le mur avec son vaisseau sans autorisation et revient quelques minutes plus tard avec un modèle différent et mortellement blessé. Voulant comprendre les raisons de sa mort, l’escadrille décide de traverser le mur à son tour, malgré l’interdiction formelle.

Arrivée de l’autre côté, l’escadrille est attaquée et est obligée de battre en retraite. À leur retour, ils sont mis aux arrêts pour leur indiscipline, mais par un habile chantage, Kalish parvient à libérer ses camarades. Il est en effet le seul à comprendre le phénomène du mur, et accepte donc de transmettre son savoir aux autres scientifiques en échange de la liberté de ses amis. Le mur serait en réalité plutôt un cône dont la source proviendrait de l’extrémité la plus fine.
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Or une station des Compagnies Industrielles coloniales (C.I.C) a été localisée à cet endroit. Après que tous les vaisseaux se sont équipés de générateurs antigravitationnels permettant de franchir le mur, la flotte de l’UEF se décide à le traverser. Un combat est engagé, au cours duquel les ennemis, inconnus, disposent d’un avantage qui met rapidement la flotte en péril : l’espace6temps est contracté à l’intérieur ; plus on se rapproche de la source du cône, plus le temps s’accélère. Ainsi, le temps se déroule beaucoup moins vite pour les adversaires, qui ont tout l’occasion d’abattre les vaisseaux de l’UEF se déplaçant au ralenti. L’escadrille Purgatory contourne Saturne qui a été littéralement coupé en deux par le filament sombre à l’extrémité du cône et cherche à détruire au plus vite la source de ce dernier afin qu’il disparaisse et que le cours du temps se rétablisse. Ils parviennent à leur but mais Amina a été touchée au cours de la bataille et s’est écrasée sur une planète. L’explosion de la station et la destruction du mur produisent un effet inattendu : l’escadrille se retrouve propulsée dans le passé, face à la station qu’ils viennent de détruire. Ils s’arriment à elle pour l’explorer. Mario voit dans ce retour dans le temps une occasion de sauver Balti : il n’est pas encore tué et traverse le mur à ce moment, Mario part donc le récupérer avant qu’il ne meure une deuxième fois. Mais de retour à la station, un scientifique, resté seul, caché dans cette dernière, les empêche de repartir vers le reste de la flotte. Il travaillait avec une équipe sur une arme révolutionnaire : un laser dont le rayon serait une hyperconcentration du temps.

 

Mais tout ne s’est pas déroulé comme prévu lors des essais : le rayon est devenu un wormhole (sorte de petit trou noir), un cône à l’intérieur duquel le temps est concentré. L’homme refuse de laisser partir l’escadrille de peur de créer un paradoxe temporel et de perturber le cours du temps : si Balti ne meurt pas et repart avec eux, Mario ne traversera jamais le mur et c’est ainsi toute l’histoire qui se retrouve modifiée. Mais très vite, Kalish comprend que « le temps est indivisible, il est le corps même de l’univers ». Le paradoxe temporel n’existe pas, l’univers et le temps ne sont qu’un, il est impossible de les modifier. Ainsi la boucle se boucle, tous les éléments se rejoignent : Balti décide de mettre fin à ses jours pour redonner au temps son cours normal, il se blesse mortellement et ses blessures sont identiques à celles qu’il avait quand il est découvert mort par l’escadrille au début de l’histoire. Kalish le transporte dans une navette, elle même identique à celle qu’il a utilisée pour retraverser le mur au début de l’aventure…

L’escadrille finit par s’échapper et se dirige vers la Terre pour tenter de localiser l’emplacement d’une deuxième station wormhole et la détruire avant que les C.I.C, qui ont lancé un ultimatum aux Fédérations des Terres Unies, menaçant de détruire la Terre, ne s’exécutent. L’escadrille Purgatory découvre que la station C.I.C est cachée au sein d’une station terrienne, mais ne parvient pas à temps pour l’arrêter avant la fin de l’ultimatum : la planète Terre est détruite. L’activation du wormhole a propulsé l’escadrille en dehors de la galaxie, lorsqu’ils parviennent à revenir, grâce à Kalish qui a trouvé le moyen de voyager dans le temps, trente ans se sont écoulés et le monde vit sous la dictature des C.I.C. Furieux de la destruction de la planète mère, Mario se jette au cœur de la station et la détruit, ainsi que le wormhole. Les Purgatory se dirigent alors sur Mars colonisée, pour tenter de monter une rébellion contre un régime où les moindres agissements des citoyens sont contrôlés, surveillés, rendant tout soulèvement quasi impossible.

C’est pourtant à la tête d’une petite armée de rebelles que l’escadrille parvient à attaquer en même temps toutes les stations wormhole et le Palais, où réside le Président du conseil d’administration des C.I.C, l’homme à la tête de toute l’organisation. Cet homme, à la stupéfaction générale, n’est autre que Mario. Sa tentative désespéré pour anéantir la station ne l’a pas tué, mais l’a renvoyé dans le temps, 95 ans en arrière. Étant technicien, il a reconstitué un moteur gravitationnel, invention unique à l’époque, grâce à laquelle l’humanité a pu partir à la conquête de l’espace. Il devient donc rapidement un homme immensément riche et fonde son empire : Les C.I.C.

Le but ultime de cet homme est désormais de faire une déclaration universelle de guerre en lançant, sous les yeux de l’escadrille une version améliorée du wormhole, dont le rayon d’action du mur est visible depuis les autres galaxies. Mais ses plans ne se déroulent pas comme prévu : surgie du temps, une escouade de soldats très avancés technologiquement met fin au complot. Ces hommes viennent d’une civilisation appelée les enfants de Canaan, fondée par Kalish il y a trois siècles et dont le devoir était d’interrompre la guerre. C’est donc sur une planète isolée que partent les membres de l’escadrille, afin de créer cette civilisation parfaite et son récit fondateur : La Bible de Canaan.



L’analyse

 La psychologie des personnages.

Ce qui frappe dès les premières pages de cette bande dessinée, c’est la volonté de l’auteur de donner une psychologie particulière à chacun de ses personnages. Tous se comportent selon leurs défauts. Mais la particularité est que leurs vices sont complémentaires : associés aux défauts d’autres personnages, ils créent un équilibre. Au cours des missions, Balti et Mario travaillent ensemble alors qu’ils ont des personnalités contraires : Mario est peureux, Balti fonce sans réfléchir. Cette association de leurs caractères antagonistes devient une force : ils agissent mieux à deux.

Néanmoins, la personnalité de chaque personnage emprunte des chemins très convenus, ce qui brise la possibilité de surprendre le lecteur : leurs actions sont prévisibles.



Une épopée biblique

Au début de chaque chapitre, un extrait d’une Bible, « la Bible de Canaan », est cité. À mesure de l’avancée de l’histoire, ces citations prennent un sens. Au début elles concernent la création de l’univers par Dieu, l’exclusion du Paradis de l’Homme et son arrivée sur Terre, l’assassinat d’Abel par son frère Caïn, pris de jalousie. Puis l’arrivée du déluge, l’unification des hommes, la création de la tour de Babel…

Si cette Bible est fictive, elle s’inspire néanmoins beaucoup de la Genèse. De nombreux éléments de la bande dessinée rappellent un épisode biblique et c’est en réalité sur ces derniers que se construit toute l’architecture du récit. À la fin de la bande dessinée, on comprend que cette « Bible de Conaan » est rédigée par Kalish, qui est revenu dans le passé par le voyage dans le temps pour fonder sa civilisation. Il joue un rôle de prophète, il écrit l’histoire de l’humanité avant qu’elle ne se soit produite, car il l’a déjà vécue.

On retrouve ainsi l’épisode de la création de l’univers par Dieu, provenant de la Bible (Genèse un et deux), quand le lecteur découvre le monde dans lequel vivent les personnages au début de l’histoire.

Le péché (Genèse trois) est aussi présent, à travers les défauts de chaque personnage (orgueil, désobéissance, peur…) et la soif de connaissance de l’humanité qui souhaite s’élever toujours plus haut par la science, les technologies…

Caïn et Abel (Genèse 4) sont incarnés par le personnage de Balti. Ce dernier est une erreur de l’univers, un paradoxe, il est vivant alors qu’il devrait être mort. La lutte intérieure de ce personnage est représentée par l’assassinat d’Abel par Caïn : conscient de sa situation, il se tue. Balti cherche aussi à être reconnu des autres, tout comme Caïn cherche à être reconnu auprès de Dieu par son offrande dans la Bible.

Le déluge sur Terre (Genèse 6) est symbolisé par la destruction de la planète par les C.I.C et l’Arche de Noé (Genèse 7, 8 et 9) par l’escadrille qui s’échappe de la Terre à bord d’une navette.

La tour de Babel et l’unification des hommes (Genèse 11) est illustrée par l’empire des C.I.C contrôlant la galaxie par une dictature unique et dont l’objectif est de conquérir l’univers. Dans la Bible, la tour de Babel a ressemblé l’humanité en une seule faction et pour un objectif : conquérir les cieux et être à l’égal de Dieu.

Enfin, la bande dessinée reprend l’exil d’Abraham dans le pays de Canaan (Genèse 12) : Kalish (représentation d’Abraham) et le reste de l’escadrille partent fonder une civilisation sur une planète lointaine appelée Canaan, qui sera chargée d’arrêter les C.I.C.


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Canaan : une terre d’utopie

La planète sur laquelle se retrouve l’escadrille est loin de tout. Isolée par le temps, car les personnages sont revenus dans le passé, et l’espace, car située à l’écart du système solaire de la Terre.

Les habitants y vivent en parfaite entente, il n’y a aucun conflit : le voyage temporel permet de ne pas oublier les erreurs passées de l’Homme, la civilisation peut se construire en paix, en apprenant des leçons de celles-ci.

La technologie est utilisée de façon pacifiste, pour et non contre les hommes. Les individus sont représentés comme étant parfaits : beaux, musclés, sages…

On retrouve dans le portrait de cette civilisation beaucoup de points commun avec des œuvres utopiques et plus particulièrement celle de Thomas More (Utopia) : le lieu est éloigné, parfaitement protégé, les habitants vivent en totale harmonie et  chaque homme est égal aux autres…



L’empire C.I.C : Ultralibéralisme économique et dystopie à grande échelle

La dictature C.I.C est très inspirée des grands romans dystopiques comme 1984 de George Orwell ou Fahrenheit 451 de Ray Bradbury. On retrouve un univers où les libertés n’existent plus, où le pouvoir en place contrôle et surveille les moindres agissements et la pensée de ses citoyens. Dans Universal War One, sous prétexte de sécurité, les C.I.C ont instauré un système de base de données permettant de tracer les moindres faits et gestes des citoyens : la biométrie. Partout les citoyens doivent s’identifier, et sont donc surveillés. Plus qu’un moyen d’identification, la biométrie permet aussi les soins médicaux et sert de système bancaire, excellent moyen d’éradiquer toute tentative d’économie parallèle et donc d’activités contre le pouvoir en place.

Cette société dystopique est le résultat de l’ultralibéralisme économique. Elle reflète une peur dans notre monde d’aujourd’hui, celle de voir de grandes multinationales prendre peu à peu un pouvoir économique, politique et financier trop important, échappant ainsi peu à peu au contrôle des États et devenant plus puissantes et incontrôlables. Associer dystopie et libéralisme économique est peut-être une manière pour l’auteur de dénoncer les dérives possible de ce système.



Le voyage dans le temps, grand thème de la science-fiction

Le voyage dans le temps est un thème majeur dans Universal War One. Une réflexion est proposée sur ce phénomène, sur les conséquences de sa découverte par l’homme comme la finalité de son utilisation. Quand il comprend qu’il vient de trouver le moyen de voyager dans le temps, Kalish tente de se suicider, il n’assume pas sa découverte. Il a peur qu’elle soit utilisée à des fins meurtrières et qu’il soit à l’origine de nombreuses morts.

Mais c’est aussi à la perception du temps que s’intéresse Denis Bajram, aux conséquences du voyage dans le temps sur l’espace. Ainsi est évoquée la théorie du paradoxe temporel, selon laquelle chaque irruption dans le passé ou le futur peut modifier le cours de l’Histoire et dérégler l’univers. Mais cette théorie est rapidement écartée au profit d’une autre, selon laquelle l’univers et le temps ne sont qu’un seul et même corps, indivisible. Rien ne peut donc perturber l’harmonie de l’univers, pas même le voyage dans le temps.

Au cours du récit, les différentes théories scientifiques sont expliquées à l’aide de schémas, ce qui permet au lecteur de mieux comprendre les propos des personnages.



Mon avis

Universal War One est une bande dessinée intéressante qui nous entraîne progressivement dans un univers vaste et vertigineux où sont explorées des thématiques classiques de la science-fiction. Le récit est intelligemment construit, n’est pas superficiel et ne perd pas de sens au fur et à mesure que l’on avance dans l’histoire. Mais cette bande dessinée a aussi ses défauts : la profondeur consacrée à l’intrigue est inégale et les personnages prévisibles. L’auteur abuse de simplifications un peu excessives des théories scientifiques, qui lui permettent trop facilement de sortir ses personnages de certaines situations complexes. Cela manque parfois de crédibilité.


Bastien, 2e année Éd.-Lib.


Par Bastien - Publié dans : bande dessinée
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Jeudi 26 janvier 2012 4 26 /01 /Jan /2012 00:00

 le 15 décembre 2011 à 18h00
Daniel-Picouly-Nos-histoires-de-France.gif Daniel Picouly, Nos Histoires de France, Hoëbeke

 

Question. Lors d'une émission, l'auteur Daniel Pennac, avait lu quelques pages du premier roman d'un Daniel-Picouly-La-lumiere-des-fous.gif ami à lui, La Lumière Des Fous, et c'était le premier roman de Daniel Picouly. Cette émission avait eu un certain retentissement à l'époque, et c'est de là que tout est parti ?

Daniel PICOULY : Oui, en effet. La Lumière des fous est un livre très noir que je ne vous conseille pas si vous aimez Picouly gentil. C'était du temps où j'avais des choses à évacuer et j'ai écrit des romans en série noire ; après, j'ai écrit Le Champ de personne. C'est de ce livre-là que Daniel (Pennac, ndla) est venu parler à La Marche du siècle ; il a lu le fameux passage sur la dictée, et le lendemain matin en France à 11h00 il n'y avait plus un seul livre en rayon. Il m'est arrivé la plus belle promotion qui puisse arriver à un auteur, qui est la rupture de stock. Ça n'arrive qu'une fois dans sa vie et c'est assez extraordinaire.



C'était une anecdote un peu personnelle mais chaque fois que j'entends le nom de Daniel Picouly c'est à cet épisode que je pense. Après vous avez fait de la télévision avec Café Picouly, et aujourd'hui vous êtes sur France Ô.

Oui, je suis sur France Ô. Mais pour la télévision, on est venu me chercher. J'étais président du prix RFO du livre, et il y avait un prix littéraire alors qu'il n'existait aucune émission littéraire sur RFO. Alors on m'a dit : « tu n'as qu'à la faire ». Et j'ai commencé comme ça avec une émission qui s'appelait Tropismes, qui maintenant est présentée par Laure Adler et qui a une dizaine d'années. C'est Thierry Ardisson et Catherine Barma qui sont venus me chercher pour animer Café Picouly et moi, naïvement, je pensais que c'était parce qu'ils m'avaient vu dans Tropismes. Et pas du tout. Ils n'avaient,jamais vu cette émission. C'était parce que dans le « système télévision » j'étais classé « bon client ». c'est-à-dire que chaque émission a une courbe d'audience, qui est modifiée par le téléspectateur en zappant en fonction des invités. Et moi je faisais de l'audience dès que je passais à l'antenne.



Nous n'allons pas retracer tous vos livres ; on va, bien sûr, rappeler celui dont vous parliez à l'instant, Le Champ de Personne, le cinéma dans Imposture, et puis beaucoup de récompenses, le prix des lectrices de ELLE, justement, avec Le Champ de Personne, le prix Renaudot avec L'Enfant Léopard en 1999, le prix des romancières pour Le Coeur à la craie. Mais aujourd'hui on va parler d'un livre particulier. Parce que Daniel, quand on vous présente, on dit : romancier, auteur de BD aussi... Et alors comment vous est venu ce goût de la BD ? C'était la BD ou la roman d'abord ?

Moi, je suis d'abord un raconteur d'histoires. Je raconte des histoires depuis que je suis petit. J'ai vraiment commencé en littérature pour me débarrasser de mes soeurs ! C'est-à-dire que je suis le onzième d'une famille de treize. C'est d'ailleurs comme ça que je me suis forgé la parole : savoir s'imposer à table dans une famille nombreuse. Donc j'avais deux petites soeurs, dont je devais m'occuper en tant que grand frère. Ce qui est une punition absolue ! J'ai donc dû trouver une parade et c'est comme ça que j'ai appris très tôt une chose, c'est que les filles adorent les histoires. Encore aujourd'hui, on peut le constater dans la salle, ce sont les femmes qui lisent les romans. J'avais deux petites soeurs qui aimaient les histoires et donc je me suis dit : je vais leur raconter une histoire le matin et puis après elles me ficheront la paix. C'était une sorte de marché qui fonctionnait bien. Et puis un jour elles ont voulu que je leur raconte une ancienne au lieu d'une nouvelle comme d'habitude, sous peine de le dire à maman ! J'ai donc découvert en même temps la puissance des histoires : cela fabriquait de la liberté. Et puis ensuite je me suis mis à les écrire.



Vous avez dit : je m'étais promis de raconter des histoires à la façon de Grégoire de Tours et je m'appellerai Daniel de Villemomble ! Je signale que vous êtes né à Villemomble.

Oui parce que Grégoire de Tours c'est un gars formidable, parce qu'il écrit des histoires sur ce qu'il n'a jamais vu ! Et j'ai trouvé ça absolument extraordinaire ! Le support du réel est important mais il est presque subsidiaire. Ce qui est important c'est de pouvoir parvenir à transformer le monde en fable. Et ce qui est encore plus extraordinaire c'est que quand vous racontez l'histoire de votre vie ou autre, elle existe. Les histoires fabriquent de la vie. Nous connaissons tous quelqu'un dans notre entourage qui a toujours quelque chose à raconter parce qu'il lui est toujours arrivé un truc ! Et vous, vous culpabilisez parce qu'il ne vous arrive rien ! Il n'arrive rien de plus à cette personne que vous. La seule différence c'est qu'elle sait raconter une histoire. Elle fait d'un rien, une histoire.



Daniel, vous ne m'avez dit comment vous étiez arrivé à la BD ?

Vous savez, je ne suis pas issu d'un milieu avec une grande culture, il n'y avait pas de livres chez moi ! J'ai beaucoup grandi avec les magazines comme Paris Match ou Nous deux ! J'ai donc lu des romans-photos en pagaille ! Le roman-photo est basé sur le schéma narratif universel ! Et je vais vous l'expliquer parce que vous allez comprendre pourquoi j'écris des histoires et pourquoi elles ont ce schéma-là, et vous allez voir que tous vous avez cette culture-là ! Qu'est-ce qu'un roman-photo ? C'est un jeune homme beau et riche, qui aime une jeune fille belle mais pauvre, et sa mère veut lui faire épouser une jeune fille qui est riche mais laide ! Vous transposez cela, c'est le schéma des contes de fées : vous avez le prince, la princesse et entre les deux le dragon. C'est-à-dire la chose désirée, celui qui désire et l'obstacle. Avec ça vous écrivez 90% de la littérature mondiale.



Alors, dans ce livre vous réunissez le texte, et quasiment la BD. C'est un bouquin absolument incroyable je n'ai jamais vu ce type de livre. Car vous écrivez beaucoup sur l'Histoire de France, mais en plus il est richement illustré de tableaux, de gravures, de vignettes... On ne sait pas très bien si elles sont originales, ou si elles ont été dessinées spécialement pour le livre. Expliquez-nous comment vous avez réussi en partant des Gaulois jusqu'à la Libération de Paris (car c'est la période que couvre le livre) à réunir une iconographie pareille ?

Il y a 160 planches, qui sont originales. Des planches que l'on trouvait dans les écoles, qui étaient même fournies en dotation dans les écoles primaires jusque dans les années 1960. C'était le support pédagogique pour les cours d'Histoire. Elles ont nourri des générations d'élèves. Moi qui suis né en 1948, ma mère avait eu ces planches sous les yeux. Elle pouvait donc me faire réciter mes leçons. Il y avait une notion de partage. Et à travers ce livre, on retrouve ces images qui ont traversé les générations. Cela met en évidence l'importance de la permanence dans la transmission. Aujourd'hui cela n'existe plus. À une époque, on a considéré que la notion de héros était révolue et ces images étaient donc devenues obsolètes. Je ne suis absolument pas d'accord avec ça. Et beaucoup ont vu ce livre comme une nostalgie de l'enseignement de l'époque. Ce qui est faux. Tout enseignant peut tout à fait enseigner l'histoire à l'aide de ces planches tout en apportant un esprit critique. L'important est de savoir que ces personnages sur les images existent et que l'on puisse en discuter. Ces planches avaient surtout une image projective incroyable. Lorsqu'on a dix ans on ne regarde pas l'Histoire mais la petite histoire. L'important c'est ce que l'on voit dans l'image. L'enfant, il s'en fiche de la grande Histoire. Après, l'instituteur malin en venait au cours mais il avait d'abord intéressé l'enfant avec l'image, qui était alors disposé à entendre l'Histoire.



Question pratique : il est destiné à qui ce livre ? Parce que toutes les iconographies sont exactes, vos explications sont toujours exactes ou sont-elles totalement politiquement incorrectes ?

Suis-je un historien ? Non je ne suis pas un vrai historien. J'ai déjà écrit des romans historiques, et toute personne écrivant un roman historique a une menace qui plane au-dessus d'elle : c'est l'historien, et plus que l'historien c'est le spécialiste d'histoire et plus encore, l'amateur d'histoire. Il y a un gars qui a réglé définitivement le problème pour moi, il s'appelle Rambaud, vous le connaissez, il a écrit La Bataille, il a eu le prix Goncourt avec. Et quand j'ai voulu écrire L'Enfant léopard, mon premier roman historique, il m'a dit : « fais attention à un truc : l'anachronisme ». Ne voulant aucune histoire avec les historiens, j'ai donc décidé de fabriquer des anachronismes. Tout le corpus est absolument historique et dés que l'on est dans le romanesque je fais ce que je veux ! Pour ce livre j'ai pris la même position. J'ai dix ans et j'ai pris une position qui est biographique : j''étais un cancre à l'école. Et mon maître me punissait et m'envoyait au piquet devant les cartes d'Histoire.



Et c'est comme ça que commence le livre.

Oui. C'était le paradoxe de l'éducation nationale : plus j'étais puni plus j'apprenais...mais en Histoire ! J'ai donc eu le loisir de les voir de très près. Je me rappelle même l'odeur ! Et si vous ouvrez ce livre vous verrez qu'il a une odeur absolument extraordinaire. Et donc j'ai lu une quantité phénoménale de bouquins pour expliquer chaque planche, pour savoir ce qu'il se passait vraiment et ce que le gamin avait pu comprendre de travers. Ce qui est intéressant c'est que les gosses comprennent de travers. Et ce que j'ai voulu montrer aussi c'est que l'on peut avoir un rapport personnel avec l'Histoire. Par exemple, moi, j'aime les Daniel parce que je m'appelle Daniel. Et c'est ainsi pour tous vis-à-vis de l'Histoire.



Et donc vous le destinez à qui, ce livre, aux adultes ou aux enfants ?

Mais moi je ne destine rien ! Je constate simplement. Le fils d'une amie adore ce livre. Parce que c'est un peu comme une bande dessinée. Il découvre l'Histoire à travers de nouvelles images. Aujourd'hui, les jeunes sont saturés d'images, les mêmes images. Mais celles-là ils ne les connaissent pas. Et il y a plein de détails à en tirer : les costumes, les objets... Par exemple la planche où les aristocrates vont se promener à cheval et croisent des paysans qui baissent la tête à leur passage. Je me demandais pourquoi ils baissaient la tête. Et je savais qu'un jour ils les tueraient. J'étais petit mais je savais qu'un jour ils sortiraient les fourches. Ces planches contiennent plus d'apprentissage, de valeurs, pas simplement des apprentissages factuels, des dates... il y avait là-dedans la projection de nos propres inquiétudes, de nos angoisses, ou de nos rêves de gosses.



Pour vous, les Gaulois, c'était le début du camping, si l'on prend le premier chapitre ?

Tout le monde sait que les Gaulois, c'était le début du camping à la ferme ! La planche du village gaulois me rappelait mes vacances ave ma famille au camping. À l'époque c'était tout ce que nos moyens nous permettaient.



Alors, dans le même veine, vous racontez l'histoire de César mais le coude à la portière !

Mais oui, moi je ne suis pas content de l'image de César face à Vercingétorix qui dépose les armes à ses pieds. D'abord, une chose, c'est que son cheval est très beau ! Quand on est enfant, qu'est-ce que l'on voit en premier, c'est que Vercingétorix a un cheval somptueux. Et on voit César sur son trône, le coude à la portière ! À l'époque, c'étaient les gars qui conduisaient les voitures italiennes, le coude à la portière avec le klaxon trois tons. Moi, gamin, je vois ça : j'entends le klaxon ! Cette projection-là, c'est celle qu'un enfant fera ! C'est ce que tous les enseignants doivent faire. Moi, j'ai été vingt-cinq ans enseignant et il faut arriver à comprendre ce que les gosses ont dans la tête ! Si vous avez un enfant de dix ans devant vous, il peut très bien penser que César c'est un prétentieux, qui conduit son Alfa Roméo !



Comme François 1er qui est un crâneur !

Oui ! Vous connaissez tous l'épisode du Camp du Drap d'or ? Il avait voulu en mettre plein la vue à Henri VIII pour s'en faire un allié contre Charles Quint. Ça lui avait coûté une fortune pour rien. Henri VIII s'est senti humilié et a fait ami-ami avec Charles Quint. François 1er avait recommencé au Louvre à crâner devant Charles Quint. Résultat : Charles Quint s'est réconcilié avec Henri VIII. Mais c'est la réalité. Je n'invente pas, je transforme !



Bon, Jeanne d'Arc...

Jeanne d'Arc, c'est très particulier ! C'est là qu'intervient le fait que l'Histoire, on l'apprend en famille. Jeanne d'Arc, pour moi, quand j'étais petit, c'était Coco Chanel. Parce que pour ma mère, Jeanne d'Arc était l'image d'une femme libre, qui commandait aux gars, qui avait une coupe à la garçonne, et qui était une chef, qui ne se laissait pas faire, comme Coco Chanel. J'ai profondément été attristé par l'image de Jeanne d'Arc au bûcher. Cette pauvre Jeanne d'Arc qui a reconnu le dauphin et qui a été lâchement abandonnée aux Anglais. Aujourd'hui il y a beaucoup de débats autour de Jeanne d'Arc, comme quoi elle n'aurait pas été bergère ni illettrée... D'accord, parlons-en. Mais qu'importe, l'épopée de cette femme reste extraordinaire.



Puis on passe à la Renaissance, et aux châteaux de la Loire notamment. C'est ce qui ouvre le chapitre de la Renaissance. Alors selon son goût pour les châteaux, c'est soit : « on va faire les châteaux de la Loire », « on ve se faire les châteaux de la Loire », ou « on va se farcir les châteaux de la Loire » ! Cela vous a marqué !



Oui parce que j'avais une mère qui adorait visiter les églises et les châteaux ! Les châteaux de la Loire, c'était une terreur pour nous, les garçons ! Les filles adoraient ça ! C'est-à-dire qu'une année mon père choisissait les visites des vacances et l'année suivante c'était ma mère et ainsi de suite. Sauf qu'au final, c'était toujours ma mère qui choisissait tous les ans ! Mais c'est ce qui m'a ému, c'est que c'est la réalité. Par exemple je n'ai jamais vu ma mère sortir d'un château de la Loire sans dire d'une façon très pénétrée : « c'est beau mais ça doit être dur à chauffer ».



Et on avance ainsi dans l'Histoire de France... On arrive à la monarchie absolue, sous-titre du chapitre : « le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument ».

Oui mais ça c'est pas de moi c'est une citation. Mais ce livre a un soubassement sérieux. Par exemple la Révolution française est la période qui me fascine le plus. Petit, mes jouets préférés étaient les soldats Mokarex.



Vous en parlez d'ailleurs, des soldats Mokarex dans le livre.

Oui parce que ces jouets ont une incidence directe sur ma manière de raconter les histoires aujourd'hui. Et donc avec la Révolution française, vous pouvez aujourd'hui, je dis bien aujourd'hui, regarder les informations en voyant les révolutions arabes différemment. La Révolution française est l'archétype de la révolution. Il y a un pouvoir absolu avec généralement un tyran ou un roi, à savoir Louis XVI ; on s'en débarrasse, les gens se liguent à des révolutionnaires avec des idéaux somptueux et généreux. Première étape : on se débarrasse du pouvoir en place, Louis XVI est guillotiné. Deuxième étape : les révolutionnaires se battent entre eux, s'éliminent, c'est les Montagnards contre les Girondins. Robespierre contre Danton. Robespierre veut prendre le pouvoir mais on le guillotine. Troisième étape : déliquescence, lutte, danger à l'extérieur. Et il y a un gars qui récupère l'affaire et c'est Bonaparte. C'est l'Empire et on recommence. Et vous pouvez transposer ce schéma-là pour toutes les révolutions. Et l'intérêt de le connaître et de le décrypter, c'est qu'aujourd'hui vous pouvez regarder le monde réel et anticiper les événements. Ce qui me plaît dans l'Histoire, c'est que c'est une matière extrêmement subversive. Parce que si on dit que l'histoire ne repasse pas les plats, eh bien elle nous sert souvent un peu de surgelé.



Il y a un axe important dans votre livre dont vous parlez beaucoup, et c'est normal de la part d'un écrivain, j'imagine, mais vous aviez en plus un prof d'histoire formidable. Monsieur Brûlé a l'air d'être un personnage absolument extraordinaire. Vous dites par rapport à l'image de Clovis sur son pavois : « en histoire il n'y a pas que des héros il y a aussi des mots ». Et votre prof d'Histoire disait : « plus vous avez de mots, plus le monde sera grand ».

Oui c'est quelque chose que je dis très souvent. Je le disais à mes élèves. Je leur disais : « plus vous pouvez dire le monde finement, plus il est grand, plus il est beau ». De la même façon pour vos sentiments. Il n'y a rien de pire pour un jeune que d'être amoureux et de ne pas avoir les mots pour le dire. Et c'est d'autant plus douloureux de connaître quelqu'un qui en est capable. Alors que la pureté des sentiments de celui qui ne sait pas dire est peut-être plus profonde que celle de celui qui sait. Et c'est d'une violence irréductible. Et c'est pour ça que je prône la possession des mots, l'enrichissement de la langue pour être capable de restituer ce que l'on est, ce que l'on pense, ce que l'on ressent. C'est un très long travail. Et c'est aussi pour ça que j'aime la Révolution française ; c'était parce que l'on pouvait se tailler un destin avec les mots. Ce sont des orateurs.

 

Et je savais que mes parents n'allaient pas me léguer un château, mais des mots. Et ce qui est important c'est que moi, petit, « pavois » je ne savais pas ce que cela voulait dire mais je pressentais qu'il y avait quelque chose à savoir. C'est facile à comprendre avec une phrase que vous connaissez tous : « et la bobinette cherra ». On a mis combien de temps à savoir que c'était le verbe choir au futur ? On s'en fichait ! On écoutait, c'était beau, ça nous disait quelque chose à l'oreille et on pressentait qu'il y avait quelque chose à apprendre. Et comment on grandit ? C'est quand on pressent qu'il y a quelque chose à apprendre. On veut le rejoindre. Et c'est pour ça que j'ai toujours aimé la poétique des mots. Même quand j'écris des Lulu, il y a toujours ces mots que l'on ne comprend pas mais que l'enfant pressent. Il a le temps d'apprendre. Et puis il y a aussi ces mots que le professeur disait comme si on allait les comprendre. Alors on se trouvait un peu bêtes. Par exemple, quand on parle de Louis XIII et de ses mignons. Qui comprend ce que c'est à dix ans ? C'est très important d'utiliser ces mots et de s'extraire de la tyrannie du sens, de vouloir absolument tout comprendre. On a fait un progrès énorme quand on accepte de ne pas tout comprendre. La poétique est beaucoup plus importante. Il y a donc, bien sûr, une ode aux mots dans ce livre.



Alors, dans l'Histoire, il y a les mots mais il y a aussi les dates ! Par exemple : Charlemagne qui se fait couronner en 800 vous trouvez que c'est un bon axe de communication et vous écrivez 800 c'est le 1515 de Charlemagne.

Oui, parce qu'on s'en souvient ! Et je trouve que quand on veut devenir un héros ou un homme politique, faut penser aux dates ! Faut penser au gars qui va l'apprendre plus tard !



Quel est votre personnage préféré de l'Histoire ?

Mon personnage a toujours été, et je lui ai même consacré un roman, Marie-Antoinette. Pour des raisons qui sont très liées à mes dix ans, moi, j'étais amoureux de Marie-Antoinette ! J'avais découvert dans un magazine qu'elle avait un tour de poitrine de 106 centimètres ! J'ai sorti le mètre de couturière de ma mère, je l'ai déplié par terre, j'ai dit : « c'est strictement impossible ! ». Ça aussi c'est stupide mais cela m'avait sidéré quand j'étais gamin ! Et j'avais décidé d'être le fils caché de Marie-Antoinette ! À dix ans, ça ne pose aucun problème, la concordance des temps !

 

Et comme j'étais son fils caché il fallait que je trouve un père plausible. Donc un père en couleur ! Donc j'ai cherché et ce qui est aussi dans ce livre, il y a un axe important, c'est l'absence de la couleur dans l'histoire de France. C'est-à-dire l'absence de héros positif en couleur, dans lequel des gamins avec la tête que j'ai, auraient pu se projeter. Mais pas seulement dans l'histoire, même dans le roman. On aurait pu faire quelque chose sur Toussaint Louverture ou sur le Général Dumas. Mais il y avait un gars à qui je reprochais beaucoup, c'était Alexandre Dumas ju Daniel-Picouly-La-nuit-de-Lampedusa.gif stement. Mais Alexandre Dumas l'auteur, le fils du général Dumas. Parce que ce type qui est quarteron, comme moi. Le mot quarteron d'ailleurs, c'est aussi un mot qui m'a mis en mouvement. Moi, je suis quarteron martiniquais. Quand j'ai vu que Dumas était quarteron, lui de Saint-Domingue, j'ai dit : comme moi. Et moi, plus tard, je serai écrivain comme lui. C'est aussi bête que ça ! Et puis pour un quarteron c'est l'auteur qui a eu le plus  de nègres de l'histoire de la littérature ! Et donc il y a ce quarteron qui écrit Les Trois Mousquetaires et il n’en fait pas un noir ! Je me suis dit : « mais pense un peu à tes petits camarades ! » S'il avait été noir, moi aussi à la récréation j'aurais pu so rtir mon épée pour me battre ! Mais je n'avais pas le droit à l'épée, moi, quand j'étais à la récré ! Moi, je pouvais être brésilien au football ! C'est tout ! C'est pour ça que moi j'ai des personnages noirs dans mes romans avec l'idée qu'il y a peut-être un petit gamin qui se projettera là-dedans.

Ce sont des histoires pour tout le monde mais il faut aussi laisser aux histoires leur force projective. Et donc l'Histoire de France manque de couleurs et pourtant il y en a des personnages ! Que ce soit Zamor de la Du Barry ou autre. C'est important pour moi et ce genre de chose peut conditionner mon écriture. Si j'ai écrit L'Enfant léopard, La Treizième Mort du Chevalier ou La Nuit de Lampedusa, c'est pour ça.



Une dernière question : le livre s'arrête à la libération de Paris. Pensez-vous que l'on pourra écrire un jour l'histoire de De Gaulle ou de Mitterrand de la même façon ?

Bien sûr ! Mais De Gaulle, il y a plein d'histoires ! Vive le Québec libre ! Moi je vous le fais !


D'ailleurs racontez-nous comment votre père a sauvé De Gaulle…

Mon père travaillait beaucoup. Faut dire qu'il y avait du monde à nourrir ! Et allez faire comprendre à un enfant de dix ans pourquoi son père s'en va. Eh bien, ma mère me racontait que lorsqu'il partait c'était pour aller sauver le général De Gaulle. C'était une histoire qu'elle nous racontait pour arriver à nous faire admettre que notre père devait partir. Et j'en parle beaucoup dans mes livres. Mais un enfant a besoin de se construire des raisons pour aimer le monde dans lequel il vit. Et les histoires m'ont permis d'expliquer toute chose inexplicable dans une vie d'enfant.



Pour terminer plus gravement, je voudrais que l'on parle de l'enseignement de l'Histoire aujourd'hui. Est-ce qu'il n'y a pas des pans entiers de notre Histoire qui disparaissent des livres ? Et comment vous, vous imagineriez l'enseignement de l'Histoire aujourd'hui ?

Le problème c'est que je n'ai pas encore été nommé ministre ! Ça va peut-être venir ! Comme je l'ai dit, l'Histoire est une matière subversive. Et ce qu'il se passe en ce moment dans l'éducation nationale c'est que l'Histoire est devenue l'enjeu de lobbies, de groupes de pression. Quand on parle d'une certaine manière d'une certaine époque, on a de fortes chances de voir tomber sur son dos des associations de défense, à juste titre parfois, et à moins juste titre d'autres fois, qui viennent défendre leur point de vue sur cette étape de l'Histoire. Parce que l'Histoire, et c'est ça qui fait qu'elle a cette beauté et en même temps ce côté vénéneux, est un roman, il appartient à celui qui l'écrit. Et il l'écrit à sa propre gloire. C'est tout à fait logique que l'auteur occulte des périodes où ses idées, sa pensée ou son courant philosophique n'a pas été à la hauteur, pour mettre plus en exergue des moments plus glorieux. Et on sait bien qu'il y a des périodes difficiles : la colonisation, l'Indochine.... Il y a tout un tas de sujets qui devraient être mis à la portée de tous mais qui sont des enjeux politique qui font que ça ne le sera pas. Alors qu'est-ce qu'on fait : une espèce d'histoire où l'on brasse où l'on s'élève pour voir d'en haut ce qui se passe plutôt que d'être au plus près et se confronter à la réalité du terrain. Et on a une Histoire de ce type-là. Mais comment peut-on faire rêver un enfant avec des images comme celle-là. Je ne suis ni révolté, ni pour, mais comme chaque fois que l'éducation nationale est en carence il se développe un enseignement. C'est incroyable le nombre de livres d'Histoire que l'on vend. Les secrets d'Histoire, ce qu'on nous a caché... Il y a donc un besoin mais qui est satisfait ailleurs. Moi je préfèrerais que l'on passionne les mômes de dix ans avec des choses simples. On est devenu un monde tellement intelligent que l'on a peur des choses simples. On a peur de la chronologie, des héros, des grandes dates... et à la place on donne une sorte de sophistication qui est hors de propos, hors d'âge, et surtout hors de passion. Comment se passionner pour ça ? Donc ce livre est bien sûr un acte militant, mais gentiment militant. Les gens lisent ce livre et prennent du plaisir. Ils regardent les images et ils prennent du plaisir. Cela doit vouloir dire quelque chose. Et ce n'est ni un livre réactionnaire ni un brûlot révolutionnaire, c'est un livre d'Histoire sur lequel on peut rêver et en même temps apprendre. Et c'est tout ce qui m'intéresse.



Merci, Daniel Picouly. Donc n'hésitez pas à acheter ce livre pour vous ou pour vos enfants. Lisez aussi le dernier roman de Picouly, La Nuit de Lampedusa et puis vous pouvez regarder l'émission Le Monde Vu par sur France Ô le dimanche à 18h45.


Marjorie Prunet, AS Éd.-Lib.

 

 

 


Par Marlorie - Publié dans : EVENEMENTS
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Mercredi 25 janvier 2012 3 25 /01 /Jan /2012 07:00

Patrick Honnoré est traducteur du japonais depuis une dizaine d’années. Il compte environ cent ouvrages traduits à son actif, toutes catégories confondues (BD, Manga, littérature adulte et jeunesse). Il travaille pour les éditions Picquier, Casterman, Hachette, Milan, Bayard, les éditions du Rocher, les éditions In 8, Cornelius, Delcourt ou Pika entre autres et vit pleinement de son métier aujourd’hui.
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Nous proposons ci-dessous une synthèse des propos recueillis plutôt qu’un verbatim de notre conservation.

 

 

 

Son parcours

Après une maîtrise de lettres modernes à Aix-en-Provence, Patrick Honnoré part pour Tokyo. Passionné par le Japon, il souhaite aussi apprendre une langue rare et demandée par les entreprises, notamment dans le monde du commerce qui l’intéresse. Après y avoir passé un certificat de capacité en langue japonaise puis un doctorat en sociologie comparée, il s’installe à Tokyo et travaille pour diverses entreprises, en tant qu’interprète et dans les relations internationales. Il y restera près de quinze ans, jusqu’en 2003. C’est peu avant cette date qu’il découvre Dogra Magra de Yumeno Kyūsaku, le premier titre de fiction qu’il lit en japonais. Séduit par le livre, il décide de le traduire, d’abord par plaisir, puis il se prend au jeu et, sur les recommandations de Corinne Quentin, traductrice et agent,il envoie les cent premières pages à divers éditeurs. Son envie de traduire devient une véritable envie de faire découvrir ce texte au plus grand nombre de lecteurs possibles. Philipe Picquier, séduit par le texte, accepte. La traduction dure cinq ans et Patrick Honnoré retourne en France en 2003, pour assister à la parution. Par chance, le gouvernement japonais lance à ce moment un programme d’aide à la traduction qui concerne une vingtaine de titres, dont Dogra Magra fait partie. Cette publication donne alors à la fois de la crédibilité au traducteur et de la visibilité au texte, à son éditeur et au programme. La carrière du traducteur est lancée et cette première traduction l’incite fortement à poursuivre et à se consacrer pleinement à ce métier. Pour asseoir sa crédibilité, il passe rapidement un DEA de littérature comparée à son retour en France, car ses diplômes japonais n’y sont pas reconnus.



Ses traductions

Patrick Honnoré travaille avec sa femme,japonaise, qui réalise souvent une première traduction des œuvres qu’il adapte ensuite au français, et à qui il demande conseil sur les nuances de la langue. Sa volonté de traduire a d’abord été celle de faire passer au public français un texte qu’il aimait, mais aussi de permettre à la littérature japonaise de sortir de ce qu’il nomme la « soupe » traditionnelle des stéréotypes du zen, de la musicalité des textes mise en avant par les traducteurs qui gomment souvent leur humour et leur profondeur. Il a pu constater cela à de nombreuses reprises, et cela l’a encouragé à proposer des traductions plus fidèles. Il s’y emploie donc pour tous les genres. Il ne traduit cependant pas la littérature japonaise ancienne, dont l’écriture est trop différente, autant par son fond que par sa forme et qu’il qualifie de « langue étrangère ». Il est souvent sollicité mais propose aussi de Taniguchi-Terre-de-reves.gif s textes japonais aux éditeurs, avec une volonté de trouver le bon texte, que l’auteur soit connu ou non, et pas  seulement un coup commercial. En effet, les bestsellers sont représentés par des agents et il ne s’y intéresse donc pas. La difficulté de proposer un texte se rencontre aussi pour les ouvrages de bande-dessinée et de manga, car les éditeurs français et japonais sont la plupart du temps en lien direct concernant ces publications.

Parmi les travaux qui  comptent le plus pour lui, ily a sa première traduction, Dogra Magra de Yumeno Kyūsaku (Picquier), qui a lancé sa carrière, dont il apprécie et recommande toujours autant la lecture, mais aussi Terre de rêves de Jiro Taniguchi (C asterman, 2005) et d’autres titres du même auteur, qui lui a permis d’être reconnu par un plus large public, grâce au nom prestigieux de l’auteur. La traduction de NonNonBā de Shigeru Mizuki (éditions Cornélius), prix du meilleur album au 34e Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême en 2007, tout comme ses traductions d’Osamu Tezuka et de Ushida Hyakken, des auteurs-phares au Japon ont eu le même effet-levier sur sa carrière. Aujourd’hui, son ambition est de proposer au lectorat français, au fil de ses traductions, de nouveaux auteurs japonais plus jeunes et contemporains et à l’écriture différente, pour sortir la littérature japonaise des clichés cités précédemment.
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Le travail des textes

Pour traduire au mieux un texte, l’essentiel, selon Patrick Honnoré, n’est pas de coller aux mots, mais de les prendre dans leur ensemble, pour saisir au mieux ce que l’auteur a voulu faire passer et rendre en français le même rythme, la même émotion, positive ou négative. Il s’agit de trouver une égalité des termes, qui lui vient plutôt naturellement. Il ne s’enferme pas dans l’unité de la phrase mais analyse et retranscrit ce qu’il nomme « l’unité organique » du récit : sa signification et ce qu’il implique (ressenti, effets sur le lecteur, significations, etc.). La traduction se fait donc de sens à sens, et il se met à la place de l’auteur et du personnage pour cela.
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Patrick Honnoré considère que le principal problème de la traduction de la langue japonaise repose sur un problème de transcription, « un problème de français ». C’est une langue complexe à traduire, il estime qu’elle ne correspond qu’à 70 % au français par sa structure, surtout à cause de la forte différence entre la ponctuation dans les deux langues. En japonais, la ponctuation fait partie du texte, elle doit aussi faire l’objet d’une traduction. La difficulté comme le défi pour le traducteur est donc d’y rester fidèle et de ne pas perdre le ressenti du texte et son rythme, très souvent perdu lors des traductions. La tournure des phrases, tout comme les images qu’elles apportent sont aussi des difficultés à surmonter, bien qu’elles soient moindres. C’est pour ces raisons,estime Patrick Honnoré, qu’il faut s’attacher au sens du récit en lui-même. Si l’éditeur juge une scène trop « dure » dans sa traduction (notamment en jeunesse), c’est que la traduction n’est pas acceptable ainsi. Elle ne retranscrit pas l’intention de l’auteur de faire passer une émotion, comme la peur d’un personnage par exemple, et doit être retravaillée. Pour Patrick Honnoré, enfin, l’intraduisible commence lorsqu’il ne maîtrise pas la langue, et qu’il ne peut comprendre les subtilités du texte. Ce n’est pas le cas pour le japonais courant, mais c’est la raison pour laquelle il ne traduit pas le japonais ancien ou d’autres langues. Le traducteur considère aussi que, dans le cadre de la littérature jeunesse, l’auteur comme l’éditeur ont déjà pris les précautions nécessaires pour que le texte corresponde au lectorat. Dans sa traduction de Battle Royale de Koushun Takami (Calmann-Lévy), il a conservé les effets rendus par le texte et sa brutalité car ils sont liés à l’intention de l’auteur de choquer. Il reste ainsi fidèle à sa méthode de traduction : ne jamais trahir l’auteur, et au contraire restituer parfaitement son œuvre et son style, quels que soient le genre, le sujet, ou le public visé.



Propos recueillis par Chloé, LP

Sa bibliographie complète sur le site de la librairie Dialogues :
 http://www.librairiedialogues.fr/personne/patrick-honnore/928976/




Par Chloé - Publié dans : traduction
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Mardi 24 janvier 2012 2 24 /01 /Jan /2012 07:00

Carson-McCullers-La-Ballade.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

Carson McCULLERS

La Ballade du café triste et autres nouvelles

Traduction

Jacques Tournier

Titre original

The Ballad of the sad cafe 

Stock, 1985

Le livre de poche

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Ballade du café triste est une nouvelle de Carson McCullers dont le titre original est The Ballad Of The Sad Café. Elle a été publiée aux États-Unis en 1951 puis en France en 1974 chez Stock. Elle est incluse dans le recueil du même nom : La Ballade du café triste et autres nouvelles. C'est Jacques Tournier qui a traduit cette nouvelle en français et qui a d'ailleurs décrit son admiration pour l'auteur dans la préface du recueil.

 

 

 

Petit aperçu de la vie de l’auteur

 

Son vrai nom est Lula Carson Smith, elle est née en 1917 en Géorgie aux États-Unis dans une famille de la classe moyenne. Sa mère l'a appelée Carson parce qu'elle voulait un petit garçon qu'elle aurait appelé Caruso mais elle a eu une fille, elle l'a donc appelée Carson. C'est peut-être à cause de cela que Carson aura l'allure d'un garçon manqué durant sa jeunesse : « […] on dirait un garçon. Elle porte une chemise d'homme, à col ouvert et manches boutonnées. Au poignet, une grosse montre. » (la préface de La Ballade du café triste de J. Tournier).

 

Elle est passionnée par l'écriture et la musique depuis toute petite. Elle commence à écrire à l'âge de 16-17ans et elle suit des cours de création littéraire.

 

En 1937, elle a 20 ans lorsqu'elle épouse Reeves McCullers. Mais ce mariage ne durera pas car ils divorcent cinq ans plus tard. C'est après cette séparation qu'elle écrit La Ballade du café triste. Carson et Reeves se remettent ensemble mais leur relation se dégrade fortement tout comme la santé de Carson.

 

Elle décède en 1967 d'une hémorragie cérébrale à l'âge de 50 ans.

 

« L’écrivain de par la nature de sa profession est un rêveur et un rêveur conscient. Il doit imaginer, et l’imagination nécessite de l’humilité, de l’amour et un grand courage. »

 

Est-ce ainsi que l'on peut définir un écrivain comme Carson McCullers ?

 

Oui car c'est elle, une rêveuse, qui a imaginé une histoire dans la chaleur du sud des États-Unis avec des personnages plus étranges les uns que les autres.

 

 

 

La nouvelle

 

La scène se déroule dans une ville ennuyeuse du Sud des États-Unis sous une chaleur étouffante, palpable au fil des pages. L'ambiance est triste, voire glauque ; les maisons sont peintes à moitié.

 

Le lecteur découvre au fil des pages le personnage nommé Miss Amelia, une femme un peu masculine extrêmement énergique mais au passé trouble ; elle dirige d’une main de fer la plupart des activités de la ville, que ce soit son épicerie, une distillerie ou des plantations dans les champs. Elle possède un magasin au rez-de-chaussée de sa maison qu'elle va transformer en café à la suite de l’arrivée d’un étranger, le bossu Lymon Willis qui prétend être son cousin. Son café connaît un rapide succès après l'arrivée de ce nouveau personnage que l'on nomme cousin Lymon. Ensuite, il y a l'arrivée, ou plutôt le retour d'un autre personnage, l'ex-mari de Miss Amelia, Marvin Macy. Le narrateur va alors nous raconter l'histoire de Miss Amelia et de ce Marvin Macy, leur rencontre mais aussi leur mariage qui ne durera que dix jours. Marvin Macy peut être considéré comme un homme dangereux voire violent. Au fil de la lecture, le lecteur comprend que l'apparition de ce nouveau personnage bouleverse la situation. Suite à de nombreuses altercations au sein du couple, Miss Amelia en vient aux poings avec Marvin. L’issue de ce combat va complètement modifier son comportement et c'est là que se clôt la nouvelle.

 

 

 

Analyse

 

Il y a donc trois protagonistes dans cette nouvelle de Carson McCullers : Miss Amelia, son ex-mari Marvin Macy et un bossu nommé cousin Lymons.

 

Il y a aussi celles ou ceux qui sont aimés, celles ou ceux qui aiment et on peut dire que ce sont deux mondes complétement différents voire opposés. En effet ce n'est pas l'amour voire la passion qu'a Marvin pour Miss Amelia qui fera que la jeune femme lui répondra de la même manière. Certes, Miss Amelia n'est pas dénuée de charme mais il lui est insupportable d'être l'objet d'un amour dévorant, d'où la fin si rapide de son mariage. Marvin est un homme trop beau, peut-être trop imbu de lui-même. C'est d'ailleurs le rejet de Miss Amelia qui provoque chez lui une folle envie de vengeance. Il y a celui qui est aimé et celui-ci peut avoir n'importe quel visage et pour Amelia c'est celui, improbable, du bossu. Grâce à lui et avec lui, Miss Amelia transforme son établissement en café à succès en très peu de temps. On pourrait donc presque parler de triangle amoureux à travers ces trois personnages mais aussi à travers la temporalité.

 

Néanmoins, cette notion de temporalité n'est pas fortement présente ; en effet, au début, on nous signale seulement le temps qui passe à travers les années ou les saisons. Le temps de l'histoire n'est pas très rapide jusqu'à l'arrivée de Marvin Macy, où le temps s’accélère un peu mais cela reste secondaire.

 

Dans cette nouvelle, La Ballade du café triste, il y a aussi la voix du narrateur qui est assez présente et qui, parfois même, semble interpeller le lecteur : « Découvrez donc ces années à travers quelques images sans suite prises au hasard. ». Le narrateur semble prendre la parole au milieu du récit, ce changement de point de vue parfois brusque se répète alors plusieurs fois dans la nouvelle, ce qui peut montrer que l’auteur s'attache soit à un personnage, à un thème ou à un sujet particulier comme celui des relations par exemple.

 

On constate aussi que ce thème des relations est très présent dans cette nouvelle, il est souvent associé à celui de la solitude et de l'amour. Il y a l'amour non partagé entre Marvin Macy et Miss Amelia. Mais il y a aussi celui d’un certain isolement moral malgré la présence des personnages et les relations qu'ils entretiennent. En effet, on peut noter que même si le cousin Lymons est intégré par Miss Amélia, au départ les habitants de la ville ne semblent pas très accueillants vis-à-vis de ce nouveau venu. Cet isolement se fait d'autant plus sentir avec l'arrivée de Marvin Macy qui semble s’isoler. On pourrait d'ailleurs croire que c'est pour disparaître mais il semble qu'il soit d'autant plus présent dans le village. 

 

« Ma vie repose entièrement sur le travail et sur l'amour, et j'en remercie Dieu. Le travail n'a pas été toujours facile. L'amour non plus, dois-je ajouter. » disait Carson McCullers.

 

Pour moi cette phrase éclaire assez bien la nouvelle de Carson McCullers ; en effet, dans La Ballade du café triste, les relations entre les personnages occupent une place centrale, et c'est cela qui m'a le plus touchée dans ce livre. Car même avec un titre qui évoque la tristesse et la mélancolie on trouve un regard très intéressant sur les relations.

 

 

 

Carson McCULLERS sur LITTEXPRESS

 

 

Carson McCullers La Ballade

 

 

 

 

Article de Céline sur La Ballade du café triste

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Par littexpress - Publié dans : Nouvelle
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Lundi 23 janvier 2012 1 23 /01 /Jan /2012 07:00

Julio-Cortazar-les-armes-secretes.jpg


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Julio CORTÁZAR
Les armes secrètes
Titre original
Las armas secretas, 1951,
traduction
de Laure Guille-Bataillon.
Gallimard, 1973


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Julio Cortázar est un écrivain argentin né le 26 août 1914 à Ixelles et mort le 12 février 1984 à Paris. Il est auteur de romans et de nouvelles touchant souvent au fantastique et à l'imaginaire, bien que dans son recueuil de cinq nouvelles Les Armes secrètes, l'auteur fasse preuve d'un réalisme criant. C'est en partie la raison pour laquel cette œuvre échappe à l’analyse et a longtemps dérouté ses lecteurs. L'auteur, esthète, intellectuel pur étranger à tout militantisme, va consacrer sa vie à la révolution et à la défense de valeurs et d'idées.

Son ouvrage se divise en cinq nouvelles, avoisinant les quarante pages (excepté pour « l'Homme à l'affût », qui en compte plus de quatre-vingts) :

— « Lettres de Maman », une nouvelle bouleversante évoquant un échange de lettres entre une mère et son fils cadet, lequel s'est marié avec sa belle-soeur suite à la mort de son frère. Après un mutisme long de deux ans au sein de la famille à propos de ce sujet, tout s'engrène quand le héros se rend compte que sa mère s'enfonce peu à peu dans une réalité qu'elle s'est créée, où son fils n'est pas mort et où sa belle-fille vient toujours lui rendre visite.

— « Bons et loyaux services », sur un ton plus léger, évoque les déboires d'une pauvre femme de ménage devant garder les chiens d'une riche bourgeoise durant la soirée qu'organise celle-ci. Elle y fait de nombreuses rencontres hautes en couleur, avant de se faire entraîner dans un complot très compliqué organisé par une poignée d'amis de la haute sphère. Ici, Cortázar esquisse une critique de la bourgeoisie, jouant de clichés à la manière de Chabrol, le tout sous un air de Comédie humaine rudement bien menée.

— « Les fils de la vierge » commence dans la plus pure tradition du thriller, mettant en scène un photographe chevronné prenant en photo un jeune adolescent et une femme mûre qui se rencontrent sur les quais de la Seine. Le garçon s'enfuit en courant, la femme désire prendre la photo, ce que le héros refuse. Ce dernier part faire développer le cliché, et le fait agrandir sur tout un pan de mur de son appartement miteux. La nouvelle prend alors une tournure radicalement différente, se focalisant sur l'imaginaire du photographe qui se perd dans un labyrinthe de pensées terrifiantes. Le récit a inspiré le film Blow-Up, d'Antonioni.

- « L'homme à l'affût », sûrement le pilier de ce recueil ; est une nouvelle de plus de quatre-vingts pages, retraçant la fin de vie d'un musicien de jazz, dépendant à l'alcool, aux drogues et aux femmes. Un portrait sublime qui nous renvoie dans un vieux Paris des années 50, où l'on assiste à la déchéance humaine, au doute des protagonistes, à la prison intangible du vieux musicien, à ses rêves brisés, à la douleur. Sûrement la nouvelle la plus poignante, la plus aboutie ?

— « Les armes secrètes » reviennent à un style plus classique, prenant plus en compte les codes de la nouvelle. Les personnages sont plus effacés par rapport à la situation donnée, une histoire d'amour entre un homme et une femme qui cache un terrible secret, qui ne désire pas être touchée. La fin est troublante, dérangeante. L'auteur se laisse même le luxe d'offrir une fin que le lecteur a toute la liberté d'interpréter à sa façon.



Les histoires racontées sont toutes très différentes dans Les Armes secrètes. Cortázar passe par plusieurs genres de la littérature, ses inspirations semblent nombreuses. On sent inévitablement la plume de Borges planer au-dessus de cette oeuvre, non seulement à cause de la brièveté des récits, mais aussi de leur intensité et de leurs univers si singuliers. Cette intrusion de l'insolite dans la réalité est énoncée dans un style concis, sobre, par des dialogues simples et réalistes. Une histoire de tous les jours qui peut tourner au drame va faire basculer l'ordre du quotidien dans un univers d'angoisse. Les armes secrètes, un univers décalé. Un monde situé entre le fantastique et le réel ; le recueil aborde différents thèmes qui sont la mort, la maladie mentale, le dédoublement de personnalité…

Chaque récit est un moyen de s’évader. Un moment pour oublier le réel parfois trop difficile. Dans ce recueil, mélange de pataphysique et de magie verbale, l’auteur expose ses armes secrètes, ses moyens de défense face à l’insupportable réalité.


Estéban, 1ère année Éd.-lib.

 

 

Julio CORTAZAR sur LITTEXPRESS

 

Julio Cortazar Cronopes et fameux

 

 

 

 

 

 

 

Article de Simon sur Cronopes et fameux.

 

 

 

 

 

 

julio cortazar fin d'un jeu

 

 

 

 

 

Article de Kevin sur « Les Ménades » in Fin d'un jeu.

 

 

 

 

 

 

 


Par Estéban - Publié dans : Nouvelle
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Dimanche 22 janvier 2012 7 22 /01 /Jan /2012 18:00

vendredi 27 janvier 2012

à 18 heures

Regis-Jauffert-Claustria.gif Régis Jauffret, Claustria, éditions du Seuil

Par littexpress - Publié dans : EVENEMENTS
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Dimanche 22 janvier 2012 7 22 /01 /Jan /2012 07:00

Diane-Meur-Les-Villes-de-la-plaine.gif

Questions générales

Pouvez-vous vous présenter et nous rappeler votre formation ? Pourquoi avoir choisi la traduction ?
Diane-Meur.gif
Je suis née à Bruxelles en 1970, je suis arrivée à Paris en 1987 avec en tête un désir un peu naïf d’écrire, auquel j’ai renoncé pour faire une hypokhâgne, deux khâgnes puis l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm. J’ai terminé une maîtrise de lettres modernes à la Sorbonne et un DEA de sociologie de la littérature à l’École des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Inscrite en doctorat, je l’ai peu à peu abandonné pour devenir traductrice littéraire : ce travail très concret sur les textes me paraissait plus proche de l’écriture à laquelle j’avais renoncé. Par ailleurs, étant pluridisciplinaire de nature, je craignais de m’enfermer dans une spécialisation universitaire, alors que la traduction permet de rester en prise avec une grande diversité de domaines.

Quelques années plus tard, pourtant, je suis revenue à l’écriture (à ma propre surprise). Depuis la publication de mon premier roman en 2002, je suis donc à parts égales traductrice littéraire et romancière.
Hanns-Eisler.jpg


Quels sont vos domaines de spécialisation ainsi que les thèmes qui vous sont chers ?

J’ai d’abord traduit dans des domaines correspondant à ma formation : sciences humaines, histoire littéraire et histoire des idées (Erich Auerbach, Hanns Eisler), classiques (Heinrich Heine). Ensuite je suis passée à la littérature contemporaine avec Paul Nizon et Tariq Ali, mais j’essaie de revenir parfois à la traduction de textes théoriques, car j’aime beaucoup cette gymnastique intellectuelle qu’exige la traduction de concepts, d’idées. Quant aux thèmes qui me sont chers, ils sont si variés et disparates en apparence que leur énumération serait un peu inquiétante, je préfère donc m’en abstenir dans ce cadre limité.



Quel est votre rapport aux textes et langues traduites (pourquoi l’anglais et l’allemand) ?

L’anglais est avec le néerlandais la première langue vivante que j’ai apprise, et je continue à m’y sentir plus à l’aise, c’est un rapport, dirais-je, limpide et sans embûches. Je me suis initiée à l’allemand plus tard, par goût pour la littérature germanophone, notamment Heine et les écrivains austro-hongrois. J’ai à cette langue un rapport plus affectif, plus passionnel et aussi plus trouble, même si j’ai du mal à définir la nature de ce trouble. Cela reste cependant la langue que je traduis le plus…



Comment choisissez-vous les textes que vous traduisez, comment procédez-vous avec les éditeurs, faites-vous des propositions de textes ou est-ce que ce sont plutôt des commandes de textes qui émanent des éditeurs ?

Contrairement à ce que font d’autres collègues, je lis toujours intégralement un livre avant d’en accepter la traduction. Je veux être sûre qu’il va me plaire et m’intéresser jusqu’au bout. Le choix se fait donc en fonction de mes affinités, mais aussi de mes disponibilités, bien sûr. Celles-ci sont peu à peu limitées par le fait qu’on « suit » parfois un auteur sur plusieurs livres, ce qui empêche matériellement d’en traduire d’autres. A vrai dire, il est rare que je propose moi-même des textes aux éditeurs pour lesquels je travaille. Ce travail de prospection et de persuasion est passionnant et utile mais prend beaucoup de temps et, comme j’ai déjà un autre métier qui m’occupe beaucoup, je préfère laisser venir les commandes. Ce qui ne m’empêche pas, de temps à autre, de conseiller à un éditeur un livre étranger qui m’a plu, mais pas forcément dans l’idée de le traduire moi-même.
Diane-Meur-Tariq-Ali.gif


Comment en êtes-vous venue à l’écriture, la traduction a-t-elle joué un rôle particulier et en joue-t-elle encore un ? Considérez-vous votre travail d’auteure dans un rapport de filiation avec certains textes traduits (notamment Les villes de la plaine et Le quintet de l’islam de Tariq Ali) ?

J’ai déjà partiellement répondu à cette question, je vais donc me contenter de compléter ma réponse : oui, je pense que la traduction est une merveilleuse école de style, une école d’écriture qui apprend à travailler de très près sur les mots, les phrases, les rythmes, les images. Mon écriture en reste très marquée et, au quotidien, le peaufinage d’une traduction et celui d’un texte à moi ne me paraissent pas des tâches très différentes. En Diane-Meur-La-Vie-de-Mardochee.gif matière de filiations, je pense que c’est surtout Erich Auerbach qui a marqué mon imaginaire romanesque, avec sa vision longue de l’histoire humaine comme fleuve, sa façon d’appréhender les continuités et discontinuités, les résurgences, les préfigurations… De lui m’est venu aussi mon intérêt pour l’exégèse biblique et, indirectement, pour les rapports entre les trois religions du Livre. Cet intérêt apparaissait déjà dans mon premier roman « La Vie de Mardochée de Löwenfels », c’est ce qui incité Sabine Wespieser à me proposer de traduire Tariq Ali.



Comment définissez-vous votre statut de traductrice (tant d’un point de vue juridique que philosophique) ?

Mon principe fondamental est que je traduis un texte, et que je dois me régler sur l’autorité interne de ce texte. En d’autres termes, je suis une philologue dans l’âme, il me semble que j’ai un devoir de préservation et de loyauté par rapport au texte que je traduis, parfois en divergence avec l’éditeur, voire l’auteur lui-même (quand il veut intervenir dans le texte et introduire des coupes ou des variantes). C’est peut-être dû en partie au statut du traducteur littéraire en France : nous sommes considérés comme les auteurs de notre traduction, et rémunérés en droits d’auteur. Cela dit, il va de soi que la « philologue dans l’âme » doit bien souvent faire des compromis, mais j’essaie de ne jamais oublier mon principe fondamental.



Quelles sont les différences de statut entre celui d’auteur et celui de traducteur ?

Le traducteur est, bien sûr, beaucoup moins visible que l’auteur, il n’est pas rare que les lecteurs voire certains journalistes n’attachent aucune importance à son identité. C’est très injuste, d’autant que le traducteur porte, je crois, une responsabilité plus lourde que l’auteur : il peut faillir à sa tâche, se tromper, dénaturer involontairement un passage, alors que l’auteur, lui, n’est responsable que de ses idées. Mais des efforts sont faits auprès des éditeurs et de la presse, notamment par des associations comme l’ ATLF dont je suis membre, pour rendre le traducteur plus visible et améliorer son statut, y compris sur le plan des contrats, des tarifs et des délais.



Peut-on parler du traducteur comme un découvreur ou un passeur ? Quelle importance lui donner ?

Quelle importance ? Eh bien, par exemple, je ne connaîtrais rien de Tolstoï, Dostoïevski, Strindberg, Dante, Garcia Marquez, Borgès… s’ils n’avaient pas été traduits en français. Et ma vie en serait très différente. Ce que serait plus généralement le monde humain si aucun texte n’avait jamais été traduit, nous ne pouvons même pas l’imaginer ; ce serait un sujet de nouvelle pour Borgès, puisque je parlais de lui.



Selon vous, le traducteur doit-il disparaître derrière le texte ou avoir une lecture plus personnelle ?

En ce qui me concerne, j’essaie de m’effacer le plus possible derrière le texte, ce qui d’ailleurs demande énormément de maîtrise et de concentration : il faut arriver à devenir une sorte de « coquille vide » capable de se remplir des mots, de la voix, de la vision du monde, de la sensibilité d’autrui. Je ne me représente pas traduire autrement. Mais je conçois tout à fait qu’on ait une autre approche ; cela dépend aussi du type de textes que l’on traduit.



Questions techniques

Quelle différence existe-t-il entre le travail de traduction d’essai et celui de traduction littéraire ?

La différence principale est que dans le premier cas, on traduit du sens, dans le second, du « récit », en donnant à ce terme une acception très large. Bien sûr, les auteurs d’essai ont aussi un style qu’il s’agit de rendre, mais le souci premier est quand même de restituer l’idée de la façon la plus claire et la plus fluide possible. Dans la traduction de textes littéraires, il faut davantage épouser les images, la musique de l’original ; je me permets donc beaucoup moins de modifier l’ordre des mots ou la structure syntaxique des phrases.



Comment traduire la répétition dans un texte (sachant que la langue française admet difficilement la répétition) ?

Je crois qu’il faut être prudent et ne pas ramener trop vite les répétitions à du culturel, donc les gommer. Souvent, la répétition d’un mot, ou le jeu sur des mots d’une même famille, est ce qui donne sa cohérence au passage ; en supprimant la répétition, on lui fait perdre son épine dorsale. Il y a moyen d’insister sur les répétitions de façon à faire comprendre qu’elles sont volontaires et assumées. Quand je gomme une répétition, c’est donc vraiment en dernier recours, quand je suis sûre qu’elle ne recouvre rien de particulier.



Comment traduire les idiotismes ?

Tout dépendra du statut du texte. Dans un roman qui, disons, se situerait en Grande-Bretagne et jouerait beaucoup sur le contexte culturel, les idiotismes font un peu partie de la tonalité du texte et il sera savoureux de les conserver. En revanche, quand je traduis de l’anglais un roman de Tariq Ali situé dans le Proche-Orient médiéval et qu’il emploie un tour typiquement anglais, je vais l’adapter et chercher un idiotisme français équivalent. Le lecteur est pris dans un univers de fiction qui a sa cohérence interne, il ne s’agit pas de le faire sursauter en lui rappelant soudain que ce roman est traduit de l’anglais !



Doit-on être un universitaire pour traduire ?

J’espère que non, car je ne suis pas universitaire.



Pour l’anecdote

Avez-vous déjà traduit un texte que vous jugiez mauvais ?

À mes débuts, quand je travaillais pour des revues universitaires, il m’est arrivé de traduire des textes qui n’avaient pas encore été publiés dans l’original, et n’avaient pas été assez relus. C’est terrible car le travail est deux fois plus long : il faut d’abord élucider ce qu’a voulu dire l’auteur, ensuite le reformuler de manière plus heureuse ou plus claire, tout en se demandant toujours si l’on a bien compris, si l’on n’est pas passé à côté d’une idée complexe.

Mais cette question, en fait, est loin d’être anecdotique. La mauvaise qualité d’un texte peut être un vrai problème, surtout si l’éditeur ne lit pas la langue de départ et pense donc que c’est la traduction qui est mal faite. Un conseil aux jeunes traducteurs : toujours lire d’abord les textes qu’on vous propose à traduire et – si possible – ne pas accepter un texte que l’on trouve ennuyeux ou mauvais.



Avez-vous pris connaissance de la traduction du dernier Tariq Ali (La nuit du papillon d’or), qu’en est-il du travail de suivi et d’uniformisation des traductions ?
Diane-Meur-Paul-Nizon.gif
J’avais lu la version anglaise du roman, mais je n’étais pas disponible à ce moment-là pour le traduire. Tariq Ali m’en a un peu voulu sur le moment, mais sur le fond je ne pense pas que ce soit un problème : l’œuvre a beau être un quintet, chaque volume se situe dans un univers assez différent, les personnages ne sont pas les mêmes, et s’il y a de menus ajustements à faire pour uniformiser l’ensemble, c’est plutôt la tâche de l’éditeur ou de ses correcteurs. En revanche, j’ai rencontré des problèmes beaucoup plus épineux avec la traduction de Nizon, car ses journaux renvoyaient à des œuvres déjà traduites (par plusieurs traducteurs, qui plus est !), et il fallait veiller à conserver une certaine cohérence. Parfois même, les journaux contenaient des ébauches ou des versions antérieures de passages repris dans les romans, et dès lors, comment procéder ?



S’il n’en restait qu’un, privilégierez-vous l’écriture ou la traduction ?

Je ne sais que dire. La traduction reste mon métier, un métier que j’aime beaucoup. L’écriture, elle, compterait plutôt parmi mes raisons d’être. J’espère donc ne jamais être obligée de choisir entre les deux.


Propos recueillis par Alice Saintout et Célia Bascou, LP libraires

 

 

Lien

 

 Diane Meur sur le site Sabine Wespieser

 


L'ATLF 

LOGO ATLF

 

 

 

 

 

 

 

 


Par Alice et Célia - Publié dans : traduction
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Samedi 21 janvier 2012 6 21 /01 /Jan /2012 07:00

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Régis JAUFFRET
Ce que c'est que l'amour
(textes extraits de Microfictions,
Gallimard, 2007)
Gallimard.
Folio 2€, 2009.

 

 

 

 

 

« Pour moi, la littérature non cruelle n’existe pas. La littérature est un espace de lucidité et de sincérité totales. »
Régis Jauffret.

 

 

 

Introduction.

Ce que c'est que l'amour de Régis Jauffret est un recueil de nouvelles puisées dans un ensemble plus important, Microfictions, pavé d'environ mille pages constituant selon Télérama « un bêtisier de la modernité ».

Une microfiction, selon Jauffret, « c’est une page et demie, pas plus, une petite histoire qui raconte beaucoup ».

En ce qui concerne cet auteur marseillais d'une cinquantaine d'années, on a souvent dit de lui qu'il était le « Bacon des cerveaux déguinglés », cette référence au peintre irlandais Francis Bacon, peintre de la violence et de la cruauté si l'on schématise, est plutôt pertinente et permet de comprendre que Jauffret est une sorte d'iconoclaste de la littérature des bons sentiments. J'en profite pour émettre une mise en garde et préciser que je ne centre pas mon étude sur la grossièreté des nouvelles.

Dans ses nouvelles, les narrateurs sont aussi personnages et portent un regard très lucide sur leurs situations c'est ce qui permet d'avoir une critique de notre société. Ainsi, Ce que c'est que l'amour n'échappe pas à la règle et aborde avec acuité et cruauté les relations amoureuses.



Ce que c'est que l'amour.

On peut s'attarder sur le titre qui se veut explicatif. On a presque l'impression d'être confronté à un essai. Dans notre cas cela serait un essai sur l'amour, sujet universel. Une attente se crée alors chez le lecteur qui se demande si ce petit folio ne contient pas des « vérités sur l'amour », en cela, je trouve que le titre choisi pour représenter le recueil est très vendeur.


Dans le genre de la nouvelle, l'unité d'intrigue est un élément essentiel puisque toute l'action se concentre en très peu de pages ; ici, il s'agit de l'effritement du lien qui unit deux personnes.

Presque tous les récits ont un début in medias res c'est-à-dire que l'on entre au milieu de l'action. Citons par exemple : « Nous somme mariés mais ce n'est pas une raison pour dire aux gens que je suis ta femme. »

Typographiquement, les trente-huit titres sont rangés par ordre alphabétique et dès que l'on change de récit, le sexe du narrateur change : femme/homme/couple. Cependant, à la fin de l'ouvrage il y a une rupture et la voix masculine écrase la voix féminine.



Le début des nouvelles et la tonalité

Chacune d'entre elles commencent par une phrase d'accroche qui nous permet de déterminer le sexe du narrateur ainsi que le sujet qui sera développé dans la nouvelle. Parmi les plus percutantes :

« Je ne couche avec toi que pour te faire plaisir » in « Ce que c'est que l'amour »

« Ma femme est une harpie. Je suis un monstre. » in « Des pagodes »

« Mon mari ne me trompe qu'une fois par semaine. » in « Peuple de connes cerveaux de glands. »


De tels débuts donnent le ton, il est plutôt malicieux, vicieux. Comme s'il y avait un certain plaisir à évoquer la destruction d'un couple ou les petits travers des hommes. Il faut dire que Jauffret déteste la mièvrerie, il préfère adopter une position lucide en ce qui concerne la vie au quotidien ; en ne se mentant pas à lui-même, il estime ne pas mentir à ses lecteurs.



Un point sur la ponctuation

Il n'y a aucune ponctuation pour mettre en valeur une émotion : pas de points d'exclamation ni de points d'interrogation. C'est un choix singulier surtout quand on aborde les conflits dans un couple ; l'auteur, par ce procédé d'annihilation des marqueurs, donne plus d'intensité au texte et laisse plus de liberté au lecteur, c'est un peu à nous de deviner où se trouve l'intensité du texte. Dans « Happy Birthday », une femme est en train d'expliquer à son mari calmement qu'elle le trompe :

«  ̶  La fidélité rampe comme une limace.

On dirait qu'elle trempe le lit des couples fatigués. Je te trompe par amour. Je veux que tes amis sachent à quel point tu es heureux de m'avoir pour femme. Ils connaissent les recoins de mon corps mieux que les pièces de notre maison. Chaque nuit, ils rêvent qu'ils sont à ta place, et qu'ils me serrent dans leurs bras comme si je leur appartenais.

̶ Tu te fous de moi.

̶ Mais oui. »

L'ensemble reste placide alors que l'on sent très bien une tension derrière l'intervention étouffée de l'homme.



Les narrateurs

Le narrateur c'est celui qui prend en charge le récit. Ici, les narrateurs sont autodiégétiques c'est-à-dire qu'ils racontent leur propre histoire. Par exemple dans « Des jeunes un peu timides », on trouve : «J'ai l'habitude de quitter mon mari en pleine nuit. Quand il dort. » p.45 ou encore : « Je suis professeur de lettres dans une école privée du centre de Paris. Les élèves sont très gais, ils rient beaucoup, et ils aiment la vie. Ils écoutent mes cours dans un silence absolu etc. » in « L'opiniâtre félicité des autres ».

 

 

 

L'obscénité / le vulgaire (ici vulgaire ne signifie pas ordinaire mais grossier)

« Caractère de ce qui offense la pudeur, les bienséances. Qui blesse la délicatesse par des représentations ou des manifestations grossières de la sexualité. »

L'auteur use de la vulgarité à outrance ainsi que de l'ironie afin de heurter son lecteur  ̶  mais le procédé s'essoufle vite et l'ironie n'est pas toujours un bon tremplin... Inutile d'entrer dans les détails, les mots parlent d'eux-mêmes :

« L'abondance et la puissance du jet de sperme ne doivent pas être traitées à la légère. Sachez qu'un mâle en bon état doit atteindre en éjaculant le centre d'une cible située à cinquante-trois centimètres du méat […] n'oubliez pas non plus qu'un éjaculat doit remplir une cuillère à soupe d'une contenance équivalente à celle que préconise Gérard Momais pour déguster le consommé glacé de truffes […] »

Ajoutons que l'écrivain lui-même glisse un clin d'oeil au lecteur en se traitant « d'écrivain fou et vulgaire comme l'amour ». Comme s'il justifiait son œuvre. Il a décidé de se montrer grossier parce que l'amour est grossier.



Portraits des hommes

Les hommes sont vus comme des êtres obsédés par leur sexualité et la plupart du temps Jauffret se plaît à maltraiter cette sexualité ; l'homme est souvent frustré et éconduit par la femme : « le sexe a toujours eu peu d'importance pour ma femme. Elle a fait coudre le sien. Elle espérait qu'il finirait pas se cicatriser et disparaître sans laisser de trace. »



Portraits des femmes

Les femmes sont sans scrupules, jalouses ou pétries de ressentiment. Elles passent aussi pour des objets : « Je me demandais vraiment pour qui il se prenait. Il se croyait propriétaire, comme si j'étais une chambre de bonne dont il se soit porté acquéreur en m'épousant. »



Un effet de contraste

Certes, j'ai mentionné la grossièreté, mais il reste quand même des passages plus sensibles.

La preuve en est avec « Lune basse » qui m'a permis d'observer « l'ossature » d'une des nouvelles — cette construction est presque systématique dans l'ensemble du recueil. En effet, il y a presque toujours :

            une mise en situation . ici : un couple qui est en train de se couche ;.

       ensuite, une intervention du narrateur-personnage qui énonce une phrase courte qui permet de donner le ton du texte. Ici, il s'agit d'un homme qui dit : « Je n'ai pas envie de t'aimer, pas ce soir. » ;

       une fois cette phrase d'accroche lancée, le texte se déroule et l'on entre dans les pensées du personnage : dans cette nouvelle on asssiste à une déclaration d'amour égoïste mais touchante.

1. Dans la première, le « je » du narrateur se confronte au « tu » (donc de l'être aimé)  : « je n'ai pas besoin de t'aimer pas ce soir. » Au point de créer un effacement du « je » .

Cet effacement devient presque paradoxal puisqu'il est dit au début : « j'ai besoin de t'oublier ». Le « je » devrait donc dominer. Or c'est l'être aimé qui devient écrasant par son omniprésence et ça se ressent par la multiplication des occurrences du pronom personnel « tu » .

2. Dans un second temps, le conflit qui paraît entre les deux êtres s'efface, la tendance s'inverse et le narrateur s'approprie l'être aimé en devenant l'autre. Cela se voit grammaticalement mais aussi par le sens des phrases : « je suis trop imprégné de toi » ; ou, encore plus parlant : « Avec les années, je suis devenu toi » = identification du « je » au « tu ».

 « Tu peux partir, je t'habiterai toujours je te vivrai comme une aventure ». En devenant l'autre en s'unissant à lui, une évasion est possible.

3. Dans un troisième temps, nous entrons dans une sorte de rêve éveillé du narrateur et plusieurs comparaisons s'enchaînent ; le personnage se noie peu à peu dans la femme aimée, il est comme absorbé par elle : « je mène ta vie, on dirait que je suis tombé en toi comme une goutte d'eau et, jamais personne ne me retrouvera. »

4. Le texte prend fin avec une intervention de l'autre personnage, la femme : « Je ne comprends rien à ce que tu dis. ». Sans doute par irritation, c'est l'une des raisons de l'emploi de l'impératif, elle interrompt le narrateur et brise son rêve : « arrête de parler, il y a déjà assez de bruit dans la rue. »

La chute de la nouvelle par son ironie provoque un sourire amer, il y a un jeu sur les mots :

 « Je voudrais te laisser tomber pour la nuit.

Va dormir au salon, ou éteins la lumière. »

Cela ressemble un peu à un dialogue de sourds. Les deux personnages se répondent sans en avoir l'air.

Comme le texte concerne un couple, il y a un échange avec l'autre qui est censé faire avancer le récit, mais dans cette nouvelle c'est un peu particulier parce que l'échange permet de clore la nouvelle : c'est la chute.

Finalement, le texte se construit sur l'incompréhension, la difficulté à communiquer au sein du couple et ce sujet est abordé par une écriture qui se veut à la fois douce et violente/froide. Nous sommes en quelque sorte heurtés avec douceur.



Mon avis

J'ai lu ce livre cet été de manière fragmentée. Au début je trouvais les traits d'humour de l'auteur plutôt sympathiques, il est vrai que c'est toujours drôle de pointer les niaiseries du quotidien d'un couple.

Je l'ai relu récemment et la sensation était différente, la vulgarité n'appelait plus le même sourire, elle a même laissé place à du dégoût, de la lassitude.

C'est très pragmatique, en très peu de mot, il y a beaucoup d'intensité. L'auteur nous présente une palette de l'amour en négatif si l'on veut, un amour à la fois possessif, égoiste, violent. Jauffret lui-même dit de son écriture qu'il s'agit d'une écriture sèche.

« L’amour, chez Jauffret, est violent. De même que son écriture, qu’il définit comme un « meurtre sans préméditation ». Ou pour le dire selon sa formule, c’est une écriture sèche. Si larmes il y a en le lisant, ce ne sont pas celles qui réconfortent l’âme comme un baume réparateur, comme une réaction cathartique, mais plutôt celles qui font mal et qui ont le goût salé et amer de la vérité. »  Mabooklist.wordpress.com

Libre à vous d'apprécier !

 

 

 

N.B. pour plus d'informations vous pouvez consulter les sites suivants :

< http://livres.fluctuat.net/regis-jauffret.html>

< http://mabooklist.wordpress.com/2010/10/17/regis-jauffret-quand-j%E2%80%99ecris-c%E2%80%99est-un-meurtre-sans-premeditation/>

< http://www.telerama.fr/livres/regis-jauffret-microfictions,16153.php>


Émilie, 1ère année Bib.

 

 

Régis JAUFFRET sur LITTEXPRESS

 

 

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Article d'Adrien sur Les Jeux de plage

 

 

 

 

 

 

 

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Articles d' Emmanuelle et de  Lucie sur Lacrimosa

 

 

 

 

 

 

Régis Jauffret Tibere et Marjorie

 

 

 

Article de Marjolaine sur Tibère et Marjorie

 

 

 

 

 

 

 

 


Par Emilie - Publié dans : littératures franç. et francoph. contemporaines
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Vendredi 20 janvier 2012 5 20 /01 /Jan /2012 07:00

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Olivier MARTINELLI.
La nuit ne dure pas
13e note,  2011


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce roman est fondé sur l'histoire, la création et le développement du groupe de rock bordelais qui existe vraiment, Kid Bombardos, composé de trois frères et de leur ami d'enfance. C'est un roman de fiction fondé sur des éléments réels, qui décrit le monde assez particulier des artistes, des musiciens et d'autant plus particulier qu'il s'agit de la vie des membres d'un groupe de rock. Cet ouvrage est divisé en trois grandes parties dans lesquelles la narration passe successivement de l'un à l'autre des trois frères. Les noms des musiciens ont été changés pour ne pas pousser la comparaison livre –­ réalité trop loin. Ce livre a été publié chez 13e note, éditeur naissant puisque cette maison a été créée en 2008 sous l'impulsion d’Éric Vieljeux qui souhaitait s'intéresser à tous les écrits concernant le milieu underground et le monde du rock'n'roll d'abord à travers la littérature américaine mais s'est rapidement ouvert au reste du monde.



L'auteur commence son récit à travers les yeux d'Arthur, l'aîné de la famille et bassiste du groupe. Arthur a été viré de chez ses parents après leur avoir fait vivre un enfer : il avait commencé par découcher assez régulièrement et il raconte qu'il a saccagé la maison familiale un jour de manque de drogue. En effet, on apprend dès les premières lignes de ce roman qu'il a des addictions à diverses drogues, on le voit lutter pour sortir la tête de l'eau. Heureusement, parmi ses addictions, il y a aussi la littérature – il tient une librairie – et surtout la musique. C'est d'ailleurs cette dernière qui va l'aider à vaincre ses démons. On suit sa rencontre avec Sophie, jeune étudiante en littérature qui va également le motiver, le pousser dans cette voie et finalement lui faire ressentir de nouveau le plaisir de vivre et d'être heureux.

La deuxième partie est racontée par le plus jeune de la bande mais non moins talentueux en tant que batteur, Seb. On suit ce personnage dans sa fugue à Paris, avec son lot de rencontres et notamment celle d'Alice, qui le fera devenir un homme. Les mots sont touchants, la narration ne sombre jamais dans la niaiserie, on ressent les événements véritablement comme les personnages eux-mêmes. Olivier Martinelli utilise un langage empreint de poésie, par exemple lorsqu'il évoque la première fois de Seb, il la décrit comme suit : « une douleur d'une douceur infinie m'a fait lâcher prise ». J'ai trouvé cette phrase d'une beauté incroyable lorsqu'elle est remise dans son contexte. L'auteur arrive à restituer les souffrances et les espoirs propres aux enfants qui grandissent. Il y a, dans cette partie consacrée au benjamin de la famille, une fragilité, une innocence alors que, lorsque Arthur était le narrateur, on était face à un personnage déchu, déçu de la vie et qui avait perdu les espoirs et illusions que son petit frère a gardés.

La dernière partie se focalise, elle, sur Dominic, le « leader » du groupe, auteur-compositeur des morceaux de Kid Bombardos. Elle commence mal, très mal même puisque le personnage nous montre à quel point il s'est enfoncé dans son désespoir, entre la rupture avec Charline, son incapacité à retrouver l'inspiration pour écrire des morceaux. Dominic en arrive à un point où il voudrait mourir. On le voit s'enfoncer, un peu plus à chaque instant, et sombrer dans la tristesse. Encore une fois, l'auteur ne tombe pas dans le pathos, il ne nous montre pas un cliché de l'adolescent dépressif mais au contraire un simple être humain torturé par la vie. Comme les deux autres parties du livre, celle-ci se termine sur une note d'espoir puisque non seulement Dominic retrouve l'inspiration pour composer mais c'est cette inspiration qui lui permettra de retrouver Charline.

De plus, tout le récit est truffé de références musicales et littéraires. La façon dont les différents narrateurs nous décrivent les titres nous donne profondément envie d'aller lire ou écouter. On est curieux de savoir ce qui les touche, ce qui leur donne la force d'avancer, ce qui les encourage à vivre malgré tout.

En fait, leur adolescence respective, pleine d’embûches, de douleurs et tribulations représente finalement ce que chacun d'entre nous pourrait ressentir, vivre à n'importe quel moment de la vie. C'est ce réalisme, cette façon de retranscrire les souffrances des personnages avec grâce et sans fioritures qui fait la beauté de ce roman.

 

 

M.D., Année spéciale édition-librairie

Par Manon - Publié dans : littératures franç. et francoph. contemporaines
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