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Mardi 21 mai 2013 2 21 /05 /Mai /2013 07:00

« 30 ans d'édition »,
salon Albert Mollat,
Bordeaux.

 

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Jeudi 11 avril 2013, à 18 heures, dans l'ambiance feutrée du salon Albert Mollat, une quinzaine de personnes patientent assises en face d'une petite estrade. Quatre verres et autant de micros annoncent les invités à venir. On remarque très peu de jeunes tout de même dans cette assemblée. Dans l'attente de l'apparition des protagonistes de cette soirée, on observe ce qui nous entoure. La tapisserie orange laisse un peu dubitatif. Elle détonne (comme un reste des années 1970, une vieille lampe ou un meuble en formica qu'on garde sans s'en rendre compte) dans un « salon » élégant où se déroulent les rencontres les plus importantes de la librairie bordelaise. 

Paul Otchakovsky-Laurens et deux de ses auteurs, Frédéric Boyer et Olivier Cadiot, s'installent avec Jean-Michel Devésa, l'animateur, à la table. On décapsule avec une cérémonie des bouteilles d'eau, tous un peu gênés dans ce moment de latence où une réunion va commencer. On laisse encore une chance aux retardataires de gravir les trois étages qui mènent à la salle.

La rencontre se propose de retracer les trente années d'éditions de la maison POL (« 30ans et deux mois », nous précise-t-on) et de présenter deux auteurs du catalogue ayant publié récemment. Figure de proue de l'édition de littérature française de qualité, P.O.L est une maison d'édition que les familiers du milieu du livre reconnaissent pour sa qualité et quelquefois ses partis pris audacieux. Littérature élitiste ? Pourtant, la maison fondée par Paul Otchakovsky-Laurens a connu de beaux succès auprès du grand public avec des œuvres telles que L'Amant de Marguerite Duras, La Moustache d'Emmanuel Carrère ou Truismes de Marie Darrieussecq. Alors qu'en est-il de ce projet d'édition ? Jean-Michel Devésa amène l'éditeur à nous retracer son parcours pour mieux comprendre ce que trente ans d'éditions peuvent vouloir dire. Comme tout anniversaire, cette rencontre est l'opportunité de revenir sur les débuts d'un projet et de démêler les volontés de l'éditeur. 

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« C'est une histoire de rencontres »

Jeune homme, Paul Otchakovsky-Laurens a suivi des études juridiques, il place deux rencontres à l'origine de son parcours d'éditeur. Celle de Jean Frémon, ancien directeur d'une petite revue, Strophes, maintenant directeur de la galerie Lelong, à Paris, et des textes qu'il publiait. En découvrant Beckett, Eugène Guillevic, Paul Chaulot et des poètes contemporains, l'éditeur en devenir découvre que « les livres […] pouvaient aller au-delà de la lecture ». Cette rencontre a été « un vecteur de lecture », qui a prolongé et approfondi un goût naturel. Puis, un peu plus tard, celle de Christian Bourgois, autre grand nom de l'édition française, chez qui il effectua un stage et resta en tant qu'éditeur.

Dans le milieu de l'édition, peut-être plus assurément que dans n'importe quel autre domaine, les rencontres que l'on fait orientent les projets à venir. Si chaque maison d'édition peut être reconnue pour son catalogue, si ce catalogue signifie quelque chose, y travailler signifie tout autant. Ainsi Paul Otchakovsky-Laurens affirme : « Je ne ferais peut-être pas le même métier si je n'avais pas travaillé chez Christian Bourgois. »

Une fois le pied à l'étrier, le parcours personnel de l'éditeur et l'évolution de sa maison d'édition seront marqués par « une accumulation de rencontres » qui ont contribué à ce qu'est P.O.L aujourd'hui. Marguerite Duras et George Perec sont les deux noms que l'animateur se plaît à mettre en avant. Ces deux grands auteurs ont beaucoup aidé à la reconnaissance de la maison d'édition débutante en amenant avec leurs manuscrits leur crédit littéraire et leur public. Ces deux rencontres sont plus que des anecdotes car elles ont permis à Paul Otchakovsky-Laurens à prendre son envol. Il travaillait alors chez Hachette quand George Perec cherchait un éditeur et Marguerite Duras remarquait son travail (à l'occasion de la publication de L'Excès-L'Usine de Leslie Kaplan, auteur clé de P.O.L depuis les débuts de la maison). Cependant, les deux auteurs se refusent à lui confier leurs œuvres tant qu'il resterait chez la « pieuvre verte » de l'édition. Il est donc temps de partir pour fonder une maison qui lui sera propre et où les auteurs pourront travailler en confiance avec leur éditeur. « [La mort de George Perec] est une des raisons de [son] départ d'Hachette » et précipite son projet. 

Les plus désabusés ne verront dans ce mot de « rencontre » qu'un poncif du discours des éditeurs indépendants. Cependant, quand on lui pose une question sur l'absence de ligne esthétique précise, Paul Otchakovsky-Laurens répond que « comme la vie, la littérature est trop diverse […] pour qu'une seule ligne soit présentée ». Le choix est toujours une affaire de rencontres, d'un lien entre un texte et un lecteur. Elles ponctuent le quotidien de l'éditeur qui dit en attendre chaque matin quand il ouvre le courrier des manuscrits.



Un éditeur, une maison.

Trente ans n'ont pas éloigné le fondateur de ses publications. L'ouverture du courrier, la lecture des manuscrits, les rencontres avec les auteurs : tout passe encore par cet homme, plus de soixante-dix ans et toujours la volonté de mener sa maison. Olivier Cadiot a l'honnêteté de rappeler que si « maintenant il y a trop d'auteurs pour être une famille », il y a tout de même « quelque chose » qui les lie les uns aux autres.

L'auditeur attentif aura retenu deux choses essentielles à propos des relations que Paul Otchakovsky-Laurens noue avec ses auteurs : la fidélité et la confiance. L'éditeur montre une belle fidélité à ses auteurs, qui les incite en retour à rester. Avec un sourire un peu grave, il précise que « l'auteur doit partir s'il se sent mal ». Et pourtant, un départ, même légal, même pour le meilleur déplairait à l'éditeur, qui l'avoue à demi-mot, les bras croisés. Si les auteurs restent aussi longtemps c'est aussi que leur bibliographie peut s'épanouir sans peine. Une fois passé le pas de la porte du 33, rue Saint-André-des-Arts, toute œuvre assez bonne pour la publication intégrera le catalogue blanc et bleu. « Il n'y a pas de frontière de genre. Quand un éditeur publie un auteur, il doit tout publier ». Une belle marque de foi en ses auteurs, donc !



On ne déplorera de cette rencontre que des questions posées très formellement, sans que soit créée une véritable interaction souple et agréable entre les acteurs. Heureusement, le malicieux (et très bordelais) Olivier Cadiot et le court voyage à l'époque médiévale que nous a offert Frédéric Boyer ont su égayer ce moment de rencontre très riche. 

 

Clotilde, 2ème année édition-librairie


Les deux ouvrages présentés lors de la conférence étaient

 

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Un mage en été, Oliver Cadiot, 2010 19,8€.
(Quelques pages pour vous mettre l'eau à la bouche ici :  http://www.pol-editeur.com/pdf/6358.pdf

Et même lu par l'auteur ! Ici :
 http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=BdapV8Qeqb8 )

 

 

 

 

 

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Rappeler Roland, Frédéric Boyer, 2013, 20€.
(Les premières pages du livre disponibles ici :  

 http://www.pol-editeur.com/pdf/6539.pdf
Mais surtout je vous conseille la lecture par l'auteur, ici :
 http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=Bmv4cVt3zmk)

 

 

 

 

 

Pour juger par vous même de cette rencontre, podcastez :
 http://www.mollat.com/rendez-vous/paul_otchakovsky_laurens_olivier_cadiot_et_frederic_boyer-65155037.html

 

Par Clotilde - Publié dans : EVENEMENTS
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Lundi 20 mai 2013 1 20 /05 /Mai /2013 07:00

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Jean-Jacques VITON
Zama
Editions P.O.L






 

 

 

 

 

 

L’auteur

Jean-Jacques Viton est né en 1933. Après avoir beaucoup voyagé tout au long de sa vie (Angleterre, Maroc, France et au cours de sa carrière dans la Marine), il est aujourd’hui très actif dans le monde de la culture, notamment par son activité dans différentes revues.



Zama

Le Zama de Jean-Jacques Viton, c’est avant tout un poème en trois parties (ou trois poèmes) publié fin 2012. Dès les premiers mots, le ton est donné : « n’importe où mais n’importe où / contient un vague goût de quelque part ». Ces vers, comme un leitmotiv tout au long du poème, annoncent sans ambages que Viton a la ferme intention d’emmener le lecteur aussi loin que celui-ci le suivra.

Zama, en arabe, c’est aussi une expression traduisible par « tu parles » ou « allez ça va ! ». Dans ce livre, c’est également le nom d’un personnage candide et aliéné que l’on retrouve au fil des pages.

Ce poème en prose en trois actes, dénué de toute ponctuation, sème la confusion et crée l’ambiguïté. Le lecteur ne peut que s’en remettre à son libre-arbitre pour progresser dans les dizains et en saisir le sens, à coup de plusieurs relectures.



Une épopée poétique

À la manière d’un aède du XXIème siècle, Viton nous conte l’épopée poétique de Zama, personnage vague et incarnation tantôt de l’auteur, tantôt du lecteur mais surtout Zama semble être une illustration universelle de chacun.

Dans un rythme à nous faire perdre haleine, les mots et les idées s’enchaînent dans le cadre d’un voyage débordant autour du monde et faisant fi de la temporalité. L’univers de Zama est sans frontière. La poésie narrative faisant toujours écho à la poésie imagée, on ne peut que se laisser transporter dans cet ailleurs qui est pourtant ici et là.

Sans aucun doute, le fil conducteur de Zama est le voyage. Un voyage qui défie le temps et l’espace pour mieux déambuler à travers tout ce qui compose le monde. Viton énonce avec justesse les mouvances d’un univers qui ne cesse d’alterner entre bouillonnement et placidité.

La poésie est le porte-parole de ce voyage mais se retrouve aussi ancrée en tant que telle, comme une lueur qui flotte au-dessus de la tête des hommes sans que ceux-là soient capables de la saisir.

 

« de l’arc d’un pont en fer sur boulevard
pendent des lanières de papiers écrits »

 

Le voyage de Zama est une odyssée à travers sens et sensations, tout interpelle le lecteur, qu’il s’agisse de ses goûts ou de son imagination. Bon gré, mal gré, l’attention du lecteur devient vite totale.



Une fresque artistique

Comme le poème a fait appel à nos sens, il requiert aussi notre sensibilité artistique d’un bout à l’autre du voyage. Lire Zama, c’est comme avoir l’œil dans l’objectif d’une caméra en travelling. Pourtant, cela va même plus loin. Les arts sont enchevêtrés, Viton va au-delà des cadres de chaque art pour n’en faire plus qu’un au sein de son poème. La poésie est-elle ici cinéma ? photographie ? tableau ?

Les représentations d’un autre art dans le poème sont parfois évidentes, notamment lorsque qu’au cours de la promenade, le lecteur se retrouve plongé dans le western :

 

« Zama entre dans une ville de l’ouest
arrête son cheval devant le drugstore
n’attache pas les rênes
deux tours libres suffisent
autour d’une barre horizontale
une autre vie commence »

 

 

Mais le lecteur peut aussi se retrouver facilement projeté dans le cadre d’un tableau urbain :

 

« accumulations de lignes avenue boulevards
Impasses en rouge ponts et carrefours en pointillés
traits jaunes pour les corniches et les plages
créneaux pour les quais et bassins
aucun mur indiqué mais le rebut n’est pas rien »

 

Alors que dans la première partie, intitulée « Zama ne va pas souvent à la campagne », l’art à l’honneur et le plus en concordance avec ce voyage jusqu’alors plus effréné, c’est l’art cinématographique, alors que c’est plutôt l’art de la photographie qui s’impose dans la deuxième partie, « Zama dit que son existence lui échappe ». Ces deux arts ont en effet leurs caractéristiques propres et le poète semble ici s’en servir comme symbole d’un rythme de ce qui est capté à travers les procédés de travelling ou bien de prise instantanée.

De fait, dans la deuxième partie plus orientée vers des souvenirs, la photographie (« clic ») est cette image qui conserve de façon vive et instantanée la furtivité et la netteté d’un moment. Elle se révèle même substitut de la mémoire. Elle est l’arme qui permet de lutter contre sa propre désorientation afin de mieux se retrouver, quand bien même le souvenir serait douloureux et persistant.

À l’inverse de ces arts indélébiles car matériels, le poète évoque aussi l’art vivant : le théâtre. Il en reprend une caractéristique première, soit le miroir de l’agissement des hommes. Du cauchemar au castelet, la frontière semble mince. Le théâtre de marionnettes est un spectacle cauchemardesque. Spectacle vivace dans ses souvenirs, il l’est tout autant aujourd’hui car c’est toujours la même histoire que les hommes reproduisent. « Zama n’évolue pas ».



Souvenirs et persistance

De façon récurrente, le thème de la Seconde Guerre mondiale est abordé par le biais d’images souvent succinctes qui apparaissent au détour d’un vers. Le poète semble hanté par ces souvenirs de guerre, ces visions de camp de concentration ou de trains de déportation.

 

« fin de jardin
on reste immobile devant le grillage
où s’accroche le portant d’une fenêtre cassée
nappe enveloppante fatigue et désarroi
une odeur mélangée poussière et sueur
campagne en plein soleil silence moiteur
vision du train arrêté dans une gare vide »

 

Dans la partie « Zama dit que son existence lui échappe », il se remémore les souvenirs comme si cela n’avait été qu’un rêve. Ici, il alterne et associe vision cauchemardesque et souvenirs de guerre en entrant dans la confusion lui-même. Tout semble souvent désorienté, les événements sont saccadés et sont l’expression de l’horreur. Ces réminiscences semblent bloquer la continuité de la vie, ramenant sans arrêt le lecteur aux images de guerre. Viton, ou Zama, cherche par l’évocation de tout cela à raconter l’ineffable, comme s’il s’agissait de la condition sine qua non pour que l’homme puisse avancer et se libérer de son passé.

Cependant d’autres souvenirs, propres à ce que semble avoir vécu Viton, transparaissent. De la guerre au premier fantasme sexuel, tout semble devoir être dit. Pour cette dernière image, le poète ne laisse pas longtemps de répit au lecteur et sous forme de chute ironique, on se rend vite compte que « le premier corps nu d’une femme » entr’aperçu « c’était celui de sa sœur ».

Dans son cheminement à travers l’espace et le temps, l’auteur ne s’en tient pas à ces souvenirs de guerre. Comme il le répète inlassablement, « Zama n’évolue pas ». Ainsi, à quelques reprises dans le poème, Jean-Jacques Viton s’attache à dénoncer sous forme de brève déclaration ce qu’il se passe de nos jours. Dès les premiers vers, il évoque des faits qui ne peuvent que susciter chez le lecteur une interrogation quant à leur légitimité aujourd’hui. Malgré la persistance des souvenirs, l’existence de photographies ou de bandes cinématographiques, rien n’empêche l’histoire de se répéter. L’homme est ancré dans un cercle vicieux. À travers ces dénonciations et accusations lapidaires faites aux hommes, Viton ne peut se résoudre à faire de ces brefs pamphlets un manifeste pour la condition humaine. Il nous apostrophe et nous appelle à réfléchir. Il commence par citer le classement édité par Reporters sans Frontières : « au classement mondial 2009 Liberté de la Presse / 43 est le rang de la France sur 175 classés », et jusqu’au bout il critique toute sorte d’anomalie :

 

« pourquoi choisir prélèvement mot de laboratoire
pour dire abattu mot de boucherie
comment à l’approche d’une côte parler
des roches couvrant et découvrant
ou d’une épave qui ne couvre jamais
ou d’une épave dont seul le mât découvre
que dire des caisses entières de coupe-faim
déversées en Afrique par nos laboratoires »

 

Tout peut être sujet à critique. Ici, le poète s’insurge contre la faiblesse des mots en comparaison de ce qu’ils désignent. Vraisemblablement, il met en avant ces euphémismes ridicules pour dénoncer les actions vaines et discutables de certains hommes aujourd’hui.



Avis

Dès les premiers dizains, Viton nous happe dans un rythme effréné au travers du temps et de l’espace. Une fois la lecture commencée, il est difficile de s’y arracher. Si toutefois cela vous arrivait, vous prendriez le risque, en reprenant votre lecture plus tard, de perdre le fil de la pensée aiguisée de Jean-Jacques Viton avec laquelle il enlève son lecteur dans les recoins les plus extatiques et lointains de son univers.

On se laisse transporter à dos de cheval, à bicyclette ou par des bonds proches du zapping télévisuel dans un tableau mouvant et critique auquel on adhère ou non, mais qui pousse à réfléchir quoiqu’il arrive.

Liens vers une lecture de Zama par Jean-Jacques Viton : http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=e7JpjHt0ePo


Mathilde, 1ère année bibliothèques

 

 

 

Par Mathilde - Publié dans : Poésie
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Dimanche 19 mai 2013 7 19 /05 /Mai /2013 07:00

traducteur de comics.

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À l’occasion d’un petit mais fort sympathique festival de BD, nous sommes allés à la rencontre d’Edmond Tourriol. Scénariste de BD et d’euromanga, il est également traducteur de comics et lettreur. Nous lui devons la traduction du célèbre titre Walking Dead. C’est en sa qualité de traducteur que nous nous sommes intéressés à son travail et au studio Makma.
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 Le studio Makma a été fondé en 2001 par Stefan Boschat et Edmond Tourriol. Il est spécialisé dans l’image et la bande dessinée. Les artistes de l’équipe interviennent à tous les niveaux de la création : scénario, encrage, crayonné, couleur, lettrage… Ce studio rassemble une quarantaine d’auteurs de BD du monde entier exerçant dans tous les styles (franco-belge, comics, manga…). Parmi quelques projets, on peut citer Banc de touche, Zeitnot, Urban Rivals qui sont les plus connus.

Makma s’occupe aussi de traduction, notamment Walkind Dead, mais aussi Invincible, Wonder Woman, Green Lantern et autres superhéros.



Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel ?
 
Lorsque j’étais petit je lisais de nombreux magazines de super-héros, qui publiaient les versions françaises des comics américains. J’ai tout de suite été très emporté par ce genre. J’ai d’ailleurs appris à lire dans ces bouquins-là, avant même de savoir lire à l’école. En somme, à l’âge ou d’autres voulaient être pompiers ou princesses, je voulais être scénariste.
 
En grandissant, j’ai suivi un cursus simple, comme tout le monde. À savoir, j’ai passé mon bac et je suis allé à la fac jusqu’à obtenir un niveau de licence en communication.
 
Après mon service militaire et mon mariage, j’ai lancé ma propre société,  les studios Makma. Cependant, ils ne marchaient pas. J’ai alors travaillé au Quick et fait les vendanges pour m'assurer un salaire. Ça ne me plaisait pas, je ne voulais pas avoir un métier physique, je voulais raconter mes histoires. Pendant un temps, j’ai fait de la BD en amateur. Avec des amis, on faisait des fanzines, et on les vendait sur des salons de BD, ce qui nous a permis de connaître des professionnels et nous construire un premier réseau.

C’étaient des fanzines du type comics américains et on les faisait avec le studio associatif Climax. Au total, on en a fait une cinquantaine, et ça m’a permis d’apprendre sur le tas.
 
Un ami, Jérôme Vicky, était déjà traducteur et rédacteur- traducteur dans une agence de presse. Surmené avec les événements du 11 septembre et leur médiatisation, il m’a délégué quelques-unes de ses traductions de comics. Il travaillait alors avec Semic. Le personnel de Semic m’avait déjà repéré grâce à mon activité sur les salons. On a fait un essai et cela a fonctionné.
 
En 2001, j’ai fait mon premier test de traduction. J’ai traduit des séries « mineures », telles que celle de l’univers de CrossGen, au début pour un petit éditeur qui avait beaucoup d’ambition. Cet éditeur s’était lancé aux États-Unis avec beaucoup de moyens mais s’est planté en France, et du coup tout s’est arrêté. Pour moi ce n’était pas grave puisque j’avais une petite réputation. J’ai continué à faire des traductions chez DC Comics, Semic ou d'autres. J'ai d'ailleurs fait une première traduction de Walking Dead, qui a fait un bide chez Semic. Ce qui montre leurs faiblesses. Plus tard, Delcourt a racheté à Semic les droits de certaines séries de comics. Ils ont notamment décidé de relancer Walking Dead, et Invincible, les deux grands titres du scénariste Robert Kirkman. Lorsqu'ils m'ont demandé si je voulais continuer à traduire ces séries, j'ai tout de suite accepté. J’avais assez peu de ressources en tant que traducteur, et cela m’a permis de relancer ma carrière de scénariste. Ainsi pendant deux ans, j’ai traduit uniquement Walking Dead et Invincible pour Delcourt. Cela me laissa du temps pour la création de scénario, ma volonté première.

La crise a ensuite fait que les éditeurs ont préféré traduire que créer, car cela coûte moins cher de racheter des droits. D'ailleurs cet élément compte pour mon entreprise actuelle. Au studio Makma, on est plusieurs à faire des activités de traduction, de création de scénarios et de lettrage. Notre pluridisciplinarité nous permet de répondre à des  demandes variées, ce qui nous donne une bonne image.
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Du point de vue des activités scénaristiques, nous avons publié le premier tome de la série Banc de Touche et d'autres titres aux éditions Kantik. En décembre 2011, ces éditions ont mis la clé sous la porte. Au-delà des droits d’auteurs impayés (ce 1er tome avait bien cartonné), la conséquence la plus dramatique pour ma carrière a été que tous mes contrats de scénariste sont tombés à l’eau. Ainsi, pas de suite pour Urban Rivals. Pas de spécial PSG ou Euro 2012 pour Banc de Touche. Pas de deuxième tome pour Morsures. Bref, tout ce que j’avais prévu comme activité pour 2012 a été annulé.

Malgré tout, je m’en tire bien. Si on ne me paye plus pour écrire mes histoires, j’ai toujours celles des autres à traduire. Et cette année, c’est l’explosion. Avec mes collègues et amis du studio Makma, nous travaillons désormais pour la quasi-totalité des éditeurs de comics VF : Delcourt, Urban Comics, Glénat, Panini… À titre personnel, je me suis retrouvé, entre autres, aux commandes des adaptations de Walking Dead, Invincible, Green Lantern (les trois séries publiées dans le mensuel GL Saga), Aquaman, Wolf-Man

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Quelle est la spécificité du lettering. La traduction semble très en lien avec le graphisme ?
 
Il y a deux manières de considérer le lettrage. Le réel travail de lettrage est le lettrage à l’américaine, c’est l’art de positionner les lettres de telle sorte que la lecture soit naturelle. Quand un Occidental lit, son œil occidental fait un « z », un mouvement du haut en bas, de la gauche vers la droite.



La problématique du genre implique-t-elle une difficulté particulière pour le traducteur ?
 
Oui, on retrouve notamment le lien que tu évoquais avec le graphisme. En moyenne, un texte français prend 20% de place de plus qu’un texte anglais. Pour que le texte soit adapté à la taille des bulles, le traducteur est souvent contraint de réduire son volume. En ce sens, quand tu traduis une bande dessinée, la contrainte est plus forte qu’en littérature.

Il faut aussi corriger les onomatopées, traduire des détails (des journaux, des lettres qui sont dans le coin d'une bulle), travailler le graphisme. Le graphisme est très important, mais Makma est cool pour ça.

Puis, en tant que traducteur de comics américains, je suis souvent obligé de traduire des dialogues comportant des mots fourre-tout dont le plus bel exemple est le mot cool. À propos, un site récemment lancé par le Ministère de la Culture est dédié à l’adaptation française du jargon anglo-saxon qui fleurit un peu partout, sur les blogs, dans les émissions de télé-réalité ou chez votre voisine. C'est vraiment intéressant.
 
Autre chose, on a souvent des surprises lorsqu’on traduit un comics. Hé oui, si. En général, quand on traduit un bouquin, on le lit de préférence avant. Dans notre cas, c'est souvent impossible. Si la parution n’est pas finie, cela influe sur la traduction et le choix de certains termes. Par exemple, on peut avoir des personnages que nous croyons être des hommes alors que ce sont des femmes. En quelque sorte, il faut bosser en flux tendu, ce qui peut faire émerger des contresens.


 
Quels sont vos conseils pour quelqu’un qui voudrait être traducteur ?
 
Le plus important, c’est de travailler son réseau professionnel. Tes connaissances et tes capacités te permettent de garder ton boulot mais pas de le trouver. Il faut être présent et visible sur Internet. Il faut faire une activité de critique de BD sur Internet, gagner son image sur Internet. Par exemple, le scan trad, bon déjà c'est illégal, mais surtout j'ai l'impression que ceux qui le font traduisent le plus vite possible sans songer à la qualité. Pourvu qu'ils soient les premiers à inscrire leur signature sur leur travail. Enfin, il faut choisir ses stages et être cohérent, pas aller chez papa et maman.


 
Combien étiez-vous dans le fanzine ?
 
On était une vingtaine, c’était un fanzine de heavy-métal. On a interviewé des groupes de métal. C’est comme ca que j’ai appris la maquette.
 


À quoi ressemble la journée idéale d’un traducteur ?
 
Je travaille à la maison et je jongle avec les horaires de mes enfants.
 


Avez-vous des rapports avec les auteurs ?
 
Si je peux, oui. Par exemple, Robert Kirkman est très difficile à joindre, il est à la fois sur l’adaptation de sa série et sur la suite de Walking Dead, sans oublier les à-côtés. Sinon, pour la traduction de Firik Ouest pour Glénat, je suis en contact avec le dessinateur, le coloriste, et le scénariste. J’essaie de contacter les partenaires si j’en ai la possibilité.


Propos recueillis par Clémence, Roxane et Alexis, lp bibliothécaire


Bibliographie d’Edmond Tourriol en tant que traducteur

Avengers X-Men : Les Liens du sang. Panini comics 2012.

DC comics : les super-héros s'affichent : 100 couvertures mythiques détachables. Huginn & Muninn : 2010

BEATTY, Scott. Wonder Woman, l’encyclopédie de la princesse amazone. Semic éditions : 2004

BLACK, Holly. Le Cercle, Vol. 1. Les Liens du sang. Milady : 2011

CLAREMONT, Chritopher. X-Men : L’Intégrale. 1989, Vol. 1. Panini comics : 2013

DEFALCO, Tom. Hulk : l’encyclopédie du titan vert. Semic : 2003

ELLIS, Warren. Anna Mercury, Vol. 1. Sur le fil du rasoir. Glénat : 2012

FAERBER, Jay. Dynamo 5. Merluche : 2010

GEOFF, Johns. Flash, Vol. 1. Semic : 2004

GEOFF, Johns. Green Lantern, Vol. 1. Sinestro. Urban Comics : 2012

GEOFF, Johns. Justice League, Vol. 1 et 2. Urban Comics : 2013

JOHNSTON, Anthony. Daredevil. Panini Comics : 2013

JURGENS, Dan. Heure zéro : Crise temporelle. Semic : 2004

JURGENS, Dan. Superman : Jour de deuil. Semic : 2004

KANE, Bob. Batman : 1939-1941. Semic : 2005

KIRKMAN, Robert. Invincible : Vol. 1 à 7. Delcourt : 2006

KIRKMAN, Robert. Walking Dead : Vol. 1 à 17. Delcourt : 2013

KIRKMAN, Robert. Walking Dead : Vol. 1 : La Mort en marche. Delcourt : 2005

KIRKMAN, Robert. Wolf-Man : Vol. 1 à 4. Glénat : 2012

LEE, Stan. Starborn Vol 1 et 2. EP Emmanuel Proust éditions : 2011

LOEB, Jeph. Batman : Silence, Vol. 1à 3. Semic : 2005

LOEB, Jeph. Superman-Batman Vol. 1. Semic : 2005

MARZ, Ron. La Voie du samouraï, Vol. 1 à 3. Semic : 2003

MARZ, Ron. Sojourn, Vol. 2. Semic : 2004

MOORE, Steve. Hercule, Vol.1 et 2. Milady : 2011

MUNNIN. Alan Moore : une biographie illustrée. Mediatoon Publishing : 2011

SIEGEL, Jerry. Superman : 1939-1940. Semic : 2005

 

 

WALLACE, Daniel. Batman : l’encyclopédie. Huggin & Muninn : 2012

 

Liens 

 

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Par Clémence, Roxane et Alexis - Publié dans : traduction
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Samedi 18 mai 2013 6 18 /05 /Mai /2013 07:00

La Friche Belle de mai 16 mars 2013

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Dans le cadre des journées Made in Friche, l’association La Marelle et les éditions Le bec en l’air, de Marseille, organisaient samedi 16 mars 2013 la lecture d’extraits du roman Numéro d’écrou 362573, paru le 14 mars dans la collection Collatéral. Cette lecture, assurée par l’auteur lui-même, était accompagnée par la projection de photographies prises par Anissa Michalon. En effet le principe de la collection Collatéral est de réunir dans un même livre au format de poche, un texte et des photographies.



L’auteur

Né en 1975, Arno Bertina est un auteur prolifique. Il a publié entre 2001et 2006 trois romans qui forment un ensemble cohérent : Le Dehors ou la Migration des truites, Appoggio et Anima Motrix. Il est aussi le co-fondateur de la revue Inculte. Il écrit souvent en collaboration, soit avec d’autres écrivains, comme Une année en France avec François Bégaudeau et Olivier Rohe, soit avec des photographes, Détroits avec Sébastien Sindeu et Borne SOS 77 avec Ludovic Michaux. Numéro d’écrou 362573 est son dernier roman.

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L’origine du livre

Le livre est né de la rencontre entre la photographe Anissa Michalon et l’écrivain Arno Bertina à la Villa Médicis de Rome, où ce dernier était résident en 2004-2005. C’est à cette époque qu’Anissa Michalon commence un travail sur la communauté malienne de Montreuil. Après plusieurs échanges et la rencontre d’Anissa Michalon avec Idriss, immigré sans-papiers, Arno Bertina a l’idée d’écrire un texte pour accompagner les photographies et en faire un objet qui s’inscrirait dans la collection Collatéral des éditions Le bec en l’air, à laquelle il a déjà collaboré avec Borne SOS 77 en 2009. Si pendant plusieurs années, Arno Bertina ne savait pas trop de quelle manière aborder ce sujet, c’est en 2012, lors d’un voyage à Alger qu’il trouve la solution : il est alors impressionné par la gentillesse des Algérois avec les touristes étrangers, dont ils ont été privés pendant les vingt dernières années à cause de la guerre civile. Alors naîtra le personnage d’Ahmed, purement fictionnel, qui sera le double littéraire du vrai Idriss.

Le livre sera écrit lors de deux résidences d’auteur, au Château de Chambord, puis à la Marelle, à Marseille. Arno Bertina ayant déjà travaillé avec les éditions Le bec en l’air, il avait une idée précise de la manière dont il voulait articuler la fiction littéraire avec les photographies. Il fut décidé de ne pas intégrer les images au texte, mais de les mettre à la fin du livre, pour renforcer le côté fictionnel du récit et éviter que les photographies ne soient qu’une simple illustration.

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Photo Anita Michalon

 

 

L’histoire

Le narrateur, Idriss, immigré malien et sans-papiers, partage une chambre dans un foyer avec un compatriote qui travaille la nuit. Ils partagent ainsi le même lit à tour de rôle. Dans la journée, Idriss fait le ménage et marche beaucoup. Il doit passer le temps et préfère éviter le métro où les risques de contrôles policiers sont trop importants. Lors d’une de ses marches dominicales, il rencontre Ahmed, émigré algérien, dont la caractéristique principale est la gentillesse et sa volonté d’inviter tous ceux qu’il rencontre à venir chez lui en Algérie. Ils vont passer beaucoup de temps ensemble, mais finalement se parler assez peu. Idriss ne saura pas dire sa souffrance lors du décès d’un compatriote dans le foyer où il réside. Souffrance non pas parce qu’ils étaient proches, au contraire, mais parce que la solidarité obligatoire entre Maliens immigrés lui coûte cher (au sens littéral du terme) et lui rappelle ses obligations financières envers sa famille au village. Il ne pourra pas non plus raconter la douleur que lui occasionnent les appels téléphoniques vers le Mali, où il aimerait tant retourner, ce que son absence de papiers interdit. Et c’est ainsi, qu’il va apprendre, presque par hasard, qu’Ahmed est en prison pour viol sur son ex-compagne, et qu’il se suicide après deux ans de détention. Si dans le texte d’Arno Bertina, le personnage d’Idriss est simple spectateur de sa vie vécue par Ahmed, tous les évènements du récit ont été rapportés à Anissa Michalon par le vrai Idriss. C’est cette ambiguïté que l’on retrouve dans la juxtaposition du texte et des photographies.

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La lecture

Une quarantaine de personnes se sont réunies au Petirama de la Friche La belle de mai, pour assister à la lecture par Arno Bertina. Il y eut d’abord une rapide présentation par le journaliste Pascal Jourdana, qui participe à La Marelle, puis ce fut la lecture proprement dite. Pendant celle-ci, une seule image fixe accompagnait l’auteur, afin de ne pas distraire le public et surtout, encore une fois, pour éviter l’effet d’illustration. Arno Bertina choisit de lire deux passages du début du livre : la réaction d’Idriss lors de la mort de son compatriote Souleymane, d’abord la charge financière que cela représente, puis une réflexion plus spirituelle sur la mort, mais aussi sur sa vie pauvre en France. Ces deux passages représentent 14 pages sur un texte qui en fait 70, soit une part importante. Et ce sont aussi les parties qui sont le plus faciles d’accès. En effet, le récit suit le rythme des pensées d’Idriss, ce qui lui donne une construction souvent décousue, faite de fragments.

 

Un soir que je rentrais en pensant à toutes ces invitations à découvrir un pays merveilleux pourtant quitté, et cherchant – les mains qui tâtonnent, un peu inquiètes – à le soigner de cette tristesse, j’ai appris la mort d’un homme. Souleymane était un ancien du foyer Adona – « chibani » dira Ahmed – et chaque résident faisait ses comptes pour voir ce qu’il pouvait donner à la famille. « On s’est saignés » disent les Français quand ils dépensent pour les études ou les vacances. On se saigne toute l’année, nous, parce que chaque migrant cotise à la caisse de son village reconstitué en France (20 euros par mois, 240 euros pour une année) en ajoutant 30 euros pour le rapatriement de corps (renvoyer un corps au Mali coûte je crois 6000 euros). Il y a aussi, à chaque fois, une collecte supplémentaire. Pour la famille du mort. Au mieux, on gagne 900 euros par mois, 1000. Si on a une chambre en foyer, c’est 300. Reste 600, si on n’a pas contracté de dette auprès du coaxer – qui fait payer le visa 3 millions de francs CFA. On envoie la moitié du reste (300 peut-être) au Mali, et elle fait vivre vingt personnes, toute une concession, alors que l’autre moitié – une fois la cotisation prélevée – suffit à peine à me faire à manger. Alors pour la quête exceptionnelle, c’est compliqué. Mais on ne réfléchit pas, surtout pas – ce serait la honte de ne pas donner le plus que l’on peut ; ça nous mettrait à l’écart de l’association, du village reconstitué, et là-bas ceux de la concession auraient à supporter la honte aussi.

 

La lecture, qui dura vingt minutes, fut suivie de la projection de photographies d’Anissa Michalon, celles qui sont dans le livre, mais beaucoup d’autres, prises dans les foyers où vivent les Maliens, mais surtout dans les villages au Mali, où l’on observe notamment la construction de grandes maisons, grâce aux versements effectués par les immigrés vivant en France.

Enfin, à la suite de la projection, une discussion informelle eut lieu entre Arno Bertina, le journaliste Pascal Jourdana, et l’éditrice Fabienne Pavia. Cet échange permit d’aborder les idées qui ont présidé à la conception de ce livre, depuis l’écriture du texte par Arno Bertina, jusqu’à l’organisation du texte et des photographies. Aussi bien les auteurs que l’éditrice firent très attention à ce que les deux éléments se placent sur des terrains différents, afin de ne pas s’annuler mais plutôt de se compléter. Il était clair pour eux qu’il s’agissait non pas d’un reportage, comme les photographies pourraient le laisser penser, mais d’une fiction, voire d’une bio-fiction. D’où la construction du livre qui mélange tous les éléments, avec trois parties bien marquées : le récit, les photographies et les légendes des photographies, écrites par Anissa Michalon, qui font le lien entre fiction et réalité.

 

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Photo Anita Michalon

 

Bibliographie d’Arno Bertina

Le Dehors ou la Migration des truites, Actes Sud, coll. « Domaine français », 2001 ; rééd. coll. « Babel », 2003.
Appoggio, Actes Sud, coll. « Domaine français », 2003.
 Anima motrix, Verticales, 2006.
J'ai appris à ne pas rire du démon, Naïves, coll. « Sessions », 2006.
Anastylose avec Bastien Gallet, Ludovic Michaux et Yoan De Roeck, Fage, 2006.
Une année en France avec François Bégaudeau et Oliver Rohe, Gallimard, 2007.
Ma solitude s'appelle Brando. Hypothèse biographique, Verticales, 2008.
La borne S.O.S. 77 avec le photographe Ludovic Michaux, Le bec en l'air, 2009.
Détroits avec le photographe Sébastien Sindeu, Le bec en l'air, 2012.
Je suis une aventure, Verticales, 2012.
Numéro d’écrou 362573, avec la photographe Anissa Michalon, Le bec en l’air, 2013

 

 

Pour la jeunesse

Énorme avec le collectif Tendance floue, Thierry-Magnier éditeur, 2009.
Dompter la baleine, Thierry-Magnier, coll. Petite Poche, 2012.

 

 

Pour aller plus loin

Le site des éditions Le bec en l’air : becair.com

Le blog tenu par Arno Bertina lors de sa résidence au château de Chambord, autour de l’écriture de Numéro d’écrou 362573 : sebecorochambord.livreaucentre.fr

Un entretien d’Arno Bertina avec Pascal Jourdana pour une radio marseillaise : radiogrenouille.com/audiotheque/a-lair-livre-arno-bertina


Christophe, AS édition-librairie



Par Christophe - Publié dans : EVENEMENTS
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Vendredi 17 mai 2013 5 17 /05 /Mai /2013 07:00

mercredi 20 mars
 Librairie Papageno

Clermont-Ferrand

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Albane Gellé en pleine lecture de ses textes

 

C’est dans une ambiance confortable et axée sur le partage qu’Albane Gellé a rencontré, ses lecteurs ce mercredi après-midi au milieu de la  librairie Papageno, autour de son élément, le rayon poésie. En cette semaine de la poésie, dix sept adultes sont venus assister à cet événement. Mais ils n’étaient pas seuls puisque treize enfants, certains venus avec leur institutrice dans un cadre scolaire et d’autres non, remplissaient également l’espace réservé aux spectateurs. C’était donc une réunion trans-générationnelle autour d’un genre littéraire tout aussi universel.
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Albane Gellé a commencé par effectuer quelques lectures de poèmes choisis dans trois de ses recueils : L’air libre, paru aux  éditions Le dé bleu, Je, cheval, publié aux  éditions Cheyne et Nous valsons, paru aux  éditions Potentille. À l’image de ses écrits, sa lecture était saccadée tout en étant très douce et sa voix était posée. Aucune théâtralisation inutile, juste un peu de ton glissé lorsqu’il le fallait, le tout mêlé d’un brin de nostalgie dans la voix de la poétesse.
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Puis le public a pu intervenir et un échange a débuté. Encouragée par les questions, Albane nous a confié qu’elle ne pouvait définir elle-même ses poèmes et que le public était seul juge. Elle a également précisé que ses écrits n’étaient pas spécialement à destination des enfants, bien que nous soyons dans une librairie spécialisée jeunesse, mais que l’avantage de la poésie était l’absence de ce cloisonnement entre les âges. Dans l’idéal on écrit pour n’importe qui. Daniel, libraire, a d’ailleurs complété ses propos en disant que c’était l’éditeur qui choisissait la cible des livres, souvent à mauvais escient.

La poétesse nous a ensuite expliqué pourquoi le thème du cheval revenait si souvent dans ses écrits, nous indiquant que cela venait d’une de ses passions et que le cheval avait toujours été présent dans sa vie, raison pour laquelle il se retrouve inévitablement dans sa poésie. Monter à cheval et écrire lui donne la même sensation, celle de la liberté et de la prise de risque. « Dans l’écriture, dit-elle, c’est la langue qui est le cheval. »
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Les enfants ont par la suite expliqué le contenu de leur travail sur les poèmes d’Albane Gellé en nous précisant que le thème avait été : « en toutes circonstances ». Les enfants ont travaillé sur les animaux en rédigeant des poèmes sur le modèle de ceux d’Albane et le projet finalisé a pu trouvé place dans la vitrine de la librairie.

Les questions ont repris et Albane nous a parlé de son travail d’écriture. Elle nous a expliqué qu’elle n’écrivait pas sous l’inspiration mais qu’elle était davantage dans un état d’attente permanente, de traduction de ce qui l’entoure et des sentiments que cela lui inspire. Elle rédige ensuite à partir de ses prises de notes.

L’évolution dans son style a également été abordée. Elle composait antérieurement ses poèmes sous forme de petits blocs de prose avant de passer à une écriture en vers à partir du recueil Nous valsons. Elle nous a confié son actualité, un nouveau projet, d’album cette fois, dont le texte garde toujours cette tension des mots qu’elle chérit.

Après quelques anecdotes sur la relation auteurs/éditeurs, la poétesse nous a révélé son outil pour trouver le bon mot et la bonne idée : le thésaurus, afin de ne pas ressasser le même vocabulaire mais d’innover et de partir ailleurs. Cependant, les idées lui viennent en écrivant. Elle ne choisit pas un thème avant de se lancer dans l’invention. Les mots sont le fondement de ses poèmes. Son dernier recueil représentait une contrainte presque oulipienne avec une forme de poèmes très courts en blocs. Nous avons cependant appris que cette singulière manière de composer lui est venue lors du processus d’écriture et n’était pas une contrainte préétablie comme pourrait le faire Philippe Longchamp, qui se donne des contraintes juste après son premier vers.

Un enfant a clos la rencontre en avouant qu’il trouvait que Je, cheval était un titre bizarre. Et Albane de répondre : « C’est ça qui est bien avec la poésie, on peut faire des choses bizarres. » Une belle célébration de la liberté, en vérité !


Sarah Chamard, 2e année édition-librairie.

 

 



Par Sarah - Publié dans : Poésie
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Jeudi 16 mai 2013 4 16 /05 /Mai /2013 07:00

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Francis Scott FIZTGERALD
Gatsby le Magnifique
Traduit de l'anglais (États-Unis)
par Jacques Tournier
Suivi de Dear Scott/Dear Max
Correspondance traduite de l'anglais (Etats-Unis)
par Nicole Tisserand
Grasset, 1974
Collection Le Livre de Poche

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fiztgerald, voix de la « Lost Generation »

Francis Scott Fitzgerald est né le 24 septembre 1896 à Saint Paul, dans le Minnesota, en plein cœur d'un Middle-West américain en pleine expansion industrielle et transformation des mœurs. C'est cette année de naissance qui déterminera, plus encore que les sources d’inspiration de ses œuvres, jusqu'à ses propres décisions de vie. En 1914, au début de la Première Guerre mondiale, Fiztgerald a tout juste 18 ans. Ce sont cet âge et son implication, bien qu'avortée, dans cette guerre qui le placent avant même ses premiers écrits comme membre d'une génération « maudite » de l'histoire des États-Unis. En effet, la « Génération perdue », « Lost Generation », est une génération d'abord sociale avant de devenir intellectuelle : elle désigne ces jeunes gens, majoritairement des hommes, nés entre 1883 et 1900, témoins privilégiés puisque désabusés du premier véritable conflit international. Qu'ils aient directement participé au conflit ou pas, tous ont entamé les années 20 transformés, comme perdus durant ces quatre années.

De nombreux intellectuels ont représenté cette génération. Selon la légende, son nom même viendrait d'une scène de vie d'une grande artiste américaine, Gertrude Stein, qui raconta à Ernest Hemingway qu'un jour, en allant chercher sa voiture après une réparation, ne se trouvant pas satisfaite du résultat, elle le fit remarquer et entendit alors le patron crier à ses mécaniciens : « You are all a génération perdue ». Hemingway popularisa le terme dans son roman Le soleil se lève aussi. Mais c'est Fiztgerald qu'on considère toujours aujourd'hui comme le chef de file intellectuel de cette génération, car plus vieux qu'Hemingway de six ans, et romancier avant lui, il regroupe toutes les caractéristiques d'écriture nécessaires dès sa première œuvre, L'Envers du Paradis, publiée en 1920. Quelles sont-elles ? Tout d'abord, une plume vive, presque aigre-douce, qui parle du tragique avec des mots légers et évoque le futile sur des chapitres entiers. Ce sont principalement des personnages sans but, qui errent dans des décors enchanteurs mais irréels, qui échangent des mots mais n'entendent qu'eux-mêmes. De nombreux autres écrivains utiliseront ces codes, donc John Steinbeck, T.S. Eliot, et John Dos Passos, pour ne citer que les plus connus.

Cependant on peut garder en tête le cas de Francis Scott Fiztgerald comme l’un des plus caractéristiques : outre cette voix désespérée et légère à la fois que l'on attribue aux auteurs perdus, Fitzgerald sera également tout au long de son œuvre, et particulièrement dans Gastby le Magnifique, un des plus importants représentants d'un mode de vie, d'un courant de l'histoire qui dura tout au long des années 20 aux États-Unis. On pense aux « années folles », dites aussi « l'Ère du Jazz », peuplée de jeunes gens fortunés, en quête de plaisirs rapides, et dont la situation sombrera brusquement dans la terrible crise économique de 1929.



Gastby le Magnifique, une fresque des années folles

Le roman de Fiztgerald, qui a, à sa sortie, connu de la part du public un succès modéré voire faible, peut être considéré dans sa majeure partie comme une véritable fresque des années folles par ses ambiances, ses scènes coupées du monde, mais surtout ses personnages complexes et frivoles.

Tout d'abord, le roman se déroule sur une période très courte mais emblématique : nous sommes à l'été 1922, sur l'île de Long Island. Le choix de la saison est peu vraisemblablement fait au hasard : l'été est la période favorite de Fiztgerald, la période de toutes les promesses et de toutes les aventures. Cette passion pour la saison estivale lui vint lors de l'été 1918, lorsque jeune sous-lieutenant en poste au camp de Montgomery, il rencontra au cours d'une fête sa future femme et l'amour de sa vie, Zelda Hayres. Cet été-là, en plus de changer sa vie, va lui donner le goût parfois dangereux des amusements éphémères et de l'alcool, dont il reprend l'ambiance dans les fêtes données par Gastby au cours du roman.

Afin de mieux comprendre le récit et cette période majeure de l'histoire américaine moderne, présentons les personnages principaux, qui sont dans au nombre de six, selon moi.

  • Jay Gastby : Jay Gastby est le héros de ce roman, en même temps que le personnage le plus furtif, celui qui s'accroche et fuit beaucoup, avec son homologue féminin Daisy. On apprend au cours du roman quelques bribes de la vie –mystérieuse – de Gastby : il serait né d'une famille modeste, des agriculteurs, qui auraient disparu à l’époque de l’histoire. Il aurait passé cinq mois à l'université d'Oxford avant de s'engager dans l'armée et de s'y illustrer comme héros (seule chose à peu près avérée, Gastby montrant ses décorations à Nick). Millionnaire à seulement une trentaine d'années, il aurait bâti sa fortune sur un empire de pharmacies à travers le pays. Il possède l'immense et grandiose propriété voisine de la maison du narrateur, Nick. Dans cette maison colossale (dont il est fait une visite interminable au début du roman), Gastby organise durant tout l'été des fêtes bruyantes et immenses, attirant des centaines de personnes de la bourgeoisie new-yorkaise, pour la plupart inconnues de l'hôte. Lorsque Nick se rend à une de ces soirées pour la première fois, il croise Gastby sans le savoir, et à l'instant où il le reconnaît, voici comment il est décrit :

 

«  Il me sourit avec une sorte de complicité – qui allait au delà de la complicité. L'un de ces sourires singuliers qu'on ne rencontre que cinq ou six fois dans une vie, et qui vous rassure à jamais. Qui, après avoir jaugé le genre humain dans son ensemble, choisit de s'adresser à vous, poussé par un irrésistible préjugé favorable à votre égard. Qui vous comprend dans la mesure exacte où vous souhaitez qu'on vous comprenne, qui croit en vous comme vous aimeriez croire en vous-même, qui vous assure que l'impression que vous donnez est celle que vous souhaitez donner, celle d'être au meilleur de vous-même. Arrivé là, son sourire s'effaça – et je n'eus devant moi qu'on homme encore jeune, dans les trente à trente-deux ans, élégant mais un rien balourd, dont le langage policé frisait parfois le ridicule. Avant même de savoir qui il était, j'avais été surpris du soin avec lequel il choisissait ses mots. » (p.73)

 

  • Nick Carraway : Nick est le narrateur de l'histoire. Il est donc celui qui observe et décrit tous les personnages, leur évolution, leur gloire et leur chute, parfois. Il porte sur les choses un regard très détaché, décrivant les scènes avec une neutralité déconcertante, comme un témoin muet de drames profonds. On sait finalement assez peu de choses sur lui ; étant le narrateur, il ne fait tout au long du roman que sous-entendre certains aspects de son histoire ou de sa personnalité. On le sait donc homme moyen, plutôt sans histoires justement, buvant peu d'alcool et n'aimant pas se faire remarquer. L'information la plus importante le concernant est qu'il est le voisin de Gastby, ainsi que le cousin germain de Daisy et un camarade d'université de Tom. Il décrit brièvement son passé dans ces quelques lignes, au tout début du roman :

«  Ma famille occupe une place éminente dans notre ville du Middle West depuis trois générations. […] Diplômé de Yale en 1915, un quart de siècle jour pour jour après mon père, j'ai très vite été confronté à la tentative avortée d'expansion germanique qu'on appelle : la Grande Guerre. J'ai pris un tel plaisir à cette union sacrée contre l'envahisseur qu'à mon retour je ne tenais plus en place. Le Middle West, que j'avais regardé jusque-là comme le cœur ardent de l'univers, m'évoquait soudain ses confins les plus déshérités. J'ai donc décidé de gagner la côte Est pour y apprendre le métier d'agent de change. » (p. 21)

 

  • Daisy Buchanan : Daisy est un personnage clé de l'histoire, peut-être même peut-on se risquer à dire qu'elle est l'élément central autour duquel va se dérouler la trame dramatique, le fil empoisonné qui mènera à la fin du récit. Daisy est une jeune fille de Louisville, née d'une bonne famille de hauts bourgeois. Belle, innocente, légère et amusante, elle est dès son adolescence un grand objet de convoitise masculine et aime en jouer. Daisy est sans doute le personnage qui est également émotionnellement le plus complexe. Mariée à Tom depuis seulement trois ans, elle a une petite fille qu'elle semble ne voir que comme une petite poupée, qu'on câline un jour et néglige le lendemain. Elle n'est pas heureuse dans son couple mais ose à peine l'avouer, lorsqu'elle dit à Nick que Tom a une maîtresse. Daisy a la position sociale et financière idéale mais comme tout bon personnage de la génération perdue, elle semble éternellement chercher quelque chose de plus, quelque chose de différent. Elle semble également ne jamais être en mesure de se satisfaire de ce qu'elle obtient, et change souvent d'avis. Dans le roman, Daisy incarne le rôle féminin de la femme-enfant, immature mais blessée, forcée à grandir malgré son très jeune âge, futile car arrachée à ses rêves. Nick décrit son charme naturel et intrigant lors de sa première visite chez les Buchanan, dans le premier chapitre :

« Je revins vers ma cousine qui, d'une voix sourde, envoûtante, me posa diverses questions. C'était l'une de ces voix dont l'oreille épouse chaque modulation, car elles improvisent de phrase en phrase une suite d'accords de hasard que personne jamais ne rejouera plus. Son visage était triste et tendre avec de beaux éclats, l'éclat du regard, l'éclat brûlant des lèvres – mais on percevait dans sa voix une note d'excitation dont les hommes qui l'ont aimée se souviendront toujours : une vibration musicale, une exigence impérieuse et chuchotée : 'Ecoutez-moi, écoutez-moi !', l'assurance qu'elle venait tout juste de vivre des instants radieux, magiques et que l'heure suivante lui en réservait d'autres, tout aussi magiques et radieux. » (p. 29)

 

  • Tom Buchanan : Tom est le mari de Daisy, et un ancien camarade d'université de Nick. C'est un personnage à deux facettes bien distinctes : d'un côté, il est le mari exigeant et impétueux, à tendances machistes parfois, souvent paternalistes, qui a la rancune tenace. De l'autre, il est l'amant amoureux et prêt à toutes les folies pour sa maîtresse, Myrtle Wilson. Dans les deux aspects de sa personnalité cependant, Tom a tendance à agir violemment, de manière impulsive, à parler davantage avec son corps qu'avec sa tête. Cela s'explique sans doute par le fait que Tom est un ancien sportif universitaire reconnu, qui a formé sa notoriété sur ses exploits, et sa fortune sur la finance. Il est très riche mais compte beaucoup moins sur l'argent que Gatsby, conscient des réalités. Ainsi il ne sera jamais inquiet de perdre son argent ni même, en définitive, de perdre sa femme. Lorsque Nick le revoit, lors d'une visite chez lui, il fait une description assez acerbe du personnage de Tom :

 «  Il avait bien changé depuis nos années d'étudiants. C'était un homme de trente ans maintenant, plutôt lourd, le cheveu blond paille, la bouche sèche, l'air hautain. Deux yeux perçants et arrogants lui mangeaient le visage et lui donnaient l'air agressif d'être constamment penché en avant. L'élégance presque féminine de sa tenue de cavalier ne parvenait pas à masquer l'incroyable vigueur de son corps. Les courroies de ses bottes vernies semblaient sur le point de se rompre, et quand il bougeait les épaules on voyait rouler, sous sa veste légère, une énorme boule de muscles. C'était un corps capable de la plus extrême violence  ­ un corps de brute. Sa voix haut perchée, enrouée, revêche, accentuait encore cette impression d’agressivité. S'y mêlait un soupçon de condescendance paternaliste à laquelle ses amis eux-mêmes avaient droit. » (p. 26)

 

  • Jordan Baker : Jordan est la jeune amie de Daisy. C'est un personnage qui, comme Nick, avec qui elle aura d'ailleurs une brève idylle, joue un rôle de médiateur au sein de l'histoire. Témoin du triangle amoureux Gastby-Daisy-Tom, elle tente grâce à un détachement et une nonchalance élégants de calmer le jeu lorsque celui-ci s'échauffe. Bien qu'étant la meilleure amie (peut-être la seule) de Daisy, elle ne semble pas parfaitement au courant de l'histoire de celle-ci, encore moins de ses sentiments. Elle ne s'en mêle du moins que rarement. Jordan est une jeune femme plutôt androgyne, très connue puisque championne de golf, au caractère compétitif et indépendant, mais jamais agressif. Le narrateur, Nick, fait d’elle une courte description lors de sa première visite chez les Buchanan, où elle se trouve comme la plupart du temps :

« Je regardai Miss Baker, en me demandant quel genre de « résultats » elle pouvait « obtenir ». Je la trouvais très agréable à regarder. Longue, mince, la poitrine à peine esquissée, le buste d'autant plus raide qu'elle tendant les épaules en arrière comme un jeune élève officier. Son regard gris bleuté, gêné par le soleil, croisa le mien avec la même curiosité déférente, et j'eus l'impression d'avoir déjà vu ce visage – en photographie, tout du moins. » (p. 31)

 

  • Myrtle Wilson : Myrtle est la maîtresse de Tom. Femme exubérante et caractérielle, elle vit avec son mari, pauvre garagiste, aux portes de New-York. Intéressée par l'argent, il n'est jamais clairement énoncé qu'elle éprouve de l'amour pour Tom. Amère de vivre une vie ennuyeuse et grise, elle ne rêve que de s'élever et sitôt dans l'appartement qu'elle habite parfois en ville avec Tom, Myrtle se campe dans un rôle de bonne bourgeoise mondaine, de manière parfois assez ridicule. Elle sera la première victime de l'histoire tragique de Gatsby le magnifique, suivie de près par Gastby lui-même. Nick la rencontre lorsque Tom en personne souhaite la lui présenter, et l’emmène avec lui pour une soirée à New-York. Voici d’elle sa première impression :

« J'ai alors entendu un pas dans les escaliers, et les contours d'une femme assez forte sont venus masquer la lumière du bureau. Trente-cinq ans environ, manifestement corpulente, mais elle supportait ce trop d'embonpoint avec une sensualité naturelle, comme savent le faire certaines femmes. Surmontant une robe à pois, en crêpe de Chine bleu nuit, son visage n'avait ni éclat, ni trace de beauté, mais il émanait d'elle une énergie vitale qu'on percevait d'instinct, comme une braise sous la cendre, une tension de tout le corps prêt à s'enflammer. » (p. 47)

 

 

Gastby le magnifique s'articule principalement autour d'une histoire d'amour que Nick découvrira par une confidence de Gastby à Jordan : lui et Daisy se sont autrefois aimés et visiblement jamais oubliés, malgré le mariage de celle-ci. Gastby va donc chercher à la revoir et la reconquérir, but principal et caché des somptueuses fêtes qu'il organise dans sa villa sur Long Island. Au cours de ces soirées se côtoient des personnalités atypiques, des centaines de personnes surexcitées, qui dansent jusqu'au petit matin sur les pelouses illuminées de Gastby. Celui-ci n’ayant jamais parlé de son histoire à un quelconque invité, de nombreuses rumeurs circulent sur son compte. Nous sommes en 1922, en pleine période de la Prohibition. La Prohibition est cette période de l'histoire américaine durant laquelle, entre 1920 et 1933, la vente et consommation d'alcool furent interdites et réprimées. Ainsi, le commerce parallèle d'alcool devint pour certain une source de fortune ; ces personnes furent appelées les bootleggers, et Gastby, du fait de l'impressionnante quantité d'alcool présente à ses soirées, est particulièrement soupçonné d'en être un ; selon quelques rumeurs plus farfelues il serait un meurtrier en fuite.

Le roman s'articule en deux « parties » pour le moins informelles, mais à peu près égales : sur un roman d'environ 210 pages, la première temps en fait 120 et la deuxième 90. La première partie, des chapitres 1 à 5, représente la période d'ascension de la gloire gastbyenne. Le héros y est au centre des attentions et des discussions : adulé de tous, qui cherchent à attirer son attention, il est en pleine possession de ses moyens et de ses pouvoirs. Cette confiance en lui que possède Gastby à ce moment-là du récit est représentée de manière symbolique par les lumières omniprésentes, partout où il désire en trouver. Le paroxysme de cet éclairage excessif se situe au début du chapitre 5 , notamment dans le passage suivant :

 

« En regagnant West Egg, cette nuit-là, à deux heures du matin, j'ai eu un instant de panique. J'ai cru que ma maison flambait. Une clarté irréelle inondait la pointe de la péninsule, embrasait les jardins, et projetait de petites lueurs d'incendie sur les fils électriques qui longent la route. J'ai compris, au dernier tournant, que ça venait de chez Gatsby. Sa demeure était illuminée de la cave à la tour de guet. J'ai tout d'abord pensé qu'il donnait une soirée, qu'elle s'était transformée en une vaste partie de "Main chaude" ou de "Promenons-nous-dans-le-bois", ce qui avait conduit à ouvrir toutes les pièces. Mais on n’entendait aucun bruit. Uniquement le vent dans les arbres, qui jouait avec les fils électriques, provoquant de petites baisses de courant, et la maison semblait clignoter des yeux dans les ténèbres. Mon taxi s'éloigna en cahotant et je vis Gatsby venir vers moi à travers sa pelouse.

– Votre maison ressemble à un pavillon de l'exposition universelle.
 
– Vraiment ?

Il la regarda, l'air rêveur. » (p. 111- 112)

 

Il faut noter, afin de bien saisir ce passage, qu'il intervient la veille du jour où Gatsby doit revoir Daisy pour la première fois depuis cinq ans, et que tant de lumière n'est que symbole de l'apogée de sa confiance en son amour et en la jeune femme.

À peine deux chapitres plus tard, le récit semble s'inverser pour s'engager, plus rapide sans doute que ne l'est le début, vers la chute tragique et violente qui attend les protagonistes. En seulement deux courts chapitres, le roman se glace et inverse sa course, de la gloire à la honte, de l'amour à la haine. Le début du drame qui représente tout l'intérêt tragique de Gatsby le magnifique commence donc en début de chapitre 7, par ces mots :

 

«  C'est au moment où la curiosité dont il était l'objet devenait la plus vive que Gatsby renonça, un certain samedi soir, à illuminer ses jardins — et sa carrière de Trimalcion prit fin aussi mystérieusement qu'elle avait commencé. »  (p. 149)

 

Juste après cet épisode, l'histoire semble s'intensifier pour Gatsby et les autres, autant dans le rythme de l'action que dans l'absolu de sa violence.



Une société à la fois critiquée et adulée

Gatsby le magnifique peut aussi être vu comme une critique ambivalente de la société de l'époque dans laquelle a évolué Fitzgerald.

Tout d'abord, il est important de souligner que Francis Scott Fitzgerald a toujours eu, depuis sa jeunesse, une sorte d'obsession pour le monde des riches. Né d'une famille aisée mais loin de l'aristocratie de la côte Est, il rêve dès son adolescence de s'élever socialement le plus possible, notamment grâce aux rencontres. Lorsqu'il entre à Princeton, l'occasion est rêvée. Déjà à l'époque, l'université américaine jouit d'une excellente réputation, mais plus encore, elle est vue comme l'université des enfants de très bonne famille, les enfants de tous les aristocrates et diplomates du pays s'y retrouvant. Là, Fitzgerald va principalement s'occuper à rencontrer du monde, se faire bien voir et se créer une personnalité mondaine, extravertie, séductrice. Il y rencontre l'héritière d'un riche industriel et tente même de la conquérir, mais elle refusera finalement de l'épouser.

De cette obsession et de cet idéal de vie naît grand nombre des personnages de Fitzgerald, dont bien sûr Gatsby. Ainsi on peut penser que Gatsby représente en quelque sorte pour Fitzgerald un double idéal. De nombreux indices et correspondances entre les vies de Gatsby et de Fitzgerald nous permettent de le penser.

Entre 1918 et 1921, Fiztgerald vit à Long Island, le lieu d'habitation des personnages de Gatsby le magnifique. Mais lorsqu'il y vit, contrairement à Gatsby, il est encore en tout début de carrière. Il ne possède aucune fortune, et surtout aucune relation, contrairement à ce qu'il a toujours voulu obtenir. Il est donc démuni et le fait que Gatsby soit si riche et si connu peut être en quelque sorte ce qu'il aurait voulu pour lui-même.

D'un point de vue familial, au moment du récit, Gatsby est seul. Il raconte aux quelques rares proches qui entendent une partie de sa vie qu'il est orphelin et que toute sa famille est morte. Fitzgerald lui-même a toujours eu des difficultés avec ses parents : son père en particulier devient, avec les années, une honte pour le jeune homme, tant Edward Fitzgerald possède une personnalité effacée et un manque de ténacité qui lui fait perdre toutes les choses qu'il possède. En partant pour Princeton et en s'émancipant, il a en quelque sorte cherché à effacer ses origines, pour pouvoir se reconstruire un avenir sur de nouvelles bases : sans doute ce qu'a réussi à faire Gatsby.

Le personnage de Gatsby raconte être allé à l'université d'Oxford durant quelques mois, une grande université mondiale donc. De son côté, Fitzgerald est allé à Princeton, mais est parti pour l'armée avant l'obtention de son diplôme.

Mais là où la correspondance en rêves de Fitzgerald et vie de Gatsby est la plus forte, c’est dans la relation avec la guerre. Dans le roman, le seul (ou presque) fait avéré à propos de Gatsby est qu'il s'est illustré durant la Première Guerre mondiale. Engagé, il a été mobilisé en Europe bien que très jeune et a connu la gloire au combat. Fitzgerald lui-même, en quittant Princeton en 1917, s'engage immédiatement comme sous-lieutenant et n'espère qu'une chose, revenir de la guerre en héros. En octobre 1918, il est envoyé à Long Island en vue d'une mobilisation imminente. Cependant, quelques semaines plus tard, il apprend la signature de l'armistice et c'est une déception colossale pour lui. Voyant son rêve s'écrouler, Fitzgerald regrettera toute sa vie cet épisode et en gardera un souvenir amer.

On peut donc voir que Fitzgerald a, en bien des points, réalisé les espoirs déçus de sa vie dans le personnage de Gatsby, même si au moment de l'écriture, il vit avec sa femme une vie d'insouciance et d'opulence sur la Côte d'Azur.

Cependant Fitzgerald, bien que trop souvent jugé hautain et obsédé par l'argent, l'alcool et la fête par ses contemporains, possédait une personnalité et une sensibilité bien trop complexes pour simplement aduler la société futile des années folles. Plus lucide qu'il n'y paraissait, il a toujours voulu esprimer dans ses romans l'ambiguïté de la réussite et de l'échec à travers ses personnages qui se pensaient au dessus de tout. Comme une manière de démontrer aux critiques qu'il était conscient de ses propres limites. On peut voir cela dans le fait que Gatsby, qui se croyait pourtant si bien parti, échoue tragiquement à la fin du roman tandis que d'autres s'en sortent, que le héros défaille et tombe. Gatsby échoue d'ailleurs principalement à cause de sa confiance en son argent et le pouvoir qu'il lui accorde : il pense que la richesse peut tout obtenir, même parfois les sentiments poussiéreux de Daisy, et le bonheur, bien sûr.

 

 « Ce qu'il attendait de Daisy ? Qu'elle aille trouver Tom et lui dise : « Je ne t'ai jamais aimé. » Rien de moins. Ayant ainsi, d'une seule phrase, réduit trois années de sa vie à néant, ils pourraient discuter des mesures à prendre. L'une d'elles étant qu'ils retourneraient à Louisville, dès que la rupture serait officielle, et qu'elle l'épouserait chez elle, dans sa maison d'enfance – comme si ils revenaient cinq ans en arrière.

– C'est bien ce qu'elle ne veut pas comprendre. Elle comprenait si bien autrefois ? Nous restions assis pendant des heures, et...

Il s'interrompit, et je le vis errer au milieu des débris qui jonchaient le sol : écorces de fruits, rubans piétinés, fleurs fanées.

J'ai risqué un conseil :

– Je ne lui en demanderais peut-être pas tant. On ne ressuscite pas le passé.

–  On ne ressuscite pas le passé ? répéta-t-il, comme s'il refusait d'y croire. Mais bien sûr qu'on le ressuscite !

Il regarda autour de lui avec une brusque violence, comme si le passé était là, tapi dans l'ombre de la maison, mais hors de portée.

–  Je ferais tout pour que les choses soient comme avant. Exactement comme avant.
Il secoua la tête avec force.

­  Elle verra !

Et il me parla longtemps du passé. J'ai eu le sentiment qu'il était en quête de quelque chose, une idée de lui-même peut-être, qui s'était égarée lorsqu'il avait aimé Daisy. Du jour où il l'avait aimée, sa vie n'avait plus été que désordre et confusion. » (p. 146-147)

 

Bien entendu, Gatsby n'est pas le seul personnage cachant une critique acerbe de la part de son créateur. Tous les personnages ont leurs vices et s'attirent de cette manière de nombreux problèmes. Sous les traits de Tom, il critique la violence des financiers des années 20, leur hargne à l'égard de tout ; sous les traits de Myrtle, il critique l'ambition sociale mal placée, conduisant à des désillusions parfois physiquement violentes. Et sans aucun doute, il critique dans chaque personnage évoluant temporairement dans les soirées de Gatsby la société futile qu'il a lui-même devant les yeux à l'époque de rédaction de l'oeuvre, cette génération héritière de l'expansion vers l'ouest et de l'industrialisation des villes, ces jeunes gens aveugles car trop exposés aux lumières crépitantes. Finalement, le seul personnage conservant ses chances dans Gatsby le magnifique malgré le dénouement terrible semble être Nick. C'est donc le personnage le plus commun et le plus modeste et cela nous en dit long sur le jugement de Fitzgerald.



Avis personnel

J'ai été passionnée par Gatsby le Magnifique. En le lisant une première fois, j'ai été charmée par l'écriture minutieuse et lyrique de Fitzgerald : par la description de ces lieux grandioses ou décharnés, par l'atmosphère qu'il réussit à mettre en chaque scène. Son style d'écriture m'a énormément fait visualiser le déroulement de l'histoire, j'ai eu tout le long en face des yeux les visages de Gatsby, Daisy, Tom, les belles voitures, les foules des soirées, les grandes maisons illuminées, les gazons verdoyants. C'est donc une première lecture qui m'a séduite plus qu'intellectuellement plu. Cependant, j'ai voulu relire le lire une seconde fois quelques mois après. C'est alors, en articulant ma lecture et mes recherches en parallèle, que j'ai découvert bien plus que ce qui apparaissait au premier abord. En découvrant la vie de Fitzgerald, son destin, j'ai été surprise de voir que tout devenait beaucoup plus clair, et que les pièces d'un véritable puzzle venaient s'assembler d'elles-mêmes. Voilà pourquoi j'ai notamment voulu axer la majorité de mon intervention sur la vie du romancier, peut-être pour faire découvrir un autre aspect de l'oeuvre, plus attrayant pour ceux qui auraient eu du mal avec son écriture.


Louise, 1ère année bibliothèques

Sources :
 

 

– http://rosannadelpiano.perso.sfr.fr/ONPA_Fitzgerald_html.htm

Pages wikipédia sur Francis Scott Fitzgerald, Génération perdue, Ernest Hemingway, Gertrude Stein, Lost Generation.

 

 

Francis Scott FITZGERALD sur LITTEXPRESS

 

 

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 Articles de Lila et d'Emmanuelle sur « Premier mai » in Absolution.

 

 

 

 

 

 

 

 

Fitzgerald Les enfants du jazz

 

 

 

 

 

 

Articles de Marie et de Charlotte sur Les Enfants du jazz.

 

 

 

 

 

 

 

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Article d'Elisa sur Nouvelles new-yorkaises (Fitzgerald, Miller, Charyn).

 

 

 

 

 

 

 

 

Fitzgerald Les heureux et les damnés

 

 

 

 

Article de Laura sur Les Heureux et les Damnés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Lousie - Publié dans : fiches de lecture 1A
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Mercredi 15 mai 2013 3 15 /05 /Mai /2013 07:00

pour la réalisation d’un recueil original
« Des écrivains & les Lettres du monde »

 

 Lettres du monde fête cette année ses 10 ans d’activité.  Pour marquer cet anniversaire et prolonger les rencontres littéraires organisées depuis 2004 à Bordeaux et dans la région Aquitaine, l’association a demandé à plusieurs des presque 300 écrivains qu’elle a reçus de lui adresser un texte inédit.

 

 

 

Près de 40 écrivains du monde entier ont répondu amicalement à cette invitation. Cet ensemble de textes, écrits ou traduit en français, composera un panorama littéraire unique et exceptionnel.

Textes de Serge AIROLDI, Riikka ALA-­HARJA, Laura ALCOBA, Kristín Marja BALDURSDÓTTIR, Silvia BARON SUPERVIELLE, Emna BELHAJ YAHIA, Stéphanie BENSON, Lamia BERRADA-­BERCA, Eduardo BERTI, Marek BIENCZYK, Itxaro BORDA, Lisa BRESNER, Ron BUTLIN, Claude CHAMBARD, Sergio CHEJFEC, Jean-­Luc COUDRAY, Dominique DEBLAINE, Victor DEL ÁRBOL, Percival EVERETT, Eddy L. HARRIS, Johan HARSTAD, Guy JIMENES, Fiona KIDMAN, Jake LAMAR, Richard LANGE, Carlos LISCANO, José Carlos LLOP, Colum McCANN, Charif MAJDALANI, Beatrice MASINI, Katarina MAZETTI, Rosie PINHAS-­DELPUECH, Néstor PONCE, Celia REES, Annelise ROUX, Francesc SERÉS, Diego VECCHIO, Enrique VILA-­MATAS.

Dans la limite du tirage réalisé, ce recueil sera disponible en octobre dans différents lieux, dont ceux associés au festival Lettres du monde 2013, à Bordeaux et dans différentes villes de la région Aquitaine. Plusieurs institutions, associations, librairies, villes & bibliothèques ont déjà accepté d’aider ce projet. Ce recueil, d’une centaine de pages environ, ne sera pas en vente, mais il a néanmoins aussi besoin de votre soutien pour exister.

Par une participation de 10 € par exemplaire, non seulement vous contribuez généreusement à sa réalisation mais vous êtes sûr aussi de pouvoir en être le lecteur, car vous en serez destinataire, à sa parution en octobre 2013, directement à votre domicile. Vous pouvez souscrire dès maintenant et jusqu’à la fin du mois de juin (si vous souhaitez plusieurs exemplaires, il vous suffit de faire une addition) en adressant un chèque à cette adresse et à l’ordre de :

 

Association Lettres d’échange
55, rue Blanchard-­Latour
33000 Bordeaux
France

 

en indiquant le nombre d’exemplaires souhaité, vos coordonnées postales et votre adresse e-­mail, pour que Lettres du monde puisse accuser réception de votre courrier et vous tenir informé.

 

 

 


Par littexpress - Publié dans : EVENEMENTS
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Mardi 14 mai 2013 2 14 /05 /Mai /2013 07:00

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L’ensemble Ars Nova est l’un des plus anciens défenseurs de la musique contemporaine en France. Après avoir été créé par Marius Constant, il a été placé sous la houlette du chef d’orchestre Philippe Nahon, qui dirige encore aujourd’hui cet ensemble d’une vingtaine de musiciens de talent. L’ensemble se produit de manière très régulière, en France et à l’étranger, et dans les principaux festivals dédiés à la musique contemporaine.

 

 

 

 

  Philippe Nahon

 

 


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C’est à l’occasion du 50e anniversaire de l’ensemble instrumental Ars Nova, les 7 et 8 Mars 2013, à Poitiers, qu’il a été possible de découvrir la dernière création de Bernard Cavanna, composée à partir d’un pamphlet de Louis Ferdinand Céline contre Jean-Paul Sartre : À l’agité du bocal. Il a été interprété par un orchestre pour le moins hétéroclite, avec trois ténors et un ensemble de 18 musiciens comprenant des bois, des cuivres, des cordes, des percussions, mais aussi un orgue de barbarie, des cornemuses, un accordéon de variété et un cymbalum !


Bernard Cavanna



Arsc-Nova-concert.jpg

 

À l’agité du bocal, c’est moins d’une dizaine de pages d’une charge violente contre Jean-Paul Sartre, appelé ici Jean-Baptiste Sartre (J.B.S.) : une charge sans aucune mesure, parfois très crue, que l’on peut considérer comme injuste, mais toutefois très drôle.  Cette charge, écrite durant la période d’exil de Céline à Korsor, au Danemark, répond à un texte, Portrait d’un antisémite, où Jean-Paul Sartre accuse Céline d’avoir été payé pour soutenir les thèses socialistes des nazis.
  Ars-Nova-celine.jpeg « Dans mon cul où il se trouve on ne peut pas demander à J.B.S d’y voir bien clair ni de s’exprimer nettement »
À l’agité du bocal, Louis-Ferdinand Céline
 
Selon Bernard Cavanna, Céline cherchait toujours une « petite musique » à faire entendre entre les mots. La question a alors été de superposer ou non une nouvelle musique à celle de l’auteur. Afin de ne pas transformer le texte de Céline, Cavanna a donc fait le choix de tisser sa propre musique, en tentant d’amplifier l’expression, la violence, et la démesure de celle de Céline, pour en arriver à ce qu’il appelle un « bousin pour trois ténors dépareillés et ensemble de foire ».

Ces trois ténors déclament donc au public le texte intégral de cette œuvre de Louis Ferdinand Céline, parfois simultanément, parfois en se partageant ce texte. La voix de Céline est donc « triplée » en quelque sorte. L’orchestre qui l’accompagne, à l’image du texte de Céline, crée un certain chaos, une foire, aidé par des instruments inhabituels, issus de la musique populaire.
 
Vous pouvez lire ce pamphlet de Louis-Ferdinand Céline ici : http://maxencecaron.fr/wp-content/uploads/2011/07/dubocal.pdf
 

Quentin, 2e année bibliothèques

 

 


Par Quentin - Publié dans : EVENEMENTS
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Lundi 13 mai 2013 1 13 /05 /Mai /2013 07:00

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Ulli LUST
Trop n’est pas assez
Heute ist der letzte tag vom rest deines Lebens
Ulli Lust & avant-Verlag, 2009
traduit par
Jörg Stickan
Çà et là, 2010
nouvelle éd. 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

UlliLust02.jpg Ulli Lust a à peine dix-huit ans quand elle décide de partir avec Edi, même âge, en Italie. Autrichienne et originaire de Vienne, Ulli fait partie d’une bande de punks et refuse la société telle qu’elle est. Le récit est une histoire vraie, un récit d’un fragment de vie. Ulli Lust, aujourd’hui âgée d’une quarantaine d’années, revient sur ces quelques mois de sa jeunesse. À partir d’une simple volonté de liberté, une envie de voir la mer italienne, Ulli est entraînée dans une aventure où se mêlent de nombreux thèmes : le voyage, la liberté, la place de la femme (et le féminisme, et la féminité), la jeunesse, la drogue et la dépendance, la pauvreté, la famille (la vraie qui s’inquiète, les amis punks mais aussi la « famille » mafieuse), et surtout la question de l’identité :  coïncidence, nous sommes en 1984, et comme Orwell, un vent de liberté et de quête de soi souffle dans ce roman graphique.

La couverture criarde (rouge-orange fluo) frappe le regard et le dirige vers un autre regard : une fois qu’on a lu le titre revendiquant haut et fort que « Trop n’est pas assez », le lecteur tombe sur les yeux d’Ulli, telle qu’elle s’est représentée dans cet ouvrage. Yeux fardés, presque écarquillés, le regard se fait inquisiteur, nous harangue tout en soutenant cette maxime. Le lecteur, happé par cette apparition, ne peut manquer d’être intrigué par cet ouvrage. L’intérieur est différent et se présente de la même manière : des cases, des illustrations en noir, blanc, et vert kaki. L’histoire prend rapidement, difficile de la lâcher.

 

Une histoire vécue

 Le récit est décomposé en vingt chapitres inégaux et un épilogue comprenant divers documents de l’époque, notamment une page du journal de bord à partir duquel l’auteur retrace cette histoire. Nous ne pouvons savoir si Ulli Lust a commencé ce roman graphique des années auparavant ou si elle se sert exclusivement de souvenirs vieux de plus de vingt ans (notamment à propos des dialogues), mais le récit en lui-même est fluide et cohérent.

Ulli, bientôt dix-sept ans, passe ses vacances d’été à Vienne avec sa bande d’amis. Une nuit, l’un de ses amis ramène une conquête, Edi (le nom a été changé par l’auteur). Celle-ci fait part à Ulli de son projet de partir clandestinement pour l’Italie. Après quelques péripéties – l’auteur ayant choisi de tout raconter – les deux filles se décident à partir car l’hiver approche. Avec quelques pièces en poche et pour seuls bagages leurs sacs et un sac de couchage, les deux amies prennent la route. Elles vivent au jour le jour et apprennent à se connaître. Lors d’un arrêt, Ulli raconte un souvenir d’enfance. Petite, quand sa jeune sœur est décédée, elle s’est mise à prier chaque soir pour être sûre de se réveiller le lendemain. Sa philosophie actuelle résulte de cet ascétisme : vivre chaque jour comme si c’était le dernier, carpe diem, d’où le titre original du livre Heute ist der letzte tag vom rest deines Lebens, littéralement : « aujourd’hui est le dernier jour du reste de ta vie », incluant l’idée que trop n’est pas (encore) assez, il faut vivre à mille à l’heure. Il faut noter que le titre n’a pas été traduit littéralement pour l’édition française, au contraire des autres langues.
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Le « plan » d’Edi, qui se révèle être assez simplette, consiste à traverser la forêt tout en longeant la route vers la frontière, afin de ne pas être arrêtées. Ulli s’aperçoit vite qu’elle ne peut pas entièrement compter sur elle pour mener le voyage. Entrées en Italie, elles font un peu de stop et s’arrêtent à Vérone. Ulli subit une première épreuve difficile, qui ne sera pas la dernière, en rencontrant un homme italien qui l’invite à manger et lui demande de le remercier « en nature »… Avec l’argent qu’il lui a donné, Ulli et Edi se rendent à l’opéra et voient Carmen, nouveau choc pour la narratrice qui pensait détester ce genre de création classique.

 

Cette soirée italienne semble préfigurer le reste de l’ouvrage, partagé entre l’ivresse du voyage et la misogynie extrême des Italiens. En effet, au fil des villes parcourues, les rencontres louches s’enchaînent : deux filles, étrangères, jeunes et jolies (à la fois la tendance affirmée d’Edi pour les rapports sexuels et les formes généreuses d’Ulli), sans le sou, des mines d’or pour les hommes du pays. Alors qu’elles font du stop pour aller voir la mer à Rimini, deux hommes les emmènent à la plage de Cattolica, puis dans un hôtel où les deux chambres louées sont réparties par couples. Au début, pour les deux filles qui s’érigent contre les valeurs morales, rien de très grave puisqu’ils leur donnent en plus de l’argent. Mais il ne s’agit pas d’exception, la même scène recommence quelques pages après. En direction de Rome, elles font une étape à Pescara et s’étonnent que les voitures les klaxonnent autant. En filigrane de cette naïveté commence à se poser la question de la place de la femme italienne, en parallèle de celle de la féminité. Sans vraiment le savoir, ces deux jeunes femmes à peine sorties de l’adolescence se situent à un moment-clé de leur vie. Ce voyage alors initié sur l’amusement et la découverte va se révéler d’un intérêt plus profond et laissera sa trace chez Ulli Lust.

 

De rencontre en rencontre

Rome. Ulli, fascinée par la ville, décide d’aller visiter Saint-Pierre et doit se plier aux règles de bienséance contraires au « A » entouré qu’elle porte tatoué sur son bras. Une nouvelle phrase résonne comme le titre : « peu, c’est mieux que rien ». Andreas, un Allemand junkie faisant la manche, les interpelle et devient leur allié et compagnon de voyage (et l’amant d’Edi). Il leur fait d’abord visiter la Ville, leur explique tous les « trucs » utiles quand on mendie, et leur présente sa bande d’amis. Ensemble, ils vivent une vie de bohème comme dormir dans les parcs avec la permission des gendarmes, frauder pour entrer au concert des Clash, se faire de faux passeports, voler, etc. Ulli apprend à faire la manche dans le métro, car les Italiens donnent beaucoup. Andreas explique que « Les Romains ont l’habitude des mendiants. A Rome, la différence entre riches et pauvres est extrême. Alors faire l’aumône est de bon ton » (p. 167).
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Sur la route de Palerme, le sujet de la Camorra est abordé, mais aussi celui de la femme : Andreas explique à Edi qu’elle va devoir porter des vêtements plus couvrants. Lors de leur halte à Naples, ils font la rencontre de Francesco qui leur propose de dormir chez lui. Seulement, ce dernier enferme Ulli et lui fait croire que ses amis l’ont abandonnée. Seule, sans repères, elle se laisse faire par cet homme qui se disait prévenant, encore. Plus tard, elle décide de retourner à Rome, place d’Espagne où traînent les autres « freaks » de la bande. Personne n’a vu Andreas et Edi, et aucun d’entre eux ne veut l’accompagner à Palerme. Elle s’y rend tant bien que mal, accompagnée de Dieter, bouddhiste qui lui inculque de prendre soin de son corps, et surtout de ne pas se soucier du lendemain. Cependant, Ulli ne s’intéresse pas à la quête de la sagesse.
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Les deux acolytes font malheureusement la connaissance de deux hommes qui, comme les autres, cherchent à mettre Ulli dans leurs lits. Celle-ci réussit à s’en débarrasser mais c’est le moment que choisit Dieter pour lui proposer de faire l’amour. Au fur et à mesure de cette histoire, Ulli se sent comme bout de viande, un morceau de choix quand les autres femmes sont soit cloîtrées, soit mariées.
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Catane (Sicile). Ulli est à nouveau seule, une proie malgré ses efforts pour s’enlaidir. Elle enlève son maquillage quelques pages plus loin : « faut que je sois moche » (p. 230).
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Palerme enfin. Le voyage semble gâché par tous ces hommes qui la regardent avec insistance. La jeune fille finit par céder à l’un d’entre eux, Massimo, pour avoir la paix. Mauvais choix : s’ensuit un viol par l’ami de ce dernier, Guido. Une scène violente, à la fois silencieuse et tonnante, que l’Ulli Lust contemporaine retranscrit avec verve, à l’aide d’un loup qui la dévore. Cet épisode qui la brûle dans sa chair lui enseigne la peur, mais surtout la rage des hommes. Brisée, transparente, Ulli erre et ne parvient pas à mettre de mots sur la souillure. La nuit, elle se rappelle un rêve d’adolescente, au moment où la puberté avait commencé à changer son corps en celui d’une femme, image d’une femme-objet. Comme prise dans un cercle vicieux, elle retourne vers son agresseur. Les deux hommes et la jeune femme deviennent amis, mais cela ne dure pas : Ulli est régulièrement envoyée chez les restaurateurs pour récupérer à manger (selon le même principe de la mendicité, ces derniers sont obligés de donner de quoi se nourrir à quelqu’un qui le demande), puis elle est à nouveau dupée par ses deux compagnons. Elle s’enfuit. Rencontre à nouveau un homme intéressé seulement par son corps. « Pourquoi l’ai-je suivi ? Comment peut-on être aussi conne ? Ils ne me foutront jamais la paix » (p. 283). Face à tous ces déboires, Ulli ne perd pas la face et aimerait être Méduse : « Vous ne connaissez pas de filles comme moi ? Vous allez en connaître ! Je viens du futur. » (p. 284). Elle prend la décision de ne plus respecter les hommes, de la même manière qu’aucun ne semble la respecter en tant qu’être humain.

 

Une nouvelle Ulli

Alors qu’elle cherche un endroit où dormir, elle tombe sur deux dessinateurs de rue allemands, Heinz et Frankie. Des hommes sains, qui lui apprennent l’existence de troubles au sein de la mafia, mais aussi la présence d’une autre petite Allemande en ville. Ulli insiste pour la retrouver et découvre que bien des choses ont changé : Edi tapine car cela lui plaît, sous la direction de son nouvel ami, Gino, tandis qu’Andreas essaie de la surveiller. Devenue junkie, elle ne semble pas mesurer l’importance de ces agissements, notamment l’implication dans la mafia sicilienne, la « nouvelle famille ». Andréas répète à plusieurs reprises que « Edi, c’est la nana la plus toquée que le monde ait jamais produite ».

 

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Les trois amis sont, en effet, impliqués dans les affaires de la mafia et doivent respecter l’omertà, la loi du silence. En échange, le capo, ses acolytes et la police veillent sur eux… La pauvreté sévit partout, et les hommes espèrent une place dans l’autre « famille », car rien ne se développe ici. Mais il se trame quelque chose d’après Andréas, il semble qu’il y ait un « repenti », un traître dans la mafia. Or, c’est une première car il vit encore et est caché par la police.

La place de la femme en Sicile est abordée : si pour les garçons, toutes les frasques sont permises jusqu’à vingt-cinq ans (l’âge de se ranger), les filles restent à la maison et se marient tôt car le moindre écart couvre la famille de honte.

Le nouvel ami d’Edi ne respecte pas plus Ulli, voyant son assurance d’un mauvais œil. Très tôt, ils se détestent, surtout quand Ulli essaie de tirer Edi de ses griffes. Ulli se retrouve malgré elle entraînée dans cette prostitution mais se rebelle. Quand elles sont invitées chez le fils d’un gros bonnet de la mafia, elle se retrouve tout à coup seule face à trois hommes qui la regardent avidement, et parvient à s’en débarrasser après de violents efforts. Comme pour l’image du loup, Ulli Lust parvient à retranscrire cette avidité de manière forte. Plus tard, elle parvient à persuader Edi de s’enfuir, malgré les menaces de Gino. Ce dernier la bannit d’un quartier de Palerme, car elle a « blessé son honneur » en s’opposant aux volontés d’un haut gradé de la « famille ». Gino a perdu la face à cause de la volonté d’Ulli de ne pas se laisser faire. Déshonoré, bafoué, il veut quasiment la tuer. L’influençable Edi le rejoint, laissant la narratrice seule.

 

Vers un retour

Ulli retrouve Andreas. Arrêtés par la police avec d’autres punks, ils voient défiler de nombreux hommes dans les couloirs de la prison. Andreas explique que le repenti a dévoilé une liste de noms. De fait, les deux filles ont eu une chance inespérée de s’échapper de la maison, car les pontes de la mafia avaient d’autres affaires à régler. Libérés, ils doivent quitter Palerme. Ulli part faire ses adieux à Frankie. Dans le train, elle parvient à expliquer à Andreas le « viol mental » qu’elle a subi en Sicile.

Retour à Rome. Il pleut, il fait froid, cela sonne comme une fin. Les deux amis profitent de la beauté des parcs. Le lendemain, Ulli prend une décision irréversible : « le lendemain matin, je sus ce qu’il me restait à faire » (p. 436) : elle se rend à l’ambassade d’Autriche pour faire un passeport, mais la responsable la reconnaît et lui apprend qu’il y a un avis de recherche sur elle. Andreas considère qu’elle est une lâche, pas une « vraie », et parie qu’elle ne viendra pas le rejoindre en Espagne plus tard (ce qui s’avérera exact). Ses parents viennent la retrouver, elle apprend que sa mère l’a recherchée jusque dans le milieu punk viennois, et qu’elle a également rencontré Edi. Cependant, cette dernière a raconté qu’Ulli se droguait, se prostituait et n’avait pas voulu rentrer avec elle. Malgré les protestations de la jeune fille, les parents ne veulent rien entendre. Le roman se termine sur Ulli, lavée de sa crasse mais aussi de ses aventures, qui ne parvient plus à dormir dans un lit et se réfugie sur le sol.

 

Épilogue

L’épilogue évoque les personnes revues, notamment Edi, trois ans plus tard, devant laquelle elle a fui car cette dernière n’avait toujours aucune conscience de ses actes et lui a appris qu’elle était maintenant dans une école de commerce.

 

Annexes

Enfin, les annexes comprennent divers documents : des lettres, des notes de son carnet de voyage, une histoire du terme « punk » et l’auteur y raconte comment elle a été attirée par ce milieu dans les années 1980.

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Thèmes abordés

La place de la femme en Italie

 

 « Dans ce pays règne encore le mythe de la virginité. La femme est sacrée ! Sainte Vierge Mère de Dieu ! Et plus on va vers le Sud, pire c’est. C’est pourquoi le foutre leur sort par les yeux, le nez et les oreilles ! Ils se jettent sur les touristes pour tirer un coup facile. Ils pensent qu’il suffit d’inviter une étrangère à manger des spaghettis pour que ces connes tombent dans le panneau ! J’espère que vous n’êtes pas assez bêtes pour vous vendre pour une bouchée de pain ! » (Andréas,  p. 166).

 

La place de la femme est importante, mais en tant qu’image, un idéal intouchable (image10). En parallèle se développe la question de la féminité. L’auteur explique clairement qu’au moment de ce voyage, elle ne ressentait rien de particulier par rapport à sa vie sexuelle, et que bien des choses ont changé depuis, notamment grâce à Andreas.

Le rêve d’enfance dont il est fait mention plus haut est important, il s’agissait d’une sorte de fabrique de femmes, où l’on assemble les formes dites « caractères sexuels secondaires » (p. 251). Cet épisode est à mettre en lien avec un autre souvenir, où on la prenait pour un garçon quand elle était petite. La découverte de sa féminité ressurgit lors de ce voyage, en lien avec la condition féminine italienne. Ulli se sent obligée de cacher ce corps de femme, afin de ne pas être importunée  par les hommes.


 
La pauvreté et l’alimentation

À nouveau, une réponse d’Andreas à une Ulli expliquant que son style dépenaillé est une mode :

 

 «  Ha ha ha ! Les gens d’ici ne savent pas ce que c’est que des punks ! De toute façon, y a qu’une société d’abondance qui puisse produire une mode pareille ! En Italie du Sud, il y a de la vraie pauvreté. Là, personne ne se mettra volontairement des loques sur le dos ! » (p. 167)

 

Comme il a été évoqué, la pauvreté est tellement présente que les gens riches comme les restaurants donnent facilement.

 

Ulli, jeune punk qui voulait simplement partir en voyage pour profiter de la vie, se retrouve finalement projetée confrontée à cette société qu’elle déteste et à la condition féminine qui en est un produit. La construction de soi prend presque une tournure de récit initiatique dans cet ouvrage, avec la figure d’Andreas comme guide (spirituel ?) dans une société nouvelle. Se pose en filigrane la question forte de la liberté ; jusqu’où peut-on aller et est-on vraiment libre lorsque l’on s’érige contre une société ? Ce récit pourrait ainsi être interprété de manière symbolique.

Il faut cependant rappeler qu’il s’agit de faits réels, et ancrés dans la réalité (et ce, bien qu’il soit difficile de compter le temps passé en Italie) : il y a effectivement eu une importante arrestation dans la mafia sicilienne après la trahison d’un repenti :

 

« Ils se font toujours pincer et, du coup, finissent pour de bon derrière les barreaux. Salvatore Contorno en sait quelque chose. Boucher de profession, il est arrêté en 1984, se repent et permet de faire coffrer 127 criminels : en remerciement de ses bons et loyaux services, il écope seulement d'une peine de six ans de prison. Mais dès qu'il est libéré, il retourne dans son île, bien décidé à venger les 35 (35 !) membres de sa famille assassinés par Cosa Nostra pour le punir d'avoir brisé l'omerta. Alors qu'il prépare un assassinat, la police l'arrête et l'expédie aux États-Unis, où il bénéfice une nouvelle fois d'un traitement de faveur grâce à sa collaboration avec le FBI lors du procès de la Pizza Connection... (et d’autres articles relatant ces faits). », Marcelle Padovani, « Mafia italienne : le crépuscule des repentis », Le Nouvel Observateur, 17 août 2011 (mis à jour le 14 octobre 2011), http://tempsreel.nouvelobs.com/le-dossier-de-l-obs/20110817.OBS8675/mafia-italienne-le-crepuscule-des-repentis.html, consulté le 21 février 2013. Il existe d’autres articles sur ce sujet, et des notes ajoutées par l’auteur dans les annexes.

 

De même, le concert des Clash a bien eu lieu (en septembre) : http://www.songkick.com/concerts/893225-clash-at-arena-palasport?utm_source=3001&utm_medium=partner

 

L’auteur

Ulli Lust (le nom de jeune fille de sa mère) est née à Vienne en 1967, et a fait des études de graphisme. Aujourd’hui auteur de bande dessinée, illustratrice et éditrice (www.electrocomics.com). Elle tient un blog www.ullilust.de et a publié d’autres ouvrages, notamment Fashionvictims en 2008 et Airpussy en 2009 chez Employé du mois.

Voir sa biographie sur le site des éditions Çà et Là : http://www.caetla.fr/spip.php?auteur34

 

À propos de cet ouvrage

Compte-rendu sur le site des éditions Çà et Là :  http://www.caetla.fr/spip.php?article55

Compte-rendu des Inrocks : http://www.lesinrocks.com/2010/12/12/livres/bd-ulli-lust-raconte-sa-jeunesse-de-punkette-dans-trop-nest-pas-assez-1122332/

Chronique de Pénélope Bagieu : http://www.youtube.com/watch?v=yem-q0MC93Y

L’ouvrage a remporté le Prix Révélation d’Angoulême en 2011, voici une interview de l’auteur à cette occasion : http://www.myboox.fr/video/ulli-lust-vivre-dans-la-rue-17-ans-6167.html

 

À travers cet ouvrage, Ulli Lust nous rappelle de profiter de chaque jour comme si c’était le dernier, et que les expériences – si violentes soient-elles – ne nous rendent que plus forts.


Lucie, AS Bib

 

 

 

 

Par Lucie - Publié dans : bande dessinée
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Dimanche 12 mai 2013 7 12 /05 /Mai /2013 07:00

traducteur

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Présentation

Lien vers quelques-unes de ses traductions :
 http://www.maisonantoinevitez.com/loges/traducteurs3.php?actu_date=CAT&traducteur_id=75&traducteur_infocivil=Lederer%20Michel&auteur_id=75&auteur_nom=Wagner&auteur_prenom=Coleen&ecrit_pays=Canada&oeuvre_en=1&oeuvre_id=1339&oeuvre_titretraduit=Home

Je suis partie rencontrer Michel Lederer un des premiers jours de novembre dans sa maison de Vincennes. Nous avons discuté dans une ambiance chaleureuse, entre sa bibliothèque foisonnante d’ouvrages et plusieurs tasses de thé bien appréciables. Michel Lederer a déjà traduit plus d’une centaine d’ouvrages, principalement de l’anglais vers le français dont la plupart des œuvres de Rick Moody, un auteur que j’affectionne particulièrement.

Michel Lederer a commencé sa carrière professionnelle en tant que cadre dans une entreprise industrielle avant de s’intéresser au métier de traducteur. Il a beaucoup voyagé en Angleterre et aux États-Unis, ce qui lui a permis d’apprendre l’anglais. Sa passion pour les grands auteurs américains (William Faulkner, Ernest Hemingway, John Steinbeck, John Dos Passos…)  et la littérature étrangère s’est révélée en même temps qu’il découvrait la richesse de la collection « Du monde entier » chez Gallimard. Et c’est un jour où, jeune trentenaire, il lisait un livre de science-fiction mal traduit, qu’il a pris conscience de l’importance du métier de traducteur et qu’il a décidé de changer d’orientation et de vie.

Ses débuts l’ont amené à traduire des polars à forte tendance érotique, puis de la science-fiction pour la collection « Présence du futur » chez Denoël, qui publiait à ce moment-là les plus grands auteurs du genre tels Isaac Asimov, Ray Bradbury ou H.P Lovecraft, avant enfin d’aborder la traduction de la littérature américaine plus générale chez des éditeurs tels que Albin Michel, L’Olivier, Gallimard ou Grasset.
 

 

 

 

L’entretien

Pour vous, la littérature étrangère souffre-t-elle d’un problème de légitimité ?

Je pense que la littérature étrangère est mieux reçue que la littérature française car elle est beaucoup plus diversifiée. Je ne pense pas que la littérature française soit seulement nombriliste comme certains le disent ; si l’on prend Jean Echenoz ou  Jean Marie Le Clézio ce n’est pas du tout le cas. Les journaux consacrent autant de pages à la littérature étrangère qu’à la littérature française, si ce n’est plus. Par contre, certaines langues sont plus privilégiées que d’autres, et c’est le cas de la littérature anglo-saxonne si on la compare à la littérature sud-américaine par exemple. Il faut aussi prendre en compte les phénomènes d’édition, comme la littérature nordique qui a été ignorée pendant des années jusqu’à l’arrivée de certains grands noms comme Henning Mankell.



Avez-vous déjà retraduit des textes ou eu envie d’en retraduire ?
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J’ai déjà fait quelques retraductions : en ce moment-même, je suis en train de finir les retraductions de quatre romans de Saul Bellow, un prix Nobel de littérature qui a beaucoup inspiré Philip Roth, bien que personnellement, je le trouve bien supérieur littérairement à Philip Roth. Cette retraduction est une commande : le premier volume qui comprend Herzog et La planète de Mr. Sammler vient d’être publié dans la collection Quarto chez Gallimard. J’ai également retraduit un polar du poète Richard Hugo, un auteur du Montana qui est aussi un des créateurs des Creative Writing. Il a inspiré le milieu littéraire américain que l’on a faussement appelé à mon avis (à force de vouloir classifier les auteurs) « l’école du Montana », dont est notamment issu Thomas McGuane. J’ai retraduit ce polar car à l’époque, lorsqu’il avait été publié dans  la série noire chez Gallimard, le livre avait été amputé de 30% de son contenu. De plus, il comportait de nombreuses erreurs de traduction. Le titre original aurait dû être « la mort et la belle vie » et il avait été traduit par « meurtre cousu d’or »: ce qui n’a rien à voir. De plus, tout ce qui faisait l’intérêt de l’œuvre, comme les réflexions philosophiques du policier, avait été supprimé au profit de l’intrigue. Enfin, ces choix éditoriaux ont été faits pour être dans l’esprit de la collection dans laquelle le livre était publié.

Étrangement, toutes les traductions vieillissent, mais c’est en réalité la langue qui change. On dit qu’il faudrait refaire ou réviser toutes les traductions au moins tous les trente ou quarante ans. J’ai un exemple qui m’est toujours resté en mémoire : dans un ouvrage de John Dos Passos, l’auteur écrit « he’s looking for a job » donc : « il cherche du boulot ». Dans la traduction française, cela a été traduit par « il cherche de l’ouvrage » : cela ne se dit plus maintenant en français alors qu’en anglais la formulation n’a pas bougé.

Il existe aussi de mauvaises traductions. Un éditeur m’a dit un jour : « tu sais, une mauvaise traduction n’empêche pas un livre de se vendre », ce qui est un peu vrai. Par exemple, la première traduction de L’attrape-cœur de Salinger, qui était très mauvaise, n’a pas empêché le livre de se vendre à des centaines de milliers d’exemplaires en poche. Depuis, il y a eu deux autres traductions de l’ouvrage.


Je pense aussi que l’une des difficultés du traducteur, c’est de lire la littérature traduite. Personnellement, lorsque je lis de la littérature anglo-saxonne, je ne peux pas m’empêcher de me mettre à la place du traducteur et de me dire : « Là, je n’aurais pas traduit de telle façon » ou « Cet emploi de mot me parait suspect ».



Quelles sont vos méthodes de travail ?

On me propose tout d’abord un livre à traduire, je le lis dans cette optique de traduction et s’il me plaît, je commence le travail. Malheureusement, je ne peux pas toujours traduire selon mes envies. Il faut aussi pouvoir vivre de son métier. Je prends toujours des notes lors de ces premières lectures. Lorsque je traduis, je ne fais pas particulièrement de recherches en amont, c’est au fur et à mesure de la traduction que je fais mes recherches sur les terminologies, le vocabulaire… lorsque le besoin s’en fait sentir. Il faut dire que maintenant notre vie a changé avec Google. Cela nous éviteaussi de poser un certain nombre de questions à l’auteur, lorsque celui-ci est encore vivant. Avant l’apparition du net, nous avions de gros problèmes, par exemple, pour retrouver des citations que l’auteur avait laissées sans références dans l’œuvre. De nos jours, il suffit d’entrer cette citation sur le net et il est possible d’en trouver l’origine. Dernièrement, j’ai eu besoin de traduire une citation de la Bible, j’ai pu trouver, grâce au net, très rapidement à quel chapitre elle appartenait.



Êtes-vous déjà parti à l’étranger dans le cadre d’une traduction ?

Cela m’est arrivé une fois. C’était l’âge d’or de l’éditeur pour lequel je travaillais et il m’a offert un voyage en Irlande pour aller rencontrer l’auteur du livre que je venais de finir de traduire. Cela m’a permis d’aller sur les lieux où se situait l’action du livre et j’ai pu vérifier que l’atmosphère était bien telle que je l’avais pressentie. Ce genre d’occasion est toutefois rarissime.

Une fois, je suis aussi allé à Chicago pour la traduction de Saul Bellow. La plupart de ses intrigues se passent là-bas, même si elles se situent plutôt dans les années quarante ou cinquante. J’étais déjà aux États-Unis pour des raisons personnelles et j’ai voulu faire un détour par Chicago pour aller m’imprégner de l’atmosphère de la ville. C’était d’ailleurs le lendemain de la première élection d’Obama. L’atmosphère dans Chicago était donc extraordinaire.



Quelles sont pour vous les plus grosses difficultés liées à la traduction ?

Indiscutablement, c’est restituer un style. Vous verrez, en lisant Rick Moody, qu’il y a un rythme de phrase particulier. Je crois que la plus grosse difficulté, c’est cela. C’est aussi de restituer une langue. Honnêtement, c’est quelque chose auquel je ne me risque pas. Par exemple, je n’ai jamais traduit de livre écrit par des noirs américains. Je pense notamment à Edgar Wideman lorsque je vous dis cela, parce que je me sens incapable de restituer la langue telle qu’elle est écrite. Le rythme peut- être, mais quand on lit Edgar Wideman à haute voix, il y a un tel rythme ! Cela a été très bien traduit par Jean-Pierre Richard d’ailleurs. Mais, il y a des choses que je ne sais pas faire.



Il y a donc des langues qui vous parlent plus que d’autres ?

Oui, je pense qu’il y a cela aussi. Par exemple, chez Saul Bellow, qui est un auteur juif américain, il y a beaucoup de yiddish mais je sais dans ces cas-là restituer le rythme de la phrase. Toutefois, je ne le fais pas comme d’autres bouquins le font, avec des élisions ou des arrangements que je trouve insupportables à lire.  Je n’aime pas, par exemple, l’idée de supprimer les « r » pour rendre le langage parlé noir, c’est illisible.



 Qu’est-ce qui vous a orienté vers la culture anglo-saxonne et donné l’envie de faire découvrir cette culture-là ?

J’ai beaucoup appris à lire avec la Collection blanche de Gallimard. Mais, je lisais aussi bien les auteurs russes que les auteurs américains. Les auteurs anglais aussi : je lisais notamment Graham Greene. Et puis, j’ai aussi découvert cette culture à travers le cinéma. J’ai toujours été un fan du cinéma et du film noir. C’est-à-dire tous les grands films de Raoul Walsh ou de John Ford. Et un fan de western. Je voyais tous ces films-là en version originale. Mon oreille s’est donc beaucoup faite à l’anglais de cette manière-là. Lorsque j’étais adolescent, j’ai passé des journées entières à voir des films. Il y avait plein de cinémas d’art et d’essai à l’époque à Paris où on pouvait voir deux films de suite. J’allais à un cinéma sur les Champs-Elysées où la séance de midi était très bon marché : parfois, je revoyais le film deux ou trois fois de suite. J’étais vraiment un passionné. Les films que l’on voyait étaient surtout américains. Je suis allé assez tard aux États-Unis. Finalement, j’ai vraiment découvert cette culture à travers la littérature et le cinéma.

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Avez-vous traduit une branche de la littérature américaine en particulier ?

Non, car j’ai traduit un peu de tout. La littérature juive, à travers Saul Bellow et Henry Roth. La littérature amérindienne, à travers James Welch et Sherman Alexie et il y a autant de différences entre James Welch et Sherman Alexie qu’entre Patrick Modiano et Christine Angot. Je ne les ai pas traduits parce qu’ils appartenaient à une ethnie mais parce que ce sont des écrivains.



Vous aimeriez traduire ou parler d’autres langues ?

Oui, en ce moment c’est l’espagnol car j’ai un fils qui vit en Colombie avec une Colombienne qui ne parle pas français. J’aimerais bien parler espagnol et j’aimerais beaucoup pouvoir lire la littérature hispanique en espagnol. Je crois que c’est une des langues les plus difficiles à rendre. Je pense notamment à la littérature sud-américaine en disant cela. Il y a quelque chose dans la littérature espagnole, et on le sent dans les meilleures traductions comme celle de Cent ans de solitude, qui est une formidable traduction, qui fait que l’on a l’impression qu’il manque toujours quelque chose.



Cette langue n’est pourtant pas si éloignée de la nôtre ?

Oui, mais il y a une écriture qui est beaucoup plus foisonnante que le français, surtout chez les auteurs du réalisme magique. Cette magie est tellement bien rendue par l’écriture. C’est vrai pour le brésilien, c’est vrai pour Jorge Amado par exemple. Là aussi, je sens un petit manque dans la traduction. J’aimerais bien aussi parler italien car j’aime l’opéra, et je trouve que c’est une langue très musicale.

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Quels sont les ouvrages que vous avez préféré traduire et ceux qui vous ont le plus marqué ?

L’auteur qui m’a le plus marqué, parce que c’est celui qui m’a le plus fait souffrir, est un auteur malheureusement fort peu connu qui est Harold Brodkey. Il ne parle que de lui, mais il en parle merveilleusement bien. Il écrit merveilleusement bien, mais il vous entraîne dans son monde qui est absolument terrifiant si on n’arrive pas à y rester extérieur. Il vous phagocyte. C’est un grand auteur qui m’a entraîné dans une sorte de spirale, car son monde est assez terrible. C’est son univers, son histoire, c’est lui que j’ai connu aussi. Je l’ai rencontré à plusieurs reprises.



Vous l’avez rencontré pour les besoins de la traduction ?

Oui et non. Je suis allé à New-York et j’ai demandé à le voir, car j’étais fasciné par son œuvre. L’homme m’a tout autant fasciné. C’est un des premiers hommes à avoir été contaminé par le sida. Il était également bisexuel. C’était un homme tout aussi impressionnant que son écriture. La dernière fois que je l’ai vu, c’était à Venise, il était déjà assez malade. Je suis toujours en contact avec sa femme. La traduction de cet auteur est un grand souvenir, mais un souvenir douloureux.
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Il y a beaucoup de livres que j’ai aimé traduire. Il y en a un qui est un petit peu à part parce que j’ai été tellement pris par ce livre que je n’ai même pas le souvenir de l’avoir traduit, ou alors c’est comme si je l’avais traduit sans m’arrêter. C’est un livre de Michael Ondaatje qui s’appelle en français Buddy Bolden, une légende.



Vous n’avez pas eu un prix de traduction pour ce livre ?

Si, j’ai eu un prix de traduction pour ce livre qui est en fait une nouvelle traduction. La première traduction avait été faite par un Québécois. Il y avait de ce fait quelques formulations inadaptées et honnêtement peu de respect pour le texte original. Michael Ondaatje avait chamboulé la grammaire, la ponctuation et ce premier traducteur avait tout rétabli, il avait mis des points, des virgules et cela n’avait plus aucun sens.

Buddy Bolden était un grand cornettiste de jazz de la Nouvelle-Orléans dont on n’a aucun enregistrement puisqu’il a fait sa carrière dans les années 1920. Michael Ondaatje a écrit une fausse biographie de Buddy Bolden, comme il a fait pour Billy the Kid. Tout ce quinous reste de Buddy Bolden, c’est une photo et quelques éléments biographiques, à savoir qu’il a été coiffeur et maquereau à la Nouvelle-Orléans. C’était aussi un grand souffleur : il soufflait tellement fort qu’à trente ans il s’est rompu les veines du cou. Il n’est pas mort, mais il est devenu fou. Il a été interné dans un asile où il a passé trente ans de sa vie, en ne souvenant absolument pas de qui il était. À partir de ces éléments, l’auteur a construit un livre sur le rythme du jazz de la Nouvelle-Orléans. J’ai l’impression d’avoir traduit cet ouvrage en état de transe.


 
Quelles sont les compétences à avoir pour être un bon traducteur ?

Je n’écoute pas trop les gens qui font de la théorie de la traduction, qui s’appelle la traductologie. Pour ceux qui en font, il y a deux écoles. Pour schématiser il y a les littéralistes, qui privilégient le texte original et les autres, qui favorisent plutôt la langue cible. Je suis un homme de compromis. Je pense qu’il faut à la fois respecter le texte original et qu’il y ait une lisibilité en français. Ce n’est pas toujours facile à concilier. Certains choix sont difficiles à faire lorsqu’il y a un style à respecter.


On peut parler, par exemple, du travail qu’a fait André Markowicz avec Dostoïevski. Il dit, en schématisant : « Dostoïevski écrivait comme un cochon, donc en français, j’écris comme un cochon ». Ce n’est pas tout à fait vrai mais, dans les traductions antérieures, la langue de l’auteur a été améliorée et lissée, parfois excessivement. Quand je regarde les traductions du russe d’André Markowicz, j’ai du mal à les lire en français. Peut-être aussi que l’on a du mal à lire Dostoïevski en russe. Je ne sais pas où est la vérité d’ailleurs.

Enfin, de mon côté, j’essaie à la fois de respecter le texte original et à la fois de bien écrire en français. C’est vraiment important de respecter le style d’un auteur. Après, les éditeurs repassent sur la traduction, certains veulent absolument lisser tous les textes.



Vous avez votre mot à dire lorsque l’on vous demande de retoucher ce que vous avez traduit ?
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Quand on rend une traduction, il y a souvent un dialogue avec l’éditeur. Quand il y a des choix à faire, j’en parle avec l’éditeur. Par exemple, lorsqu’on m’a demandé de traduire le second livre d’Henry Roth, j’ai été lire son ouvrage précédent : L’or de la terre promise, en anglais et en français, qui avait été publié chez Grasset.  Cette traduction était remplie d’élisions. Je suis donc allé voir Olivier Cohen des éditions de l’Olivier qui me proposait la traduction du second ouvrage et je lui ai dit : « Si tu me demandes de faire le même genre de traduction, je ne le ferai pas, je ne peux pas le concevoir comme cela ». Il m’a alors répondu que s’il faisait appel à moi, c’était justement pour ne pas renouveler cette approche.

Une fois, j’ai failli traduire un livre qui se passe dans les Antilles de langue anglaise. Il y a donc un peu de créole, qui est toutefois principalement rendu par des accents en anglais, et cela passe beaucoup mieux qu’en français. J’ai dit à l’éditeur que si je traduisais ce livre, j’allais devoir faire un dictionnaire en créole. Il n’y aurait donc pas d’accent, mais il y aurait du créole. Etant donné que cela allait demander un énorme travail,  cela ne s’est pas fait. Quand le livre est sorti, j’ai vu que le traducteur avait mis des « J’te » pour rendre le créole, ce qui est une solution de facilité qui pour moi ne marche pas.



En ce moment, vous travaillez sur quelle(s) traduction(s) ?

Je viens de finir de traduire Les aventures d’Augie March de Saul Bellow, qui est actuellement en relecture chez Gallimard. C’est le livre fondateur de ce que l’on appelle, à mon avis à tort, l’école juive américaine. Je viens aussi de traduire le premier roman de Ben Fountain : Fin de mi-temps pour le soldat Billy Lynn qui fait partie des cinq livres sélectionnés pour le National Book Award 2012. Il paraîtra en janvier chez Albin Michel. J’avais déjà traduit auparavant un de ses recueils de nouvelles : Brèves rencontres avec CheGuevara.

Je suis également en train de terminer le roman posthume d’Henry Roth, dont j’ai déjà traduit quatre livres. C’est une série qui s’appelle À la merci d’un courant violent.



Certains écrivains ont été traducteurs avant de se mettre eux-mêmes à écrire. Avez-vous déjà envisagé d’écrire ?

Ce n’est pas une question que je me pose. Je ne suis pas écrivain. J’ai plein de choses à traduire, mais je n’ai rien à écrire. Il y a des traducteurs qui deviennent écrivains, mais il y a aussi des écrivains qui sont traducteurs, ce qui se fait plutôt pour des raisons alimentaires dans ce cas-là je pense.



Est-ce que vous avez eu des contacts avec des auteurs que vous avez traduits ?

Cela m’est arrivé plusieurs fois. J’ai eu quelques séances de travail avec certains auteurs. D’autres contacts, simplement à l’occasion de rencontres organisées par les éditeurs. J’ai noué des relations d’amitié aussi avec certains auteurs, par exemple avec James Welch, qui était quelqu’un dont j’étais très proche. Et puis il y a eu quelques rencontres plus formelles.



Rick MOODY

 

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Quelles étaient vos relations avec Rick Moody ?

Je l’ai rencontré à la Villa Gillet, à Lyon, où il était avec sa femme. C’est quelqu’un d’un peu à part. Je pense qu’il est aussi imprévisible que dans ses livres. J’ai aussi échangé quelques mails avec lui. Une fois, je suis tombé sur une phrase dans Le script, où je me suis vraiment demandé ce qu’il voulait dire. C’était une sorte de parabole. Je lui ai dit, par mail, que je ne comprenais pas cette phrase. Il m’a alors dit de la supprimer !

De même, une fois, Harold Brodkey, qui n’est pas censé parler français, était venu chez Grasset lors des épreuves de son livre. Il les feuillette puis il me dit : « Don’t you think than caillou will be better than pierre ? ». C’est assez surprenant qu’une personne qui ne parle pas français puisse faire la différence entre caillou et pierre ! Une autre anecdote avec Harold Brodkey est lorsque je lui ai demandé, par lettre, ce qu’il avait voulu dire dans une de ses phrases. Il m’a alors répondu qu’il ne savait plus ce qu’il avait voulu dire !



Le premier livre que vous avez traduit de Rick Moddy est Purple America, avant Tempête de glace, alors que ce dernier était sorti avant aux États-Unis ?

Oui, c’est une question éditoriale. Purple America a été publié par Rivages. Et ensuite, Rick Moody est passé aux Éditions de l’Olivier. Pour la traduction de Purple America c’était assez amusant : je ne connaissais alors personne chez Rivages et le premier traducteur qu’ils avaient sollicité pour faire le travail de traduction a répondu : « ça, c’est un livre pour Michel Lederer ! ». Cela s’est passé de la même façon pour Henry Roth avec les Éditions de l’Olivier, pour lesquelles je n’avais jamais travaillé.



Vous n’avez pas traduit À la recherche du voile noir. Il y a-t-il une raison à cela ?

Je n’ai pas voulu le traduire pour différentes raisons. D’abord, pour une histoire d’éditeur. Le passage d’un éditeur à l’autre ne s’est pas très bien passé. Ensuite, j’ai besoin du roman pour traduire, j’ai bien plus de mal à traduire de la non-fiction. Je ne me suis pas senti à l’aise. J’ai donc proposé Emmanuelle Ertel pour faire cette traduction car je savais qu’elle aimerait faire cela et qu’elle en serait capable.



C’est une universitaire ? Car, la liste des références à la fin du livre est impressionnante, avec notamment plus de 70 ouvrages.

Tout à fait, elle est professeur de littérature. C’est d’ailleurs aussi pour cela que j’ai pensé à elle. En plus, elle vit à New-York, ce qui lui a permis d’être en contact régulier avec Rick Moody.



Traduire un auteur aussi créatif que Rick Moody ne doit pas être facile. Qu’est-ce qui vous a posé le plus de difficultés ?

Pour Purple America, ce sont les questions de terminologie. Tout d’abord, sur un plan médical. J’ai donc soumis une liste de questions à mon médecin et il m’a aidé. Ensuite, le domaine des centrales nucléaires. J’ai un ami qui connaît ce milieu et qui m’a aidé. J’ai d’ailleurs fait une petite note de remerciement à mon ami au début du livre.



Le premier livre de Rick Moody que j’ai lu est son recueil de nouvelles  l’Étrange horloge du désastre ; son style est très intense, je pense notamment à cette nouvelle sans ponctuation.

Ces nouvelles sont très inégales mais je les trouve intéressantes car elles montrent bien l’auteur et ce qu’il va devenir. Il y a un côté très expérimental. Moi j’ai toujours fait comme Flaubert avec son gueuloir. Je ne gueule pas, mais je relis toujours les textes à voix haute ou à mi-voix, pour vérifier le rythme du récit.



Vous n’avez pas été tenté d’insérer de la ponctuation ?
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Non, cela revient au respect du texte que l’on évoquait plus tôt. Par exemple, concernant les jeux de mots, quand je ne trouve pas d’équivalence au moment précis où ils se situent, cela m’arrive de les décaler dans la phrase ou dans le dialogue suivant. S’il n’y a vraiment pas de possibilité, car le jeu de mot est intraduisible en français, on peut le mettre en note, mais c’est quand même moche ! Il y a aussi des livres où je me suis beaucoup amusé. Il y en a un qui m’a beaucoup fait rire, où il y avait des jeux de mots, des allitérations, des clins d’œil très français, c’est un bouquin qui s’appelle Smonk de Tom Franklin, qui est une sorte de parodie de western extrêmement drôle. C’est du Lucky Luke trash mais c’est absolument magnifique.



Rick Moody fait beaucoup de références littéraires, je pense notamment au pastiche de Melville dans L’étrange horloge du désastre. Est-ce possible de le traduire sans les connaître ?

Lorsqu’il y a une référence à un auteur ou un passage d’une œuvre, je le lis bien évidemment. Par exemple, dans une nouvelle de Dieu vit à Saint-Pétersbourg de Tom Bissel, une des nouvelles est une relecture d’une nouvelle de Hemingway. C’est l’histoire d’un couple qui part en voyage de noces en Afrique, ici transposé dans un des pays de l’ex Union soviétique,  un pays asiatique comme le Tadjikistan. Bissel avait souligné l’emprunt à Hemingway. Il n’y avait pas de difficultés. Parfois on peut passer à côté d’une référence comme on peut passer à côté d’une citation. Mais en général on le sent car il y a toujours une petite rupture de style même si elle n’est pas signalée par des guillemets ou autre signe.



Vous avez aussi traduit des ouvrages de Charles Bukowski : est-ce un hasard, des commandes ou un intérêt pour les auteurs marginaux ?

Parfois ce sont des commandes provoqués. J’aime bien Charles Bukowski en fait. Pour moi c’est facile, j’ai une ligne bien arrêtée pour les traductions de cet auteur. C'est-à-dire que ses premiers ouvrages ont été surtraduits. On les a rendus plus trash qu’ils ne l’étaient. C’est simple, lorsqu’il écrivait : « I’m fed up » ce qui veut simplement dire : « j’en ai marre », c’était systématiquement traduit par des expressions comme : « j’en ai plein le cul », ce qui est quand même plus fort. Je n’ai pas voulu faire cela. Je trouve qu’il y a, dans Charles Bukowski, tout le malaise de l’Amérique et tout le malaise d’un homme aussi. Si on surtraduit, on privilégie le côté argotique au détriment de ce que dit vraiment l’histoire. Les personnages de Charles Bukowski représentent vraiment les paumés de l’Amérique.



J’ai l’impression que chez Rick Moody aussi…

Mais c’est autre chose. Rick Moody ne s’est pas caché derrière le vomi, l’alcool et le sexe. Dans Tempête de glace, il représente le malaise de la middle class et dans Purple America, c’est le malaise de toute une Amérique décadente qui est vu à travers l’image de la mère malade.



Il y a aussi cette notion de culpabilité très présente chez Rick Moody comme chez d’autres auteurs américains, dans À la recherche du voile noir il l’écrit clairement : « Être un Américain, être un citoyen de l’Occident, c’est être un meurtrier. Ne vous faites pas d’illusion. Couvrez-vous le visage ».

C’est tout vu et tout dit. Il ne faut pas oublier que l’Amérique est un pays protestant. Il existe aussi cette Amérique dont la foi en elle vacille depuis quelques années, depuis que le pays perd son hégémonie sur le monde. Restaurer la grandeur de l’Amérique maintenant ce n’est plus possible avec l’émergence de pays comme la Chine qui seront les puissances de demain. Il faut qu’ils l’admettent.



Cette dimension collective qu’il y a dans l’écriture américaine est moins marquée dans certains pays comme la France.

Mais il y a longtemps que la France ne se considère plus comme une puissance hégémonique. Je pense que le protestantisme joue un rôle très important dans l’Amérique, dans cette culpabilité, la confession et l’esprit pionnier qui a conduit à effacer totalement une partie de leur histoire. Finalement, c’est un pays qui ne leur appartient pas. Et c’est quelque chose sur lequel ils se voilent la face depuis toujours. Les indiens n’existent presque plus. Dans la campagne électorale qui vient de passer, on n’a pas entendu un mot sur les indiens. Il y a un indien qui croupit en prison depuis trente0 ans pour un crime qu’il n’a probablement pas commis ou même s’il  l’a commis, il n’y a pas de preuves.



Lorsque vous avez lu Rick Moody pour la première fois, quelle impression vous a-t-il donnée ?

Je l’ai découvert avec Purple America, je ne le connaissais pas du tout. Sa découverte fait partie des chocs. Cela fait partie des livres que j’ai ouverts et que je n’ai plus quittés. Il y a eu comme cela deux ou trois livres dans ma vie de traducteur. Je me suis dit : c’est extraordinaire. Ce premier chapitre d’ouverture, sur le plan de l’écriture, c’est absolument extraordinaire. Il y a un tel rythme !

Le dernier ouvrage que j’ai traduit de lui, Le script, n’est pas celui que je préfère mais je l’aime bien quand même. Beaucoup de gens ne l’ont pas aimé parce qu’ils ne l’ont pas compris. Cela m’a mis en rage après la critique parce qu’il y a des choses évidentes. Ils l’ont survolé, à peine, alors que c’est un livre qui contient plein de choses passionnantes. Il ya tout de même des passages extraordinaires. De temps en temps Rick Moody a des envolées qui sont fabuleuses. Mais Purple America reste son roman que je préfère.

Rick-Moody-Le-script.gif

Trouvez-vous que le regard sur le métier de traducteur et son statut ont évolué depuis que vous avez débuté votre carrière ?

Le traducteur est considéré comme auteur. On a le même statut que les écrivains. On reçoit un avaloir qui est un prix à la page rendue. Il est considéré comme un à-valoir sur les droits d’auteur. Les droits d’auteur sont tellement faibles qu’il est rare que l’à-valoir soit couvert. Pour cela, il faut environ vendre 20 000 ou 30 000 exemplaires en grand format et il y a peu de livres de littérature étrangère qui se vendent à ce niveau-là. Donc la plupart des traducteurs se contentent et vivent avec l’à-valoir et le prix à la page.  En plus de cela, les conditions sociales ne sont pas idéales : il n’y a pas de congés payés et presque pas de congés maladie possibles. Jusqu’à ces dernières années, il n’y avait même pas de retraite. Les conditions sociales sont donc minimum. Les revenus moyens d’un traducteur pour ceux qui, comme moi, arrivent à traduire en enchaînant les livres pour survivre, correspondent au salaire d’un professeur débutant à peu près.

Au niveau du regard, il y a eu des progrès. Maintenant, dans la plupart des revues, le nom du traducteur est mentionné. À la radio, c’est moins évident. Parfois c’est assez frustrant. Par exemple, là, pour Saul Bellow, il y a peu de choses mais il y a eu une page entière sur le journal du dimanche disant « c’est une nouvelle traduction » et puis c’est tout. Sans dire c’est bien ou mal mais lorsqu’il y a une nouvelle traduction c’est qu’il y a une raison. Peu importe si c’est pour en dire du mal, mais au moins je veux qu’on parle du travail de traduction qui a été fait. C’est ce qui est frustrant. Il y a eu aussi deux ou trois émissions de radio où on a présenté le livre comme une réédition. Comme s’il n’y avait même pas eu retraduction. J’ai quand même fait un travail par rapport à ce qui a déjà été fait. À l’inverse, il arrive que la traduction soit saluée. Ce qui fait toujours plaisir.


Propos recueillis par Emmanuelle, lp libraire.






Par Emmanuelle - Publié dans : traduction
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