Dimanche 16 novembre 2008
par pier
publié dans :
EVENEMENTS
0
recommander
Dimanche 16 novembre 2008

Stephen CLARKE
God save la
France
titre original A year in the Merde.
traduit de l’anglais par Léon Mercadet
éditions du Nil,
2005
Quelques mots sur l’auteur
Stephen Clarke est un journaliste britannique, né en 1958. Après avoir vécu dix ans en France, il décide d’écrire ce livre, comme « guide de survie » destiné à ses
compatriotes. Au départ, il s’est chargé de diffuser le premier tirage à deux cents exemplaires par son propre site internet, mais très vite il devient un véritable best-seller en Angleterre et
en France et de nouveaux tirages sont alors effectués.
Quelques mots sur l’histoire
Paul West est un jeune cadre britannique qui débarque à Paris pour lancer une chaîne de cafés, il découvre la vie d’entreprise française, les grèves successives, les
joies de l’immobilier dans la capitale et bien sûr la vie de couple avec une Française. Au travers de ses descriptions hilarantes du monde parisien, avec notamment ces promenades inoubliables
dans les rues semées de déjections canines… d’ailleurs je ne peux m’empêcher de vous citer un passage dans lequel Paul discute avec son égérie française de ces problèmes avec la propreté des
trottoirs parisiens;:
« Près du Moulin Rouge, je m’arrangeai naturellement pour piétiner un étron canin tout
sec qui évoquait du cacao vénéneux. La chose était tapie au pied d’un arbre, et me contraignit à une interprétation personnelle du french cancan avec un tronc pour en débarrasser ma semelle.
Comme un crétin, j’avais ce jour-là mis des pompes élégantes à la place des nord-coréennes.[...]Devant des jus d’oranges pressées, des figues fraîches et des œufs pochés au saumon, elle
m’encouragea à parler de mon handicap, et je pus tester me théorie selon laquelle il s’agissait d’un état psychique que les pavés de Paris avaient éveillé.
- C‘est une sorte de dyslexie. Tu connais la dyslexie ?
- Oui, oui, dit Alexa en hochant la tête tout en pelant sa figue bien mûre dans une image
d’un symbolisme.douloureux;
- Eh bien, je suis un peu dyslexique. Ou daltonien. Il y a des gens qui oublient le sens des mots, d’autres qui ne voient pas les couleurs. Moi je ne vois pas les crottes de chien. Je suis
merdlexique.»
Mon avis
Ce livre est un éternel sourire dû à la rencontre des cultures
anglaise et française. Dès le titre on a un mélange entre vocabulaire français et anglais. God save la France pour le titre français ou bien A year in the merde. Et l’auteur ne
cesse de jouer sur cet assortiment de jeux de mots, tout en exagérant ses expériences. Son registre d’écriture est plutôt cru mais il rend les situations si comiques qu’on ne peut que s'en
amuser, c’est d’ailleurs un livre devant lequel il peut nous arriver de rire seul au milieu des autres. Cependant il reste à mon avis un outil de culture intéressant. Tout comme Peter Mayle
l’avait fait en 1989 avec A year in Provence, Stephen Clarke dresse à son tour notre portrait et on ne peut le prendre qu’avec humour. On retrouve également le stéréotype anglais au
travers duquel on peut voir aussi une certaine caricature ; on peut ainsi comparer et apprendre sur notre culture mais surtout sur celle d’outre-manche, un livre que je vous conseille en
français et surtout en version originale, à ne pas manquer si vous voulez vous détendre un peu…
Morgane, 1ère année Bibliothèques
Dimanche 16 novembre 2008
SEPULVEDA Luis,
Journal d’un tueur Sentimental
traduit de l’espagnol (Chili)
par Jeanne Peyras (83 pages).
Editions Métailié, Paris, 1998
« La journée avait mal commencé, ce n’est pas que je sois superstitieux mais je crois qu’il y a
des jours comme ça où il vaut mieux ne pas accepter de contrat, même contre un chèque à six zéros, net d’impôts. » Un professionnel accomplit les contrats sans se poser de questions et ne mêle
jamais sa vie privée à son travail. Mais, quelle va être sa réaction quand sa belle Française le laisse tomber ? Avec le Journal d’un tueur sentimental, Luis Sepulveda nous livre les
tourments d’un homme tiraillé entre l’exécution d’un contrat pour le moins insaisissable et son amour, proscrit par la réalité de son travail. Six journées de vie et de lutte
étourdissantes.
Hortense, 2ème année Ed.-Lib.
Dimanche 16 novembre 2008

Brady UDALL
Lâchons les chiens
Letting Loose the Hounds
Traduit de l’américain par Michel LEDERER
Edition Albin Michel, 1998
Collection 10/18
248 pages
Brady UDALL est l’auteur d’un recueil de nouvelles intitulé Lâchons les chiens. Il est
né en Arizona en 1971 et exerce le métier de professeur de littérature dans une université du Middle West. Il s’agit là de son premier ouvrage qui fut suivi d’un roman intitulé Le destin
miraculeux d’Edgar Mint qui connut un grand succès et propulsa l’auteur au rang d’un des écrivains les plus prometteurs de sa génération. Le recueil contient 11 nouvelles de tailles
différentes : la plus petite est « La perruque » et fait deux pages et la plus grande est « Buckey le Mormon » et fait 36 pages.
Le style de Brady UDALL est souvent comparé à celui de Raymond CARVER. En effet, comme lui, il s’attache à décrire des
bouts de vies ordinaires d’habitants de petites villes des Etats-Unis. Il parle de villes situées en Utah comme Cedar City, en Arizona comme Vernon qui est d’ailleurs le personnage principal de
la nouvelle « Vernon ». Dans celle-ci, les protagonistes se trouvent déchirés entre l’envie de partir ailleurs et la peur de l’inconnu, ils sont viscéralement attachés à leur
ville.
Une autre particularité de ces nouvelles est l’omniprésence des hommes, les femmes étant soit parties comme dans « Lâchons les
chiens » soit décédées comme dans « La perruque »ou « Le serpent ». Dans « Basket à la casse » deux femmes tiennent un rôle plus important, en effet, elles sont au centre des préoccupations du
personnage masculin, l’une occupant ses pensées, l’autre son appartement. D’ailleurs, l’histoire se termine sur le choix qu’il devra faire entre ces deux femmes.
Tout ce recueil tourne autour des relations entre les personnages : on passe de l’amitié à l’amour, à la séparation, au
décès ou encore à la découverte des uns et des autres.
Le thème de décès est abordé dans « Le serpent » où trois hommes ayant chacun perdu leur épouse trouvent du
réconfort dans le partage de leur souffrance, personnalisée sous l’apparence d’un serpent dont la mort violente à la fin du récit peut symboliser la renaissance des personnages.
La découverte des autres est illustrée dans « Le contraire de la solitude » où un jeune homme s’occupe de trois personnes
marginales. Sa meilleure amie ayant peur d’eux apprend au fil du texte à les voir au-delà de leur différence et se surprend à les aimer.
« La ballade du boulet et de la chaîne »
Un homme sombre dans la dépression après avoir provoqué accidentellement la mort de son meilleur en lui attachant un boulet au pied, l’empêchant de sortir de sa
voiture tombée dans un lac suite à l’enterrement de vie de garçon de ce dernier.
Cette nouvelle regroupe les caractéristiques de l’écriture de Brady UDALL, en effet elle raconte un bout de vie d’habitants de
l’Utah. Cette histoire, même si on ne peut pas dire qu’elle soit ordinaire, pourrait être vécue par tout citoyen de toute ville, de toute région et de tout pays. C’est un des récits les plus
tragiques du recueil car il met en scène la culpabilité d’un homme face à la mort de son meilleur ami dont il se sent responsable. Le plus terrible est qu’au fil du texte on comprend que pour lui
la meilleure manière de se défaire de ce sentiment serait de mourir dans des souffrances similaires ou même pires que celle de son camarade.
L’écriture fluide de l’auteur, caractérisant chaque nouvelle, permet au lecteur d’entrer directement dans l’histoire. Elle lui
permet de s’attacher aux personnages et même de s’dentifier à eux. On se surprend parfois à vouloir leur donner des conseils, tantôt on aime la compagne du personnage principal parce qu’elle
cherche à tout prix à l’aider puis on la juge parce qu’elle l’abandonne et pour finir on s’interroge soi-même sur la manière dont on aurait réagi si on avait été dans la même situation.
L’insertion dans le récit de la rencontre amoureuse des deux personnages rend encore plus réelle et tragique cette histoire car elle souligne leur bonheur perdu.
On peut remarquer que la majorité de l’histoire se déroule dans la maison des personnages comme s’ils étaient prisonniers du
lieu dans lequel leur malheur avait commencé, d’où le sentiment de liberté envahissant la jeune femme lorsqu’elle quitte son compagnon et ainsi la maison.
Lorsque l’on donne à lire cette nouvelle à diverses personnes, on se rend compte qu’il leur faut quelques minutes de réflexion
avant de pouvoir décrire leurs sentiments. Puis le sentiment général est l’impuissance face à la souffrance d’un homme. Ce qui les marque également c’est l’incapacité de chaque intervenant à
trouver une solution pour sortir le personnage de sa souffrance ou encore la manière qu’a l’auteur de traiter le tragique de façon comique comme par exemple les circonstances de la mort du
meilleur ami.
En conclusion, on constate que l’on peut ne pas aimer la manière dont les histoires sont écrites ou au contraire être touché
par les souffrances et les joies des personnages mais dans tous les cas, les nouvelles de Brady UDALL ne laissent personne indifférent.
Nadège GALLERAND, Aurélie GIROS, 1ère année bib/méd
par Nadège et Aurélie
publié dans :
fiches de lecture 1A
0
recommander
Dimanche 16 novembre 2008
Fredric Brown
La Nuit du Jabberwock
Traduit de l’anglais (Etats-Unis)
par France-Marie Watkins
Editions Rivages/Noir, 2007.
La Nuit du Jabberwock m’a permis de pénétrer dans l’univers des polars qui jusque là ne
me plaisait guère. Mais cette œuvre n’est pas juste un polar, c’est une intrigue quasi fantastique qui nous plonge dans l’univers complètement fou de Lewis Caroll, auteur d’Alice au pays des
merveilles et d’ Alice à travers le miroir.
Comme Alice fut bouleversée l’espace d’un rêve par l’arrivée d’un lapin blanc, Doc Stoeger, personnage principal de
l’histoire, est bouleversé durant toute une nuit par l’enchaînement de faits inhabituels dans la petite ville de Carmel City. Doc, journaliste au Carmel City Clarion, est sans cesse à la
recherche de la moindre information qui fera scandale dans sa petite ville prospère trop peu originale où l’un des seuls événements marquants est « la vente d’œuvres caritatives à l’église ».
Mais cette nuit-là va relever de l’univers du rêve dépassant même l’imagination du personnage et du lecteur.

Tout part de la rencontre d’un personnage que l’on pourrait croire fou ou presque irréel, Yehudi Smith, et qui est tout autant passionné pour Lewis Caroll que Doc. Suite à leur dialogue vont
s’enchaîner des intrigues sur l’univers parallèle, l’évasion d’une personne de l’asile, la capture de deux meurtriers recherchés, la découverte de deux corps dans la voiture de Doc. Cette
histoire m’a semblé à un moment frôler la schizophrénie et la folie, d’autant plus qu’on a l’impression que seul le whisky permet au personnage de rester dans ce monde imaginaire, la diminution
de l’ivresse le ramenant peu à peu à une conscience trop difficile à accepter.
Ce polar ne relate donc pas avec de simples enquêtes policières mais nous plonge dans un univers hors réalité dont le temps
nous semble au ralenti et dans lequel nous nous retrouvons en perpétuel bouleversement grâce à l’enchaînement d’événements palpitants qui ne nous laissent aucun répit. Ainsi, tout comme Doc, nous
nous laissons entraîner par cette nuit cauchemardesque ; elle détourne notre esprit de toute compréhension jusqu’à la fin qui, telle une illumination, révèle la solution de cette intrigue
nocturne et
paranormale.
Je conseille vivement cet auteur et surtout ce livre, particulièrement aux lecteurs qui cherchent un « coup de cœur » en polar
afin de se réconcilier avec le genre.
Justine Barbe, Première année Edition-Librairie
Thierry JONQUET,
La Bête et la Belle
Edition originale : Gallimard / Série Noire - Avril 1985
Edition poche : Folio Policier - Septembre 1999
On est prévenu, le « il était une fois » est proscrit
! Pourtant, « une bête », « un palais », « une belle »… mais aussi une singulière histoire d’amour, des déchets que l'on empile et un congélateur.
On le dit policier… mais la question du genre de ce surprenant roman de Thierry Jonquet reste
en suspens. La Bête et la Belle est sans nul doute le récit d’une enquête. Mais à son commencement, le criminel, on le connaît. Reste à plonger alors dans l’absurde huis-clos que nous
décrit Jonquet à travers les pensées du brave ami Léon et l’écoute de drôles de cassettes.
Ce livre nous offre un monde dans lequel on nous jette. Un monde, et même un univers, la
déviance d’un homme bien comme il faut, sa vengeance. Il décrit le piège de la folie mais il est lui-même un piège : pour nous.
Les critiques reprocheront à l’auteur une enquête trop simpliste, un écrit trop lourd ou
encore une histoire sans intérêt. Ils oublient la magie finale. Jonquet s’est donné une telle contrainte que l’écriture a pu en faire les frais parfois, ce que je n'ai jamais ressenti à la
lecture.
Il suffit d’adhérer au style de l'auteur, simple et authentique, tout en humour noir et
en finesse, pour adopter ce court roman qui nous réserve une si grande surprise qu’on n'a qu’une envie: le relire ! Car Jonquet nous dupe et s'amuse jusqu'aux dernières pages. Voilà ce qui fait
le talent de l’auteur: arriver à tromper un lectorat averti de l’irrationalité de l’œuvre. On finit le roman avec jubilation : la bouche grande ouverte, les yeux humides, la gorge sèche. Et
personne n’y coupe. Jonquet est un génie.
Pour vous donner une idée de ce conte moderne hors du commun (tiré d'un fait divers !),
je vous en laisse découvrir la quatrième de couverture, qui à elle seule nous dit tout, et rien à la fois :
“Léon est vieux. Très vieux. Léon est moche. Très moche. Léon est sale. Vraiment très sale !
Léon se tient très mal à table. C'est dans sa nature... C'est triste ? Non : Léon a enfin trouvé un ami, un vrai de vrai ! Seulement voilà, le copain en question est un peu dérangé. Parfois
dangereusement. Mais Léon est indulgent envers ses amis. Pas vous ?”
Attention, ce roman va vous surprendre, Jonquet se jouer de vous et Léon risque d'un peu
trop vous émouvoir... bonne lecture !
A découvrir aussi, du même auteur: La vie de ma mère ! (ainsi que l'intégralité de sa
bibliographie)
Hélène Savian, 1ère année bibliothèques

John BERGER
Joue-moi quelque chose
Titre original : Once in Europa
Traduit de l'anglais par Elisabeth Janvier
Editions Champ Vallon / Curandera, 1990
Réédition Le Seuil, Points, 1996
Joue-moi quelque chose est un recueil de cinq nouvelles à travers lesquelles John Berger nous présente des «
situations de l'amour », le tout sur fond de vie paysanne à la fin du XXe siècle, en Haute-Savoie. Des morceaux de vie nous sont racontés : l'histoire d'Odile, veuve à 17 ans ; celle
de Boris qui a tout donné, y compris sa vie pour une femme qui n'a d'intérêt que pour ses biens ; ou encore celle de Félix, célibataire.
John Berger, écrivain et artiste anglais, restitue avec une grande justesse ce monde rural et montagnard, grâce à sa propre expérience puisqu'il est
haut-savoyard d'adoption depuis les années 70. Au fil des lignes, les montagnes surgissent, puis les hommes qui les habitent, jusqu'à ce que le livre ne devienne plus que l'âme de cet univers,
tant et si bien que finalement, il pourrait s'agir de n'importe quelle autre montagne au monde.
Son écriture magnifie l'univers paysan et devient poétique parfois -d 'ailleurs deux poèmes ouvrent et closent le recueil. Cela crée un contraste avec les
activités parfois très prosaïques qui sont décrites, et John Berger joue avec ce contraste. Ses personnages ont une réelle profondeur et il nous dépeint des sentiments vrais.
Je m'attarderai sur une nouvelle qui m'a particulièrement touchée : il s'agit de " L'accordéoniste ".
Le personnage principal, Félix, est célibataire et vit avec sa mère Albertine. Mais l'année commence mal (il y a trop de taupes), et en effet Albertine va
mourir, laissant Félix seul pour faire tourner la ferme. Il se résigne d'abord à sa solitude, mais il a très vite des accès de colère et de profonde tristesse. Finalement, pour ne pas perdre
pied, il sort son vieil accordéon et en joue à ses vaches un soir. L'accordéon devient dès lors sa raison de vivre.
Pour moi cette nouvelle reflète tout le talent de John Berger. Le lecteur est immergé dans le travail de Félix, dans la vie des personnages. Ceux-ci sont
très touchants, notamment Albertine qui attend sa mort et qui « voulait bien se charger de leurs commissions pour l'au-delà ». L'écriture est très belle, truffée d'échos, et les contrastes créés
deviennent même humoristiques (avec une scène mémorable où Félix tue une taupe !).
John Berger rend avec ce recueil un bel hommage à ces hommes et à ces femmes de la montagne.
« Il s'étendit auprès de sa mère sur le grand lit. Comme ça, il pouvait l'entendre respirer pendant la nuit. Elle s'écarta légèrement, tourna sa tête sur
l'oreiller et lui demanda à boire. Il approcha un verre d'eau de ses lèvres. Elle n'eut pas la force de lever la tête. Il dut la lui soulever. Il la sentit toute légère dans sa main, comme une
petite laitue. » " L'accordéoniste "
Anaïs B, 1ère année
Édition-Librairie
Vendredi 14 novembre 2008
Amélie NOTHOMB
Les combustibles
Le livre de poche, 89 pages
Paris, 1994
On est en plein hiver, et dehors, la guerre fait rage. Ununiversitaire, professeur de
littérature, accueille chez lui son assistant, Daniel, ainsi que Marina, la petite amie de ce dernier, qui n’ont nulle part où aller. Les trois personnages se retrouvent donc dans la bibliothèque
du professeur, pour un huis-clos marqué par le froid mordant qui les assaille. Il n’y a rien plus rien à brûler pour gagner quelques degrés…. Plus rien ? Si ! Les livres...
…
Ce n’est pas cela qui manque chez ce professeur singulier et antipathique ! Mais nos trois réfugiés sont-ils prêts à sacrifier
ces trésors de la culture littéraire en échange d’un peu de chaleur ? Serait-ce une preuve de dignité ou de folie que de vouloir les protéger coûte que coûte ? La guerre peut-elle être une excuse
? Pour brûler des livres ? Pour changer de nature ?
Un long débat s’engage entre les protagonistes, entrecoupé par leur perte progressive d’humanité, quelques débats littéraires
insensés menés par un professeur diaboliquement cynique, et par quelques enfantillages presque irréels entre deux bombardements.
« MARINA. (…) Professeur, le poêle s’est éteint.
LE PROFESSEUR. Je sais, Marina. Je n’ai plus rien à brûler.
MARINA. (en regardant la bibliothèque). Et ça ?
LE PROFESSEUR. Les étagères ? Elles sont en métal.
MARINA. Non, les livres.
Silence gêné
DANIEL. Ce n’est pas du combustible, Marina.
MARINA (avec un sourire ingénu). Mais si, Daniel. Ça brûle très bien.
LE PROFESSEUR. Si nous nous mettions à brûler les livres, alors, vraiment, nous aurions perdu la guerre.
MARINA. Nous avons perdu la guerre. »
Les combustibles est une pièce de théâtre écrite par Amélie Nothomb en 1994. Née en
1967 au Japon, de nationalité belge, il n’est peut-être même plus vraiment nécessaire de la présenter ! Auteur notamment des sulfureux et brillants Stupeurs et tremblements et Ni
d’Adam ni d’Ève; elle est reconnaissable à son style percutant et tellement drôle ! Cette pièce de théâtre
à la fois légère et profonde par son sens est ponctuée à chaque page par l’humour noir et cinglant inimitable de son auteur.
Philosophie, désespoir, études de la nature humaine, de la guerre, de la littérature et ironie grinçante se mêlent délicieusement dans cette œuvre pour le pur plaisir du lecteur. Je l’ai
personnellement relue à trois reprises avec à chaque fois autant d’éclats de rire et de délectation ! Je le conseille à tous les amoureux du style de Nothomb bien sûr, mais aussi aux amoureux des
comédies théâtrales et à tous ceux qui cherchent une lecture explosive et bourrée d’humour noir !
Alexandra Ducasse, 1ère année Edition-Librairie
par Alexandra
publié dans :
fiches de lecture 1A
0
recommander
Vendredi 14 novembre 2008
Jean ECHENOZ
Courir
Editions de Minuit
2008
L'auteur
Jean Echenoz est né en 1947 à Orange. Il a publié son premier roman, Le Méridien de
Greenwich en 1979. Ensuite, il a notamment obtenu le prix Médicis avec Cherokee en 1983 et le prix Goncourt en 1999 avec Je m'en vais. Courir est son treizième
roman. Avec ce texte, Echenoz s'attelle pour la troisième fois à la biographie d'un personnage célèbre. Le triptyque a été entamé par Jérôme Lindon en 2001 puis viennent Ravel
en 2006 et enfin Courir. La particularité de cet auteur est qu'il a toujours été publié aux éditions de Minuit.
Résumé
Le récit commence en 1938 en Moravie, région de la Tchécoslovaquie et il coïncide avec l'arrivée
des Nazis. Emile a 17 ans, il est beau, il sourit beaucoup mais il ne court pas. Il déteste cela. Alors qu'il est ouvrier dans une usine de chaussures, Bata, on lui impose de courir à l'occasion
d'un cross. Le sport est une corvée pour lui mais il n'a pas le choix, il se plie aux règles, fait de son mieux. Il court si bien qu'il arrive second de ce cross-country organisé par la
Wehrmacht. A partir de cet instant, il ne cessera plus de courir, de progresser et de gagner. Sa méthode d'entraînement est basée sur la vitesse et la souffrance, cela va forger sa légende. Il
travaille tellement dur à l'entraînement que les courses sont pour lui synonyme de plaisir. Une fois la guerre finie, il s'engage comme simple militaire dans l'armée. Ainsi à chacune de ses
grandes victoires, il est promu à un nouveau grade dans l'armée. Malgré son absence absolu de style, son palmarès est éloquent : 
quadruple champion olympique entre 1948 et 1952
18 records du monde
triple champion d'Europe
Zatopek est l'idole du pays et devient suite à ses innombrables succès l'emblème du régime communiste. La « locomotive tchèque
», son surnom, reste invaincue de 1948 à 1954 sur 10 000m. C'est un sportif d'élite et il devient un instrument de propagande idéal. Il représente le parti aux quatre coins du globe et ne cesse
d'être promu au sein de l'armée.
A la fin sa carrière sportive, après les jeux de Melbourne en 1956, il est nommé colonel. Ensuite, il devient directeur des sports au ministère de la défense jusqu'en 1968.
Lors du printemps de Prague en août 1968, alors qu'il défend la cause des Tchécoslovaques, il prend la parole tant bien que
mal devant les manifestants. Les Soviétiques le sanctionnent et le radient de l'armée. Il est expédié dans une mine d'uranium pendant 6 ans puis devient éboueur. Cette dernière mission est un
échec pour le parti. Deux ans plus tard, il est libéré et reprend le cours de sa vie.
Style et analyse
Echenoz respecte la chronologie des multiples exploits du Tchécoslovaque. Il ne met pas de
dates, ni de temps pour les courses de Zatopek. Il survole les principaux résultats de sa carrière mais en revanche, il s'attarde plus sur des anecdotes particulières et des points de caractère
du coureur. Il est intéressant de remarquer que Zatopek a exclusivement couru sous des dictatures (nazie et soviétique). Il a toujours couru pour quelqu'un, dans un premier temps l'usine, ensuite
l'armée et enfin le PC.
On peut noter un parallélisme entre la première phrase du premier chapitre et celle du dernier. Premier chapitre : « Les Allemands sont entrés en Moravie.» Dernier chapitre : « Les Soviétiques sont entrés en Tchécoslovaquie. » Les périodes historiques sont indissociables du parcours de
Zatopek. Echenoz nous le fait remarquer à sa manière. Dans le roman Je m'en vais, il a utilisé la même phrase introductrice et finale "Je m'en vais". Il reprend la même sorte de procédé
avec Courir. C'est une boucle historique, plus de 30 ans d'occupation.
Dans ce roman, on assiste à la construction et à l'ascension inéluctable d'une vedette jusqu'à sa consécration. L'écriture d'
Echenoz est épurée, son style descriptif sied à merveille car il est dénué de tous détails inutiles. Il y a beaucoup de rythme dans le roman à l'image du personnage central. L'auteur fait
ressortir une sorte de côté candide chez l'athlète, cela le rend sympathique et agréable.
Extraits
« Ce n'est pas normal, ce n'est absolument pas normal. Ce type fait tout ce qu'il ne faut pas
faire et il gagne. » [p.46]
« Emile, on dirait qu'il creuse ou qu'il se creuse, comme en transe ou comme un terrassier. Loin des canons académiques et de
tout souci d'élégance, Emile progresse de façon lourde, heurtée, torturée, tout en à-coups. Il ne cache pas la violence de son effort qui se lit sur son visage crispé, tétanisé, grimaçant,
continûment tordu par un rictus pénible à voir. » [p.49]
« Quand il parcourt les rues de la ville derrière sa benne avec son balai, la population reconnaît aussitôt Emile, tout le
monde se met aux fenêtres pour l'ovationner[...] Jamais aucun éboueur au monde n'aura été autant acclamé » [p.141]
Sources
http:/www.volodalen.com/32historique/zatopek.htm
http:/www.leseditionsdeminuit.com
Quentin Legeard, 2ème année Bib.-Méd.