Dimanche 16 novembre 2008

par pier publié dans : EVENEMENTS
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Dimanche 16 novembre 2008





Stephen CLARKE

God save la France
titre original A year in the Merde.
traduit de l’anglais par Léon Mercadet
éditions du Nil, 2005


















Quelques mots sur l’auteur

Stephen Clarke est un journaliste britannique, né en 1958. Après avoir vécu dix ans en France, il décide d’écrire ce livre, comme « guide de survie » destiné à ses compatriotes. Au départ, il s’est chargé de diffuser le premier tirage à deux cents exemplaires par son propre site internet, mais très vite il devient un véritable best-seller en Angleterre et en France et de nouveaux tirages sont alors effectués.


Quelques mots sur l’histoire


Paul West est un jeune cadre britannique qui débarque à Paris pour lancer une chaîne de cafés, il découvre la vie d’entreprise française, les grèves successives, les joies de l’immobilier dans la capitale et bien sûr la vie de couple avec une Française. Au travers de ses descriptions hilarantes du monde parisien, avec notamment ces promenades inoubliables dans les rues semées de déjections canines… d’ailleurs je ne peux m’empêcher de vous citer un passage dans lequel Paul discute avec son égérie française de ces problèmes avec la propreté des trottoirs parisiens;:                                    


  « Près du Moulin Rouge, je m’arrangeai naturellement pour piétiner un étron canin tout sec qui évoquait du cacao vénéneux. La chose était tapie au pied d’un arbre, et me contraignit à une interprétation personnelle du french cancan avec un tronc pour en débarrasser ma semelle. Comme un crétin, j’avais ce jour-là mis des pompes élégantes à la place des nord-coréennes.[...]Devant des jus d’oranges pressées, des figues fraîches et des œufs pochés au saumon, elle m’encouragea à parler de mon handicap, et je pus tester me théorie selon laquelle il s’agissait d’un état psychique que les pavés de Paris avaient éveillé.
- C‘est une sorte de dyslexie. Tu connais la dyslexie ?
- Oui, oui, dit Alexa en hochant la tête tout en pelant sa figue bien mûre dans une image d’un symbolisme.douloureux;
- Eh bien, je suis un peu dyslexique. Ou daltonien. Il y a des gens qui oublient le sens des mots, d’autres qui ne voient pas les couleurs. Moi je ne vois pas les crottes de chien. Je suis merdlexique.»


Mon avis  
        

Ce livre est un éternel sourire dû à la rencontre des cultures anglaise et française. Dès le titre on a un mélange entre vocabulaire français et anglais. God save la France pour le titre français ou bien A year in the merde. Et l’auteur ne cesse de jouer sur cet assortiment de jeux de mots, tout en exagérant ses expériences. Son registre d’écriture est plutôt cru mais il rend les situations si comiques qu’on ne peut que s'en amuser, c’est d’ailleurs un livre devant lequel il peut nous arriver de rire seul au milieu des autres. Cependant il reste à mon avis un outil de culture intéressant. Tout comme Peter Mayle l’avait fait en 1989 avec A year in Provence, Stephen Clarke dresse à son tour notre portrait et on ne peut le prendre qu’avec humour. On retrouve également le stéréotype anglais au travers duquel on peut voir aussi une certaine caricature ; on peut ainsi comparer  et apprendre sur notre culture mais surtout sur celle d’outre-manche, un livre que je vous conseille en français et surtout en  version originale, à ne pas manquer si vous voulez vous détendre un peu…

Morgane, 1ère année Bibliothèques
par motgane publié dans : fiches de lecture 1A
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Dimanche 16 novembre 2008




SEPULVEDA Luis,
Journal d’un tueur Sentimental

traduit de l’espagnol (Chili)
par Jeanne Peyras (83 pages).
Editions Métailié, Paris, 1998
































« La journée avait mal commencé, ce n’est pas que je sois superstitieux mais je crois qu’il y a des jours comme ça où il vaut mieux ne pas accepter de contrat, même contre un chèque à six zéros, net d’impôts. » Un professionnel accomplit les contrats sans se poser de questions et ne mêle jamais sa vie privée à son travail. Mais, quelle va être sa réaction quand sa belle Française le laisse tomber ? Avec le Journal d’un tueur sentimental, Luis Sepulveda nous livre les tourments d’un homme tiraillé entre l’exécution d’un contrat pour le moins insaisissable et son amour, proscrit par la réalité de son travail. Six journées de vie et de lutte étourdissantes.


Hortense, 2ème année Ed.-Lib.
par Hortense publié dans : fiches de lecture 1A
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Dimanche 16 novembre 2008













Brady UDALL
Lâchons les chiens

Letting Loose the Hounds
Traduit de l’américain par Michel LEDERER
Edition Albin Michel, 1998
Collection 10/18
248 pages













Brady UDALL est l’auteur d’un recueil de nouvelles intitulé Lâchons les chiens. Il est né en Arizona en 1971 et exerce le métier de professeur de littérature dans une université du Middle West. Il s’agit là de son premier ouvrage qui fut suivi d’un roman intitulé Le destin miraculeux d’Edgar Mint qui connut un grand succès et propulsa l’auteur au rang d’un des écrivains les plus prometteurs de sa génération. Le recueil contient 11 nouvelles de tailles différentes : la plus petite est « La perruque » et fait deux pages et la plus grande est « Buckey le Mormon » et fait 36 pages.

Le style de Brady UDALL  est souvent comparé à celui de Raymond CARVER. En effet, comme lui, il s’attache à décrire des bouts de vies ordinaires d’habitants de petites villes des Etats-Unis. Il parle de villes situées en Utah comme Cedar City, en Arizona comme Vernon qui est d’ailleurs le personnage principal de la nouvelle « Vernon ». Dans celle-ci, les protagonistes se trouvent déchirés entre l’envie de partir ailleurs et la peur de l’inconnu, ils sont viscéralement attachés à leur ville.

Une autre particularité de ces nouvelles est l’omniprésence des hommes, les femmes étant soit parties comme dans « Lâchons les chiens » soit décédées comme dans « La perruque »ou « Le serpent ». Dans « Basket à la casse » deux femmes tiennent un rôle plus important, en effet, elles sont au centre des préoccupations du personnage masculin, l’une occupant ses pensées, l’autre son appartement. D’ailleurs, l’histoire se termine sur le choix qu’il devra faire entre ces deux femmes.

Tout ce recueil tourne autour des relations entre les personnages : on passe de l’amitié à l’amour,  à la séparation, au décès ou encore à la découverte des uns et des autres.

Le thème de décès est abordé dans « Le serpent » où trois hommes ayant chacun perdu leur épouse trouvent du réconfort dans le partage de leur souffrance, personnalisée sous l’apparence d’un serpent dont la mort violente à la fin du récit peut symboliser la renaissance des personnages.

La découverte des autres est illustrée dans « Le contraire de la solitude » où un jeune homme s’occupe de trois personnes marginales. Sa meilleure amie ayant peur d’eux apprend au fil du texte à les voir au-delà de leur différence et se surprend à les aimer.

« La ballade du boulet et de la chaîne »

Un homme sombre dans la dépression après avoir provoqué accidentellement la mort de son meilleur en lui attachant un boulet au pied, l’empêchant de sortir de sa voiture tombée dans un lac suite à l’enterrement de vie de garçon de ce dernier.


Cette nouvelle regroupe les caractéristiques de l’écriture de Brady UDALL, en effet elle raconte un bout de vie d’habitants de l’Utah. Cette histoire, même si on ne peut pas dire qu’elle soit ordinaire, pourrait être vécue par tout citoyen de toute ville, de toute région et de tout pays. C’est un des récits les plus tragiques du recueil car il met en scène la culpabilité d’un homme face à la mort de son meilleur ami dont il se sent responsable. Le plus terrible est qu’au fil du texte on comprend que pour lui la meilleure manière de se défaire de ce sentiment serait de mourir dans des souffrances similaires ou même pires que celle de son camarade.

L’écriture fluide de l’auteur, caractérisant chaque nouvelle, permet au lecteur d’entrer directement dans l’histoire. Elle lui permet de s’attacher aux personnages et même de s’dentifier à eux. On se surprend parfois à vouloir leur donner des conseils, tantôt on aime la compagne du personnage principal parce qu’elle cherche à tout prix à l’aider puis on la juge parce qu’elle l’abandonne et pour finir on s’interroge soi-même sur la manière dont on aurait réagi si on avait été dans la même situation. L’insertion dans le récit de la rencontre amoureuse des deux personnages rend encore plus réelle et tragique cette histoire car elle souligne leur bonheur perdu.

On peut remarquer que la majorité de l’histoire se déroule dans la maison des personnages comme s’ils étaient prisonniers du lieu dans lequel leur malheur avait commencé, d’où le sentiment de liberté envahissant la jeune femme lorsqu’elle quitte son compagnon et ainsi la maison.

Lorsque l’on donne à lire cette nouvelle à diverses personnes, on se rend compte qu’il leur faut quelques minutes de réflexion avant de pouvoir décrire leurs sentiments. Puis le sentiment général est l’impuissance face à la souffrance d’un homme. Ce qui les marque également c’est l’incapacité de chaque intervenant à trouver une solution pour sortir le personnage de sa souffrance ou encore la manière qu’a l’auteur de traiter le tragique de façon comique comme par exemple les circonstances de la mort du meilleur ami.

En conclusion, on constate que l’on peut ne pas aimer la manière dont les histoires sont écrites ou au contraire être touché par les souffrances et les joies des personnages mais dans tous les cas, les nouvelles de Brady UDALL ne laissent personne indifférent.


Nadège GALLERAND, Aurélie GIROS, 1ère année bib/méd
par Nadège et Aurélie publié dans : fiches de lecture 1A
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Dimanche 16 novembre 2008



Fredric Brown
La Nuit du Jabberwock

Traduit de l’anglais (Etats-Unis)
par France-Marie Watkins
Editions Rivages/Noir, 2007.



















La Nuit du Jabberwock m’a permis de pénétrer dans l’univers des polars qui jusque là ne me plaisait guère. Mais cette œuvre n’est pas juste un polar, c’est une intrigue quasi fantastique qui nous plonge dans l’univers complètement fou de Lewis Caroll, auteur d’Alice au pays des merveilles et d’ Alice à travers le miroir.          

                                                                                                                                                     


Comme Alice fut bouleversée l’espace d’un rêve par l’arrivée d’un lapin blanc, Doc Stoeger, personnage principal de l’histoire, est bouleversé durant toute une nuit par l’enchaînement de faits inhabituels dans la petite ville de Carmel City. Doc, journaliste au Carmel City Clarion, est sans cesse à la recherche de la moindre information qui fera scandale dans sa petite ville prospère trop peu originale où l’un des seuls événements marquants est « la vente d’œuvres caritatives à l’église ». Mais cette nuit-là va relever de l’univers du rêve dépassant même l’imagination du personnage et du lecteur.



Tout part de la rencontre d’un personnage que l’on pourrait croire fou ou presque irréel, Yehudi Smith, et qui est tout autant passionné pour Lewis Caroll que Doc. Suite à leur dialogue vont s’enchaîner des intrigues sur l’univers parallèle, l’évasion d’une personne de l’asile, la capture de deux meurtriers recherchés, la découverte de deux corps dans la voiture de Doc. Cette histoire m’a semblé à un moment frôler la schizophrénie et la folie, d’autant plus qu’on a l’impression que seul le whisky permet au personnage de rester dans ce monde imaginaire, la diminution de l’ivresse le ramenant peu à peu à une conscience trop difficile à accepter.                                                                                                                             


Ce polar ne relate donc pas avec de simples enquêtes policières mais nous plonge dans un univers hors réalité dont le temps nous semble au ralenti et dans lequel nous nous retrouvons en perpétuel bouleversement grâce à l’enchaînement d’événements palpitants qui ne nous laissent aucun répit. Ainsi, tout comme Doc, nous nous laissons entraîner par cette nuit cauchemardesque ; elle détourne notre esprit de toute compréhension jusqu’à la fin qui, telle une illumination, révèle la solution de cette intrigue nocturne et paranormale.                                                                                                                                                           

Je conseille vivement cet auteur et surtout ce livre, particulièrement aux lecteurs qui cherchent un « coup de cœur » en polar afin de se réconcilier avec le genre.


Justine Barbe, Première année Edition-Librairie  
par Justine publié dans : fiches de lecture 1A
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Samedi 15 novembre 2008















Thierry JONQUET,
La Bête et la Belle

 
Edition originale : Gallimard / Série Noire - Avril 1985          
Edition poche : Folio Policier - Septembre 1999





















 
On est prévenu, le « il était une fois » est proscrit !   Pourtant, « une bête », « un palais », « une belle »… mais aussi une singulière histoire d’amour, des déchets que l'on empile et un congélateur.
 
On le dit policier… mais la question du genre de ce surprenant roman de Thierry Jonquet reste en suspens. La Bête et la Belle est sans nul doute le récit d’une enquête. Mais à son commencement, le criminel, on le connaît. Reste à plonger alors dans l’absurde huis-clos que nous décrit Jonquet à travers les pensées du brave ami Léon et l’écoute de drôles de cassettes.
 
Ce livre nous offre un monde dans lequel on nous jette. Un monde, et même un univers, la déviance d’un homme bien comme il faut, sa vengeance. Il décrit le piège de la folie mais il est lui-même un piège : pour nous.
 
 Les critiques reprocheront à l’auteur une enquête trop simpliste, un écrit trop lourd ou encore une histoire sans intérêt. Ils oublient la magie finale. Jonquet s’est donné une telle contrainte que l’écriture a pu en faire les frais parfois, ce que je n'ai jamais ressenti à la lecture.
 
 Il suffit d’adhérer au style de l'auteur, simple et authentique, tout en humour noir et en finesse, pour adopter ce court roman qui nous réserve une si grande surprise qu’on n'a qu’une envie: le relire ! Car Jonquet nous dupe et s'amuse jusqu'aux dernières pages. Voilà ce qui fait le talent de l’auteur: arriver à tromper un lectorat averti de l’irrationalité de l’œuvre. On finit le roman avec jubilation : la bouche grande ouverte, les yeux humides, la gorge sèche. Et personne n’y coupe. Jonquet est un génie.
 
 Pour vous donner une idée de ce conte moderne hors du commun (tiré d'un fait divers !), je vous en laisse découvrir la quatrième de couverture, qui à elle seule nous dit tout, et rien à la fois :

“Léon est vieux. Très vieux. Léon est moche. Très moche. Léon est sale. Vraiment très sale ! Léon se tient très mal à table. C'est dans sa nature... C'est triste ? Non : Léon a enfin trouvé un ami, un vrai de vrai ! Seulement voilà, le copain en question est un peu dérangé. Parfois dangereusement. Mais Léon est indulgent envers ses amis. Pas vous ?”
 
 Attention, ce roman va vous surprendre, Jonquet se jouer de vous et Léon risque d'un peu trop vous émouvoir... bonne lecture !
 
A découvrir aussi, du même auteur: La vie de ma mère ! (ainsi que l'intégralité de sa bibliographie)


Hélène Savian, 1ère année bibliothèques

par Hélène publié dans : fiches de lecture 1A
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Samedi 15 novembre 2008



John BERGER
Joue-moi quelque chose
Titre original : Once in Europa
Traduit de l'anglais par Elisabeth Janvier
Editions Champ Vallon / Curandera, 1990
Réédition Le Seuil, Points, 1996

























Joue-moi quelque chose est un recueil de cinq nouvelles à travers lesquelles John Berger nous présente des « situations de l'amour », le tout sur fond de vie paysanne à la fin du XXe siècle, en Haute-Savoie. Des morceaux de vie nous sont racontés : l'histoire d'Odile, veuve à 17 ans ; celle de Boris qui a tout donné, y compris sa vie pour une femme qui n'a d'intérêt que pour ses biens ; ou encore celle de Félix, célibataire.


John Berger, écrivain et artiste anglais, restitue avec une grande justesse ce monde rural et montagnard, grâce à sa propre expérience puisqu'il est haut-savoyard d'adoption depuis les années 70. Au fil des lignes, les montagnes surgissent, puis les hommes qui les habitent, jusqu'à ce que le livre ne devienne plus que l'âme de cet univers, tant et si bien que finalement, il pourrait s'agir de n'importe quelle autre montagne au monde.


Son écriture magnifie l'univers paysan et devient poétique parfois -d 'ailleurs deux poèmes ouvrent et closent le recueil. Cela crée un contraste avec les activités parfois très prosaïques qui sont décrites, et John Berger joue avec ce contraste. Ses personnages ont une réelle profondeur et il nous dépeint des sentiments vrais.


Je m'attarderai sur une nouvelle qui m'a particulièrement touchée : il s'agit de " L'accordéoniste ".

Le personnage principal, Félix, est célibataire et vit avec sa mère Albertine. Mais l'année commence mal (il y a trop de taupes), et en effet Albertine va mourir, laissant Félix seul pour faire tourner la ferme. Il se résigne d'abord à sa solitude, mais il a très vite des accès de colère et de profonde tristesse. Finalement, pour ne pas perdre pied, il sort son vieil accordéon et en joue à ses vaches un soir. L'accordéon devient dès lors sa raison de vivre.


Pour moi cette nouvelle reflète tout le talent de John Berger. Le lecteur est immergé dans le travail de Félix, dans la vie des personnages. Ceux-ci sont très touchants, notamment Albertine qui attend sa mort et qui « voulait bien se charger de leurs commissions pour l'au-delà ». L'écriture est très belle, truffée d'échos, et les contrastes créés deviennent même humoristiques (avec une scène mémorable où Félix tue une taupe !).


John Berger rend avec ce recueil un bel hommage à ces hommes et à ces femmes de la montagne.


« Il s'étendit auprès de sa mère sur le grand lit. Comme ça, il pouvait l'entendre respirer pendant la nuit. Elle s'écarta légèrement, tourna sa tête sur l'oreiller et lui demanda à boire. Il approcha un verre d'eau de ses lèvres. Elle n'eut pas la force de lever la tête. Il dut la lui soulever. Il la sentit toute légère dans sa main, comme une petite laitue. » " L'accordéoniste "



Anaïs B, 1ère année Édition-Librairie


par Anaïs publié dans : fiches de lecture 1A
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Vendredi 14 novembre 2008














Amélie NOTHOMB
Les combustibles

Le livre de poche, 89 pages
Paris, 1994

 
















On est en plein hiver, et dehors, la guerre fait rage. Ununiversitaire, professeur de littérature, accueille chez lui son assistant, Daniel, ainsi que Marina, la petite amie de ce dernier, qui n’ont nulle part où aller. Les trois personnages se retrouvent donc dans la bibliothèque du professeur, pour un huis-clos marqué par le froid mordant qui les assaille. Il n’y a rien plus rien à brûler pour gagner quelques degrés…. Plus rien ? Si ! Les livres...

Ce n’est pas cela qui manque chez ce professeur singulier et antipathique ! Mais nos trois réfugiés sont-ils prêts à sacrifier ces trésors de la culture littéraire en échange d’un peu de chaleur ? Serait-ce une preuve de dignité ou de folie que de vouloir les protéger coûte que coûte ? La guerre peut-elle être une excuse ? Pour brûler des livres ? Pour changer de nature ?

Un long débat s’engage entre les protagonistes, entrecoupé par leur perte progressive d’humanité, quelques débats littéraires insensés menés par un professeur diaboliquement cynique, et par quelques enfantillages presque irréels entre deux bombardements.

 
«  MARINA. (…) Professeur, le poêle s’est éteint.
LE PROFESSEUR. Je sais, Marina. Je n’ai plus rien à brûler.
MARINA. (en regardant la bibliothèque). Et ça ?
LE PROFESSEUR. Les étagères ? Elles sont en métal.
MARINA. Non, les livres.
Silence gêné
DANIEL. Ce n’est pas du combustible, Marina.
MARINA (avec un sourire ingénu). Mais si, Daniel. Ça brûle très bien.
LE PROFESSEUR. Si nous nous mettions à brûler les livres, alors, vraiment, nous aurions perdu la guerre.
MARINA. Nous avons perdu la guerre. »



 
Les combustibles est une pièce de théâtre écrite par Amélie Nothomb en 1994. Née en 1967 au Japon, de nationalité belge, il n’est peut-être même plus vraiment nécessaire de la présenter ! Auteur notamment des sulfureux et brillants Stupeurs et tremblements et Ni d’Adam ni d’Ève; elle est reconnaissable à son style percutant et tellement drôle ! Cette pièce de théâtre à la fois légère et profonde par son sens est ponctuée à chaque page par l’humour noir et cinglant inimitable de son auteur.



Philosophie, désespoir, études de la nature humaine, de la guerre, de la littérature et ironie grinçante se mêlent délicieusement dans cette œuvre pour le pur plaisir du lecteur. Je l’ai personnellement relue à trois reprises avec à chaque fois autant d’éclats de rire et de délectation ! Je le conseille à tous les amoureux du style de Nothomb bien sûr, mais aussi aux amoureux des comédies théâtrales et à tous ceux qui cherchent une lecture explosive et bourrée d’humour noir !

Alexandra Ducasse, 1ère année Edition-Librairie
par Alexandra publié dans : fiches de lecture 1A
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Vendredi 14 novembre 2008






Jean ECHENOZ
Courir

Editions de Minuit
2008

























L'auteur

Jean Echenoz est né en 1947 à Orange. Il a publié son premier roman, Le Méridien de Greenwich en 1979. Ensuite, il a notamment obtenu le prix Médicis avec Cherokee en 1983 et le prix Goncourt en 1999 avec Je m'en vais. Courir est son treizième roman. Avec ce texte, Echenoz s'attelle pour la troisième fois à la biographie d'un personnage célèbre. Le triptyque a été entamé par Jérôme Lindon en 2001 puis viennent Ravel en 2006 et enfin Courir.  La particularité de cet auteur est qu'il a toujours été publié aux éditions de Minuit.

Résumé

Le récit commence en 1938 en Moravie, région de la Tchécoslovaquie et il coïncide avec l'arrivée des Nazis. Emile a 17 ans, il est beau, il sourit beaucoup mais il ne court pas. Il déteste cela. Alors qu'il est ouvrier dans une usine de chaussures, Bata, on lui impose de courir à l'occasion d'un cross. Le sport est une corvée pour lui mais il n'a pas le choix, il se plie aux règles, fait de son mieux. Il court si bien qu'il arrive second de ce cross-country organisé par la Wehrmacht. A partir de cet instant, il ne cessera plus de courir, de progresser et de gagner. Sa méthode d'entraînement est basée sur la vitesse et la souffrance, cela va forger sa légende. Il travaille tellement dur à l'entraînement que les courses sont pour lui synonyme de plaisir. Une fois la guerre finie, il s'engage comme simple militaire dans l'armée. Ainsi à chacune de ses grandes victoires, il est promu à un nouveau grade dans l'armée. Malgré son absence absolu de style, son palmarès est éloquent :

quadruple champion olympique entre 1948 et 1952
18 records du monde
triple champion d'Europe

Zatopek est l'idole du pays et devient suite à ses innombrables succès l'emblème du régime communiste. La « locomotive tchèque », son surnom, reste invaincue de 1948 à 1954 sur 10 000m. C'est un sportif d'élite et il devient un instrument de propagande idéal. Il représente le parti aux quatre coins du globe et ne cesse d'être promu au sein de l'armée.
 
A la fin sa carrière sportive, après les jeux de Melbourne en 1956, il est nommé colonel. Ensuite, il devient directeur des sports au ministère de la défense jusqu'en 1968.


Lors du printemps de Prague en août 1968, alors qu'il défend la cause des Tchécoslovaques, il prend la parole tant bien que mal devant les manifestants. Les Soviétiques le sanctionnent et le radient de l'armée. Il est expédié dans une mine d'uranium pendant 6 ans puis devient éboueur. Cette dernière mission est un échec pour le parti. Deux ans plus tard, il est libéré et reprend le cours de sa vie.


Style et analyse

Echenoz respecte la chronologie des multiples exploits du Tchécoslovaque. Il ne met pas de dates, ni de temps pour les courses de Zatopek. Il survole les principaux résultats de sa carrière mais en revanche, il s'attarde plus sur des anecdotes particulières et des points de caractère du coureur. Il est intéressant de remarquer que Zatopek a exclusivement couru sous des dictatures (nazie et soviétique). Il a toujours couru pour quelqu'un, dans un premier temps l'usine, ensuite l'armée et enfin le PC.

On peut noter un parallélisme entre la première phrase du premier chapitre et celle du dernier. Premier chapitre : « Les Allemands sont entrés en Moravie.»
Dernier chapitre : « Les Soviétiques sont entrés en Tchécoslovaquie. » Les périodes historiques sont indissociables du parcours de Zatopek. Echenoz nous le fait remarquer à sa manière. Dans le roman Je m'en vais, il a utilisé la même phrase introductrice et finale "Je m'en vais". Il reprend la même sorte de procédé avec Courir.  C'est une boucle historique, plus de 30 ans d'occupation.

Dans ce roman, on assiste à la construction et à l'ascension inéluctable d'une vedette jusqu'à sa consécration. L'écriture d' Echenoz est épurée, son style descriptif sied à merveille car il est dénué de tous détails inutiles. Il y a beaucoup de rythme dans le roman à l'image du personnage central. L'auteur fait ressortir une sorte de côté candide chez l'athlète, cela le rend sympathique et agréable.

Extraits

« Ce n'est pas normal, ce n'est absolument pas normal. Ce type fait tout ce qu'il ne faut pas faire et il gagne. » [p.46]

« Emile, on dirait qu'il creuse ou qu'il se creuse, comme en transe ou comme un terrassier. Loin des canons académiques et de tout souci d'élégance, Emile progresse de façon lourde, heurtée, torturée, tout en à-coups. Il ne cache pas la violence de son effort qui se lit sur son visage crispé, tétanisé, grimaçant, continûment tordu par un rictus pénible à voir. » [p.49]

« Quand il parcourt les rues de la ville derrière sa benne avec son balai, la population reconnaît aussitôt Emile, tout le monde se met aux fenêtres pour l'ovationner[...] Jamais aucun éboueur au monde n'aura été autant acclamé » [p.141]

Sources

http:/www.volodalen.com/32historique/zatopek.htm

http:/www.leseditionsdeminuit.com


Quentin Legeard
, 2ème année Bib.-Méd.


par Quentin publié dans : fiches de lecture AS et 2A
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Jeudi 13 novembre 2008

















VIES ET OEUVRES

Gombrowicz, Witold (1904-1969).

   
Witold Gombrowicz est romancier, nouvelliste et dramaturge. Il naît en 1904 dans une famille aristocrate d'origine lituanienne près de Varsovie, en Pologne, ville où il suivra des études de droit. Dès 1928, il se met à voyager, notamment en France où il suit des études d'économie et de philosophie.

En 1937 paraît son oeuvre la plus célèbre, Ferdydurke, dans laquelle un homme âgé d'une trentaine d'années se transforme en adolescent. Il y aborde les thèmes récurrents de ses oeuvres que sont l'immaturité, l'identité. L'ouvrage reçoit un accueil contrasté, avant d'être rapidement interdit par les nazis puis par les communistes.

Il part pour l'Argentine en 1939. Ce séjour est supposé ne durer que quelques semaines, mais la déclaration de guerre bouleverse ses projets: il y restera jusqu'en 1963. Il y vit pauvrement, surtout durant la guerre, et y fréquente les autres Polonais émigrés qu'il critique de manière acerbe dans son Journal, qui paraît dans la revue Kultura (la revue de l'émigration polonaise, publiée à Paris). Witold Gombrowicz s'installe en France en 1964, il y décédera 5 ans plus tard. Quelques années avant sa mort, il recevait le Prix International de Littérature pour Cosmos.

Gombrowicz semble toujours en interaction avec le lecteur, il aime le  provoquer, et même s'en moquer. Il use et abuse de descriptions incompréhensibles, burlesques, de jeux de langage. Ainsi, la parodie de conversation des Mémoires de Stefan Czarniecki :


    " - Molière ?
    -  Fredo !
    - Newton ?
    - Copernic !
    - Beethoven ?
    - Chopin !
    - Bach ?
    - Moniuszko ! "

Gombrowicz développe une réflexion sur le langage, qui propose un découpage du monde, et donc une vision du monde qui détermine l'être humain. Il réfléchit, de même, à la nature de l'homme, à la manière dont il se façonne. Il pense qu'il se fait par l'autre, qu'il est fabriqué par ses coutumes, son statut social. Dans Philibert doublé d'enfant, Il décrit une scène particulièrement burlesque dans laquelle, suite à un invraisemblable concours de circonstances, le public masculin d'un match de tennis se hisse sur le dos de son pendant féminin. Une jeune femme, nouvellement arrivée en ville, croit qu'il s'agit d'une attitude tout à fait normale et agit de la même manière. Il estime que l'homme est bâti via les autres donc, quitte à se comporter de la manière la plus absurde, voire barbare (pense-t-il aux horreurs de la Seconde Guerre mondiale ?). Ses personnages semblent être à la limite de la folie. Ils sont immatures, ne sont pas en adéquation avec leur statut, leur âge, avec ce que l'on attend d'eux. Ils sont souvent grotesques, il les caricature sauvagement mais transparaît une certaine tendresse de l'auteur pour les hommes, pour son pays. Il n'est pas un simple critique, il est un exilé qui pense à sa contrée d'origine, à ses compatriotes. Positives ou négatives, ces pensées l'habitent et ont fait de lui un des auteurs les plus reconnus en Pologne.


Zweig, Stefan (1881-1942).

    Né à Vienne dans une riche famille d'origine juive, Stefan Zweig connaît, tout comme Gombrowicz, la vie d'exilé. Il fait ses études à Vienne, ville cosmopolite et intellectuelle, puis visite le monde. Il voyage dans toute l'Europe (et séjourne notamment Paris), aux Indes, en Afrique, en Amérique. Zweig se lie d'amitié avec Romain Rolland, Sigmund Freud et Emile Verhaeren.

Si la Première Guerre mondiale l'inquiète beaucoup, la seconde l'anéantit. Elle fait de lui un exilé et non plus un voyageur. Ses voyages continuent, mais ressemblent désormais bien plus à une errance désespérée. Il finit par se fixer à Petropolis au Brésil.

L'écrivain, qui est dramaturge, poète et biographe, est surtout connu du grand public pour son talent de nouvelliste. Le Joueur d'échecs est son oeuvre la plus célèbre. Ecrite durant son exil brésilien, elle évoque la folie des hommes, l'enfermement, mais aussi la barbarie et la froide cruauté des bourreaux.

Zweig a rêvé l'Europe, et surtout l'Européen. Les deux guerres l'ont beaucoup affecté, et même le rêve américain ne suffira pas à le consoler de ses illusions perdues. En Allemagne, les nazis brûlent ses livres, persécutent sa mère âgée. Il semble que son suicide ne soit pas dû à un accès de colère mais soit le résultat d'une lente désillusion. Ses voyages ne lui permettront jamais de se rebâtir un foyer. C'est un homme triste qui met fin à ses jours en février 1942, mais pas un homme pessimiste, c'est ce que laisse entendre la fin de sa lettre d'adieu, écrite la veille de sa mort:

"Le monde de ma propre langue est perdu pour moi et ma patrie spirituelle, l’Europe, s’est anéantie elle-même. Mais il fallait à soixante ans des forces exceptionnelles pour tout recommencer à nouveau et les miennes sont épuisées par des années d’errance sans patrie. Aussi je juge préférable de mettre fin, à temps et la tête haute, à une vie pour laquelle le travail intellectuel a toujours représenté la joie la plus pure, et la liberté individuelle le bien suprême sur cette terre. Je salue tous mes amis ! Puissent-ils voir encore les lueurs de l’aube après la longue nuit! Moi, je suis trop impatient, je pars avant eux

Zweig semble avoir considéré chaque homme, et plus spécialement chaque homme qui souffre, comme digne d'intérêt, de sympathie. Vingt-Quatre heures de la vie d'une femme dépeint des personnages dont la morale est sujette à caution. Pourtant, l'écrivain les décrit sans jamais nous demander de les haïr, de les juger. Cette nouvelle, au contraire, appelle le lecteur à regarder les êtres humains sous un nouvel angle. Celui de Stefan Zweig sur ses personnages est pointu, précis : ses descriptions psychologiques sont particulièrement intéressantes, et il n'est pas anodin de rappeler que l'auteur avait l'habitude de faire relire ses manuscrits par son ami Sigmund Freud.

Deux hommes cultivés, contraints de fuir leurs pays, condamnés à n'y jamais revenir, il semble tentant d'observer leurs oeuvres parallèlement.  Si ces thèmes sont indiscutablement présents dans leurs oeuvres, j'ai plutôt souhaité m'intéresser au spectre de la folie qui hante Le Danseur de maître Kraykowski et Amok.



 DEUX NOUVELLES.

Le Danseur de Maître Kraykowski.

   
Cette nouvelle est la première du recueil Bakakaï, qui en compte douze écrites entre 1926 et 1946. Elle possède un incipit in medias res : à peine le livre ouvert, le lecteur est instantanément plongé dans les incroyables aventures de cet immature épileptique, qui tombera amoureux comme le font les enfants, c'est-à-dire follement, exclusivement, d'un avocat qui a eu le malheur de croiser sa route.

L'histoire commence simplement par une histoire des plus anodines. Un homme (notre héros) tente de doubler la foule qui patiente devant un opéra. Un autre homme (son héros, mais il ne s'en doute pas encore) le remet sans ménagement à sa place. C'est ainsi que se met en route une mécanique infernale qui conduira l'un des personnages à ce qui pourrait être considéré comme l'acmé de sa folie: une crise d'épilepsie, et à la perte de soi, puisqu'il demande ce que son corps appartienne à cet homme qu'il poursuit. Ce dernier, lui, sera condamné à l'exil.

 Gombrowicz accompagne son héros dans sa déchéance, le langage du récit est de plus en plus confus, il ne relate que le point de vue, fort peu clair d'ailleurs, de cet étrange personnage. Cet homme pourrait être parfaitement antipathique, car, après tout, il transforme en cauchemar la vie d'un honnête homme. Mais le lecteur ne peut s'empêcher de s'amuser et de prendre un certain plaisir (tout comme, sans doute, Gombrowicz) à voir apparaître maître Kraykowski, qui n'est pas l'honnête homme qu'il prétend être, sous son vrai jour.

    Le lecteur, dans cette nouvelle en particulier et dans Bakakaï en général, se laisse volontiers entraîner dans cette folie qu'incarne cette galerie de personnages. Il y note qu'un adulte, s'il agit comme un enfant, ne peut s'intégrer avec succès dans une sphère sociale, ne peut se lier à d'autres adultes. Il est en décalage permanent et n'a, semble-t-il, aucune chance de s'adapter.


Amok

Amok débute de manière plus classique que la nouvelle de Gombrowicz. Le lecteur est invité à prendre connaissance d'un "singulier événement" vécu par le narrateur à bord d'un transatlantique. Cet incident à peine évoqué, Zweig nous fait remonter le temps, et nous prenons connaissance des circonstances qui ont conduit le voyageur sur ce navire.  Celui-ci a ressenti l'envie irrésistible de rentrer chez lui, quelles que soient les conditions du voyage, envie sans doute partagée par l'écrivain exilé. Le passager fait la rencontre, une nuit, d'un homme étrange, dont l'élocution constitue un indice intéressant de sa condition mentale. Tout comme dans Le Danseur de maître Kraykowski, l'homme parle en effet d'une manière saccadée, s'interrompt souvent :

"Je... j'ai des raisons... personnelles... tout à fait personnelles de me retirer ainsi... Un deuil... J'évite la société, à bord... je ne parle pas pour vous... non, non... je voudrais simplement vous prier... Vous m'obligeriez beaucoup si vous ne disiez à personne, sur le navire, que vous m'avez vu ici... [...] La parole lui manqua encore."

L'étrange personnage, un médecin, s'est exilé dans les Indes néerlandaises suite à un scandale.  Nostalgique, malheureux, solitaire, il s'enfonce dans l'alcool jusqu'à ce qu'une belle Européenne installée dans la grande ville voisine le visite, et lui demande de l'aider à avorter. Séduit par sa beauté, il lui demande de s'offrir à lui en échange de ce service, et la femme outragée quitte le cabinet médical. C'est alors que commence la description de "l'Amok", cette crise de folie propre aux Indes, qui consume un homme, ici, le médecin, en le poussant à courir, pris d'une rage meurtrière, jusqu'à ce qu'il en meure. Une fuite en avant qui n'est pas sans rappeler le mécanisme de la nouvelle de Gombrowicz, qui laissera sa victime, le "danseur", presque morte. De même, "l'Amok" est, dans cette nouvelle, en décalage par rapport à la société dans laquelle il vit. Il éprouve un amour éperdu teinté d'admiration pour celle qui connaît les règles de son monde, et sait en jouer. Les personnages de maître Kraykowski et de cette femme ne sont pas sans ressemblances, tout comme la passion qui consume leurs admirateurs : ceux-ci finissent par perdre tous repères, et par se perdre eux-mêmes.  Le médecin, victime d'une telle crise, bouleversé par le remords, poursuivra la belle jeune femme, mais ne la retrouvera que trop tard, condamnée par son attitude. Mariée, enceinte de son amant, repoussée par le docteur, elle n'a eu d'autre choix que de recourir à une "sorcière", une avorteuse chinoise, et se meurt dans l'arrière salle d'une "de ces boutiques où se cachent les fumeries d'opium ou les bordels". Le drame conduira le médecin sur ce navire en partance pour l'Europe, dans lequel se trouve la dépouille de la jeune femme. Mais il ne reverra pas sa contrée d'origine, il mettra fin à ses jours, ce qui n'est pas sans rappeler le destin de Stefan Zweig.

Conclusion

    Les personnages centraux de ces deux nouvelles connaissent un destin parallèle à celui de leurs créateurs, catapultés eux aussi hors de leurs sociétés, rendus fous par leur incapacité à être en adéquation avec le monde qui leur est imposé. Ont-ils cherché des réponses en s'intéressant à la folie des hommes ? Est-elle si condamnable ? Si leurs personnages perdent pied, ils ne perdent pas l'affection de leurs créateurs. Ils ne seront pas sauvés pour autant : tout comme Zweig et Gombrowicz ne reviendront jamais dans leur pays d'origine, aucun d'entre eux ne reviendra de sa folie.


Mélaize Belabbas, AS BIB MED

par Mélaize publié dans : fiches de lecture AS et 2A
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus