Vendredi 23 novembre 2007 5 23 /11 /Nov /2007 22:47
VIJAYAN, O. V. khasak.jpg
Les légendes de Khazak
Traduction de Dominique Vialyos
Fayard, 2004
275 p.

    Ravi, jeune étudiant en astrophysique abandonne ses études et part s’installer dans le village reculé de Khasak. Là-bas, un poste d’instituteur l’attend pour inaugurer la création d’une école publique. Il découvre un endroit hors du temps, comme oublié de la civilisation, où rites et prières rythment le quotidien des habitants.

    Les légendes de Khasak, premier roman d’Oottupalackal Velukutty Vijayan (O. V. Vijayan) est publié en Inde en 1969. Rédigé en malayalam, la langue officielle du Kerala (état de l’Inde sur la côte sud-ouest), le texte est ensuite traduit en anglais en 1994 par l’auteur. Ce n’est qu’en 2004 chez Fayard, que paraît la traduction française.

    Khazak c’est ce village qui s’étend au pied d’une montagne, la Chetali. A son sommet est érigé un mausolée au nom du Cheikh (chef de tribu arabe) Milan Sayid , venu en des temps immémoriaux de conquête et qu’on dit fondateur de Khazak.
    Son esprit erre toujours au sommet de la Chetali et protège le village. Aussi tous les khazaki qu’ils soient musulmans ou hindous lui adressent-ils des prières.
    Parmi la rimbambelle de personnages hauts en couleur, un homme, Nizam Ali se dit habité de son esprit et se fait appelé le Khali du Cheik. Respecté et écouté par les villageois, il est favorable à l’ouverture de l’école. Son rival principal est Allah-Pitcha Mollakah, le vieil imam qui lui a tout enseigné. Lui, est résolument contre ce nouvel établissement, qui pourrait concurrencer la madrasa où il enseigne la religion. Mais les Khazaki, savent que les vérités sont multiples et acceptent au moins un temps que leurs enfants suivent l’école publique.
    Les légendes de Khazak c’est aussi le parcours de Ravi le jeune instituteur. Fuyant un passé et des souvenirs qui le hantent, il pense trouver à Khazak, une échappatoire. Il se pose en retrait par rapport au monde, contemplatif, et cherchant sa propre voie. Mais les certitudes qu’il voudrait trouver vont s’ébranler en même temps que le cours des événements va s’accélérer : la maladie, la mort, qui s’acharnent sur le village.

    « Quand je regarde en arrière, je remercie la providence de m’avoir fait manquer de peu l’occasion d’écrire mon roman «révolutionnaire. Il n’eût été qu’un titre de plus dans la bibliographie répétitive et futile du marxisme», écrira plus tard O. V. Vijayan, en 1994 dans la postface de l’édition anglaise.
    Comme de nombreux auteurs kéralais, il était inscrit au parti communiste, et aurait pu faire de Ravi un personnage révolté contre le système des castes, tel qu’il existe en Inde. C’est d’ailleurs l’option première qu'il envisagea. Mais la tournure que prirent les insurrections de Budapest en 1956, le détournèrent du parti. Résidant à l’époque dans le village de Thasarak où il accompagnait sa sœur entrée en fonction comme institutrice, il avait déjà posé les bases de son roman. Il lui fallut cependant changer le ton engagé du roman et les aspirations idéalistes de Ravi, pour en faire un personnage en proie au doute existentiel.
    Il a mis près de treize ans à écrire et réécrire le texte tel que nous le connaissons actuellement : réaliste mais profondément onirique.
    Le lyrisme qu’il met en œuvre permet tout à la fois de peindre des sensations, un paysage, une lumière particulière et de de se perdre dans la rêverie ou les souvenirs des personnages qui à tout moment peuvent se transporter dans un espace-temps différent. Rompant ainsi avec la linéarité du récit, il fait de Khazak un monde merveilleux où le temps, cyclique, n’est plus un adversaire.
    Pour autant le village imaginaire de Khazak n’est pas sans rappeler la réalité du Kerala de l’époque où musulmans, hindouistes et communistes doivent vivre ensemble, ce qui crée quelques heurts quant à la création de l’école publique.

    Deux ans après la mort d’O. V. Vijayan en 2005, Les légendes de Khazak restent un classique dans la littérature indienne et plus particulièrement malayalam où l’on parle même de « pré » et de « post-khazak » car l’auteur a élargi les possibilités de l’écrit dans sa langue.
C’est également un succès dans le monde anglo-saxon contrairement à chez nous, où le roman traduit bien plus tard doit encore trouver sa place parmi les lecteurs.

Claire, Bib 2ème année

Par pier - Publié dans : Réalisme magique
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Vendredi 23 novembre 2007 5 23 /11 /Nov /2007 22:09
Xavier Hanotte lieuxcommuns-copie-1.jpg
Les lieux communs
Belfond, 2002,
216 p.


Présentation de l’auteur :   
    Xavier Hanotte est un auteur d’origine belge. Il est né en 1960 dans la province de Hainaut. Il a vécu 25 ans à La Hulpe dans le Brabant wallon, et il vit actuellement à Bruxelles où il exerce le métier d’analyste en informatique.
    L’écriture n’est pas son activité principale, mais sa production littéraire est tout de même importante : il est le traducteur en français des œuvres néerlandaises d’Hubert Lampo ; il a également écrit plusieurs romans dont la plupart ont reçu un prix littéraire.

Présentation de l’œuvre :
    Le roman s’intitule Les lieux communs. Il est paru en 2002, et a reçu le prix de la littérature française Charles Plisnier.
    L’histoire de ce roman est celle de deux personnages  qui se trouvent chacun dans un bus, en direction de Bellewaerde : tout d’abord Serge, un petit garçon de huit ans, qui accompagne sa tante Bérénice, organisatrice d’une journée entre collègues dans un parc d’attractions ; et parallèlement, Pierre, un soldat qui part au front, lors de la Première Guerre mondiale.
    Le roman est construit de manière originale, passant d’un personnage à l’autre, d’une temporalité à l’autre, un chapitre sur deux. Au fur et à mesure de la lecture, on s’aperçoit que les deux histoires ne sont pas simplement parallèles ni reliées par l’unique point commun de la destination du bus. Des correspondances de plus en plus fortes, des parallèles de plus en plus nombreux apparaissent, et les deux histoires et les deux temporalités finissent par se rejoindre.
        Les deux personnages se trouvent dans des situations similaires. Ce que vit l’un annonce, complète parfois ce que vit l’autre, à tel point que la fin de certains chapitres est le début presque mot pour mot du chapitre suivant. On peut citer par exemple la dernière phrase du chapitre 20 (p.143), qui parle de Pierre. On lit « Il fait noir ». La première phrase du chapitre 21 (p.145) concerne Serge : « Il fait tout noir ». Cette complémentarité des situations des personnages est également visible à la fin du chapitre 14 et au début du chapitre 15. A la fin du chapitre 14 (p.111-112), un obus arrive sur les soldats. Au début du chapitre 15 (p.113), le récit concerne le petit Serge, qui est dans une attraction, mais le récit pourrait se lire comme la suite de ce que vit Pierre.

    Le procédé d’alternance entre les deux personnages et la reprise de situations similaires permettent de faire ressortir, en les mettant en parallèle, l’atrocité, la violence de la guerre et la fragilité du divertissement. Le passage du chapitre 18 (p.130) au chapitre 19 (p.133) illustre cette idée : le soldat Pierre attend l’ennemi, il est prêt à tirer, la tension du personnage est très sensible ; et le début du chapitre suivant évoque le petit garçon qui s’apprête à tirer à la carabine dans le parc d’attractions.
    Toutes ces correspondances, ces rappels confèrent au récit un aspect mystérieux. A la lecture, on sent qu’il y a des liens entre les deux histoires, mais il est difficile d’arriver à penser que les deux situations communiquent vraiment. La fin du roman ne permet plus de douter.

    Deux grands thèmes semblent traverser le roman : d’abord la guerre, qui déborde sur l’histoire du petit garçon. Le thème de la souffrance amoureuse est également présent : Pierre a quitté la Belgique pour oublier sa fiancée qui l’a quitté. En revenant se battre dans ce pays, ses souvenirs sont ravivés. Et de la même façon, Bérénice, la tante de Serge, a quitté son fiancé peu de temps avant leur mariage.

    Ce roman est marquant par sa construction particulière, à travers laquelle l’auteur conserve un équilibre entre gravité et innocence.

N. B : l’édition de référence est celle de Libra Diffusio, 2005.

Esther, AS Bib.
Par pier - Publié dans : Réalisme magique
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Vendredi 23 novembre 2007 5 23 /11 /Nov /2007 21:48
Stefan Zweig, amok2.jpg
Amok ou le Fou de Malaisi
e, suivi de Lettre d’une inconnue
et de La ruelle au clair de lune
Traduction de Alzir Hella et Olivier Bournac, revue par
Brigitte Verne-Cain et Gérard Rudent
Préface de Romain Rolland
Éditeur : Librairie Générale Française
Collection Le Livre de poche
ISBN 2253057541
Date de parution : 02 octobre 1991
Nombre de pages : 187

I) A la découverte de Zweig et de son recueil Amok

        Stephan Zweig est né le 28 novembre 1881 à Vienne (Autriche). Issu d’une riche famille d’industriels israélites, il mène ses études selon son goût et voyage beaucoup. C’est ainsi qu’en novembre 1908, il part pour 5 mois en Asie, où il visite l’Inde, Ceylan et la Birmanie ; peut-être cela lui a-t-il inspiré le thème de la nouvelle Amok.
        Zweig est donc très curieux ; ce trait de caractère se retrouve notamment dans l’éclectisme de son œuvre : il publie aussi bien du théâtre que des romans, des essais, des biographies, de la poésie, des traductions ou encore des nouvelles. Cela explique aussi son ouverture d’esprit et notamment son intérêt pour les travaux de Freud, qui marquent son œuvre.
        C’est également un humaniste, cosmopolite et pacifiste. Ainsi, la Première Guerre mondiale l’a traumatisé. La déclaration de la Seconde Guerre mondiale aura des conséquences funestes : affectés par le conflit et désespérant de l’avenir du monde, Stephan Zweig et sa femme se suicident le 23 février 1942. (pour plus de détails : www.stefanzweig.org/zweig_bf.htm)
        C'est un écrivain à la vie riche et mouvementée dont l’influence se ressentira directement sur son œuvre. Ainsi Romain Rolland dira que « les œuvre de Zweig comptent parmi les plus lucides tragédies de l’éternelle humanité. Amok est de celles-là, avec son odeur de fièvre, de sang, de passion et de délire malais… Amok est l’enfer de la passion au fond duquel se tord, brûlé mais éclairé par les flammes de l’abîme, l’être essentiel, la vie cachée ».

    La couverture choisie pour l’édition de poche illustre très à propos cette citation. Détail d’un œuvre de Paul Gauguin, Poème Sauvage, cette reproduction s’accorde bien au titre : les couleurs orangé et marron, la présence d’un singe et d’un personnage à la peau mate concourent à l’évocation d’un exotisme étrange, presque magique. Cette couverture semble être une invite à se laisser aller dans un monde inconnu où la rationalité n’a pas de place ; la lecture va s’effectuer par le cœur et par les sens.

        Un bref résumé des trois nouvelles qui composent le recueil conforte cette hypothèse : "Amok ou le Fou de Malaisie" raconte comment un jeune médecin européen exilé dans la jungle malaise, a vu sa vie basculer en quelques instants à cause d’une femme venue le chercher pour avorter. Elle va déchaîner en lui l’amour et la folie. Puis "Lettre d’une inconnue" nous rapporte la confession d’une femme qui, à la veille de sa mort, écrit à l’homme qu’elle a aimé toute sa vie, et dont elle a eu un enfant, mais qui n’en a jamais rien su. Enfin, "La ruelle au clair de lune" est une nouvelle qui nous entraîne jusqu’au plus profond de l’humiliation dans laquelle la passion peut faire sombrer un être humain. De telles histoires ne peuvent donner lieu à une lecture froide et distanciée.

        En effet, ces textes ont un thème fort qui les fédère : l’amour qui mène à la folie. Pourtant, à l’origine, ces trois nouvelles ont été publiées séparément en 1922 dans le quotidien viennois Neue Freie Presse. La même année, elles furent regroupées avec deux autres écrits, "La femme et le paysage" et "la Nuit fantastique", pour former le recueil Amok. Nouvelles d’une passion. Zweig a en fait conçu une partie de son œuvre sur la notion de cycle. Ainsi, Amok est le 2ème tome du cycle intitulé La Chaîne. Un cycle de nouvelles.
        Si ces textes sont rassemblés, nous pouvons donc dire qu’ils ont une unité. Ainsi, les trois nouvelles du recueil partagent certaines particularités. Comme nous l’avons vu, l’amour est un thème omniprésent, lié à celui de la folie. En outre, la forme de la confession à chaque fois employée rappelle l’analyse freudienne. L’atmosphère oppressante est également commune aux trois textes et crée une tension qui contribue au suspens. Enfin, nous pouvons remarquer que le destin joue à chaque fois un grand rôle en tant que révélateur dans le processus de fatalités dont les héros et héroïnes sont victimes.

        Cela ne doit cependant pas nous faire oublier que leur principale caractéristique est formelle : ce sont toutes les trois des nouvelles.

II) Analyse de ces trois nouvelles à la lumière de la poétique de la nouvelle : le traitement de la chute ; suspens et concentration ; la structure du texte : le jeu sur les temporalités.

        Comme toute forme littéraire, la nouvelle respecte (ou détourne) des règles constitutives du genre, dont les trois principales sont : le traitement de la chute, la concentration et le traitement de la structure temporelle. Nous allons donc voir comment Zweig aborde chacun de ces points.

        Nous pouvons tout d’abord remarquer que chaque nouvelle voit sa chute traitée différemment. Ainsi, dans "Amok", la chute est traditionnellement située à la fin. L’originalité tient dans le fait qu’elle est double, tout comme l’histoire est double : il y a celle du « récit-cadre » et celle du « récit encadré ». En ce qui concerne "La ruelle au clair de lune", la notion de chute est abordée d’un point de vue tout à fait différent. Il n’y a pas à proprement parler de chute ; il s’agit plutôt d’un renversement de situation au milieu du texte, autour duquel les deux parties du texte s’articulent. Cela rend la lecture de la nouvelle totalement autre car le personnage passe du statut de victime à celui de persécuteur. Nous pouvons nous demander si Zweig ne cherche pas ici à initier une réflexion sur la subjectivité et la relativité. Quant à la chute de "Lettre d’une inconnue", elle n’existe pas. En effet, le lecteur connaît la trame de l’histoire dès le début. Le texte sert à développer le thème à l’aide de motifs.

        Malgré cela, le lecteur reste captivé, tenu en haleine. Cela pose donc la question du suspens et de la concentration. Et l’analyse de l’incipit (p. 25) d’"Amok" montre à quel point Zweig maîtrise l’art du suspens et de la dramatisation.
« Au mois de mars 1912, il se produisit dans le port de Naples lors du déchargement d’un grand transatlantique, un étrange accident sur lequel les journaux donnèrent des informations abondantes mais parées de beaucoup de fantaisie. Bien que passager de l’Océania, il ne me fut pas plus possible qu’aux autres d’être témoin de ce singulier événement, parce qu’il eut lieu la nuit, pendant qu’on faisait du charbon et qu’on débarquait la cargaison et que, pour échapper au bruit, nous étions allés à terre pour passer le temps dans les cafés ou les théâtres. Cependant, à mon avis, certaines hypothèses qu’en ce temps-là je ne livrai pas à la publicité contiennent l’explication vraie de cette scène émouvante ; et maintenant l’éloignement des années m’autorise sans doute à tirer parti d’un entretien confidentiel qui précéda immédiatement ce curieux épisode».
        L’emploi massif du champ lexical du mystère et le paradoxe absence de témoin / exclusivité des informations pique d’emblée la curiosité du lecteur. De plus, en 18 lignes à peine, l’auteur expose tous les éléments nécessaires à la mise en place de l’intrigue : temps, lieu et forme du récit. Tout cela constitue un incipit d’une efficace redoutable qui happe véritablement le lecteur dans un univers.

        En effet, Zweig crée de vrais mondes, avec une substance, une quasi-matérialité qui se traduit non seulement par la complexité psychologique des personnages, mais aussi par la profondeur temporelle. L’auteur joue sur les différentes temporalités grâce à la technique du « récit cadre / récit encadré ».
        Dans "Amok" et "la Ruelle au clair de lune" le récit principal est inséré dans un cadre assez semblable : une promenade solitaire la nuit, avec un arrière-plan maritime (bateau ; port). Le climat est étrange et inquiétant.
        La structure est très complexe dans "Amok". Le récit (retour en arrière A) inclut un autre récit (retour en arrière supplémentaire B mêlé à des considérations prenant place dans le temps A). Les motifs récurrents (le personnage qui se verse un verre de whisky et les heures qui sonnent) ainsi que les blancs typographiques sont des repères qui signalent un retour au récit-cadre.
        Dans éLettre d’une inconnue", la lettre constitue un vaste retour en arrière, un flash-back portant sur toute une vie, encadré d’une brève exposition et d’un épilogue tout aussi concis. La technique est portée à son plus grand raffinement : les liens unissant le « récit encadré » et le « récit cadre » sont régulièrement rappelés au lecteur grâce à des phrases où l’inconnue interpelle l’homme et se projette ainsi dans son présent et par des leitmotive fréquents qui donne une musicalité au texte et en soulignent la progression et les thèmes.

        L’écriture de Stephan Zweig exploite donc les différents traits caractéristiques de la nouvelle. Par conséquent, ce recueil illustre bien la poétique de la nouvelle, que ce soit par des exemples ou des contre-exemples.
Amok est à conseiller aux amateurs de duels psychologiques, aux observateurs de l’infime. Les lecteurs qui apprécient l’écriture de Zweig peuvent lire dans la même veine les nouvelles de Schnitzler.

Toutes les informations bibliographiques et historiques sur le recueil sont tirées de la préface d’Amok.

Marion F., 1ère année BIB

Par pier - Publié dans : Nouvelle
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Vendredi 23 novembre 2007 5 23 /11 /Nov /2007 20:35
Yoko Ogawa ogawa-Paupieres.jpg
Les Paupières

traduit par Rose-Marie Makino Fayolle
Editions Actes Sud
206 pages
  •   Biographie :
        Yoko Ogawa est née en 1962 à Okayama (Japon) dans une famille aisée. Au collège, elle se passionne pour le Journal d’Anne Frank, qu’elle juge d’une maturité surprenante. En terminale, elle s’intéresse à la littérature et à la poésie japonaises. C’est à ce moment-là qu’elle compose ses premiers poèmes. Afin de se constituer un style propre, elle étudie la littérature. Elle écrit alors de nombreux romans courts ainsi que des nouvelles et des essais, s’inspirant notamment de Fitzgerald et de Carver. Elle remporte de nombreux prix, surtout à ses débuts (Prix Akutagawa, 1991). Ses romans ont été traduits en plusieurs langues (italien, anglais, français, allemand, grec, espagnol et catalan). Certains ont été adaptés au cinéma (L’Annulaire), en bande dessinée et en CD audio (La Formule préférée du professeur).
        Yoko Ogawa privilégie les thèmes de la cruauté humaine et du souvenir, et son style est fondé sur une réflexion philosophique sur la vie et la mort. Chaque narrateur analyse minutieusement ses sentiments et ses motivations. L’écriture de Yoko Ogawa est simple et percutante, avec le souci du détail.

  • Les Paupières :
Il y a huit nouvelles dans ce recueil :
- "C’est difficile de dormir en avion"
- "L’Art de cultiver les légumes chinois"
- "Les Paupières"
- "Le Cours de cuisine"
- "Une collection d’odeurs"
- "Backstroke" (« Dos crawlé » en Français)
- "Les Ovaires de la poétesse"
- "Les Jumeaux de l’Avenue des Tilleuls".
        Dans ce recueil, le thème récurrent est l’angoisse de l’insomnie. Toutefois, les nouvelles sont très diverses, certaines sont plutôt comiques ("L’art de cultiver les légumes chinois"), d’autres tragiques ("Les Paupières") ou carrément glauques ("Une collection d’odeurs", "Les Ovaires de la poétesse").
        Les nouvelles semblent suivre les règles « imposées » par le genre : elles sont courtes et avec peu de personnages. Par contre, certaines se déroulent sur des périodes particulièrement longues, comme "Backstroke", ou n’ont pas vraiment de chute (en tout cas le mystère n’est pas dissipé), comme "L’Art de cultiver les légumes chinois". L’unité de lieu est assez respectée, bien que les personnages soient continuellement en mouvement : ils prennent l’avion, le tramway, partent à vélo ou en voiture. Les personnages sont tous plus ou moins torturés : insomnia-ues, maniaques, obsessionnels, paranoïaques…
        Lorsqu’on lit le recueil d’une traite, on est partagé entre le malaise et l’envie de rire, du fait de la diversité des nouvelles. Ainsi, on peut éprouver une franche répulsion pour certains passages et en dévorer d’autres.

  • Présentation de trois nouvelles.
        "L’Art de cultiver les légumes chinois" :
        Une vieille dame veut vendre ses légumes à la narratrice. Celle-ci, plus par charité que par nécessité, lui en prend quelques-uns. En guise de remerciement, la grand-mère lui offre les graines d’un légume chinois en lui recommandant de ne pas les exposer à la lumière. Peu à peu, la plante se développe, rapidement mais sans vigueur. Une nuit, la narratrice et son mari s’aperçoivent que les légumes produisent une douce lumière. Ils soupçonnent alors les légumes d’être vénéneux. Pourtant, ils ne s’en débarrassent pas. Un mois plus tard, la narratrice décide d’aller voir la grand-mère et de lui demander des explications…

        " Les Paupières" :
        Cette nouvelle a donné son titre au recueil.
        La narratrice est une jeune fille de quinze ans, en conflit avec ses parents. Elle rencontre un homme d’une cinquantaine d’années, appelé N, et en tombe amoureuse. Il l’emmène tous les samedi sur l’île où il habite. Il possède un hamster qui n’a pas de paupières car on a dû les lui enlever suite à une maladie des yeux. Ainsi, l’adolescente a l’impression d’être continuellement observée. N est un personnage très secret ; il explique son manque d’argent par le retard d’un mandat postal qu’un ami devait lui envoyer. Tout au long de la nouvelle, il attend cet argent. Il évoque également une fille qu’il a connue, et qui a disparu treize ans plus tôt. Ce n’est qu’au dénouement qu’on comprend vraiment qui est cet homme…
        C’est une nouvelle dont la structure labyrinthique fait se côtoyer passé et présent. Le thème des paupières est récurrent, et symbolise le sommeil. C’est une nouvelle sensuelle, présentant deux personnages très différents, l’une entrant dans l’adolescence et la rébellion, l’autre, beaucoup plus âgé, sombre et parfois même sadique. Yoko Ogawa fait un clin d’œil à la nouvelle précédente en introduisant une marchande de légumes qui prend le ferry en même temps que le couple.

        "Une collection d’odeurs" :
Exceptionnellement, le narrateur est un homme. Il sort avec une femme très étrange qui collectionne les odeurs : elle les différencie et collecte dans des bocaux des pierres, de la sauce, etc. En plus de cela, elle possède une petite échelle ornée de motifs géométriques qui lui permet de classer les odeurs et de les analyser. Elle agit de même avec son compagnon : elle lui coupe les ongles et le coiffe pour récolter ses cheveux et les rognures. Elle entrepose ses flacon dans une pièce de la maison, sur des étagères. Un jour qu’elle tarde à rentrer, son compagnon décide d’explorer le haut de l’étagère et découvre le « clou » de sa collection…
Il s’agit d’une nouvelle dont on devine la chute, surtout si l’on a lu Le Parfum de Patrick Süskind. En effet, la nouvelle et le roman possèdent d’énormes ressemblances : la femme n’a pas d’odeur propre mais elle cherche à garder les odeurs des autres. On retrouve la même idée de classement par tiroirs. C’est la nouvelle la plus courte du roman, mais aussi la plus facile à suivre, car elle tourne autour d’un personnage
unique et de ses gestes. Là encore, Yoko Oga-wa fait un clin d’œil à la nouvelle précédente : "Le Cours de cuisine", car parmi les éléments de sa collection, cette femme conserve « un morceau de légume » très semblable à celui qui ressort de l’évier pour intégrer le ragoût…
  • Conclusion :
        Les nouvelles sont très différentes les unes des autres, mais Yoko Ogawa s’ingénie à les lier au moyen de clins d’œil et de thèmes récurrents comme le sommeil. Grâce à cela, chacun y trouve son compte sans toutefois se perdre.

CMaylis 1ère année BIB
Par pier - Publié dans : Nouvelle
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Vendredi 23 novembre 2007 5 23 /11 /Nov /2007 20:04
Ôé Kenzaburô Oedites-nous.jpg
"Agwîî le monstre des nuages"
In Dites-nous comment survivre à notre folie,
Traduction Marc Mécréant,
Gallimard 1982, Folio 1996

.

        La vie de Oé Kenzaburô est indissociable de ses écrits et de cette nouvelle en particulier. Né en 1935 sur l’île de Shikoku, il se découvre très rapidement un intérêt pour les cultures étrangères et la littérature, qu’il part étudier à l’âge de 18 ans à Tokyo.
Il est influencé par les littératures contemporaines américaine et française, notamment par Céline, Camus et Sartre, ce dernier devant faire l’objet de son mémoire de fin d’études.
        Plusieurs faits marquants dans l’histoire du Japon et dans sa vie personnelle orientent l’écriture de cet écrivain qui reçoit le prix Akutagawa à seulement 23 ans pour sa nouvelle "Gibier d’élevage" que l’on retrouve dans le recueil Dites-nous comment survivre à notre folie (collection Folio). Parmi les sujets importants que l’on retrouve dans ses écrits, les dégâts du nationalisme, la guerre et Hiroshima, la mémoire, la mort et l’omniprésence de son fils né handicapé mental en 1963, auxquels se mêlent certaines traces de la phénoménologie et de la philosophie existentialiste (auxquelles l’étude de Sartre n’est sans doute pas étrangère.)
        Après avoir reçu
en 1994 le prix Nobel  qui doit consacrer « celui qui, avec une grande force poétique crée un monde imaginaire où la vie et le mythe se condensent pour former un tableau déroutant de la délicate situation actuelle », il annonce qu’il arrêtera désormais d’écrire des romans ; selon lui, ils devaient donner la parole à son fils qui à présent peut faire entendre sa propre voix grâce à son talent de compositeur.
Ecrivain majeur du désarroi de l’après-guerre, Ôé Kenzaburô incarne pour certains l’auteur incontournable si l’on veut comprendre la mentalité japonaise aujourd’hui.

        "Agwîî le monstre des nuages" est la troisième nouvelle de ce recueil qui en comporte quatre, et il s’agit ici d’un narrateur, âgé de 28 ans, qui revient sur une histoire datée de 10 ans, alors qu’il entrait à l’université de Tokyo et qu’il cherchait un job pour joindre les deux bouts, histoire qui lui a
presque coûté  un œil.
        Il est mis en relation par son oncle avec un banquier de Tokyo qui l’engage pour accompagner son fils, pourtant adulte, divorcé et jeune compositeur d’avant-garde, dans toutes ses sorties. D***, le compositeur dont le prénom nous reste inconnu,  vit chez lui, refusant de retravailler, et surtout en proie à un monstre, « énorme poupon emmailloté de coton blanc, grand comme un kangourou », qui s’appelle Agwîî, qui a peur des chiens et de la police, et qui descend des nuages pour discuter avec D*** quand celui-ci se promène à l’extérieur.
        On apprend que l’ex-femme de D*** a mis au monde un enfant, que le jeune papa a fait disparaître avec l’aide du médecin, et Agwîî est en fait le seul son qu’ait prononcé l’enfant entre sa naissance et sa mort.
        Les deux hommes font souvent des promenades à travers tout Tokyo, dans des endroits que D*** connaît déjà, qu’il veut revoir mais il ne va jamais jusqu’à les revisiter. Agwîî descend presque toujours durant ces sorties aux côtés de D*** alors que le narrateur , au début gêné, puis presque habitué à cette présence invisible, fait comme s’il ne voyait rien. Le compositeur envoie aussi le narrateur à la rencontre de son ex-femme ou de sa femme pour leur transmettre des messages.
        Petit à petit le narrateur se prend au jeu jusqu’à la mort (suicide ?) du compositeur qui se fait écraser par une voiture et où il avouera qu’il commençait à croire à Agwîî, qu’il voulait y croire. Plus tard, lors de la scène qui clôt la nouvelle, après la mort de D**,  lorsque l’on apprend comment le narrateur a perdu un œil, il nous dévoile qu'il entrevoit des choses dans le ciel, tout comme le compositeur voyait son ciel occupé de présences invisibles et familières.

        L’histoire s’inscrit pleinement dans la société japonaise avec un réalisme des descriptions de lieux, les noms des endroits visités, réalisme aussi de la vie quotidienne à Tokyo avec les transports, les mœurs et coutumes japonaises, des références aux relations employeurs-employés, etc.
        Si la vie de l’auteur est indissociable de ses écrits, c’est que des éléments autobiographiques rattachent la nouvelle, la fiction, à la réalité. Par exemple, le narrateur entre à l’université de Tokyo à 18 ans, tout comme l’auteur l’avait fait ; le fils de D*** est né avec une anomalie, tout comme le fils de Oé Kenzaburô est né avec un handicap mental ; la mort, ou le meurtre du jeune enfant hante le compositeur jusqu’au point où il lui sacrifie sa vie, tandis que l’auteur est lui aussi hanté par la naissance et la vie de son fils jusqu’à l’immortaliser et lui donner la parole dans ses romans.

        Sans en chercher partout, on trouve des éléments qu’on pourrait attribuer à un certain réalisme magique. Le mystère, la magie et ses traces apparaissent de plusieurs façons. Tout d’abord, la plus évidente est ce monstre des nuages dont on ne sait s’il sort de l’imagination d’un homme hanté ou s’il existe vraiment, bien que faisant partie du monde invisible.
        Ensuite il y a une importance de l’invisible : invisibilité de ce personnage central, Agwîî, qui a une place à part entière dans la vie de D***, dans la vie du narrateur car c’est finalement « à cause » de lui qu’il est embauché, et dans la nouvelle dont il est le fil rouge ; invisibilité de D** lui-même car, à plusieurs reprises, personne ne semble le remarquer (comme dans l’épisode où en sortant de la gare ensemble, le narrateur et D*** voient un vieil homme qui tourne sur lui-même, et D***, en retrait du groupe d’observateurs, tient son bras sur une épaule qui n’existe pas, et que personne ne voit) et il fait tout pour ne pas être en contact direct avec d’autres personnes que le narrateur qui l’accompagne ; et,  à la fin de la nouvelle, lorsque le narrateur est à l’hôpital et attend la famille du compositeur qui finit par  arriver, « tout ce monde ne prêta aucune attention à nous et pénétra dans la chambre. »
        Il semble que l’invisible ainsi que l’absence se produisent dans le monde réel pour l’envahir, ou du moins pour devenir presque plus importants que ce qui existe réellement. Les deux mondes cohabitent mais avec difficulté, l’un prenant toujours le pas sur l’autre : l’invisible et l’absence dominent le réel pour D***, alors qu’il y a une absence de l’invisible pour les autres personnages.

        Des scènes énigmatiques suscitent de l’étrange comme de la magie, comme cet épisode du vieil homme à la sortie de la gare qui tourne sur lui-même sans qu’on sache pourquoi, ou encore lors de l’attaque des dobermans qui foncent sur les deux hommes sans raison et s’en vont comme ils sont arrivés. Il y a aussi la scène de la mort du compositeur dont la description compose un tableau presque magique : c’est la veille de Noël, une neige fine tombe pendant une demi-heure, la métaphore du sang sur la neige, la lumière très théâtrale qui tombe sur le blessé, etc. Et à la fin de la nouvelle, la scène où l’on apprend comment le narrateur a perdu un œil à cause d’une bande d’enfants qui lui jetèrent des pierres sans aucune raison connue.
        Des faits se produisent dans la vie quotidienne sans qu’on sache pourquoi, ils existent et ont des conséquences réelles, mais ce sont peut-être des faits auxquels l’on n'accorde pas assez d’attention, ou du moins peut-être pas « la bonne attention ».

        Un troisième et dernier élément est le temps qui est traité de plusieurs façons. Il y a, de façon inhérente à la nouvelle, le temps dans le récit : le narrateur commence son récit en nous parlant de son œil qu’il a perdu en nous prévenant qu’il racontera cette histoire à la fin du récit. Récit qui est alors cyclique, à la fin de la nouvelle, on pourrait retourner à son début sans qu’il y ait de coupure. L’histoire d’Agwîî est en fait encadrée de ces deux épisodes « hors-récit ».
        Le temps de la mémoire est illustrée par D***, hanté par un fait passé qui a totalement modifié sa vie mais aussi sa vision du monde. Son ciel est maintenant occupé par l’être flottant qu’il a perdu dans sa vie, par son fils. C’est comme si sa mémoire et sa vie restaient bloquées sur ce moment.
    Il y a aussi le temps perçu par le compositeur, qui en parle lui-même comme un temps parallèle au temps dans lequel les autres vivent ou du moins un temps en dehors de l’écoulement normal du temps.

    Dans cette nouvelle, les traces du réalisme magique apparaissent de façon beaucoup moins probante que dans Pedro Paramo par exemple. Ici, bien que Agwîî soit directement ancré dans le monde de l’imagination, du ciel, de la magie, le magique est plutôt suggéré. Il s’agit d’impressions, du domaine du sensible que chacun ressent différemment ; il s’agit d’images, de métaphores pour traduire des choses qui se passent hors du domaine du rationnel.
    Pour que le réalisme magique surgisse, il y a en quelque sorte trois conditions réunies dans ce livre, qui correspondent à la définition de Julio Cortazar (voir le blog) à propos de la représentation subjective et objective du monde.
    Il y aurait ce que l’auteur fait voir et ressentir à ses personnages, le monde réel, le monde sensible et l’univers personnel dans lesquels les personnages et les événements évoluent et surgissent ; ce que l’auteur veut bien voir et écrire, par les mots et entre les lignes : le rôle du conscient et de l’inconscient même de l’auteur qui conduit son écriture ; et, une fois que le livre est offert aux lecteurs, il y a ce que le lecteur veut bien accorder comme dimension aux personnages, aux situations, aux mots.
    En fait, il y l’intention de ces différents personnages ou personnes qui interviennent pour que le réalisme magique surgisse dans une nouvelle comme celle-ci ; il faut voir autre chose, voir l’invisible, voir le magique.

N.O., Bib 2ème année

Par pier - Publié dans : Nouvelle
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Vendredi 23 novembre 2007 5 23 /11 /Nov /2007 19:35
Georges-Olivier CHÂTEAUREYNAUD, jardindanslile.jpg
Le jardin dans l’île,
Recueil de nouvelles, 167 pp,
éditions Zulma, collection Novella,
parution avril 2005.




L’auteur :
        Romancier et nouvelliste français né à Paris en 1947, Georges-Olivier Châteaureynaud a reçu le prix Renaudot en 1982, pour son roman La faculté des songes. Il dit avoir « commencé à devenir un écrivain lorsqu’ [il a] renoncé à la poésie ». La première nouvelle qu’il écrivit alors se nomme « Ses dernières pages » et raconte l’histoire d’un homme quittant Paris pour devenir écrivain et qui trouve son œuvre, écrite, qui l’attend dans un placard d’une maison de campagne. Voilà qui donne le ton de l’œuvre de notre écrivain, et qui situe un peu l’univers du Jardin dans l’île.
        Dans un entretien pour le site Encre vagabonde, il explique ses principes d’écriture : « Mon système littéraire repose sur la confusion : confusion entre le passé et le présent, entre l’imaginaire et le réel, l’intérieur de la tête et l’extérieur, la veille et le sommeil, etc. »


Le recueil :
        Il se compose de dix nouvelles aux thèmes différents mais relatant toujours des histoires troublantes, plus ou moins explicables par la folie ou le mensonge d’un personnage, qui huit fois sur dix raconte à la première personne.
        On a ainsi un homme entraîné dans le passé par une femme envoûtante, un écrivain réincarné pour écrire sa propre biographie, un courtier qui rapporte n’importe quelle antiquité d’un monde parallèle, un homme défiguré invité et adulé par de belles femmes célibataires.


Liste des nouvelles ; leur énonciation et résumé :

Nuit des voltigeurs :    3ème personne
        Un homme en fuite frappe à la porte d’un appartement inconnu. Une femme lui ouvre, sa fille si belle l’envoûte. Malgré des protestations, il la suit, passant les yeux bandés la porte d’un monde où les voitures ont disparu, remplacées par des chevaux…

Pâle petit jeune homme :    1ère personne
        Un homme se fait aborder dans une soirée mondaine par un jeune homme qui veut faire une biographie d’un ancien ami écrivain alors décédé. Par les connaissances précises des détails qu’il détient sur la vie de cet écrivain, le narrateur est persuadé que le pâle jeune homme dit la vérité sur son lit de mort : il est lui-même cet écrivain ressuscité.


Château Naguère :
1ère personne
        Un chauffeur de taxi amène une dame très distante à Bordeaux… mais elle ne lui fait pas prendre un itinéraire ordinaire. Elle finit par lui avouer qu’elle reproduit le chemin qu’elle a parcouru pendant la débâcle, ce qu’il représente pour elle, ainsi que la valeur qu’ont à ces yeux les deux dernières bouteilles issues de ces vignes dont le château n’existe même plus. 

Le courtier Delaunay :     
1ère personne
        Un antiquaire voit arriver dans sa boutique une légende du métier : le courtier Delaunay. Il constate vite que celui-ci possède un secret grâce auquel le courtier trouve à coup tous les objets imaginables. En effet, d’où les ramène-t-il puisqu’il ne sort de chez lui que pour aller au cinéma ? Le narrateur antiquaire s’introduit alors chez Delaunay et découvre un manuscrit racontant ses voyages dans cet endroit mystérieux et périlleux.


Le jardin dans l’île :    
1ère personne
        Un homme voyage en train de nuit vers une île où habite une femme qu’il n’a rencontrée qu’une fois. Elle ne l’attend pas, tout ce qu’il sait d’elle, c’est qu’elle est peintre. Elle peint des paysages. Tous les hommes de l’île sont intimidés par cette femme. Le voyageur, lui, parvient à vivre pendant quelques jours une expérience presque surnaturelle avec elle.

L’inhabitable :    
1ère personne
        La vie de locataire racontée par un homme dont le destin semble être d’habiter toujours des lieux inhabitables comme un appartement où naissent quotidiennement de petits feux à tout endroit, ou une maison de marbre du sol au plafond, sans oublier le mobilier.

Figure humaine :    
1ère personne
        Un ancien acteur défiguré effraie les passants. Pourtant, une femme s’excuse d’avoir mal réagi : Agathe va l’inviter aux soirées de femmes célibataires qu’elle organise chez elle. Toutes ces femmes vont s’arracher l’attention de cet homme. Jusqu’au jour où Agathe déménage.

L’enclos :    
1ère/3ème personne
        Depuis qu’il est petit garçon, le premier narrateur veut habiter cette maison. Pour lui, ce couple qui l’habite, c’est Adam et Eve. Il achète la maison en viager, et entretient son jardin.

L’importun :    
1ère personne
        Le narrateur est importuné par  un homme qui détruit sa vie chaque fois qu’il commence à en être satisfait : hideux et sale, il s’accroche au narrateur et fait fuir l’entourage de ce dernier. Quand il s’adresse à la police, l’importun disparaît. Un jour, il décide de se suicider. Alors, l’importun se jette à l’eau déclarant qu’il ne sait pas nager : si le narrateur le sauve, il disparaîtra…

Zinzolins et nacarats :    3ème personne
(Résumé au dernier paragraphe)
 
I) Différents MOTIFS reviennent régulièrement.
        En effet, un certain nombre de nouvelles font intervenir des femmes aux charmes étranges, auxquelles le héros ne peut résister :
- Antonina, la jeune femme mystérieuse  de « la nuit des voltigeurs » qui séduit puis parait emmener le héros, les yeux bandés, dans des temps anciens.
- La femme peintre, qui s’offre à un visiteur qu’elle n’attend pas quand elle fait rêver les hommes de l’île entière.
- Agathe et sa compagnie de femmes belles et célibataires adulant un ancien acteur défiguré qui habituellement effraie les passants.

        L’auteur s’attache également à construire des lieux magiques :
- On note l’importance de frontières  entre monde « normal » et magique, que ce soit sous forme de porte temporelle (Nuit des voltigeurs), d’une « barrière » vers un monde inconnu (Le courtier Delaunay), ou une autre mer encore, pour « Le jardin dans l’île ».
- Parallèlement, on est confronté à un phénomène d’enfermement : par la mer (île) ou les murs : « l’inhabitable » ou « Zinzolins et Nacarats ». Il faut dire que l’auteur, comme son personnage de l’inhabitable, a été marqué par les lieux exigus qu’il a habités dans son enfance : il logeait avec sa mère dans une chambre de bonne, d’où une certaine claustrophobie.
- On trouve également dans ce recueil différents Jardins d’Eden : la maison de « L’enclos », dont le héros prend les propriétaires pour ses Adam et Eve, l’île sur laquelle le narrateur vit « le Cantique des Cantiques », les jardins d’Aloss opposés à l’enfer de Nasterburg, aux détours desquels musique et fééries se rencontrent à tout instant.
- Enfin le recueil est envahi de maisons mystérieuses, souvent fleuries telles que celle de L’inhabitable [texte], ou de L’enclos.
        L’auteur avoue lui-même avoir un lien particulier avec l’habitat dans l’entretien pour Encre vagabonde :
        « L’errance et l’enracinement, deux thèmes contradictoires qui balisent tout ce que je fais.» ;  « Mes histoires sont pleines d’îles et de maisons mais aussi de voyageurs et d’instables. » ; « il y a peut-être deux humanités, celle qui part et celle qui reste, non ? »


II) Quoi qu’il en soit, LE DOUTE subsiste toujours sur la nature des événements relatés par les narrateurs.
Ainsi, on pourrait éventuellement donner comme explication rationnelle la possible folie de certains personnages :
- Dans le « pâle petit jeune homme », le narrateur est seul à détenir les « preuves » de son histoire : « quant aux éléments de preuves auxquelles je faisais allusion plus haut, ils sont d’ordre privé et concernent des faits connus de moi seul et de Rouan, c'est-à-dire de moi seul au monde, en principe. »
-  On peut d’abord se demander si le narrateur de « l’inhabitable » est pyromane, puis s’il est complètement fou ? Ce sentiment est renforcé par le ton emprunté par le narrateur qui se veut celui d’un habitué des déconvenues surnaturelles, que rien ne choque.
- Dans « Figure humaine », aucune trace ne subsiste de l’existence d’Agathe quand elle déménage. On pourrait penser en incrédules que cette histoire est issue de l’imagination d’un homme blessé du peu d’égards des gens envers lui depuis qu’il a été défiguré.
- Les répliques-mêmes de personnages de« l’enclos » insinuent que le narrateur doit être « fou ». L’homme se crée également une symbolique délirante.
- Les apparitions et disparitions  mystérieuses du personnage de « l’importun » ressemblent à un désordre mental,  puisque aucun autre personnage malgré les dires du narrateur ne nous confirme avoir vu cet homme insupportable. Le gendarme de l’histoire soutient cette hypothèse, contrairement au narrateur qui n’a que de doutes ponctuels. Sa dernière disparition ressemble à une guérison.
- On note toujours la présence de la folie dans « Zinzolins et nacarats », où ce phénomène est engendré par l’enfermement.
- La folie ou même le mensonge du narrateur sont soupçonnables dans «le courtier Delaunay ». La présence d’un journal ne certifie pas, dans l’histoire, qu’il ait réellement été écrit par ce personnage énigmatique qu’est Delaunay.

        Dans chacune des nouvelles, sauf la dernière, les événements surprenants ou surnaturels sont contestables, explicables par la folie ou le mensonge. Mais toujours le doute subsiste et certaines nouvelles sont moins sujettes aux réticences éventuelles d’un lecteur incrédule.


        On sent également la présence d’un certain onirisme qui pourrait aiguiser le doute ressenti vis-à-vis de la narration.
        Certains personnages semblent victimes d’un destin cauchemardesque, semblable à un interminable mauvais rêve. C’est le cas pour deux d’entre eux, l’inhabitable et l’importun. D’autres se dirigent sur une voie qui les appelle étrangement : faire une biographie, acheter une maison deviennent un devoir à accomplir, sans qu’on parvienne à saisir le but de l’opération.
        Par ailleurs, la fin d’une aventure prend souvent des allures de réveil , par exemple quand Agathe a disparu dans « figure humaine », quand, à la fin de  « château Naguère », la dame reprend ses attitudes hautaines, comme si rien ne s’était passé, ou quand une moustache apparaît dans la première nouvelle.

 Le lecteur n’est donc jamais sûr que les événements incroyables se soient passés comme ils sont racontés, ce qui correspond à la définition du fantastique par T. Todorov (Introduction à la littérature fantastique).


III) ZINZOLINS ET NACARATS :
        Il existe tout de même une exception sur ce dernier point, il s’agit du dernier texte, " Zinzolins et nacarats". A elle seule, cette nouvelle représente un tiers du recueil, c’est la plus longue et la seule à se situer dans un lieu entièrement imaginé, mais chargé d’une histoire réaliste. Après seize ans de guerre, les impériaux zinzolins décident d’emmurer vivants au milieu d’une tour creusée à même la pierre les derniers survivants des opposants nacarats avec leurs geôliers. La tour, Nasterburg, semble l’opposé de l’endroit qu’a aménagé le grand-père du créateur de la nouvelle prison, les jardins suspendus d’Aloss qui font figure de paradis sur terre. L’enfermement engendre la folie et le suicide, et finalement le plus jeune se retrouvant dernier survivant brise le mur de sa prison découvre un monde qui a avancé sans eux, et meurt en se jetant dans le vide.
Cette nouvelle reprend donc certains thèmes du recueil mais l’angle d’approche en est différent.

    Le jardin dans l’île est donc un recueil plutôt fantastique, où l’on croise des femmes et des lieux aux charmes magiques, flottant entre certitude de l’étrange et doute sur la réalité. Pour conclure, une phrase de Georges-Olivier Chateaureynaud nous replonge dans le trouble :
« Les écrivains sont des fabulateurs qui essaient désespérément de dire la vérité. C’est difficile, de dire la vérité, si difficile qu’il faut passer par le mensonge, ou quelque chose qui y ressemble. »

Flavie, A.S. Ed. Lib.

Par pier - Publié dans : Nouvelle
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Jeudi 22 novembre 2007 4 22 /11 /Nov /2007 21:18
Collectif TOKYO-ELECTRIQUE.jpg
Tokyo électrique
Nouvelles traduites du japonais
par Corinne Quentin,
Première édition : Autrement, 2000,
Picquier Poche, 2006
271 pages.


   
Tokyo électrique est un recueil de cinq nouvelles, écrites par cinq auteurs différents. Chaque nouvelle nous transporte dans un quartier différent de Tokyo. Chaque auteur nous offre sa vision de cette si grande ville, tout cela dans son propre style.
    La première nouvelle, Yumeko, a été écrite par Maramatsu Tonami, né à Tokyo en 1940, il obtient le pris Naoki en 1982 pour
Jidiya no myôbô, adapté ensuite au cinéma, à la télévision, mais aussi au théâtre.
    Dans Yumeko, on assiste à une conversation entre cinq amis habitués d’un bar situé dans un quartier populaire de Tokyo : Fukagawa. Tous leurs échanges sont fondés autour d’une femme, Yumeko. C’est une femme très mystérieuse, elle disparaît de leur vie brusquement. Cela éveille chez les cinq amis beaucoup de curiosité sur son passé, mais va aussi provoquer chez eux une véritable remise en question.
    A travers cette nouvelle, on perçoit d’une part de l’humour, mais d’autre part une certaine nostalgie. De plus, on retrouve un vrai questionnement sur les relations humaines, ainsi qu’un regard très tendre, vraiment humain.

    La seconde nouvelle, Les fruits de Shinjuku, a été écrite par Ryûji Morita, auteur tokyoïte né en 1954. Il écrit d’abord des nouvelles dans une revue littéraire. Il obtient
en 1998 un prix  pour jeunes auteurs.
    Dans cette nouvelle, on retrouve une ambiance très sombre dès le début de l’histoire. Cette nouvelle nous emmène dans la vie de deux jeunes étudiants drogués et fauchés. L’un d’eux va se passionner pour une jeune prostituée philippine qui travaille dans l’immeuble voisin.
    Ce récit se situe dans un registre et une écriture crue qui amène un côté très réaliste à cette histoire.

    La troisième nouvelle, Amants pour un an, est de Mariko Hayashi, un auteur né a Tokyo en 1954. Cette nouvelle a été par la suite adaptée au cinéma.
    Durant cette histoire, on découvre une jeune femme, Eriko. Elle rencontre Yôchiro, un cadre bien placé socialement, qui va chambouler son quotidien. En avançant dans le récit, les rêves de cette femme vont se dévoiler à nous, et par la suite ses désillusions…
   
    La quatrième nouvelle, intitulée La tente jaune sur le toit, a été écrite par Makoto Shiina, Tokyoïte né en 1944. Il a obtenu une multitude de prix au Japon, et aujourd’hui s’illustre au cinéma comme réalisateur.
    Cette nouvelle raconte l’histoire d’un jeune salaryman qui se retrouve à la rue suite à un incendie dans son immeuble. Par manque de temps et de courage pour chercher un appartement, il décide de camper sur le toit de l’immeuble de sa société, au départ pour une nuit… mais son séjour se prolonge.
    On découvre à travers cette nouvelle la joie de vivre et un quotidien sans contraintes en contradiction avec cette facette de Tokyo stressée, sans véritable âme. Mais tout cela nous est conté avec une certaine légèreté et un ton poétique.

    Enfin, la dernière nouvelle, Une ménagère au poste de police, a été écrite par Chiya Fujino, né en 1962 à Tokyo, avec comme petite particularité d’être né homme mais de vivre aujourd’hui en tant que femme. Elle aussi obtiendra plusieurs prix en 1995 et 1998.
    Cette dernière nouvelle conte la vie d’une mère de famille, Natsumi, qui souffre du mal des transports au point de tout faire à pied ou à vélo. Poussée par l’interrogation de sa fille qui se demande pourquoi on ne trouve pas de femmes dans le postes de police, elle va occuper tout son temps libre à tenter de répondre à cette question en observant jour après jour les postes de son quartier.
    Cette nouvelle nous interroge sur la place sociale qu’occupent les femmes au Japon, sur l’identité sexuelle, tout cela sur un ton plein de légèreté.   

    Ce recueil est écrit avec beaucoup de charme, grâce à ces noms japonais très harmonieux et ses descriptions très imagées. De plus, le voyage à travers un Tokyo que l’on découvre à chaque page, avec chaque auteur, tout cela sans décoller de son livre, est vraiment agréable.
    Mais Tokyo électrique, contrairement à son titre et sa couverture n’est pas un recueil palpitant par son absence de rebondissements et de véritables fins.               Toutefois, il est vraiment agréable à lire, avec ses tranches de vies pleines de légèreté, de charme, de poésie pour certaines, de réalisme pour d’autres… ainsi que le voyage dans ce Tokyo à mille facettes, si bien décrit, qui nous offre une vraie balade pleine de découvertes.

Amandine, Ed-Lib. 1ère année





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Mercredi 21 novembre 2007 3 21 /11 /Nov /2007 21:35
SAKI, Le Cheval Impossible, chevalimpossible-copie-1.jpg
292 pages.
Traduit de l'anglais par Raymonde Weil
et Michel Doury,
Julliard Paris, 1993,
Ed. Robert Laffont, coll. Pavillon Poche, 2006.

Biographie disponible : fr.wikipedia.org/wiki/Saki_(écrivain)

        Le Cheval Impossible est un recueil de 39 nouvelles dont la plupart datent de 1912, sélectionnées par l'éditeur et publiées en 2006. Ce livre est une satire sociale qui nous plonge dans les "affres" de la société édouardienne anglaise et Saki est notre guide. Un guide cruellement drôle et considéré comme un des maîtres de la short story, de la high comedy.
        Ce nombre de 39 nouvelles pourrait faire craindre un ouvrage copieux et indigeste, mais c'est d'une écriture moderne, d'une même unité, et l'auteur "fait mouche" à chaque fois.
        IL n'a manifestement aucune compassion pour ses personnages (on pourrait même dire "sujets d'études") face à leurs dilemmes : exemple,comment se comporter lorsque l'on reçoit un neveu cleptomane mais intéressant par son récent héritage. Seuls les animaux, survolant cette jungle mondaine, personnages secondaires mais finalement les plus sensés, trouveront grâce à ses yeux.
         Les aspirations et les "tragédies mondaines" dont ces hommes et ces femmes sont les instigateurs ou les victimes, permettent surtout à Saki de nous dépeindre des comportements et des psychologies dont le lecteur, son complice, se délectera sans complexes.
        En effet, quoi de mieux que cette "bonne société" où la vacuité, les apparences et la position sociale priment, pour sonder avec justesse l'âme humaine dans ce qu'elle peut avoir de plus absurde?
        La force du style, en plus de sa virtuosité pour les épigrammes et les portraits brossés en quelques lignes, réside dans une sophistication du vocabulaire, un langue affectée, semblable aux façons de discourir de ceux qu'il dépeint  ( il leur fait d'ailleurs souvent raconter eux-mêmes les histoires).
        Et cela pour mieux se moquer et dynamiter joyeusement ce petit univers.
        Dans 14 de ces nouvelles apparaît Reginald, personnage récurrent dans l'oeuvre de Saki, l'ultime dandy cynique. Dans des dialogues ( ou plutot monologues, tant les interlocuteurs de Reginald sont parfois réduits au silence devant sa pédanterie), on peut entrevoir sa pensée "profonde". Car oui, ce Reginald a un avis sur tout : Reginald et les réjouissances de Noël, Reginald et les soucis, Reginald et les invitations.  On découvrira également la puissance créatrice de ce jeune homme agaçant dans " Le drame de Reginald":

"Reginald ferma les yeux avec cette langueur affectée de ceux qui ont de beaux cils et ne voient pas pourquoi ils le cacheraient.
- Un jour, dit-il, je vais écrire un drame vraiment grand. Personne n'en comprendra le sens profond, ils rentreront tous chez eux vaguement déçus de leur vie et de l'endroit où elle se déroule. Alors ils changeront le papier de tenture et ils oublieront.
- Et ceux qui possèdent des maisons entièrement en lambris de chêne ? demanda l'interlocuteur.
-Eh bien, ils n'auront qu'à changer le tapis de l'escalier".

    Un auteur à connaître, pour sa causticité, et pour sa plume terriblement efficace.

    Saki : " l'imagination a été donnée à l'homme pour compenser ce qu'il n'est pas. L'humour pour le consoler de ce qu'il est."

     Même sa  dernière phrase avant sa mort brutale au front de la guerre de 14-18,aurait pu être la chute d'une de ses nouvelles : "éteignez-moi cette cigarette nom de dieu!"
    Critique de Graham Greene :
    "Toutes les nouvelles de Munroe (son véritable nom) sont inspirées par l'enfance, l'humour et l'anarchie, autant que par la cruauté et la misère de l'enfance. Il s'est fabriqué un style qui est comme une machine destinée à sa propre protection. Il se protège à l'aide d'épigrammes. Reginald et Clovis sont des enfants de Wilde : c'est entre eux un incessant feu croisé d'épigrammes et d'absurdités qui nous éblouissent et nous enchantent.(...)
 Ces récits sont des récits de farces et attrapes. Leurs victimes aux noms bizarres sont assez sottes pour n'éveiller aucune sympathie. Ce sont des gens d'âge mûr, des gens puissants: il est juste qu'ils subissent une humiliation passagère parce que, à la longue, ils ont toujours le monde de leur côté. Munroe, tel un chevaleresque bandit de grand chemin, ne dépouille que les riches ; il y a derrière toutes ces histoires un sentiment de justice rigoureux."

Annie, 1ère année BIB









 
Par pier - Publié dans : Nouvelle
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Mercredi 21 novembre 2007 3 21 /11 /Nov /2007 21:03
Henry Miller, lirecabinets-copie-1.jpg
Lire aux cabinets
précédé d’Ils étaient vivants
et ils m’ont parlé

(2007)
Textes extrait de Les livres de ma vie
Traduit de l’anglais par Jean Rosenthal
112 pages sous couverture illustrée, 108 x 178 mm.
Collection Folio 2 euros, Gallimard
Parution le 10/05/2007

        « Il existe un aspect de la lecture qui vaut, je crois, qu’on s’y étende un peu, car il s’agit d’une habitude très répandue et dont à ma connaissance, on a dit bien peu de chose ? Je veux parler du fait de lire aux cabinets. »

        Cette œuvre n’est pas une nouvelle mais un essai amusant à lire de préférence ailleurs qu’aux cabinets.

Un auteur souvent incompris.

        miller.jpg Pour comprendre l’œuvre d’Henry Miller, il est utile d’avoir un bref aperçu de qui il était et de ce qu’il a fait. Henri Miller est un écrivain américain né le 26 décembre 1891 à New York et décédé le 7 juin 1980 en Californie. Son œuvre est crue, sensuelle et provocatrice ce qui a suscité quelques controverses aux Etats-Unis. Par ses œuvres, il tente de critiquer l’hypocrisie de la morale américaine et plus généralement la civilisation occidentale. L’obscénité qu’il manie est une arme dirigée contre le puritanisme sous toutes ses formes. Miller un conteur né et son écriture quelque peu scandaleuse a profondément marqué les auteurs de la beat génération. Il fait partie des écrivains qui sont responsables de la libération des mœurs ou « révolution sexuelle » dans les années soixante et soixante-dix aux Etats-Unis. Ce choix de Miller de lutter contre le puritanisme fit beaucoup pour libérer
la littérature américaine des tabous sexuels, d’un point de vue moral, social et légal. Sa littérature est puissante et socialement critique à l’exemple de Tropique du Cancer (1939) ou Printemps noir (1936) qui lui coûtera nombre de procès pour obscénité et pornographie. Ses oeuvres seront d’ailleurs censurées mais vendues sous le manteau, ce qui lui vaudra le titre d’auteur « underground » ou « avant-gardiste ».

Résumé

        Lire aux cabinets commence par l’interrogation de l’auteur sur cette pratique. Pour y répondre il nous entraîne d’une maison de campagne, à des souvenirs d’enfance en passant par ses premières amours et ses premières lectures. Il nous mène vers des réflexions philosophiques entrecoupées d’anecdotes amusantes.

Les toilettes ne sont pas un cabinet de lecture !

        Lire aux cabinets est un essai sur une question philosophique que se pose l’auteur. Le texte est décousu, tantôt sous forme narrative, tantôt sous forme de conversation à bâtons rompus. Le ton est délibérément sarcastique, ironique voire moqueur. Il critique les dérives de l’espèce humaine, ce court essai part d’une réflexion qui paraît absurde pour disserter sur des sujets de société plus sérieux. Il relève de la critique de société ou de l’essai humoristique.
        Pourquoi lire aux toilettes ? Henry Miller nous démontre que c’est une mauvaise façon d’utiliser le temps que nous avons, mieux vaut réfléchir à des choses plus essentielles. L’origine de cette pratique viendrait de la peur de se retrouver face à soi-même, l’impossibilité que l’on a de s’analyser dans les moments de pure intimité. Il invoque les mêmes raisons pour lesquelles certaines personnes regardent la télévision du matin au soir. Il pose également la question du temps qui passe, de l’usage qu’on en fait mais aussi de notre attitude face à la vie. Il définit deux individus
différents, celui qui vit le moment présent et celui qui fait deux choses à la fois. L’un se sentira plus libre alors que l’autre sera toujours frustré.

        C’est une lecture drôle et amusante mais à prendre avec un certain recul. Le texte prend tout son sens page après page. Certes, je n’adhère pas à la thèse mais ce qui est intéressant c’est qu’il remet en cause certaines pratiques de lecture. A bien y réfléchir, peut-on « bien » lire partout ?

F.S., 1ère année éd-lib.
Par pier - Publié dans : fiches de lecture 1A
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Mercredi 21 novembre 2007 3 21 /11 /Nov /2007 20:43
Philippe CLAUDEL claudel-copie-1.jpg
Les Petites Mécaniques
Mercure de France
Collection Bleue
2003
Éditions Gallimard
Collection Folio
2004

I) QUELQUES MOTS SUR L’AUTEUR
    Philippe Claudel est né en 1962 en Meurthe-et-Moselle. Il est actuellement professeur d’anthropologie culturelle et de littérature à l’université de Nancy II.
    C’est un écrivain qui reste très attaché à sa région, elle est d’ailleurs le théâtre de l’action dans nombre de ses récits.
    Certains thèmes semblent lui tenir à cœur, aussi retrouve-t-on ceux de la guerre, de la quête identitaire ou encore de la fragilité des hommes.
    Deux de ses romans, Les Âmes grises et La Petite fille de Monsieur Linh, ont été adaptés au cinéma (le second étant encore en cours d’adaptation).
    Philippe Claudel est aussi un auteur qui a reçu de nombreux prix parmi lesquels ont peut retenir le Prix Goncourt de la nouvelle pour Les Petites Mécaniques et le Prix Renaudot pour Les Âmes grises tous deux en 2003 ; ainsi que le Prix Goncourt des lycéens pour son dernier livre : Le Rapport de Brodeck.

II) LE RECUEIL : COMPOSITION ET ANALYSE
    Le recueil est composé de 13 récits (12 nouvelles en tout, l’une d’entres elles étant « coupée » en deux). Il ne semble pas vraiment y avoir d’unité entre les nouvelles qui sont extrêmement diversifiées : les époques ne sont jamais les mêmes (Moyen-Âge, Renaissance, Antiquité, XIXème siècle, époque contemporaine, futur…etc.), les lieux changent (Grèce, France, Italie, Égypte, Russie… etc.), la catégorie sociale du ou des personnages principaux varie eux aussi (vagabond, gardien de musée, paysan, voleur, aristocrate, petit bourgeois, prisonnier, commerçant… etc.).
    Toutefois, un thème reste particulièrement récurrent au sein des nouvelles : la mort. Elle semble de nature différente à chaque nouvelle : elle peut trouver une explication scientifique, médicale ou encore morale, elle peut être donnée arbitrairement ou volontaire… etc.
    Cependant, Philippe Claudel, lorsqu’il parle de son recueil, mentionne son attrait tout particulier pour « la fragilité de nos vies » qu’il compare d’ailleurs à de « petites mécaniques » vulnérables au moindre écart. On peut donc déduire que le thème de la mort sert de point d’appui (et de chute) à l’auteur afin qu’il puisse justifier cette étrange fragilité qui le fascine.
    Le genre du fantastique est omniprésent dans les nouvelles, mais bien que son utilisation soit parfois indiscutable elle reste modérée voire discrète pour bon nombre de récits. Le fantastique est ici un outil qui permet à Philippe Claudel d’insérer plus ou moins violemment la mort dans ses nouvelles.

III) LE STYLE DE L’AUTEUR
    P. Claudel est incontestablement un maître dans l’Art de faire parler ses personnages. En effet, il est assez aisé de retrouver l’origine géographique et/ou sociale des personnages que l’auteur fait parler. En utilisant le vocabulaire, les expressions idiomatiques et/ou les fautes de langue propres à chaque pays et/ou région, il parvient à faire ressortir la musicalité, les accents, les tics de langage ou encore la rudesse d’une langue.
    Quelques extraits du texte qui appuient cela :
    Un voleur raconte son passé : « Dans les foires, nous nous mêlions aux marchands et aux bateleurs pour tirer par-ci trois sequins d’un gousset, par-là deux florins d’une poche. Nous étions ivres de mal et sales comme des culs de coches. » [p. 27]
    Un locataire qui enrage de ne plus voir un de ses voisins : « Il aura vendu son appartement sans rien dire, et bonsoir tout le monde, pas même un au revoir… » [p. 158]
    Un prêtre allemand explique : « Pas de Dieu ici, foutu pays, foutus Arabes… trop chaleur, trop poussière, nous rentrer dans abbaye Bavière, voyage fini. » [p.112]

IV) MON AVIS
    Philippe Claudel est un auteur que j’apprécie pour la force qu’il donne à ses personnages lorsqu’il les fait parler. Malheureusement, dans ces nouvelles, les dialogues sont beaucoup plus rares, j’ai donc été un peu déçue de ce côté-là. Par contre, la diversité des nouvelles et certaines chutes m’ont plu. Je suis tombée sous le charme de la nouvelle "Georges Piroux" et je garde un assez bon souvenir de ce recueil.
V) BIBLIOGRAPHIE
Sites visités :
www.mercuredefrance.fr/titres/petitesmecaniques.htm

Wikipédia  Philippe Claudel

Sandrine, Bib 1ère année
Par pier - Publié dans : Nouvelle
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