Taniguchi et Utsumi,
L' Orme du Caucase, 1993,
Trad. Marie-Françoise Monthiers
et Frédéric Boilet,
adaptation graphique, Frédéric Boilet,
Casterman écritures, 2004.
Présentation de l'ouvrage:
Présentation générale:
Cet ouvrage est un recueil de nouvelles, écrites par Utsumi, illustré par Taniguchi. Il comporte une postface de Ushio Yoshikawa (critique de théâtre et romancier). Les nouvelles sont d'abord parues dans Big Comic, au Japon en 1993, ce n'est qu'en 2004 qu'elles seront publiées dans la collection « écriture » de Casterman. Il y en a huit, chacune centrée sur un personnage à un moment crucial de sa vie.
Cet ouvrage même s'il est désigné par le terme manga, s'ouvre à tous les publics, tout d'abord par le dessin net, propre, très accessible. De plus il n'adopte pas le format du manga qui offre souvent des contraintes mais plutôt celui de ce qu'on peut désigner sous le terme de roman graphique. Ils sont souvent imprimés de manière très correcte sur un joli papier. Ce qui les différencie du manga qui, lui, est souvent imprimé de façon peu attrayante pour un public qui n'est pas habitué à ce genre de lecture. L' Orme du Caucase n'est pas condensé, il est clair, très reposant dans tous les sens du terme.
Biographie des auteurs :
Jiro Taniguchi est né le 13 août 1947 à Tottori. Il est connu essentiellement pour Quartier Lointain son grand succès qui remporte un prix au festival d'Angoulême en 2003 (publié aussi chez "Casterman écritures »)
Ryuichiro Utsumi est né en 1937 au Japon ; c'est un scénariste.
Présentation des nouvelles
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"L'Orme du Caucase" : La nouvelle éponyme raconte l'histoire d'un homme, emménageant dans une nouvelle maison, après avoir été évincé de son travail par ses deux fils. En emménageant dans la maison il se rend compte qu'il ne reste plus qu'un orme dans le jardin. L' orme en fleurissant se révèle magnifique mais ses voisins lui demanderont de le couper car ses feuilles bloquent les gouttières. Il devra choisir de se rebeller contre ses voisins ou de
couper l'orme. Il sera influencé dans son choix par l'ancien propriétaire.
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"Le Cheval de Bois" : Une petite fille dont la mère paraît assez instable, va passer du temps chez ses grand-parents ; ils l'emmènent dans un parc de jeu, qui semble l'effrayer. Son grand-père cherchera à la comprendre plutôt qu'à la juger à la fin du récit.
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"La Petite Fille à la Poupée" : Un homme avait été rejeté par sa femme et leur enfant alors que celui-ci était encore un bébé ; il va chercher à la revoir, apprenant qu'elle expose ses oeuvres dans une galerie. Il lui parlera sans lui avouer son identité.
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"La Vie de Mon Frère" : Un homme qui part à la retraite va retrouver son frère plus âgé, dans le but de le raisonner et de lui faire mener une vie tranquille, de le convaincre de retourner habiter chez ses enfants. Le jeune frère, lui expliquant sa position, le fera réfléchir et l'homme, raisonnable, devra se remettre en question.
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"Le Parapluie" : Une jeune femme, partie très tôt de chez elle après divers problèmes familiaux, va retrouver son jeune frère, avec qui elle était en conflit et comprendre qu'elle avait été finalement aimée par sa famille.
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"Les Environs du Musée" : Une dame âgée, vivant chez ses enfants, va tomber amoureuse d'un homme qu'elle rencontre poétiquement dans un parc. Elle redécouvre des sentiments amoureux, sans se soucier du regard de ses enfants.
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"Son Pays natal" : Une Française ayant épousé un Japonais va être confrontée à la mort de celui-ci, et à la haine de sa belle-mère. Cependant elle tiendra le coup, restera au Japon, en se réfugiant dans la peinture sur soie. Elle se réconciliera finalement avec sa belle-mère, devant une oeuvre qui lui a soi-disant été inspirée par son défunt mari de l'au-delà.
Toutes les histoires, qualifiées à juste titre par l'auteur de la préface d' "oeuvres gentilles" finissent de façon apaisante.
Analyse des points communs entre les nouvelles:
Les nouvelles sont presque toujours construites de la même façon : un personnage a enfoui une partie de son histoire personnelle, qui n'est pas réglée, au fond de lui. Il va se passer quelque chose dans la nouvelle, qui va l'obliger à réfléchir à son parcours. A ce moment-là de l'histoire le personnage va se laisser aller dans un flash-back mélancolique.
Ces histoires étant aux antipodes du manichéisme, le personnage comprend les choix qui ont été faits dans sa vie, et n'a
plus rien à reprocher à sa famille. Même si ces histoires sont la plupart du temps des histoires de famille, elles ne sont pas ennuyeuses pour le lecteur. Sans que ce soit bien ou mal, bénéfique
ou néfaste, chaque personnage comprend son parcours, ses erreurs, les choix de ses proches, ses réactions, grâce à une introspection.
La plupart des nouvelles parlent des relations entre les humains et fonctionnent souvent sur les non-dits, la peur d'avouer ses faiblesses. On peut facilement rapprocher cela du « caractère des Japonais »: ne pas perdre la face, ne pas montrer ses émotions, avoir le sens de l'honneur. On pourrait parler d'une pudeur japonaise.
Le thème de la famille et des non-dits, de la non-reconnaissance des enfants vis-à-vis des parents (souvent par manque de maturité) semble être un des favoris de Jiro Taniguchi (cf. Quartier Lointain ou Le Grand incendie). Le but étant pour les personnages, de prendre un autre point de vue que le leur pour comprendre les positions des autres et ainsi avoir une explication sur leurs comportements (cf. la nouvelle Le Cheval de Bois, dans laquelle le grand-père, M. Kinoshita, comprend à la fin la réaction de sa petite fille). Mais Jiro Taniguchi applique ce schéma à différents niveaux : d'adulte à adulte (L'Orme du Caucase), de petits-enfants à grand-parents (Le Cheval de Bois), de frère à frère (La Vie de Mon Frère).
Les personnes âgées ont un statut très particulier. Elles sont traitées de manière très positive ; ce sont souvent des personnages qui découvrent qu'ils n'ont plus rien à perdre et peuvent donc mettre à nu, leur rancoeur, leur amour... etc., n'ayant cure d'être jugés. De cette façon ils obtiennent des révélations sur eux-mêmes ; en se détachant totalement du « code de pudeur » qu'il faut avoir dans la société, les protagonistes relativisent mieux les situations. On a coutume de les voir oubliés par cette société, écartés, perdus dans ce monde moderne, aseptisé et déshumanisé dans lequel ils vivent, souvent marqués de ridicule... Malgré une première impression de victimisation, on se rend compte au fil du recueil que l'auteur leur rend toute leur dignité en en faisant des éléments moteurs des révélations des personnages, et de leur sagesse.
Analyse du graphisme.
Le rendu des émotions des personnages:
Le ressenti des personnages est très bien rendu ; on a une impression de grande maîtrise du dessinateur quand avec deux traits désignant la bouche et les sourcils il nous fait sentir toute la rancoeur contenus dans les personnages.
Les différents sentiments des personnages sont évoqués graphiquement de manière très noble : on ne voit pas de grands cris de désespoir, des larmes exacerbées, de passions déchirantes... etc. Tout se passe en douceur. On pourrait presque faire le rapprochement avec la pudeur japonaise que j'évoquais précédemment. Parallèlement si on prend une planche en général, on ne retrouvera pas de découpe brutale, pour séparer les différentes cases, à l'intérieur pas d'actions très marquées par des trames brutales. Tout est très fin et très doux. Peut être Taniguchi veut-il montrer que les personnages réussissent à trouver un certain apaisement, un peu opposé à la société dans laquelle ils vivent.
L'ambiance:
Le dessin paraît quelque peu fétichiste, s'attachant aux détails, les personnages sont dessinés dans des postures communes,
on se reconnaît sous ces traits, ce qui nous rapproche d'eux. Tout est assez commun ; les décors d'intérieurs sont très travaillés (la vie de mon frère). On peut
mettre cela en relation avec la situation des personnages, qui n'a rien d'ambigu ; on pourrait être à leur place. Pour un lecteur accoutumé à voir, dans notre société, des images violentes, cela
peut sembler un peu ennuyeux au début, mais on s'attache assez facilement aux personnages et on adopte une attitude de lecture particulière en entrant dans l'univers.
Marion, 1ère année Ed. Lib.
politique en France. A propos du réalisme magique, il a dit : « Les latino-américains n’ont pas inventé le réalisme magique. Il a
toujours existé dans la littérature. On ne peut pas imaginer la littérature mondiale sans cette dimension onirique. Peut-on expliquer La Divine Comédie de Dante, ses visions de l’enfer
sans en appeler au réalisme magique ? Ne retrouve-t-on pas le même phénomène dans Faust, dans La Tempête, dans Don Quichotte, dans les tragédies grecques où le ciel, la
terre sont toujours entremêlés. Je suis stupéfait par la naïveté des universitaires qui croient que le réalisme magique est spécifique à l’imaginaire du vingtième siècle ! »
1928 à Brooklyn, quartier populaire de New York. Véritable gamin des
rues, il laisse tomber l’école à 15 ans pour s’engager dans la marine marchande. Cinq ans plus tard, il est contraint de démissionner car il est atteint de tuberculose. Hospitalisé pendant quatre
ans, les médecins le condamnent à mort… mais il survit, avec toutefois une partie des poumons et de sa vue en moins. Par la suite, Selby, de petits boulots en petits boulots, en passant par la
prison et l’hôpital psychiatrique, entreprend son éducation et se lance dans la lecture et l’écriture. Cet autodidacte mettra 7 ans à écrire Last Exit To Brooklyn qui paraîtra en 1964 :
Selby a alors 30 ans.
rapidement remarquer avec son premier roman Moins
que zéro alors qu’il n’a que 21 ans. Il est notamment l’auteur des Lois de l’attraction, du scandaleux American Psycho, de Glamorama et plus récemment de Lunar
Park. Chacun de ses romans nous transporte dans l’ Amérique des golden-boys, qu’il critique violemment par une écriture vive et cynique. Cette Amérique n’est donc pas épargnée dans
Zombies son quatrième livre.
"Les Racontars arctiques", écrits par Jorn Riel lors
de son voyage au Groenland pendant seize ans, nous font voyager dans le grand nord, le froid, le dur labeur des chasseurs mais aussi des histoires, ou plutôt des racontars... Un bon feu qui
crépite, quelques réserves de bière et d'eau-de-vie nous emmènent dans des histoires authentiques remplies d'humour et de situations cocasses, où la morale s'approprie la fin et où les personnages
entre deux gorgées racontent leurs expériences d'un air de vérité absolue.
Giorgio Bassani est né à Bologne en 1916 dans une
famille juive, qui s'installe à Ferrarre. La suite ? Il la raconte : « je terminai le lycée en juillet 1934. A partir de l'automne suivant, je commençai à faire des études de lettres à Bologne, en
prenant chaque matin ce train (Ferrare-Bologne), objet de mon premier récit intitulé Terza classetroisième classe), dont je me souviendrais plusieurs années après, en 1957, à
l'époque où je rédigeais Les lunettes d'or ». En effet, ce récit, comme les autres, est bercé de souvenirs, de lieux, de personnages et de situations datant de cette période. Victime des
lois raciales de 1938, il publie son premier livre, Una città di pianura, sous le pseudonyme de Giacomo Marchi. Militant antifasciste, il est incarcéré en 1943.
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