Vendredi 7 novembre 2008



 Nathacha APPANAH

Le dernier frère

 Editions de l'Olivier (23 août 2007)









 

 

 
















Raj rêve de son ami David, mort depuis soixante ans. C’est alors que ses souvenirs lui reviennent…

Raj, neuf ans, grandit dans le village de Mapou, au Nord de l’île Maurice, avec un père violent et alcoolique, une mère tendre et aimante et ses deux frères, Anil et Vinod, qu’il adore et avec qui il aime courir à travers la forêt. Malheureusement, un jour de tempête, les trois enfants se rendent près de la rivière. Ses deux frères sont alors emportés par un torrent de boue. La famille décide donc de déménager à Beau-Bassin et le père devient gardien de prison.

C’est là-bas qu’il fait la connaissance de David, dix ans, juif, orphelin et emprisonné. Un véritable amour fraternel naît entre les deux jeunes garçons. David réussit à s’échapper de la prison, il est alors recueilli pour deux nuits chez Raj. Cependant, il est obligé de se cacher du père. Raj décide de prendre la fuite avec David, son nouveau et dernier frère, pour retourner à Mapou et peut-être y trouver une vie sans misère. Raj prend soin de David tout comme ses frères le faisaient avec lui. Dans leur fuite, David meurt de la malaria. Ils n’étaient qu’à une heure de marche de la prison.

Ce n’est qu’à l’âge de trente-huit ans, en 1973, que Raj apprend la véritable identité de son ami disparu. David était juif tout comme les autres prisonniers. Ils avaient été refoulés de Palestine et avaient été déportés à l’île Maurice, considérés comme des immigrants illégaux. Aucun d’eux ne savait pourquoi ils se trouvaient ici. Ils voulaient seulement rejoindre Eretz, le Terre Promise. Suite à ce souvenir, Raj décide alors d’en parler à son fils.

 

Le dernier frère de Nathacha Appanah vient de recevoir le prix du roman FNAC 2007 et le prix des lecteurs de L’Express 2008. Il s’agit de l’histoire de « deux enfants du malheur accolés l’un à l’autre par miracle », l’un par la perte de ses frères, l’autre par l’arrachement à sa terre natale. L’auteur dit « avec une infinie pudeur le remords, le chagrin, la vie qui recommence, les temps qui se rejoignent ». Nous sommes touchés par le style sobre mais efficace qui rend le récit simple et réaliste, notamment grâce aux descriptions des personnages. D’autant plus que l’histoire est chargée d’émotions existentielles et singulières.

Le roman montre la continuelle survie des personnages ainsi que leurs caractères déterminés. Raj pense à rentrer et à retrouver sa mère, pourtant il continue sa fugue avec David pour survivre. Le dernier frère est aussi une fiction. En effet, l’auteur révèle un événement peu connu de l’histoire mauricienne lors de la Seconde Guerre mondiale : la déportation et l’internement à l’île Maurice de 1500 Juifs d’Autriche et de Tchécoslovaquie à la recherche d’une terre de refuge contre le nazisme.

Roman de la fraternité et du souvenir, Le dernier frère est le dernier roman de Nathacha Appanah.

 
Audrey MARTINEZ, 1ère année Edition-Librairie
par Audrey publié dans : fiches de lecture 1A
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Vendredi 7 novembre 2008











Didier VAN CAUWELAERT
Un aller simple

Albin Michel, 1994


 





















Biographie


Didier Van Cauwelaert est né le 29 juillet 1960 à Nice.

Il commence à écrire dès l'âge de huit ans avec la ferme intention d'être publié par un grand éditeur.

Bien qu'il ait été remarqué grâce à une correspondance imaginaire avec Greta Garbo, et grâce à ses premiers romans Poisson d'amour en 1984 ou Les Vacances du fantôme, le succès ne viendra qu'en 1994 avec le prix Goncourt pour Un aller simple.

Les thèmes récurrents dans ses écrits sont ceux de la famille, des rencontres et des hasards, parfois aussi du paranormal.

Ses livres sont  traduits dans plus de vingt langues.

L'auteur niçois écrit de nombreux romans et des pièces de théâtre. Il est également acteur, metteur en scène et dramaturge et a d'ailleurs crée une adaptation du Passe-muraille en comédie musicale en 1997.

Didier Van Cauwelaert admire Marcel Aymé et Romain Gary.

Son roman L'Education d'une fée est sur le point d'être adapté au cinéma tandis qu' Un aller simple l'a été  en 2001 par Laurent Heynemann.



Citations

« Ma vie est une somme de futurs antérieurs destinée à ne rien perdre, une façon comme une autre d'envisager l'avenir sans vraiment s'y soumettre.
Se projeter en avant pour revenir en arrière. » (Cheyenne, 1993)1

 

« Ce qui compte, c'est d'avoir toujours quelque chose à attendre »2




Bibliographie

Voir le lien suivant
http://pagesperso-orange.fr/calounet/biographies/vancauwelaert_biographie.htm




Résumé

Le narrateur habite à Marseille. Alors qu'il était encore nourrisson, il a été volé avec la voiture de ses parents par des gitans qui l'ont ensuite élevé et appelé Aziz (déformation de Ami 6, la Citroën volée).

Malheureusement il possède de faux papiers d'identité. Arrêté par la police, il est pris pour un clandestin marocain, et doit être ramené dans son pays "d'origine".

Le jeune narrateur est accompagné par un "attaché humanitaire" en pleine dépression et dont c'est la première mission, à un poste auquel il vient d’être nommé. Il "essuie les plâtres" comme il le dit dans le texte.




Style et thèmes

Le roman nous est raconté dans le langage parlé d'Aziz car c'est lui le narrateur.

Il y a une mise en abyme, un roman dans le roman, car l'attaché humanitaire souhaite écrire l'histoire du jeune Marseillais, c'est d'ailleurs lui qui donnera le titre Un aller simple.

Les thèmes abordés sont :

- l'expulsion des immigrés
- les cités gitanes
- les voyages organisés
- la disparition de la sidérurgie en Lorraine



Aziz a du mal à se forger une identité, tiraillé entre l'ignorance de ses origines véritables et les traditions Arabes que son prénom et son physique lui imposent et celles des gitans qu'il ne peut pas vraiment faire siennes car il est pour eux un "gadjo".

Il est très attachant car il a une imagination extraordinaire et beaucoup d'humour grâce à son regard naïf et à sa jeunesse.

Les histoires que nous raconte Didier Van Cauwelaert à travers ce personnage sont très poétiques et très belles,malgré une fin inattendue et trop rapide.

L’amitié improbable entre Aziz et son attaché humanitaire est aussi un point intéressant car même s'ils ont des points communs (ils vivent une rupture sentimentale, ils ne savent pas ce que l'avenir leur réserve et sont face à une nouvelle vie. On peut ajouter accessoirement qu'ils tombent amoureux de la même femme) ils ne viennent pas du même monde et ne portent pas le même regard sur les choses.

Jean-Pierre Scheineder, l'attaché, est ridicule, c'est un écrivain raté et qui ne mène pas sa vie telle qu'il la rêvait. Mais Aziz le comprend. Il voit ses qualités et passe par dessus ses défauts, c'est ainsi qu'ils deviennent amis n'en déplaise au lecteur !



1 http://fr.wikipedia.org/wiki/Didier_Van_Cauwelaert
2 http://www.evene.fr/celebre/biographie/didier-van-Cauwelaert-4264.php



Chloé, 2ème année Bibliothèques


par Chloé publié dans : fiches de lecture AS et 2A
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Vendredi 7 novembre 2008
No Man’s Langue
 Prendre corps avec Ghérasim Luca


Samedi 8 novembre


No man’s langue propose un éclairage pluriel sur l’oeuvre du poète apatride Ghérasim
Luca
à travers une création théâtrale, une exposition, une conférence-performance et une
projection.

«Entendre, voir, lire Ghérasim Luca, c’était redécouvrir le pouvoir primordial de la poésie, sa puissance oraculaire et sa vertu de subversion», écrivait André Velter après la disparition du poète en février 1994. Son oeuvre intempestive traverse le dadaïsme, le surréalisme, la poésie sonore et fait entendre une résonance d’être unique.

Comment s’en sortir sans sortir
Récital télévisuel de Ghérasim Luca, réalisé par Raoul Sangla
8 novembre – 16h


S'asseoir sans chaise

le poème-relation dans tous ses états avec Ghérasim Luca
Conférence-performance de Serge Martin.
8 novembre – 17h


OEuvres plastiques de Ghérasim Luca

8 novembre – 29 novembre
Vernissage 8 novembre – 18h


No man’s langue

Création théâtrale de la Compagnie des Limbes
21 novembre – 21h


Coproduction novart, Compagnie des Limbes, Bibliothèque municipale de Bordeaux

Avec l’aimable autorisation de Micheline Catti et des éditions José Corti


Bibliothèque Mériadeck

85 cours du Maréchal Juin

33000 Bordeaux

Renseignements :

05 56 10 30 00/02

www.bordeaux.fr












par pier publié dans : EVENEMENTS
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Vendredi 7 novembre 2008





Hubert HADDAD
Palestine
Zulma
2007




































QUELQUES MOTS SUR L’AUTEUR



Hubert Haddad est né à Tunis en 1947 d’un père tunisien et d’une mère algérienne. Son éditeur le présente comme un écrivain engagé qui n’a rien oublié de ses origines judéo-berbères. Il a touché à toutes les formes de l’écriture : le roman et les recueils de nouvelles, les essais, le théâtre et la poésie. D’ailleurs, on retrouve une empreinte de poésie dans chacun de ses romans.

Palestine a reçu le Prix des Cinq Continents de la Francophonie cette année ; le jury l’a présenté comme étant « une fable politique en français, qui parle l’arabe et l’hébreu, où l’écriture lyrique se mêle au sens aigu du réel ».









RÉSUMÉ

Le roman raconte l’histoire de Cham, un jeune militaire israélien qui vient de recevoir une permission de trois semaines. Il effectue une dernière ronde avec son adjudant le long de la frontière israélo-palestinienne quand ils sont pris dans une embuscade palestinienne. L’adjudant se fait tuer et Cham, blessé, est pris en otage. Il s’agit d’un commando terroriste « amateur », les hommes sont mal organisés. Personne ne réclame Cham car il est censé être en permission et les terroristes ne savent rien de lui parce qu’il s’est fait voler son portefeuille la veille avec tous ses papiers d’identité. Le commando décide donc de l’enterrer vivant pour le faire disparaître. Cham croit alors mourir quand il est sauvé par un vieux ferrailleur palestinien qui le prend pour un l’un des siens, un Palestinien.

Cham, devenu amnésique, est ensuite recueilli par la veuve Asmahane, une vieille femme aveugle dont le fils a été tué et qui vit seule avec sa fille anorexique, Falastín.

Falastín donne le nom de son frère à Cham car celui-ci lui ressemble comme deux gouttes d’eau. Cham l’Israélien devient Nessim le Palestinien.
 
Le nouveau Nessim découvre alors un pays mutilé, un peuple opprimé et des vies ravagées. Poussé par Falastín, sa « sœur », avec qui il entretient une relation amoureuse, il entre dans un réseau terroriste. On le munit d’une ceinture d’explosifs, on lui donne les papiers d’un Israélien appelé Cham auquel il ressemble étrangement, et on l’envoie en Israël afin qu’il accomplisse sa mission.



 LES THÈMES ABORDÉS ET LE STYLE DE L’AUTEUR

 
Les différents sujets abordés dans Palestine sont : l’identité, la guerre et le terrorisme (violence, lpeuples opprimés).

Identité : Cham est ballotté d’une identité à une autre. Soldat israélien, il devient fils d’une veuve palestinienne, puis garçon anéanti par toute la douleur que les occupants font subir à son nouveau peuple, il évolue et se laisse entraîner pour devenir un terroriste et faire aux Israéliens ce qui le révolte en Palestine : des tas de morts innocents.

Guerre et terrorisme : Hubert Haddad décrit beaucoup de villes détruites par les bombes, la violence des militaires et les attentats suicides. De plus, on croise beaucoup de personnages dans Palestine. Chacun d’eux a son idée du conflit israélo-palestinien, chacun en fait part aux autres mais il semble que les thèses extrémistes sortent victorieuses des débats.

Palestine est également une réécriture de la tragédie d’Antigone (de Sophocle) puisque Falastín entretient une relation quasi incestueuse avec son frère Nessim.

Le style de Hubert Haddad est très poétique. Il fait beaucoup de descriptions, le vocabulaire qu’il utilise est précis et rend parfaitement compte de l’atrocité des scènes qu’il détaille.

 ANALYSE ET AVIS


Palestine est un roman qui est construit comme un miroir. Hubert Haddad fait basculer à plusieurs reprises la vie du héros.

C’est un livre déboussolant car on passe d’un côté puis de l’autre de la frontière israélo-palestinienne et il est impossible, après la lecture de ce roman de dire que tel ou tel côté est meilleur que l’autre parce qu’il y a des morts et de la misère des deux côtés, des pacifistes et des fanatiques d’un côté comme de l’autre.

J’ai beaucoup aimé Palestine car c’est un texte puissant qui fonctionne comme un ressort de pendule, c’est un coup de maître de Hubert Haddad. Il donne l’impression qu’à chaque action, à chaque événement du récit, on arme un ressort ; plus l’on progresse dans le roman et plus la pression exercée sur ce ressort est forte. C’est un coup de maître 

De plus, le style de Hubert Haddad rend aisée et agréable la lecture, il mêle des passages très engagés où chaque personnage expose ses opinions – aussi abominables soient-elles – à des descriptions de paysages magnifiques et de villes ravagées. C’est un roman puissant et émouvant tant par sa beauté que par son engagement, un régal.

EXTRAITS

Les thèses des terroristes sont très violentes [p.91] :
« L’idée, c’est de se faire éclater dans un bus ou dans un marché, poursuit Omar. Je sais où trouver les ceintures d’explosifs. Il ne faut pas regretter cette vie d’opprimé. Plus tu fais de morts chez les sionistes, plus tu montes vite au paradis : c’est comme un carburant »

Extrait de la rencontre de Nessim ou « nouveau Cham » avec le réparateur de machines à coudre qui lui explique sa mission [p.148] :
« Une fois la porte close, grille condamnée en sus, [le réparateur] l’entraîne dans l’atelier. Il enfile aussitôt des gants de chirurgien et demande à son visiteur de se mettre en chemise. [Le réparateur] sort une toile cirée sommairement pliée d’où manque s’échapper une gaine de plastique opalescente serrant un chapelet de bâtons verdâtres hérissés de fils électriques.
_ Aucun risque sans allumeur ! dit-il en rattrapant la ceinture d’explosifs. Je vais l’installer tout de suite. Et méfie-toi, tu es bien trop typé arabe ! Évite les patrouilles, certaines sont équipées de détecteurs électroniques au polymère. Dans tous les cas, actionne au plus tôt le détonateur et tâche de faire un beau massacre. Que la paix te vienne ! »


SOURCES


Site de l’éditeur de Hubert Haddad,  Zulma

 www.bibliobs.nouvelobs.com

Sandrine, 2ème année Bibliothèques

par pier publié dans : fiches de lecture AS et 2A
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Jeudi 6 novembre 2008


Claude PONTI
Mille secrets de poussins
Album: 30 pages
Editeur : L'Ecole des Loisirs (1 novembre 2005)
Collection : ALBUMS
Format 26 cm x 26 cm
Prix : 12.50 euros



Dans cet album, Claude Ponti, auteur de jeunesse dont la qualité n’est plus à présenter, nous dévoile tous les secrets de ses célèbres et nombreux personnages : les poussins.


Chaque énigme trouve donc une réponse : où vivent les poussins, que mangent-ils, comment naissent-ils ?... Rien n’est épargné, pas même LA question : qui est Blaise le poussin masqué ? Ce personnage, légèrement machiavélique, présent dans tous les albums de cet auteur – illustrateur, est un grand mystère pour tous les lecteurs. Généreux, Claude Ponti nous offre donc toutes les explications sur ses chers petits héros jaunes et plumeux après tant d’années à ne donner que des indices dans ses dessins (pour les plus observateurs !).

Cet album riche en détails, jeux de mots et de langue feront découvrir aux jeunes et moins jeunes un univers toujours aussi haut en couleur, drôle et intelligent. Les fans quant à eux pourront s’attacher à retrouver les petits personnages, scènes,… d’albums précédents. Mais aucune inquiétude, il y a toujours des surprises !
Vivement le prochain et, en attendant, bonne lecture…





Lucille Dubleumortier, 2ème année Edition-Librairie
par lucille publié dans : fiches de lecture AS et 2A
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Jeudi 6 novembre 2008



Tim POWERS,
 Les Voies d'Anubis
(The Anubis Gates, 1983)
J'ai lu/SF,  03/07/2003

(1ère édition française : J'ai lu/SF, 1986)

 


























                                                            

 

Brendan Doyle, jeune professeur californien de littérature anglaise, ne pouvait refuser l'invitation du milliardaire, J. Cochran Darrow, qui le conviait à Londres pour donner une conférence sur Samuel Taylor Coleridge. Seulement, Doyle était loin de s'imaginer que le mystérieux Darrow, passionné de littérature et de phénomènes paranormaux, lui proposerait aussi de voyager dans le temps jusqu'en 1810 pour rencontrer Coleridge en compagnie d'autres "invités temporels" , et satisfaire ainsi ses intentions maléfiques. Pris au piège d'une brèche temporelle, Doyle commence alors son aventure sur les voies d'Anubis.

Des bas-fonds de Londres en 1810 où se côtoient mendiants, poètes, sorciers et loup-garou puis en 1685, jusqu'à l'Egypte de 1811 où des adeptes d'une société secrète vénèrent encore le dieu  Anubis, Doyle parviendra-t-il à rencontrer William Ashbless, obscur poète du 19ème siècle, dont il tente désespérément d'écrire la biographie?

L'histoire de Brendan Doyle sort véritablement des sentiers battus. En alliant science-fiction et littérature anglaise, Tim Powers décrit les époques avec un talent remarquable (le Londres du 19ème siècle ne peut que rappeler celui de Dickens). Les thèmes surprenants au départ  par leur diversité et leur originalité, la poésie, les faux-monnayeurs, la magie noire, le culte des anciens dieux, les complots anti-britanniques, Lord Byron et le voyage dans le temps...cohabitent parfaitement. Par moments, on pense à Philip K. Dick, qui était ami de Powers, dans les évocations des différentes réalités temporelles, avec l'aspect historique en plus. Le personnage de William Ashbless, poête complêtement fictif du 19ème siècle, inventé par Tim Powers et ses deux complices; James P. Blaylock et K. W. Jeter, et qui joue ici un rôle important, apparaît également dans certains autres romans de ces deux derniers. Les Voies d'Anubis vous entraînent dans une aventure temporelle magnifiquement écrite, parsemée d'anachronismes volontaires et de références à la littérature anglaise, jusqu'à une fin impressionnante et un dernier paradoxe temporel sans précédent dans les histoire de ce genre.

Ce roman considéré, à juste titre, comme l'un des romans fondateurs du genre steampunk (science-fiction écrite de nos jours mais qui se déroule au 19ème siècle) fut le premier de Tim Powers à paraître en France et a remporté les prix Memorial Philip K. Dick en 1983 et  Apollo en 1986. 

 

François Giraud
, 1ère année Edition-librairie

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Jeudi 6 novembre 2008





Vladan MATIJEVIC
Les aventures de Minette Accentiévitch
Points (Seuil)
Mai 2008



















Responsable du service éditorial du Musée Nadezda Petrovié, auteur de poèmes, de nouvelles, de romans et lauréat de plusieurs prix littéraires en Serbie, Vladan Matijevic signe avec Les aventures de Minette Accentiévitch, un roman atypique.

C’est dans un style léger et pétillant que l’auteur nous plonge dans la vie de Minette Accentiévitch, jeune femme aux mœurs légères qui n’a que faire du qu’en dira-t-on et qui mène sa vie au rythme de son appétit sexuel démesuré.

De Radé Proust, poète idéaliste, à Popaul Tchoukavatz, garçon timide et effarouché, il y en a pour tous les goûts dans les draps de cette courtisane de l’Est qui ne recule devant rien pour assouvir ses pulsions.

Chaque chapitre, court, saccadé, incisif comme un coup de rein, nous raconte les différentes étapes de la vie de Minette, ce qu’elle aime et ce qu’elle déteste, ses joies et ses peines, son ressenti sur la société ainsi que ses expériences sexuelles multiples.
   
C’est érotique, cru, drôle et poétique à la fois.
   
Vladan Matijevic couche sur le papier cette héroïne des temps modernes, cet objet de désir qui rend les hommes aveugles.

Exaspérante mais attachante, Minette Accentiévitch apparaît comme le fantasme de l’homme, l’égérie de l’écrivain qui incarne à elle seule l’érotisme et la sensualité.

Rien à dire, elle est parfaite. Certes ses seins pourraient être plus gros, mais ce roman, lui, ne pourrait pas être plus réussi.

    Ce petit bijou de la littérature serbe mêle habilement l’érotisme, l’excentricité et la poésie.

    Une vraie réussite. On en redemande.


Julie, 2ème année Edition-Librairie
par Julie publié dans : fiches de lecture AS et 2A
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Mercredi 5 novembre 2008

Auteur : TANIZAKI Jun’ichiro
Le Journal d'un vieux fou
Traduit du Japonais par Georges Renondeau
Titre japonais : Fûten rôjin nikki
Editeur : Paris : Gallimard
Date : 1967
Collection : Folio























Brève biographie de l’auteur

Tanizaki est un enfant d’Edo (Tôkyô) qui se passionne pour tout ce qui touche l’Occident. Aussi, il s’initie-t-il très jeune à l’anglais et découvre-t-il à travers cette langue la littérature européenne. A 22 ans, il décide de se consacrer à la création littéraire et pour cela il abandonne ses études de droit anglais. En 1910, il publie plusieurs œuvres brèves dans les premiers numéros de la revue Shin shichô (Nouveaux courants de pensée). Nagai Kafû le remarque et rend public un article sur ce débutant qu’est encore Tanizaki. Il y parle de Shisei (Tatouage) qui révèle déjà les thèmes essentiels de l’œuvre de Tanizaki : le désir, la sensualité et la jouissance liée à la souffrance…et surtout un thème récurrent chez l’auteur : le créateur, dépassé, devient la victime consentante de sa créature.

Dans les années qui suivent, il écrit de nombreux ouvrages en choisissant, avec l’audace et le plaisir qu’éveille le goût de la provocation, des sujets souvent « excentriques ». Il observe sans préjugé tous les états de la psychologie humaine et met en question la morale existante comme la faiblesse de caractère ou les perversions sexuelles. Toutes ses tendances négatives ont, dans son univers, une valeur propre. Tanizaki s'associe souvent au Mal et au Factice. Fidèle à lui-même, il poursuit jusqu’à la fin de sa vie l’investigation du cœur de l’homme où se côtoient désir sexuel et pressentiment de la mort.


Résumé de l’histoire

Dans ce roman, qui se présente sous la forme d‘un journal intime, nous suivons les pensées, les faits et les gestes d’un vieil homme d’environ 70 ans.

Ce vieillard s’éprend de sa belle-fille, Satsuko, qui est une ancienne danseuse de music-hall à la morale assez libre. Cette passion que voue le vieil homme à Satsuko le rend peu à peu dépendant de sa belle-fille. Celle-ci, consciente des sentiments que lui porte son beau-père, décide de profiter habilement de la situation. En effet, elle n’hésite pas à lui réclamer un bijou d’une grande valeur au détriment de l’entourage du vieillard. Ainsi, elle réussit avec beaucoup d’intelligence à lui arracher des libertés extravagantes qui dès lors lui permettent de mener une vie luxueuse.

En échange de ces « cadeaux », Satsuko accorde à son beau-père des privautés limitées : un baiser, une caresse… Ces privilèges font monter l’excitation du vieil homme et contribuent à aggraver la santé, déjà fragile, du vieillard.

Cette passion aveugle pour sa belle-fille conduit peu à peu le septuagénaire vers la folie…


Quelques points d’analyse

Tanizaki a écrit ce roman à la fin de sa vie et laisse transparaître à travers lui les angoisses qui l‘envahissaient comme le pressentiment de la mort. Dans ce roman, Tanizaki aborde ses thèmes favoris comme la provocation, le fétichisme, sans oublier le désir sexuel.

La structure du roman a une incidence directe sur l’implication du lecteur dans l’œuvre. En effet, Le Journal d’un vieux fou se présente comme son nom l’indique sous la forme d’un journal intime. Le lecteur est alors plongé au cœur  des méandres de la libido des personnages dans ce qu’elle a de moins avouable. Par le biais de ce cahier censé rester strictement personnel, Tanizaki instaure une certaine intimité entre le lecteur et ses personnages. Il place le lecteur en position de « voyeur ». Le lecteur possède sous les yeux un document qui normalement lui est strictement interdit ( un journal intime se devant rester personnel). Ainsi, cette transgression de l’interdit a pour effet de redoubler le plaisir de lire. C’est ainsi que Tanizaki piège le lecteur à l’intérieur du texte. Le livre devient alors une « confession » mêlant dialogues et descriptions sur le rythme fluide et parfois capricieux du langage parlé.

A travers la relation entre Satsuko et le vieillard, Tanizaki réutilise un thème qui lui est cher  : le désir au déclin de la vie. Satsuko étant une ancienne danseuse de music-hall, elle possède un physique très attirant. Le vieillard la pose toujours en comparaison avec son épouse. Le désir qu’éprouve le vieil homme pour Satsuko transparaît à chaque fois dans les descriptions positives qu’il fait de sa belle-fille, en comparaison avec les descriptions souvent péjoratives qu’il donne de son épouse. Satsuko se rend vite compte du désir qu’elle suscite chez le vieillard et prend un malin plaisir à en jouer, au détriment de la santé du septuagénaire.

Un autre thème également récurrent dans les œuvres de Tanizaki est le fétichisme, et en particulier le fétichisme du pied. Dans ce roman, le vieil homme est obsédé par le pied de sa belle-fille, au point de vouloir, même dans la mort, reposer sous ses pieds (ou à ses pieds). Le vieillard plie (au sens propre comme au figuré) face à Satsuko. Ainsi, on assiste progressivement tout au long du roman au renversement des relations de force. Ainsi, le vieil homme devient peu à peu faible face à Satsuko qui prend, elle, de l’assurance à mesure que l’on avance dans la lecture. La créature prend alors le contrôle du créateur.

Conclusion


    Ainsi, dans Le Journal d’un vieux fou, Tanizaki poursuit plus avant son analyse de la sexualité sénescente. Il reprend avec humour et un certain détachement le thème du fétichisme. Construit sur le même modèle, le roman La Clé (ou La Confession impudique) est, avec Le Journal d’un vieux fou, un roman incontournable de l’écrivain. Cette forme diariste rend la lecture plus attrayante et plus intense à mon sens. Je me suis de suite laissée prendre par l’histoire et les confidences des personnages. La nouvelle Tatouage, nouvelle grâce à laquelle Tanizaki s’est fait connaître dans le monde des écrivains japonais, montre, elle aussi, comment le créateur peut rapidement se laisser posséder par sa créature. En quelques pages, vous découvrirez ainsi le monde de Tanizaki.

Hélène H. AS Bib

Voir également article sur Eloge de l'ombre.

par Hélène publié dans : fiches de lecture AS et 2A
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Mercredi 5 novembre 2008









Xavier MAUMEJEAN, .
Lilliputia : une tragédie en poche : roman.
Paris : Calmann-Lévy,  "Interstices"; 2008.























La frontière entre la Littérature avec un l majuscule et la littérature populaire, de « genre » devient, pour le plus grand bénéfice du lecteur curieux, de plus en plus floue, mince et poreuse, comme le démontre Xavier Mauméjean avec son dernier roman, Lilliputia.


L’auteur

 Xavier Mauméjean est né en 1963. Diplômé en philosophie et en science des religions, il enseigne actuellement la philosophie en lycée à Valenciennes. Il est aussi écrivain, producteur de pièces radiophoniques pour Radio France et graphiste.

Son premier roman, Les Mémoires de l’Homme-Éléphant (prix Gérardmer 2000 du roman fantastique) , revisitait l’histoire de John Merrick (Elephant Man) sous la forme d’un polar fantastique. S’y affirme un style proche des feuilletonistes du XIXe siècle et s’y développe un goût (par la suite récurrent) pour les monstres humains et les mythes d’hier et d’aujourd’hui. En 2002, Xavier Mauméjean livre Gotham, un thriller psychologique et La Ligue des Héros, intrusion d’un Peter Pan maléfique dans l’Angleterre victorienne-  sa suite, L’Ère des dragons  nous entraîne en 1905 en Chine dans une version fantastique de la Guerre des Boxers. Les deux années suivantes, il publie des fantaisies historiques à dimension mythique : La Vénus anatomique, entre Frankenstein de Mary Shelley et la série des Robots d’Isaac Asimov, et Car je suis légion, enquête policière sur fond d’occultisme dans la Babylone du VIe siècle avant notre ère. En 2007 naît Freakshow !  un roman de  «  monstres » dans une série dédiée au plus célèbre des chasseurs de vampires.

 Xavier Mauméjean a travaillé avec d’autres auteurs « montants » de la littérature français de « genre » : pour des essais avec André-François Ruaud  ; pour des romans jeunesse de science-fiction avec Johan Héliot .

Cette année, Mauméjean est le second auteur français (après Martin Winckler) à être publié dans la nouvelle collection de Calmann-Lévy, « Interstices », zone d’expérimentation  transcendant les genres  à l’image de Lilliputia.

Le résumé du roman


Elcana connaîtra un destin hors normes : sa grand-mère en a lu les présages dans les tiroirs de la commode familiale. Toutefois, à vingt ans, le jeune homme ne mesure que quatre-vingt-dix centimètres de haut et mène la vie rude des paysans d’une Europe de l’Est où le XXe siècle ne semble pas avoir vu le jour.

Tout se précipite quand Elcana, pour sauver l’honneur d’une fille, tue son seigneur et devient un paria. Arrivé en ville, il n’est sauvé du lynchage populaire que par l’intervention de deux mystérieux rabatteurs qui l’invitent à rejoindre des Lilliputiens de tout le vieux continent vers leur terre promise, de l’autre côté de l’Atlantique.

Leur destination sera Coney Island, aux portes d’une New York à la pointe du progrès. Sur cette île au passé sinistre, Sebastian Thorne, riche disciple de Barnum, a décidé de créer de toutes pièces un monde expérimental constitué de trois parcs d’attraction : le Steeple Chase avec son champ de courses mécanique et ses baraques à monstres, Dreamland avec ses manèges et Lilliputia, colonie de nains dans une Nuremberg médiévale reconstituée à leur échelle.

Logé dans une pension, Elcana goûte un repos mérité en compagnie d’autres « petits » : Amador, le sculpteur de miniatures, Lillian Box, la meneuse de revue et Flint Beltaine, le « pyromancien » des pompiers locaux. Cependant, le jeune doit travailler pour vivre et se rend à la mairie où les notables, arrogants et ridicules - sauf la distante princesse Pee -Wee -, l’assigne à la brigade des soldats du feu.

Suivent de longues semaines d’un difficile apprentissage au cours desquelles Lilliputia révèle sa vraie nature : une cité d’êtres égoïstes et mesquins où les plus faibles vivent dans une misère noire sous la coupe de Fatty, le caïd local. Seul rayon de soleil dans cet univers de grisaille pour le jeune homme : Frances Lockheart - la seconde personnalité de Pee -Wee - qui fait naître en lui l’amour.

Cependant Elcana n’a guère le temps de déclarer sa flamme à l’institutrice car une série d’incendies suspects ravagent Lilliputia, inquiétant le chef de la milice McMurdo, un ancien chef de gang et son acolyte le sénateur Gumpertz, chargés par Thorne de veiller sur son œuvre après sa mort. Les gérants du parc veulent un coupable pour que le show continue à attirer des visiteurs. Contraint et forcé, Elcana doit inventer un bouc émissaire : Amador.

Le garçon croit pouvoir le livrer à la vindicte populaire à l’occasion de l’explosion de la centrale électrique mais le piège se referme sur ses proches : son commandant périt dans l’incendie comme de nombreux autres nains et Beltaine a les yeux brûlés par les flammes. Amador sera exécuté sans apaiser les esprits des « petits ».

Car McMurdo et Gumpertz, non contents de laisser brutaliser les nains par les « Grands », permettent l’enlèvement de leurs nouveaux-nés par les mystérieux Lunarques et leur dénient le droit au deuil. L’innommable est atteint quand, sous prétexte de faire du quotidien lilliputien une fête perpétuelle, les gérants décrètent l’obligation d’être heureux et de prendre la cocaïne que Fatty tient en réserve dans son antre.

Sonne alors, pour Elcana et ses amis, l’heure des explications à toute cette folie puis celle de la révolte contre les desseins inhumains de Thorne, le tyran divinisé après sa mort…

Mon avis sur Lilliputia
 
Avant d’entamer la lecture de ce roman, j’avais déjà dévoré deux autres livres de Xavier Mauméjean : La Ligue des héros et La Vénus anatomique. Ces œuvres m’avaient captivé par leur mélange réussi des genres, leur écriture exigeante mais accessible et leur univers très personnel. Lilliputia reprend tous ces bons ingrédients pour générer une fresque à grand spectacle qui nourrit tant les sens que la réflexion.

La première réussite de ce roman est d’offrir une lecture adulte habillée de tous les atours du divertissement. Alternant les styles, intimiste, dramatique, héroïque, cinématographique, Mauméjean nous immerge dans un conte où se percutent les univers de Gangs of New York de Francis Ford Coppola et de Freaks de Tod Browning. Si l’on n’y prête pas garde, insidieusement remonte notre âme d’enfant, celle qui nous inspirait des vocations de pompier ou de princesse, celle aussi qui nous faisait prendre pour la vérité les inventions les plus surréalistes (telles un immeuble en forme d’éléphant ou le sauvetage d’un chat dans un arbre tournant au combat contre un fauve). Pour nous fasciner à ce point, l’auteur revisite habilement les histoires les plus universelles et les plus appréciées qui soient : les mythes.

Xavier Mauméjean nous livre un pan de l’histoire des États-Unis, essentiel mais mal connu en France : celui où cette jeune nation se forge ses propres mythes pour se distinguer de la vieille Europe qui l’a nourrie de ses hommes et de ses croyances. Pèle-mêle, le romancier convoque les ombres des héros et des dieux grecs (Elcana/Prométhée, Lillian Box/Pandore, Gumpertz/Héphaïstos, Thorne/Zeus), les héritiers des devins celtes (Beltaine fumant des Casander pour l’aider à voir les morts futures) ou les réminiscences de la mythologie nordique (les nains, le « géant » Thorjborn et sa hache imparable). Il invite aussi les esprits de la nature amérindiens. Surtout, il met en lumière les icônes du progrès et de la nouvelle conformité sociale qu’amène le capitalisme triomphant : l’entrepreneur, la star du music hall, les exclus violents et déviants, les monstres face aux canons incarnés de la beauté humaine.

Ce faisant, l’auteur nous amène à une saine interrogation sur la normalité et la place des individus dans la société. Qui est le déviant dans ces parcs vivant en vases presque clos : celui qui s’assemble avec ses semblables ou l’intrus qui débarque avec ses préjugés ?  Le progrès vaut-il s’il n’est pas partagé par tous, entraînant frustration et orgueil mal placés ? Le mérite d’une personne se mesure-t-il à ce qu’elle donne à voir ou à ce qu’elle fait vraiment ?

En cela, Lilliputia renvoie à un autre roman fantastique décortiquant, sur fonds de résurgences mythologiques,  les mécanismes de l’héroïsme :  American gods de Neil Gaiman. Néanmoins, à mon avis, Mauméjean, avec son dernier opus, égale aisément les best-sellers anglo-saxons et attire l’attention sur ce vivier de jeunes auteurs (Johan Héliot, Fabrice Colin, Catherine Dufour, etc.) qui redorent l’image de la littérature  fantastique  hexagonale.


Laurent, AS Bib.


Sources des données biographiques :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Xavier_Maum%C3%A9jean et www.evene.fr/celebre/biographie/xavier- maumejean-30565.php
 
par Laurent publié dans : fiches de lecture AS et 2A
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Mardi 4 novembre 2008

 Emile AJAR (Romain GARY)
La vie devant soi
Gallimard, 1982,
rééd. Folio




















C'est à Belleville, au sixième sans ascenseur, chez Madame Rosa, une vieille Juive qui, il y a bien longtemps, " se défendait ", se prostituait,  rue Blondel. Elle tient une crèche clandestine où les dames   " qui se défendent " abandonnent leurs enfants. Momo, dix ans environ, raconte sa vie chez Madame Rosa et son amour pour cette dame respectueuse, grosse, laide, sans cheveux, mais qu'il aime de tout son cœur. Il va vivre avec elle une relation quasi maternelle car il sait que sans elle il n’est personne. Momo est dans un âge où des questions existentielles se posent à lui. Il a peur du futur car il sent bien que Madame Rosa va de moins en moins bien. Et sa seule autre attache sentimentale n’est qu’un vieux parapluie appelé Arthur à qui il confie toutes ses craintes.

Petit à petit, il va douter de ses origines et se demander qui est sa mère et surtout qui est son père. Un homme va se présenter chez Madame Rosa prétextant être le père de Momo. Il a séjourné 11 ans en hôpital psychiatrique. C’est à ce moment que Momo va découvrir qu’il est plus âgé que ce qu’a bien voulu lui dire Madame Rosa. En effet, il a 14 ans. Quand il apprend cela toute sa vie va en être bouleversée. Quatorze ans signifient qu’il a plus de responsabilité que la veille, que ce n’est quasiment plus un enfant et qu’il est le plus grand du groupe.

L’état de Madame Rosa se dégradant de jour en jour, les dames « qui se défendaient » viennent peu à peu récupérer leurs enfants. Momo sera le dernier à la pension de Madame Rosa et c’est lui qui va s’en occuper avec l’aide de Madame Lola une travestie qui vit dans l’immeuble. Lorsque Madame Rosa meurt dans son trou juif, à la cave,  avec l’aide de Momo, il prétend qu’elle est en voyage dans sa famille. Alors il lui peint le visage au Ripolin, l'arrose de parfum, se couche près d'elle pour mourir aussi. Madame Rosa est la seule personne qu’il aime sur cette terre, sans elle il n’est plus rien.

Tout le roman est écrit à travers les yeux de cet enfant avec simplicité et sincérité. Ce qui le rend d’autant plus authentique et sensible. Momo nous montre l’image d’une vie qui ne semble pas facile mais dans laquelle il se plaît et grandit. Il décrit très bien la dégradation de Madame Rosa et des peurs qui surgissent en fin de vie. Momo devient un personnage attachant qui à travers ses yeux d’enfants rend la maladie et la vieillesse moins impressionnantes

Romain Gary est le seul auteur qui ait été récompensé deux fois par le prix Goncourt. En effet, il l’a reçu en 1956 avec Les Racines du ciel et 1975 avec La vie devant soi écrit sous le pseudonyme d'Emile Ajar.


Maude 1ère année Edition / Librairie
par Maude publié dans : fiches de lecture 1A
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