Mardi 28 octobre 2008


Philippe CLAUDEL
Les Petites Mécaniques
Mercure de France, 2003
Réed folio 2007
































Philippe Claudel élabore magnifiquement un univers où la simplicité tente de dissimuler la noirceur des drames que nous devons traverser. Le recueil de nouvelles intitulé Les petites mécaniques mêle poésie, désillusions, et espoirs dans une écriture belle et envoûtante. En effet, Les petites mécaniques font référence à la citation de Blaise Pascal mise en exergue au début de l’ouvrage « Nous sommes de bien petites mécaniques égarées par les infinis ». Ainsi, est introduite l’idée que, l’auteur, Philippe Claudel, est fortement touché par la fragilité de nos vies, la fragilité des tracés de la vie et de là émane cette note à la fois belle et sombre qui enveloppe les nouvelles. On apprécie d’abord la diversité des nouvelles, pour évoquer ces destins parfois cruels et destructeurs, car le recueil traverse les époques et  les frontières afin de souligner l’universalité des thèmes. Les ambiances sont à la fois palpables et invraisemblables car les nouvelles touchent parfois le fantastique tout en évoquant des thèmes bien réels.

 
 La mécanique et son bouleversement

Une vie est une mécanique que l’on pense bien réglée ; pourtant les infinis évoqués par Pascal viennent tout bouleverser. Ces infinis sont développés par Claudel comme étant les déclencheurs d’un dérèglement, ou au contraire, comme des facteurs salvateurs de la mécanique.


Le dérèglement : La mécanique d’ « Arcalie » est victime de l’interdiction de pratiquer la poésie. L’absence de poésie est donc le déclencheur du dérèglement d’Arcalie ; à partir de là cette société disparaît petit à petit. Cette  extinction s’explique par le fait que l’esprit humain s’organise autour de l’imaginaire poétique, sans lui, on ne peut rien conceptualiser et la science n’existe pas et ainsi la société s’éteint.
àle bouleversement salvateur : La nouvelle « Le voleur et le marchand » se caractérise par le passage d’une mauvaise mécanique à une bonne mécanique. Il s’agit d’un voleur qui voit son destin bouleversé. Visité par la mort, il décide de devenir vertueux pour voir reculer la fin de sa vie. La morale le sauve et lui permet de connaître une vie meilleure.

 
Le paradoxe : beauté et destruction

La richesse de ce recueil se caractérise surtout par ce surprenant paradoxe : la beauté et la destruction sont étroitement liées dans les nouvelles.


Tous les arts sont convoqués : peinture, poésie, littérature pour comprendre le fonctionnement  des mécaniques. Quellles que soient les mécaniques, elles fonctionnent autour de l’esthétique. « Les confidents »  est la nouvelle la plus paradoxale étant donné qu’elle est d’abord très violente et très poétique. Béata Désidorio, par l’imaginaire onirique, connaît le plaisir de la destruction, de la violence et de la souffrance. Elle souhaite tellement revivre cette violence que par le système de la réminiscence elle voudra la représenter par la peinture. L’art est ici associé à la violence, et ces liens tissent la beauté de l’œuvre.

 La lecture est active car elle fait appel à l’imaginaire et à la suggestion. Philippe Claudel n’a pas peur de la portée des mots et on se tient souvent le ventre pendant la lecture, notamment quand il s’agit de la dernière  nouvelle « Tania Vläsi » : « Sans cesse pénétrée et sans cesse accouchée, Tania était devenue une mécanique  et  n’existait que dans sa propension à recevoir une semence et à la transformer en une chair nouvelle. » Cette souffrance, nous pouvons presque la sentir et pourtant l’écriture de Claudel reste toujours sobre et belle. Finalement, ce paradoxe est donc toujours visible et traduit la fragilité de nos vies : belles mais fragiles !

Enfin, cette fragilité s’exprime également à travers l’architecture du recueil. Ce recueil est circulaire, « panoptique 1 » est en fait la suite de « panoptique 2 », tout se rejoint, même en traversant les nouvelles, les siècles et les frontières.  L’architecture même du recueil traduit la circularité de la mécanique. La dernière page tournée, les paradoxes qui sillonnent les nouvelles tracent une impression elle aussi paradoxale, c'est-à-dire que la beauté s'exprimerait par les désarrois des destins humains.

Elsa Trottet, Année Spéciale Édition-Librairie

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fiche de Marie-Aude

fiche de Sandrine

par Elsa publié dans : fiches de lecture AS et 2A
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Lundi 27 octobre 2008
Peut-être avez-vous lu et aimé La Libraire a aimé ?


Peut-être avez-vous rencontré Sophie Poirier à Lire en poche ?
Peut-être avez-vous remarqué le petit commentaire au bas de l’article maintenant enfoui très loin qui annonçait la manifestation ?
Elle nous propose de lui rendre visite sur son blog :
http://lexperiencedudesordre.hautetfort.com/
Elle y raconte avec humour son séjour et ses rencontres à Lire en poche.

par pier
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Lundi 27 octobre 2008
par pier publié dans : EVENEMENTS
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Lundi 27 octobre 2008



Ce livre est-il vraiment un … livre ? De prime abord, on pourrait le croire : nom de l’auteur en évidence, titre bien en vue et maison d’édition au bas de la couverture (à laquelle le titre fait référence). Cependant, quand on ouvre le livre à la première page, il est clairement indiqué que l’on vient d’ouvrir un « quotidien culturel subventionné par le ministère de la médecine légale ». Alors faux journal et vrai livre, ou bien véritable journal qui se cache sous les traits d’un livre ? La réponse à cette question, il appartient à chacun d’en décider après la lecture de ce livre ( ?).

La première chose que l’on peut remarquer, c’est une colonne portant le titre de publicité et dans laquelle sont inclus de petits encarts publicitaires. Pendant que les laboratoires PROUST tentent de réguler votre taux de moraline, l’Atelier psychothérapeutique Francis Ponge s’occupe de vos troubles de la personnalité. Un programme qui laisse rêveur…

Cependant, si vous n’êtes pas adepte de publicités loufoques, vous pouvez aussi lire l’interview de Jake Sivan réalisée par Jacques Sivan et découvrir ainsi les secrets du logosonoscope. Ou bien, vous avez la possibilité de vous plonger dans le feuilleton Pour quelle transparence dans lequel vous suivrez ce qui arrive à un androïde qui se dit soldat. Enfin, si vous êtes plutôt porté sur la BD, Jacques Sivan a réservé la fin de son journal ( ?) aux « aventures de Constant Mutant », personnage à lunettes noires et dont la coupe de cheveux rappelle celle des Beatles.

Alors livre ou journal ? A vous de décider !

Astrid Clément-Bollée, Année Spéciale Édition-Librairie
par Astrid publié dans : fiches de lecture AS et 2A
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Lundi 27 octobre 2008


    Le débat, qui s'est tenu au FRAC Aquitaine dans le cadre du festival Ritournelles, le jeudi 23 octobre 2008 a mis le processus d'écriture au centre de l'attention. Les auteurs réunis par l'association Permanence de la littérature (Cécile Mainardi, Thomas Clerc, Mathieu Larnaudie et son complice compositeur, Pierre-Yves Macé) ont tour à tour dévoilé leurs expériences et questionnements, le tout organisé et « arbitré » par Joseph Mouton.

    Ce que l'on peut retenir de ce débat et des échanges, c'est que l'idée et le processus (la procédure, pour Thomas Clerc) prennent désormais une place importante dans le travail d'écriture. La performance elle aussi est mise à contribution.

    Ainsi, tous explorent de nouvelles pratiques: quand Cécile Mainardi invective son lecteur,  lui enjoignant de ne lire qu'une seule fois son texte (fausse contrainte qui selon elle sert à « désinhiber l'écriture »), Mathieu Larnaudie se lance dans l'aventure de la création croisée littérature/musique, avec la complicité de Pierre-Yves Macé. De son côté, Joseph Mouton, invente et joue avec ses stennoS, sortes de Ready-made littéraires.

    Bref, la littérature s'élargit à de nouveaux enjeux: elle devient, en écoutant ces auteurs, une nouvelle « plateforme de liberté qui peut accueillir d'autres champs ».

    Ne serait-ce pas cela, finalement, qui rapproche aujourd'hui la littérature et l'art contemporain ?  Cette capacité, ou plutôt cette possibilité de s'affranchir des frontières entre les domaines, les genres et les formes et de s'approprier de nouveaux médiums ?


Clémentine Soubeyrol, AS Edition/Librairie

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Lundi 27 octobre 2008
Bertina, Laurnaudie, Mauche ou un nouveau rapport à la littérature


En venant à cette conférence, j’étais quelque peu réticente à l’idée de rencontrer des auteurs contemporains français. Cette nouvelle vague me semblait prétentieuse, médiatique et loin de ses lecteurs. A la vue de ces trois auteurs, mes préjugés se sont vite évanouis. Installée dans les premiers rangs, j’ai pu les observer scrupuleusement (ma curiosité m’obligeant à cette analyse superficielle) : Arno Bertina, un grand blond aux yeux clairs, paraissait nostalgique, empreint d’humilité et de réserve. A l’inverse, Mathieu Larnaudie semblait plus confiant. Son passé de rugbyman m’amène à le voir comme un homme direct et droit. Jérôme Mauche, quant à lui, semblait plus raisonnable. Son écharpe et ses lunettes lui donnaient un air d’intellectuel sobre et mystérieux. Trois personnalités complètement différentes, mais animées d’une même envie, celle de bousculer la littérature contemporaine. Nous sommes dans une période de mutation sociale et culturelle et c’est cette transformation que retranscrivent ces trois auteurs.

En effet, Bertina, Larnaudie et Mauche inscrivent de manière directe leur littérature dans le social. Ils tentent d’expliquer le réel avec des outils proprement littéraires. Ce mouvement, ils ne peuvent le retranscrire que par une recherche expérimentale. Prenons l’exemple de Bertina : ce dernier nous contait que lorsqu’il écrit ses romans, il part d’un fait réel pour créer sa fiction. Une fois son œuvre achevée, il se documente pour vérifier s’il est proche de la vérité et il s’avère que, la plupart du temps, il ne se trompe pas. Ce détail m’a beaucoup interloquée. Tout se passe comme si la création le guidait vers des vérités sociales. Nous ne sommes pas loin de cette vison hugolienne du poète prophète ! C’est en cela que je vois l’importance de la littérature, qui, par sa recherche stylistique, permet une meilleure compréhension du monde.

Le travail d’écrivain a pour essence le langage. Arno Bertina a, dès le début de la conférence, condamné cette idée que la littérature naît ex-nihilo. Pour lui, il n’y a pas de « poète novateur », « la littérature est un espace de liberté qui ne prend sens qu’avec ses influences ». Telle une filiation mystique qui lie les auteurs entre eux, on avance vers de nouvelles possibilités langagières. Il nous expliquait, par exemple, que la poésie l’a beaucoup aidé à approfondir sa prose, à la rythmer. Il perd sa « vocation première » afin d’aller plus loin dans la recherche de son écriture.

Il n’y a donc pas de littérature sans influence même si les sujets ne sont en aucun cas poétiques. La publicité, les slogans politiques, les discours d’entreprises, voilà les thèmes qui animent leur littérature. Ces auteurs travaillent des « matériaux impurs » afin de les sublimer, de les rendre artistiques. C’est un pari dangereux et incompris malgré l’apport qu’il pourrait amener à notre vision du monde. Tel un poète comme Francis Ponge, nos trois auteurs veulent rendre sa noblesse à ce vocabulaire du quotidien, usé par notre langage qu’il utilise trop. Il ne faut pas laisser les mots s’endormir dans leur « ronron » plaisant. Il faut les bousculer, leur rendre leur autonomie. Ce langage qu’utilise la société pour nous manipuler à notre insu est la même arme avec laquelle s’expriment ces écrivains. Bertina, Larnaudie et Mauche lui imposent un nouveau traitement. Cette sublimation du langage par la littérature permet une véritable prise de conscience du réel. Et si elle n’a pas de répercussion directe, elle laisse une trace indélébile. La littérature sera toujours présente alors que les discours s’effaceront.


Margaux Lamongie, Année Spéciale Édition-Librairie


Ritournelles, jeudi 23 octobre, 13h30

 
« Les révolutions littéraires ? » C’est la question posée par Didier Vergnaud (des éditions Le bleu du ciel) dans le cadre du premier débat auquel participent les auteurs Mathieu Larnaudie , Arno Bertina et Jérôme Mauche. La mutation littéraire à laquelle ces trois écrivains semblent appartenir est-elle liée aux mutations sociales, artistiques, politiques, communicationnelles… ?

Mais l’étiquette révolutionnaire déplaît, elle entraîne la méfiance des invités qui, plutôt que de s’inscrire en rupture, préfèrent souligner les liens existants entre leurs styles d’écriture et la tradition littéraire, entre tradition et changements. Pour échapper à l’enfermement dans une case estampillée « révolutionnaires », ils évoquent leurs influences diverses, leurs lectures variées, le monde qui les entoure, la tradition de leurs actes d’écriture – quoi de plus traditionnel que d’écrire un roman ?

Loin d’innover aujourd’hui, la littérature n’a-t-elle pas toujours été en lien avec la politique ? Et même cette étiquette d’avant-gardiste et de révolutionnaire, n’est-elle pas connotée historiquement, presque comme une tradition du XXe siècle ?
 

Changement d’approche : Didier Vergnaud demande aux invités de parler de leur travail d’écriture, des influences qui le façonnent, de la matière qu’ils mettent en forme, des procédés et des innovations qu’ils utilisent.
Arno Bertina évoque le lien qu’il crée entre la poésie contemporaine et le roman, prenant à l’une son langage, son rythme, la surprise créée par son absence de repères pour enrichir la structure de l’autre et aiguiser ses propres idées.

Pour Mathieu Larnaudie, son travail tourne autour du réemploi et du détournement des syntaxes et du vocabulaire tiré des manuels de marketing, qui envahissent le langage commun, créant des rejetons tels que le langage administratif, les slogans… Tous profondément ancrés dans le réels – mais tout aussi profondément hermétiques.

Jérôme Mauche souligne l’effet de jouissance qu’il y a à récupérer le langage (en général et les langages professionnels en particulier) pour s’en imprégner et le manipuler à loisir, créant ainsi de courtes fictions, comme des allégories du réel.

Après une courte séance de lecture illustrant leurs discours, Arno Bertina souligne la libération de l’écriture que constitue cette pratique de réemploi des langages professionnels d’aujourd’hui dans la littérature, acte décomplexé que celui d’employer cette matière mal aimée, jugée impropre au travail littéraire, qui, sortie de son contexte, amuse par l’absurdité de sa complexification – tant de mots pour ne rien dire !
 

Bien sûr, ces textes déstabilisants par le langage employé peuvent poser un problème de lisibilité (surtout dans une publication de type roman où l’on s’attend moins à être surpris que dans une publication de poésie contemporaine.) Le public lecteur est restreint, d’autant plus que la surcharge de production littéraire leur laisse finalement bien peu de place en librairie pour trouver un public ; ce sont surtout les lecteurs déjà attirés par cette littérature qui l’achètent, elle se diffuse relativement peu. Son influence – ou son absence d’influence ? – est imperceptible : ancrés dans notre époque, il nous est impossible de nous en détacher en prenant du recul pour voir dans le présent ce que nous distinguons dans le passé (innovations majeures, points culminants, travaux décisifs…)

Ainsi, comment savoir de quoi sommes-nous les contemporains ?

Ainsi, comment percevoir une révolution dans l’écriture d’aujourd’hui ?


Fanny Daouk, Année Spéciale Édition-Librairie

par Margaux et Fanny publié dans : EVENEMENTS
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Lundi 27 octobre 2008



Dans ce roman librement inspiré de la vie d’un poète bordelais peu connu, Jean de La Ville de Mirmont (1886-1914), Mathieu Larnaudie nous donne à voir la « prostration volontaire » d’un homme inadapté au monde qui l’entoure. On entre directement dans l’univers morbide et singulier de Jean dès la scène d’exposition et la description du corps inerte du singe de Jean, étranglé à l’aide d’une petite corde. Meurtrier récidiviste d’animaux domestiqués, dans l’éternelle posture de l’homme debout sur le port rêvant de s’embarquer, Jean côtoie Louis Piéchaud, un poète qui fréquente les " Chats noirs " parisiens, et François Mauriac, embrassant la carrière littéraire tout en " se fout[ant] éperdument de ce qu'il adviendra " de ses textes. Appelé sur le front de Verneuil, il y meurt le 28 novembre 1914. Seule sa mort le ralliera à son temps et ses contemporains.

M. Larnaudie crée une confusion, un brouillage chronologique, en utilisant une langue dix-neuvièmiste dans un agencement moderne et en posant une question latente : de quoi sommes-nous les contemporains ? Après avoir publié Habitations simultanées (Farrago, 2002) et Pôle de résidence momentanée (Les Petits Matins, 2007), on peut se demander ce que cherche M. Larnaudie dans ces différents « exercices » littéraires : est-ce précis et définissable ? ou est-ce un acte de nomadisme ?


Elise Riard, Année Spéciale Édition-Librairie
par Elise publié dans : fiches de lecture AS et 2A
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Vendredi 24 octobre 2008
Actusf.com est un site d’actualités sur les littératures de l’imaginaire en général et la science-fiction en particulier, que ce soient des romans, des nouvelles, des bandes dessinées, pour adultes et pour la jeunesse. On y trouve des critiques, des dossiers, des entretiens, des comptes-rendus de manifestations… un site très complet donc ! Une maison d’édition, Les 3 souhaits, est venue s’adjoindre à ce site en 2000, complétant ainsi les domaines d’action d’Actusf. Voici une interview de Jérôme Vincent, le gérant de la SARL et le directeur des éditions Actusf.

Tout d’abord, comment est venue l’idée de cette maison d’édition ?


En 2003, lorsque nous avons créé la SARL Actusf pour héberger et commercialiser le site actusf.com qui existait depuis trois ans, nous avons tout de suite prévu de publier des livres. Notre objectif à l'époque était de publier un titre par an, essentiellement des anthologies de jeunes auteurs en les vendant par le biais du site et des salons que nous faisions. On était parti du constat que l'on pouvait grâce à l'impression numérique faire des livres à petits tirages et les diffuser par nous-mêmes en sautant l'étape des librairies.
Cette ligne directrice n'était évidemment pas venue de nulle part. Cela faisait plusieurs années que nous organisions des concours de nouvelles avec de jeunes auteurs en fantastique, science fiction et fantasy et nous avions déjà réalisé deux anthologies avec les meilleures nouvelles.
Et puis peu à peu les projets se sont succédé et d'un titre nous sommes passés à deux par an, puis 4 puis une dizaine maintenant... nous avons mis un coup d'accélérateur en 2006 en décidant de faire de ce qui était une activité annexe au site internet jusque là une activité principale. Tout ça s'est vraiment fait petit à petit au fur et à mesure des idées que nous avions, encouragés par le "succès" (relatif mais réel) des ventes.


Pourquoi avoir choisi le nom de « les 3 souhaits » ? il y a un rapport avec le conte du même nom ?

Au cours d'un brainstorming d'équipe, le nom a surgi. Il avait un côté poétique et prometteur qui a emporté l'adhésion de tout le monde. Il était évocateur. Et puis pour nous qui commencions, cela résumait parfaitement nos espoirs... Maintenant ce nom est un peu un handicap.

Comment choisissez-vous les livres que vous publiez ? quelle est votre ligne éditoriale ?

La ligne est simple, faire des petits livres (autour d'une centaine de pages) regroupant une ou plusieurs histoires. Et plutôt dans le domaine de la science-fiction, du fantastique ou de la fantasy. Tout en travaillant sur les prix.
Les choix se font au fil des rencontres et des lectures. Connaissant par exemple Laurent Genefort et appréciant ce qu'il faisait par ailleurs, je lui ai demandé s'il n'avait pas une novella inédite dans ses tiroirs. Voilà comment est née l'Affaire du Rochile. Pour Michael Moorcock, je me suis plongé dans plusieurs de ses recueils et j'ai demandé à l'agent quelles étaient les nouvelles dont les droits étaient disponibles. Pour Maudit soit l'eternel, c'est Eric Holstein, qui par ailleurs s'occupe de diriger les couvertures chez nous, qui connaissait Thierry Marignac et qui nous a proposé de faire un recueil avec lui. Réunir les shorts stories du collectif Appel d'Air parues sur internet dans un même volume est une idée de Charlotte Volper. J'ai cité ces deux collaborateurs parce que les choix des titres
que nous publions font toujours l'objet d'une discussion entre nous trois.

Pourquoi ce choix de la nouvelle, ce n’est pourtant pas un genre très prisé et lu en France ?

C'est à la fois une histoire de passion et à la fois une décision marketing (le terme est un peu fort mais c'est ça). D'abord nous sommes des amoureux des nouvelles. A contre-courant des habitudes littéraires en France, la science-fiction est un genre qui a toujours publié beaucoup de nouvelles et en vieux fan de science-fiction et de fantasy, nous en avons tous les trois toujours beaucoup lu. Ensuite c'est un positionnement. L'idée c'est de ne pas faire ce que font les autres éditeurs. Or que ne font-ils pas ? Des nouvelles justement. Evidemment, pour un gros éditeur, publier aujourd'hui des recueils de nouvelles ou des anthologies semble être une mauvaise idée en terme de ventes. Cela ne marche pas en ce moment. En tout cas pas assez pour espérer de fortes ventes. C'est là que nous intervenons. Nous avons un modèle économique plus souple avec un peu moins d'impératifs en terme de ventes. Du coup ce qui ne serait pas rentable pour eux peut très bien le devenir pour nous. Et puis il y a également deux autres raisons à la publication de nouvelles. D'abord, au fur et à mesure des mois, nos tirages augmentent et nous nous appuyons de plus en plus sur les librairies. Conséquence, nos livres sont désormais sur les mêmes tables que les autres éditeurs. Or nous n'avons pas les mêmes moyens qu'eux. Ce ne serait donc pas très logique de proposer nous aussi des romans à des prix plutôt chers alors que nous n'avons pas la même notoriété. Faire des nouvelles nous permet au contraire de proposer des livres différents à des prix raisonnables. Avec dans l'idée d'attiser la curiosité des lecteurs et de ne pas les obliger à faire un choix. Si en plus du roman qu'ils viennent d'acheter ils prennent 6 ou 9 euros pour s'acheter un livre d'actusf en plus, notre pari est gagné. Enfin c'est ce qu'on espère :-) Ensuite, la deuxième raison est purement éditoriale. Il y a des milliers de nouvelles disponibles en français à rééditer, des milliers de nouvelles inédites en français, et des milliers de nouvelles inédites à traduire. Voilà de quoi nous laisser de la marge et des idées de projets :-)

Quels retours avez-vous de vos lecteurs, par rapport à vos publications en général et aux recueils de nouvelles en particulier ?

Les retours sont plutôt bons. Les lecteurs aiment "picorer" dans nos recueils. On a toutes sortes de réactions, des gens qui en fans de science-fiction aiment les nouvelles et connaissent nos auteurs, jusqu'aux lecteurs curieux "grand public" qui se laissent tenter parce qu'il y a plusieurs histoires et que ce n'est pas cher pour leur porte-monnaie, en passant par les collectionneurs qui nous achètent tous nos titres. Les retours sont donc positifs.

Est-ce que le  lien existant avec le site Actusf vous apporte réellement un plus  ?

Oui. Actusf est aujourd'hui un média et il nous apporte pour l'édition une belle visibilité. C'est essentiel. C'est aussi un repère en librairie lorsque les lecteurs voient le logo d'actusf sur les couvertures.

Quel est votre bilan après huit années d’existence ?

Franchement lors de la création du site en 2000 ou du lancement de la SARL et de la maison d'édition en 2003, on m'aurait dit que nos petits livres marcheraient autant, je n'y aurais pas cru. Surtout nous avons mis depuis 2006 un coup d’accélérateur en voulant développer notre structure d'édition. Pour l'heure le pari est réussi. Ce n'est pas encore le gand succès, mais nous progressons. Et puis c'est une aventure passionnante, très forte et qui se vit au quotidien. Chaque livre a une histoire qui lui est propre et certains auteurs sont devenus des amis. Et puis nous sommes d'abord et avant tout des lecteurs. En ce qui me concerne, j'ai dévoré pendant mon adolescence les livres de Michael Moorcock. Editer un recueil de ses meilleures nouvelles est donc un grand bonheur. Faire de l'édition est bien sûr une histoire de travail. Mais aussi une histoire de passion. Chaque livre, chaque vente est une récompense. Et quand en plus les lecteurs reviennent nous dire qu'ils ont aimé, c'est encore plus génial.

Comment voyez-vous l’avenir de la maison d’édition, avez-vous des projets ?

Arf l'avenir ? Des dizaines de titres en plus pour les éditions Actusf, des ventes qui progressent, des auteurs anglo-saxons.... Tout cela est un processus assez long. Notre maison d'édition est encore petite mais elle a de belles cartes à jouer. A nous de nous en servir pour la faire progresser. Quant aux projets, il y aura deux nouveaux titres d'ici la fin du mois d'octobre. Premièrement un recueil de Sylvie Lainé (le deuxième chez nous) : Espace Insécable. Sylvie est une grande dame de la science-fiction française et ses textes ont toujours une jolie part de douceur et un décalage permanent et passionnant. Sylvie Lainé a une voix qui lui est propre. Vraiment c'est une chance de pouvoir publier ses recueils. Le deuxième projet c'est Manières Noires de Jean-Michel Calvez. Là aussi c'est un recueil de nouvelles qui tournent toutes (sauf une) autour de la mort. Mais assez étrangement, les héros de Jean-Michel y survivent souvent. Le décalage est permanent. Le style est vraiment agréable avec en prime un peu d'ironie en toile de fond. Ce n'est pas si courant en fantastique. Un auteur qui gagne à être connu. Et puis nous venons de publier un Petit guide à Trimbaler de l'Imaginaire Français, pour découvrir les auteurs qui font du fantastique, de la science-fiction et de la fantasy en France. Et 2009 sera également plein de beaux projets.



Vous trouverez leurs livres à la librairie Mollat, rayon SF/fantasy !

Liens :

Le site d'ACTUSF

Les Trois Souhaits


Lucie, Licence Pro

par Lucie publié dans : Entretiens
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Vendredi 24 octobre 2008
HONG-KONG POLICE TERRORISTE ORGANISATION
Lecture-concert
Ritournelles, jeudi 23 octobre 20h00



Mathieu Larnaudie et Pierre-Yves Macé
Photo Emma Foucher


"Vue sur le lac Léman": c'est de cette phrase qu'est parti le déchaînement de sons et de voix du spectacle que Mathieu Larnaudie et Pierre Yves Macé nous ont donné jeudi soir au FRAC.

Alors que l'après-midi ils nous préparaient è leur performance, ils nous faisaient part d'un projet de base: l'ouverture. Ouverture qui s'est émancipée dans une fusion de deux arts, la musique et la littérature.

Le résultat était prenant:  un fond de musique éléctronique sur laquelle Mathieu Larnaudie délivrait un flot de paroles. C'est en fermant les yeux que le mariage prend tout son sens : une suite de mots, finalement des phrases, elles-mêmes se liant petit à petit à la musique aux accords de plus en plus présents et sonores. On sent les mots de Matthieu qui se fondent dans le rythme, si rythme il y a. Les moments de tension (musique sourde, sons violents tels que klaxons, verres qui s'entrechoquent en même temps que le souffle de Mathieu Larnaudie s'accélère) se substituent à des moments d'apaisement, sans paroles, juste une musique plane, douce, et
qui pourtant demeure inquiétante : elle annonce des phases musicales à venir qui sont un jeu d'échos entre la voix réelle de Mathieu et sa voix reenregistrée et déformée par l'éléctronique. Avec un refrain : "Hong Kong Police Terroriste Organisation", qui donne lieu à chaque fois à un déchaînement de sons, sons que l'on croit connaître mais qui n'existent pourtant pas dans nos réalités quotidiennes.

Les sons sont ceux que l'on a déjà entendus mais on ne sait où, on comprend finalement que ce sont ceux d'une ère inquiétante, oppressante, corporelle (dernière phase du spectacle:  les mots reviennent toujours sur "ton corps qui.. ton corps qui... etc") et évoquant la mort. Cette ère, ère du capitalisme ( c'est d'ailleurs la dernière phrase de Mathieu: qu'est ce que le capitalisme ?), c'est la nôtre.


Emma Foucher, Année Spéciale Edition-Librairie
par Emma publié dans : EVENEMENTS
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Jeudi 23 octobre 2008
par pier publié dans : EVENEMENTS
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