Réfléchir le langage et réfléchir la
société.
Festival Ritournelles, débat « Révolution littéraire? », FRAC,
23/10/08

Mathieu LARNAUDIE,
Pôle de résidence momentanée,
Les Petits matins.
Pôle de résidence momentanée, ou association de mots communs et martelés donnant à voir
la musique de nos sociétés.
Une sorte d'hôtel futuriste travaille à sa restructuration, interroge ses actionnaires, ses employés, ses publicitaires et ses
clients. Comme une voix lancinante dopée aux adjectifs qualificatifs, aux hyperboles et aux propositions adverbiales. Les chapitres défilent, le rythme des mots ronronne dans l'oreille du lecteur
qui n'en saisit pas forcément le fond.
Une sorte de poète, également, qui réfléchit au langage, à sa modernité et à sa musicalité. Mathieu Larnaudie, également
auteur de Strangulation, un des succès de cette rentrée.
Le débat d'aujourd'hui porte sur les révolutions littéraires. L'occasion pour cet écrivain de préciser son travail et
d'éclairer les lecteurs désarçonnés à la lecture de cet ouvrage.
Pour lui, le langage marketing et sa syntaxe constituent une idéologie nouvelle et envahissante. Refusant à la fois la
déconstruction totale et l'assimilation, Mathieu Larnaudie choisit de s'approprier cette musique étrange et singulière, en prise directe avec notre monde, de jouer avec, d'en faire ressortir
l'humour et le rythme. De « mettre à jour la structure de ce langage », « de toucher à ce qui se passe » et de « se laisser traverser ». De pouvoir jouir enfin de cette liberté d'écriture, et,
pourquoi pas, d'influer sur le réel.
Expérience littéraire pointue, la question se pose évidemment de sa lisibilité, et de la réception par le public. Son éditeur
– Les Petits matins - avoue ne par chercher à toucher, avec Pôle de résidence momentanée, un immense lectorat. Pour Mathieu Larnaudie, conscient de la perplexité que ce type d'ouvrage
peut susciter chez le grand public, ajoute que l'activisme minimum consiste cependant à ouvrir la visibilité de la poésie contemporaine vers un public capable de jouer avec. Selon lui, ce type
d'œuvre n'est pas forcément moins visible que les romans, moins élitistes peut-être, mais étouffés sous une production massive.
Même après un tel débat, Pôle de résidence momentanée reste difficilement classable. Arno Bertina, lui-même présent à
ce débat, avoue dans la postface que « ces variations laissent pantois car elles jouent avec les fondements de l'œuvre ».
Une expérience littéraire qui s'interroge surtout sur sa forme.
Elisa Renouil, AS Edition-Librairie.
par Elisa
publié dans :
EVENEMENTS
0
recommander
Ritournelles, jeudi 23 octobre
Jean-Yves Macé et Mathieu Larnaudie
Photo Emma Foucher
Le festival Ritournelles organisé en partenariat avec l’ARPEL et le FRAC a notamment donné
lieu cette année à une rencontre-conférence avec les jeunes auteurs Arnaud Bertina, Mathieu Larnaudie et Jérôme Mauche autours du thème de la révolution littéraire portée par cette vague de
nouveaux auteurs et des procédés artistiques utilisés par eux, d’une technique qui serait le reflet d’une écriture neuve.
L’idée d’une mutation littéraire totale a d’emblée été réfutée par A. Bertina qui se « méfie de l’idée de nouveauté » et
qualifie plutôt son écriture de poreuse et influencée de toutes parts. Il n’y a effectivement pas non plus pour M. Larnaudie et J. Mauche de révolution proprement littéraire bien que pour le
premier il se fasse une table rase dans l’esprit lorsque l’on commence un nouvel écrit. Tous se sentent nourris de filiations multiples qui leur font intégrer le travail de leur
prédécesseurs et plus globalement les influences qui les construisent jour après jour.
A. Bertina se sent particulièrement concerné par la poésie contemporaine qui lui a fait prendre conscience de la matérialité
de ses phrases. Il s’agit de « désapprendre sa langue » et de perdre ses repères afin d’aiguiser ses sensations. Le roman est un instrument pour comprendre le monde et l’art n’est pas en
dehors du réel. Ainsi l’inspiration pour M. Larnaudie est issue de manuels de marketing, des médias, de la politique et du langage de l’entreprise qu’il ne déconstruit pas mais détourne et qui
est en « prise directe sur le réel ». La réutilisation du langage est une véritable jouissance selon J.Mauche qui aime utiliser des lieux communs et des tournures courantes pour laisser se
développer des images et de courtes fictions.
Finalement ces trois auteurs ont une écriture décomplexée qui est une absorption puis une retranscription de
situations laides, vulgaires (comme peut l’être le monde de l’entreprise) et qui n’a rien à envier aux classiques littéraires comme ils ont pu nous le montrer au cours de brèves lectures de
leurs textes. « De quoi sommes-nous les contemporains ? » ainsi pourrait se résumer le propos des écrivains présents. A travers cette interrogation M. Larnaudie semble vouloir dire que ses
écrits n’en sont pas le diagnostic et que sa véritable volonté est de faire bouger la réception d’une certaine écriture au travers notamment de publications chez de grands éditeurs ou de revues
écrites collectivement.
Dorothée Degeix, A.S. Ed-Lib
Arno Bertina lit un extrait d'Anuma Motrix
Photo Emma Foucher
Détournements de langages techniques, mixages de matériaux écrits, écritures collectives, déstructuration de textes, titres provocateurs ou séducteurs…
Ces écritures contemporaines étaient représentées par Arno
Bertina, Mathieu Larnaudie et Jérôme Mauche dans le cadre du festival Ritournelles ce jeudi 23 octobre, au Hangar de la FRAC de Bordeaux.
« Révolutions littéraires ? », tel était le thème du débat
proposé à ces jeunes auteurs.
D’entrée, ceux-ci récusèrent une éventuelle position de
porte-parole d’un mouvement littéraire nihiliste. L’enjeu n’est pas de se démarquer d’un héritage culturel mais de bousculer les lignes entre modernité et conformisme, de « s’inventer une
liberté discrète », comme le soulignait Arno Bertina.
Du passé alors faisons plutôt table « basse » pour mieux
traduire un monde en mutation.
Et pour cela, nécessité de rester perméable à tout ce qui nous
entoure et volonté de perdre ses repères habituels au moment de l’écriture.
Pour ces auteurs, le roman reste un outil de connaissance et de
traduction de la société : il n’y a pas de sujet « noble », on peut partir de n’importe quel matériau pour écrire : on retrouve là cette attitude libérée, décomplexée qu’on trouvait aux USA
dans les courants artistiques des années 60.
La recherche du consensus en littérature constituerait à leurs
yeux un frein à l’expérience et ces auteurs assument en affirmant qu’« on est responsable de ce qu’on aime, de ce qu’on écrit, de ce qu’on lit ».
Alors révolution non, rupture
peut-être.
Il s’agit plutôt de bousculer des attentes et d’ouvrir des
espaces.
N’hésitez pas à venir respirer cet air nouveau au creux des
livres de Arno, Mathieu et Jérôme
Patrice, A.S. Edition-Librairie
Sarah au FRAC
Je suis un peu en avance, j’ai encore sous-estimé l’efficacité du tram bordelais. Un rapide tour du propriétaire me permet d’apprécier
les locaux du FRAC : le lieu est vaste, clair, et parsemé de cartons, qui participent à cette impression de dénuement.
A la conférence seront présents trois auteurs : Mathieu Larnaudie, Arno Bertina et Jérôme Mauche. Quelques
mots sur eux, dans l’ordre de leurs présentations : A. Bertina, auteur entres autres de Anima Motrix, a aussi écrit une fiction biographique sur Johnny Cash, ce qui, avouons-le, le
rend tout de suite sympathique. Il ne revendique pas l’étiquette de « tête de la révolution littéraire », et ne cherche aucunement à se démarquer : il se considère comme un « poreux de son
époque », il prend et retranscrit. Cette modestie me rassure un peu, j’ai une tendance, facile, à considérer les auteurs contemporains avec beaucoup de prudence, et me les représenter comme
imbus de leur personne et provocateurs.
Mathieu Larnaudie, auteur de Strangulation, est, en comparaison, plus assuré, parle plus fort, et ne suit pas le point de vue de Bertina : pour lui il y a « table rase » avant
l’acte d’écrire, on ne part de rien, ce qui laisse justement une liberté.
Jérôme Mauche, dont l’œuvre est souvent associé à la poésie contemporaine, parle d’une voix assez basse, je ne saisis pas toujours ce qu’il dit. J’entends l’expression (pourtant dure à placer)
« syntagme plus que figé ». Comme Bertina, il considère qu’on est pétri d'influences, de cultures, haute ou basse, et qu’on « fabrique avec tout ça quelque chose qui n’est pas neuf ».
Le modérateur, dont je n’ai pas retenu le nom, relance : que prennent-ils des autres pour créer ? Bertina
commence : il a lu beaucoup de poésie contemporaine (mais curieusement n’a aucune culture de la poésie classique –personne n’est parfait). Cela lui permet d’être plus attentif à la «
matérialité des phrases ». Larnaudie pour sa part, détourne des manuels de marketing, et joue avec cette syntaxe et ce lexique particulier. L’idée est très intéressante, impression confirmée
par la lecture à voix haute qui suivra. Mauche détourne aussi, et affirme qu’il « se fait traverser par le discours d’idéologie ». Il transforme le langage juridique, administratif…en micro
fictions.
Cette partie est ma préférée : chaque auteur lit un court extrait d’une œuvre, le silence se fait, et les
mots remplissent la salle.
Bertina commence. Sa lecture est rapide, ralentit, reprend sa course. Sa voix est grave, un peu monotone,
sur ce texte triste qui s’étire dans le silence. C’est difficile à suivre, les sujets changent constamment. Le modérateur résume pour moi, c’est « très très poignant ».
Un silence un peu tendu parmi le public, puis Larnaudie commence à son tour. Il a une voix sonore, les
mots frappent : « qualité », « compétence », « performance », puis « réussite éclatante », « mémorable », « frissons »…il maîtrise les jeux lexicaux, remodèlise les termes. L’effet est
saisissant.
Enfin, Mauche termine. Il utilise un vocabulaire cru, tendu, presque agressif (« cadavre », « sacrifié
»..). Son travail mêle sociologie, relation intra-entreprise, et lutte anti-consommation. Sa lecture est agréable, on le sent critique, engagé.
Le premier débat se clôt sur un court échange concernant l’ « hétérodoxie «, l’accessibilité de leurs
œuvres (pour Mauche, leur pratique littéraire n’intéresse que si on a envie de s’y intéresser), et la revue Inculte (monté par Larnaudie et Bertina).
Sarah Albaret, Année Spéciale Edition-Librairie
par Dorothée et Patrice
publié dans :
EVENEMENTS
0
recommander
Ritournelles mercredi 22 octobre

Lecture de Loi n – Marco Boubille
Loi n : question de mémoire : qui est l'enfant, quel rapport a-t-il (avait-il) avec son
père ? On peut le savoir… de loin.
Premier ouvrage de Marco Boubille, qui entre dans la littérature par la porte de la poésie contemporaine, avec humour, jeux de
mots, recherche stylistique. Et pourtant Marco Boubille ne se pose pas vraiment la question de la poésie, c'est "un univers [qu'il a] connu récemment", du même ordre que l'art contemporain, un
"champ libre où on s'autorise beaucoup de choses". L'auteur qualifie son livre de "cubistique".
Quant à l'impression de juxtapositions que donne son écriture, Marco Boubille parlerait plutôt d'inserts,
d'entrelacs.
Loi n rend compte d'une expérience personnelle, dont il a voulu rendre compte sans faire un roman, sans
raconter une histoire. L'auteur cherche à "être désobéissant à la mémoire qui dicterait des règles linéaires". Il répond à une injonction d'"entrer dans les brèches". Il s'agit plus pour lui de
"rentrer" que de "couper". D'où le titre de l'ouvrage : Loi n, qui n'est pas coupé, mais séparé.
Il y a de l'humour dans Loi n : la question du sérieux importe, mais comme quelque chose à combattre, et l'auteur se
sert pour cela de sa culture proche du théâtre, du cinéma.
Pour Marco Boubille, l'écriture est aussi quelque chose de graphique, il y a d'ailleurs des lapsus de cet ordre (ce qu'on
appelle des "coquilles"). Pour lui, quand on entre dans les mots, on trouve d'autres choses que ce qu'on croyait, ce qui mène parfois jusqu'au jeu de mots. Il coupe moins qu'il ne lacère,
entrechoque. Ses poèmes sont parfois plus difficiles à lire oralement que visuellement.
Intervention de Jérôme Mauche, directeur de
la collection "Les grands soirs", aux éditions des "Petits Matins", collection créée en référence au film de William Klein sur mai 68. Cette référence affiche d'emblée l'engagement de la maison
d'édition, qui publie par exemple des essais sur l'écologie ou le devenir des ex-pays membres de l'URSS.
Les Petits Matins publient environ 11 titres par an depuis 2004, des livres à l'aspect étrange, aux couleurs
flashantes. La maison d'édition essaie en effet d'avoir un investissement graphique important, avec un collectif de graphistes (quoiqu'il n'y en ait plus qu'un actuellement).
La collection "Grands Soirs" publie des textes expérimentaux et poétiques, et prévoit pour l'année prochaine d'éditer des
traductions (d'Amérique du Nord, et de poésie arabe).

Lecture de Delenda Ouest – Joseph Mouton - Première partie
Le livre commence comme un journal, où on voit J. Mouton aux prises avec les femmes, les étudiants (il est professeur), le
désir littéraire qui se cristallise autour de l'algorithme, qui amène le récit à fonctionner tout seul. La problématique de sa fiction se trouve autour de l'existence : comment sortir de la
dépression. L'auteur a des préoccupations tant formalistes (de l'ordre de celles de l'OULIPO) qu'essayistes, autour de l'injonction "Sois artiste".
La fin de Delenda Ouest consiste en une scène comique où un groupe d'acteurs hollywoodiens réfléchit au sens de
"Delenda Ouest", et où l'auteur se met en scène, sous l'appellation de "soldat Mouton".
Blog de Marco Boubille : http://i-prefer-not-to.over-blog.com/
Site des Editions Les Petits Matins : http://www.lespetitsmatins.fr/
Compte-rendu de Caroline Laurentie,
A.S. Ed.-Lib
par Caroline
publié dans :
EVENEMENTS
0
recommander
Bien que Ritournelles soit, en principe, un festival consacré aux formes d’écrits et d’arts
contemporains, cette quatrième soirée met à l’honneur la forme narrative de Georges Perec.
Pour introduire à son œuvre, la performeuse Fanny de Chaillé nous offre une lecture originale du Voyage d’hiver.
L’œuvre devient autre par le biais des synonymes pour finir par une suite de mots peu cohérente qui nous fait perdre le fil du texte original, défilant sous nos yeux. Ce jeu d’échange de mots par
leur synonyme est un moyen astucieux pour montrer à quel point chaque terme utilisé par l’auteur est celui qui convient : «le mot juste». L’importance est donc au choix des mots, du vocabulaire…
Chaque auteur ayant sa propre patte, celle de Perec est précise et réfléchie. A travers son ouvrage Un homme qui dort, il entraîne le lecteur par là même qu’il fait évoluer le
personnage, cela au fil des mots dans une ambiguïté particulière, due par ailleurs à l’emploi de la deuxième personne du singulier.
Quant au film, il donne une dimension visuelle et sonore à l’œuvre, le son prenant et omniprésent confirme le sentiment
d’oppression qui se dégage pendant la lecture. Les images de l’époque, en noir et blanc, forment un horizon complémentaire au livre. La vidéo colle au texte, faisant ressortir l’atmosphère de
l’ouvrage sur grand écran.
Soirée agréable et captivante dédiée à Georges Perec, dans l’enceinte du CAPC.
Eva Nonclercq, AS Edition Librairie
par Eva
publié dans :
EVENEMENTS
0
recommander
LES GRANDS SOIRS AUX
PETITS MATINS
Rencontre autour d'une collection
de textes poétiques et de nouvelles écritures
mercredi 22 octobre
Galerie REGALA
77, rue du Loup
BORDEAUX
Entrée libre
par pier
publié dans :
EVENEMENTS
0
recommander