Jeudi 23 octobre 2008
Réfléchir le langage et réfléchir la société.
Festival Ritournelles, débat « Révolution littéraire? », FRAC, 23/10/08




Mathieu LARNAUDIE,
Pôle de résidence momentanée,
Les Petits matins.



   













Pôle de résidence momentanée, ou association de mots communs et martelés donnant à voir la musique de nos sociétés.

Une sorte d'hôtel futuriste travaille à sa restructuration, interroge ses actionnaires, ses employés, ses publicitaires et ses clients. Comme une voix lancinante dopée aux adjectifs qualificatifs, aux hyperboles et aux propositions adverbiales. Les chapitres défilent, le rythme des mots ronronne dans l'oreille du lecteur qui n'en saisit pas forcément le fond.

Une sorte de poète, également, qui réfléchit au langage, à sa modernité et à sa musicalité. Mathieu Larnaudie, également auteur de Strangulation, un des succès de cette rentrée.


Le débat d'aujourd'hui porte sur les révolutions littéraires. L'occasion pour cet écrivain de préciser son travail et d'éclairer les lecteurs désarçonnés à la lecture de cet ouvrage.

Pour lui, le langage marketing et sa syntaxe constituent une idéologie nouvelle et envahissante. Refusant à la fois la déconstruction totale et l'assimilation, Mathieu Larnaudie choisit de s'approprier cette musique étrange et singulière, en prise directe avec notre monde, de jouer avec, d'en faire ressortir l'humour et le rythme. De « mettre à jour la structure de ce langage », « de toucher à ce qui se passe » et de « se laisser traverser ». De pouvoir jouir enfin de cette liberté d'écriture, et, pourquoi pas, d'influer sur le réel.

Expérience littéraire pointue, la question se pose évidemment de sa lisibilité, et de la réception par le public. Son éditeur – Les Petits matins - avoue ne par chercher à toucher, avec Pôle de résidence momentanée, un immense lectorat. Pour Mathieu Larnaudie, conscient de la perplexité que ce type d'ouvrage peut susciter chez le grand public, ajoute que l'activisme minimum consiste cependant à ouvrir la visibilité de la poésie contemporaine vers un public capable de jouer avec. Selon lui, ce type d'œuvre n'est pas forcément moins visible que les romans, moins élitistes peut-être, mais étouffés sous une production massive.


Même après un tel débat, Pôle de résidence momentanée reste difficilement classable. Arno Bertina, lui-même présent à ce débat, avoue dans la postface que « ces variations laissent pantois car elles jouent avec les fondements de l'œuvre ».

Une expérience littéraire qui s'interroge surtout sur sa forme.


Elisa Renouil, AS Edition-Librairie.
par Elisa publié dans : EVENEMENTS
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Jeudi 23 octobre 2008

Ritournelles, jeudi 23 octobre
    
Jean-Yves Macé et Mathieu Larnaudie
Photo Emma Foucher


Le festival Ritournelles organisé en partenariat avec l’ARPEL et le FRAC a notamment donné lieu cette année à une rencontre-conférence avec les jeunes auteurs Arnaud Bertina, Mathieu Larnaudie et Jérôme Mauche autours du thème de la révolution littéraire portée par cette vague de nouveaux auteurs et des procédés artistiques utilisés par eux, d’une technique qui serait le reflet d’une écriture neuve.

L’idée d’une mutation littéraire totale a d’emblée été réfutée par A. Bertina qui se « méfie de l’idée de nouveauté » et qualifie plutôt son écriture de poreuse et influencée de toutes parts. Il n’y a effectivement pas non plus pour M. Larnaudie et J. Mauche de révolution proprement littéraire bien que pour le premier il se fasse une table rase dans l’esprit lorsque l’on commence un nouvel écrit. Tous se sentent nourris de filiations multiples qui leur font intégrer le travail de leur  prédécesseurs et plus globalement les influences qui les construisent jour après jour.

A. Bertina se sent particulièrement concerné par la poésie contemporaine qui lui a fait prendre conscience de la matérialité de ses phrases. Il s’agit de « désapprendre sa langue » et  de perdre ses repères afin d’aiguiser ses sensations. Le roman est un instrument pour comprendre le monde et l’art n’est pas en dehors du réel. Ainsi l’inspiration pour M. Larnaudie est issue de manuels de marketing, des médias, de la politique et du langage de l’entreprise qu’il ne déconstruit pas mais détourne et qui est en « prise directe sur le réel ». La réutilisation du langage est une véritable jouissance selon J.Mauche qui aime utiliser des lieux communs et des tournures courantes pour laisser se développer des images et de courtes fictions.

Finalement ces trois auteurs ont une écriture décomplexée  qui est une absorption puis une retranscription de situations laides, vulgaires (comme peut l’être le monde de l’entreprise) et qui n’a rien à envier aux classiques littéraires comme ils ont pu nous le montrer au cours de brèves lectures de leurs textes. « De quoi sommes-nous les contemporains ? » ainsi pourrait se résumer le propos des écrivains présents. A travers cette interrogation M. Larnaudie semble vouloir dire que ses écrits n’en sont pas le diagnostic et que sa véritable volonté est de faire bouger la réception d’une certaine écriture au travers notamment de publications chez de grands éditeurs ou de revues écrites collectivement.

Dorothée Degeix, A.S. Ed-Lib
Arno Bertina lit un extrait d'Anuma Motrix
Photo Emma Foucher


Détournements de langages techniques, mixages de matériaux écrits, écritures collectives, déstructuration de textes, titres provocateurs ou séducteurs…


Ces écritures contemporaines étaient représentées par Arno Bertina, Mathieu Larnaudie et Jérôme Mauche dans le cadre du festival Ritournelles ce jeudi 23 octobre, au Hangar de la FRAC de Bordeaux.

« Révolutions littéraires ? », tel était le thème du débat proposé à ces jeunes auteurs.

D’entrée, ceux-ci récusèrent une éventuelle position de porte-parole d’un mouvement littéraire nihiliste. L’enjeu n’est pas de se démarquer d’un héritage culturel mais de bousculer les lignes entre modernité et conformisme, de « s’inventer une liberté discrète », comme le soulignait Arno Bertina.

Du passé alors faisons plutôt table « basse » pour mieux  traduire un monde en mutation.

Et pour cela, nécessité de rester perméable à tout ce qui nous entoure et  volonté de perdre ses repères habituels au moment de l’écriture.

Pour ces auteurs, le roman reste un outil de connaissance et de traduction de la société : il n’y a pas de sujet « noble », on peut partir de n’importe quel matériau pour écrire : on retrouve là cette attitude libérée, décomplexée qu’on trouvait aux USA dans les courants artistiques des années 60.

La recherche du consensus en littérature constituerait à leurs yeux un frein à l’expérience et  ces auteurs assument en affirmant qu’« on est responsable de ce qu’on aime, de ce qu’on écrit, de ce qu’on lit ».

Alors révolution non, rupture peut-être.

Il s’agit plutôt de bousculer des attentes et d’ouvrir des espaces.
N’hésitez pas à venir respirer cet air nouveau au creux des livres de Arno, Mathieu et Jérôme

Patrice, A.S. Edition-Librairie

Sarah au FRAC

Je suis un peu en avance, j’ai encore sous-estimé l’efficacité du tram bordelais. Un rapide tour du propriétaire me permet d’apprécier les locaux du FRAC : le lieu est vaste, clair, et parsemé de cartons, qui participent à cette impression de dénuement.

A la conférence seront présents trois auteurs : Mathieu Larnaudie, Arno Bertina et Jérôme Mauche. Quelques mots sur eux, dans l’ordre de leurs présentations : A. Bertina, auteur entres autres de Anima Motrix, a aussi écrit une fiction biographique sur Johnny Cash, ce qui, avouons-le, le rend tout de suite sympathique. Il ne revendique pas l’étiquette de « tête de la révolution littéraire », et ne cherche aucunement à se démarquer : il se considère comme un « poreux de son époque », il prend et retranscrit. Cette modestie me rassure un peu, j’ai une tendance, facile, à considérer les auteurs contemporains avec beaucoup de prudence, et me les représenter comme imbus de leur personne et provocateurs.

Mathieu Larnaudie, auteur de Strangulation,  est, en comparaison, plus assuré, parle plus fort, et ne suit pas le point de vue de Bertina : pour lui il y a « table rase » avant l’acte d’écrire, on ne part de rien, ce qui laisse justement une liberté.

Jérôme Mauche, dont l’œuvre est souvent associé à la poésie contemporaine, parle d’une voix assez basse, je ne saisis pas toujours ce qu’il dit. J’entends l’expression (pourtant dure à placer) « syntagme plus que figé ». Comme Bertina, il considère qu’on est pétri d'influences, de cultures, haute ou basse, et qu’on « fabrique avec tout ça quelque chose qui n’est pas neuf ».

Le modérateur, dont je n’ai pas retenu le nom, relance : que prennent-ils des autres pour créer ? Bertina commence : il a lu beaucoup de poésie contemporaine (mais curieusement n’a aucune culture de la poésie classique –personne n’est parfait). Cela lui permet d’être plus attentif à la « matérialité des phrases ». Larnaudie pour sa part, détourne des manuels de marketing, et joue avec cette syntaxe et ce lexique particulier. L’idée est très intéressante, impression confirmée par la lecture à voix haute qui suivra. Mauche détourne aussi, et affirme qu’il « se fait traverser par le discours d’idéologie ». Il transforme le langage juridique, administratif…en micro fictions.

Cette partie est ma préférée : chaque auteur lit un court extrait d’une œuvre, le silence se fait, et les mots remplissent la salle.

Bertina commence. Sa lecture est rapide, ralentit, reprend sa course. Sa voix est grave, un peu monotone, sur ce texte triste qui s’étire dans le silence. C’est difficile à suivre, les sujets changent constamment. Le modérateur résume pour moi, c’est « très très poignant ».

Un silence un peu tendu parmi le public, puis Larnaudie commence à son tour. Il a une voix sonore, les mots frappent : « qualité », « compétence », « performance », puis « réussite éclatante », « mémorable », « frissons »…il maîtrise les jeux lexicaux, remodèlise les termes. L’effet est saisissant.

Enfin, Mauche termine. Il utilise un vocabulaire cru, tendu, presque agressif (« cadavre », « sacrifié »..). Son travail mêle sociologie, relation intra-entreprise, et lutte anti-consommation. Sa lecture est agréable, on le sent critique, engagé.

Le premier débat se clôt sur un court échange concernant l’ « hétérodoxie «, l’accessibilité de leurs œuvres (pour Mauche, leur pratique littéraire n’intéresse que si on a envie de s’y intéresser), et la revue Inculte (monté par Larnaudie et Bertina).


Sarah Albaret, Année Spéciale Edition-Librairie


par Dorothée et Patrice publié dans : EVENEMENTS
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Jeudi 23 octobre 2008
Ritournelles mercredi 22 octobre

 







Lecture de Loi n – Marco Boubille

 






















Loi n : question de mémoire : qui est l'enfant, quel rapport a-t-il (avait-il) avec son père ? On peut le savoir… de loin.

Premier ouvrage de Marco Boubille, qui entre dans la littérature par la porte de la poésie contemporaine, avec humour, jeux de mots, recherche stylistique. Et pourtant Marco Boubille ne se pose pas vraiment la question de la poésie, c'est "un univers [qu'il a] connu récemment", du même ordre que l'art contemporain, un "champ libre où on s'autorise beaucoup de choses". L'auteur qualifie son livre de "cubistique".

Quant à l'impression de juxtapositions que donne son écriture, Marco Boubille parlerait plutôt d'inserts, d'entrelacs.

Loi n rend compte d'une expérience personnelle,  dont il a voulu rendre compte sans faire un roman, sans raconter une histoire. L'auteur cherche à "être désobéissant à la mémoire qui dicterait des règles linéaires". Il répond à une injonction d'"entrer dans les brèches". Il s'agit plus pour lui de "rentrer" que de "couper". D'où le titre de l'ouvrage : Loi n, qui n'est pas coupé, mais séparé.

Il y a de l'humour dans Loi n : la question du sérieux importe, mais comme quelque chose à combattre, et l'auteur se sert pour cela de sa culture proche du théâtre, du cinéma.

Pour Marco Boubille, l'écriture est aussi quelque chose de graphique, il y a d'ailleurs des lapsus de cet ordre (ce qu'on appelle des "coquilles"). Pour lui, quand on entre dans les mots, on trouve d'autres choses que ce qu'on croyait, ce qui mène parfois jusqu'au jeu de mots. Il coupe moins qu'il ne lacère, entrechoque. Ses poèmes sont parfois plus difficiles à lire oralement que visuellement.

 

 

Intervention de Jérôme Mauche, directeur de la collection "Les grands soirs", aux éditions des "Petits Matins", collection créée en référence au film de William Klein sur mai 68. Cette référence affiche d'emblée l'engagement de la maison d'édition, qui publie par exemple des essais sur l'écologie ou le devenir des ex-pays membres de l'URSS.

Les Petits Matins publient environ 11 titres par an depuis 2004, des livres à l'aspect étrange, aux couleurs flashantes. La maison d'édition essaie en effet d'avoir un investissement graphique important, avec un collectif de graphistes (quoiqu'il n'y en ait plus qu'un actuellement).

La collection "Grands Soirs" publie des textes expérimentaux et poétiques, et prévoit pour l'année prochaine d'éditer des traductions (d'Amérique du Nord, et de poésie arabe).

 

 

Lecture de Delenda Ouest – Joseph Mouton - Première partie


 

Le livre commence comme un journal, où on voit J. Mouton aux prises avec les femmes, les étudiants (il est professeur), le désir littéraire qui se cristallise autour de l'algorithme, qui amène le récit à fonctionner tout seul. La problématique de sa fiction se trouve autour de l'existence : comment sortir de la dépression. L'auteur a des préoccupations tant formalistes (de l'ordre de celles de l'OULIPO) qu'essayistes, autour de l'injonction "Sois artiste".

La fin de Delenda Ouest consiste en une scène comique où un groupe d'acteurs hollywoodiens réfléchit au sens de "Delenda Ouest", et où l'auteur se met en scène, sous l'appellation de "soldat Mouton".


 

Blog de Marco Boubille : http://i-prefer-not-to.over-blog.com/

Site des Editions Les Petits Matins :
http://www.lespetitsmatins.fr/

 

Compte-rendu de Caroline Laurentie
, A.S. Ed.-Lib

par Caroline publié dans : EVENEMENTS
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Jeudi 23 octobre 2008







Hubert LUCOT

Le noir et le bleu,
Editions Argol,  2006
Entre-deux

 

























Il s’agit d’une intelligente réflexion sur l’art et sur le traitement du réel, problématique commune à toutes sortes d’arts. Comment rendre beau quand on veut faire vrai ? Hubert Lucot s’interroge : « le réel est-il aussi fort que son traitement ? »


L’auteur construit son écriture autour de ses influences, qu’elles soient littéraires avec Stendhal et Proust, poétiques avec Rimbaud ou picturales avec Cézanne. Il existe des passerelles entre les arts et ces relations permettent de mieux résoudre la problématique. « On regroupe pour obtenir des relations : chercher la Relation, être fasciné par une relation folle, constitue le fondement des activités humaines. »

Selon Lucot, il existe une démarche scientifique de Cézanne, c’est-à-dire qu’à sa sensibilité (observation) s’ajoute une réflexion. Cézanne était en avance sur son temps pour le traitement du réel. En ce qui concerne l’éloge de la violence, elle se manifeste par notre ignorance et nos savoirs à la fois : « Dans le monde, la violence se trouve-t-elle dans le monde m, dans l’objet o ou dans l’homme Cézanne h ? Elle est en fait dans m et o tel que h le ressent. » Le traitement du réel se construit autour des influences, c’est-à-dire que l’œuvre existe aussi par ce qu’elle ne laisse pas paraître.


Finalement, cette œuvre se construit autour du temps, autour de ce que devient l’artiste pendant que le temps passe, ce qui en fait une œuvre véritablement universelle.

 

Elsa Trottet, As ed/lib
par Elsa publié dans : fiches de lecture AS et 2A
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Mercredi 22 octobre 2008
par pier publié dans : EVENEMENTS
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Mercredi 22 octobre 2008







"La Lionne",

d’après Médée d’Euripide,
extraite du recueil Une matinée d’amour pur,
de Yukio Mishima, nouvelles choisies et traduites
par Ryôji Nakamura et René Ceccatty,
Paris : Gallimard, 2005,
nouvelle publiée pour la première fois en 1948,
collection Folio.



















Mishima Yukio, de son vrai nom Hiraoka Kimitake, est né à Tokyo en 1925 et mort en 1970. Romancier, nouvelliste, dramaturge, Mishima rencontre très tôt le succès. En 1949, la publication de Confession d’un Masque, ouvrage en partie autobiographique, lui apporte la notoriété.

Grand admirateur de la tradition japonaise, il n’en est pas moins influencé par les classiques occidentaux, dont les tragiques grecs. Son goût pour l’esthétique du théâtre classique est présent dans l’ensemble de son œuvre.


Mishima reprend dans cette nouvelle le mythe grec de Médée, mis en scène par le poète tragique Euripide, ayant vécu à Athènes au Ve siècle avant J.-C. L’histoire se rattache au cycle des Argonautes. Médée, la magicienne orientale, épouse du héros Jason, est en exil à Corinthe avec son mari et leurs enfants. Elle est alors abandonnée par son époux au profit de la fille du roi de Corinthe. Consumée de jalousie, la femme de Jason se venge de son mari en provoquant la mort de ceux qui lui sont chers. Meurtrière, infanticide, Médée n’en est pas moins sauvée à la fin de la pièce, et enlevée à Athènes où elle épouse le roi Egée.


Tout le talent de Mishima est de parvenir à transposer et adapter efficacement le mythe de Médée à l’époque contemporaine.


Octobre 1946, le Japon panse ses plaies. La terre du Soleil Levant est un pays vaincu, occupé, blessé dans son orgueil. Dans une métropole en proie aux pénuries, aux réquisitions, à l’insécurité, des enfants courent les rues tels des mendiants. Le vaste empire d’au-delà les mers n’est plus. Cependant l’existence continue, et les rapatriés tentent de reprendre une vie normale.

La souffrance du peuple japonais semble toutefois s’effacer devant celle de l’héroïne, Kawasaki Shigeko. La jeune femme est de retour dans l’archipel avec sa famille, au terme de plusieurs années en Mandchourie, qu’elle et les siens ont dû quitter après l’invasion soviétique.

Shigeko se sait trompée par son mari Hisao. Celui-ci entend se remarier, chasser sa femme de sa maison et élever leur fils Chikao avec sa nouvelle épouse. Shigeko, ne pouvant l’éviter, se voyant cernée, consacre tous ses efforts à se venger. A l’instar de Médée elle utilise un stratagème afin de supprimer les êtres  aimés d’Hisao, mais ce faisant elle se punit elle-même.

Kawasaki Shigeko, tantôt comparée à une lionne, tantôt à un être maléfique, est en fait un personnage profondément humain. Loin d’être quelqu’un d’effacé, ni épouse résignée, ni mère bienveillante, elle laisse ses sentiments négatifs la dominer. La violence des passions est au cœur de l’histoire. Amour, haine, jalousie sont présents, ne cessant de tirailler hommes et femmes jusqu’au dénouement. Dans ce texte, dont la construction rappelle celle du théâtre et de la tragédie, les humains demeurent toujours libres. N’étant pas astreints aux caprices de la fatalité ou du destin, ils agissent en leur âme et conscience. Les sentiments, les décisions individuels sont les seuls guides des actions humaines. Les personnages construisent leur malheur, et telle Shigeko sont les auteurs de leur propre tragédie.

Marie-Charlotte, A.S. Bib-Méd.

Voir aussi :

Bataille et Mishima, article de Marie-Fanny et Antoine,

Martyre, fiche de Lucille,

Martyre, fiche de Lila,

Dojoji, fiche de Marie.



Marie-Charlotte
AS Bib.-méd.


par Marie-Charlotte publié dans : fiches de lecture AS et 2A
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Mercredi 22 octobre 2008


Bien que Ritournelles soit, en principe, un festival consacré aux formes d’écrits et d’arts contemporains, cette quatrième soirée met à l’honneur la forme narrative de Georges Perec.

Pour introduire à son œuvre, la performeuse Fanny de Chaillé nous offre une lecture originale du Voyage d’hiver. L’œuvre devient autre par le biais des synonymes pour finir par une suite de mots peu cohérente qui nous fait perdre le fil du texte original, défilant sous nos yeux. Ce jeu d’échange de mots par leur synonyme est un moyen astucieux pour montrer à quel point chaque terme utilisé par l’auteur est celui qui convient : «le mot juste». L’importance est donc au choix des mots, du vocabulaire… Chaque auteur ayant sa propre patte, celle de Perec est précise et réfléchie. A travers son ouvrage Un homme qui dort, il entraîne le lecteur par là même qu’il fait évoluer le personnage, cela au fil des mots dans une ambiguïté particulière, due par ailleurs à l’emploi de la deuxième personne du singulier. 

Quant au film, il donne une dimension visuelle et sonore à l’œuvre, le son prenant et omniprésent confirme le sentiment d’oppression qui se dégage pendant la lecture. Les images de l’époque, en noir et blanc, forment un horizon complémentaire au livre. La vidéo colle au texte, faisant ressortir l’atmosphère de l’ouvrage sur grand écran.

Soirée agréable et captivante dédiée à Georges Perec, dans l’enceinte du CAPC.

Eva Nonclercq,  AS Edition Librairie
par Eva publié dans : EVENEMENTS
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Mardi 21 octobre 2008
« Ce livre n’est pas un roman bien qu’il raconte une histoire… »



Le ton est donné pour cette rencontre autour de deux auteurs iconoclastes, Frédéric Léal et Orion Scohy dans le cadre du festival Ritournelles. Dès l’arrivée dans la Galerie Bordelaise, lieu où se côtoient l’ancien et le moderne, les mots s’invitent. Regardez sous vos pieds, vous marchez peut-être sur un texte de Frédéric Léal.


Cependant, ceci n’est qu’une mise en bouche. Levez les yeux et vous découvrirez la suite sur les baies vitrées du Concept-store Michard Ardillier, une boutique de chaussures :




« À celui qui solutionnera ce merdier, le stock de chaussures ! »

Exemple de petite phrase parmi toutes celles qui rythment le texte original de Frédéric Léal, celui-ci ne sera visible que jusqu’à la fin de Ritournelles, alors courez vite le voir (sans vous casser une jambe tout de même !..)

Frédéric Léal aime à jouer avec les mots et leur typographie, avec une facilité presque déconcertante. À la fois texte, dialogue, phrase coup de point, simple apostrophe ou bulle de BD, ses phrases se font écho ou s’entrechoquent. Au travers de cette création Léal s’adresse, en fait, à M. Le Maire au sujet du problème de la rénovation de la Galerie Bordelaise remise à l’entière charge des commerçants du lieu.


Délibérément provocateur, le texte se lit comme on vit, avec des ruptures, des onomatopées, des citations, et surtout beaucoup d’humour. On ne fait pas que lire, on entend, on est projeté au cœur de la scène, avec des mots qui fusent de tous les côtés. Ses phrases cultes se répètent à l’envi, telles des répliques de film.




C’est dans cette ambiance, que s’est tenue vendredi dernier (le 18 octobre) une rencontre autour de Fred Léal (La Porte ‘verte – P.O.L) et d’Orion Scohy (Norma Ramòn – P.O.L). Entre lectures — notamment d’un extrait du livre d’Orion Scohy — et discussions autour du texte de la vitrine, la rencontre s’est étalée sur près d'une heure et a été suivie d’un petit apéritif. Convivialité et simplicité étaient au rendez-vous grâce à la sympathie des organisatrices et des auteurs présents.


Claire Peraud et Marie Bouvet
, Année spéciale Edition-Librairie.

Programme de RITOURNELLES
par Claire et Anne publié dans : EVENEMENTS
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Mardi 21 octobre 2008
LES GRANDS SOIRS AUX PETITS MATINS
Rencontre autour d'une collection
de textes poétiques et de nouvelles écritures




mercredi 22 octobre
Galerie REGALA
77, rue du Loup
BORDEAUX
Entrée libre


par pier publié dans : EVENEMENTS
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Mardi 21 octobre 2008
Marek Bienczyk à Libourne.



Traducteur de Baudelaire, de Proust, de Milan Kundera, de Roland Barthes, de Cioran,  passionné d'oenologie (il est membre de la FIJEV - International Federation of Wine and Spirits Writers), il est aussi l'auteur de deux romans traduits en français, Terminal (1997) et Tworki (Denoël, 2007). Il est accueilli en octobre par le théâtre municipal le Liburnia.


On pourra le rencontrer mardi 21 octobre à la librairie Format Livre de Libourne.

Jeudi 23 octobre 2008, lecture et dégustation au Lycée viticole de Montagne.

Renseignements : Madame Rouxel : 05 57 55 21 21


par pier publié dans : EVENEMENTS
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