Vendredi 29 février 2008

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Introduction :


Le lost race tale (roman de monde perdu) est un genre littéraire qui a rassemblé de nombreux auteurs fameux entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe, avec des thèmes qui lui sont propres : la survivance de civilisations anciennes, d'hommes ou d'une faune préhistoriques, le monde souterrain et la terre creuse, l'Atlantide et les autres continents perdus. Le mélange de ces thèmes peut donner une source d’inspiration intarissable.


Le roman de monde perdu est emblématique des valeurs de son temps : il montrera tour à tour l’homme " civilisé " et conquérant, l’homme blanc destructeur de mondes qu’il n’a pas pris le temps de connaître, et enfin, dans l’entre-deux-guerres, la situation se retournera et les mondes perdus prendront, dans les romans, leur revanche sur l’occidental.


À l’origine du roman de monde perdu, on trouve le roman d’aventure, que l’on pense né en Angleterre pour quatre raisons : les premiers auteurs sont historiquement anglais (Marryat, Ballantyne, Kingston ou Kingsley), nous trouvons aussi des raisons quantitatives et qualitatives (Stevenson, Conrad, Rider Haggard, Conan Doyle), et enfin c’est en Angleterre qu’apparaissent les premières évolutions (espionnage, SF…).


L’exemple-type du roman d’aventure est L’île au trésor, de Stevenson, qui constitue en quelque sorte l’âge d’or du roman d’aventure.


La caractéristique du roman d’aventure est le dépaysement, qu’il soit temporel (aventures historiques), spatial (aventures géographiques), social (aventures policières ou mystères urbains), et enfin, le dépaysement le plus radical : le glissement vers le fantastique, avec l’intrusion dans un monde " réel " de logiques vraisemblables uniquement en fiction.


Il y a donc un lien entre le roman d’aventure et les romans fantastique ou de science-fiction, en raison de sa relation ambiguë avec le réel : un cadre réaliste puis l’intrusion d’un élément surnaturel pour le fantastique, ou le basculement du réel dans le danger et l’extraordinaire pour l’aventure, et dans ce dernier cas, un élément fantastique est le moyen le plus simple pour parvenir à ce basculement. De nombreuses œuvres d’aventure d’auteurs très différents sont liées au fantastique ou à la science-fiction, comme Le Monde Perdu de Conan Doyle, Les Mines du roi Salomon de Rider Haggard, la série des Tarzan de Rice Burroughs, certains récits de Verne… Beaucoup ont utilisé un élément fantastique comme ressort de leur récit. Ce jeu avec les codes des genres aventure, fantastique et science-fiction a ouvert la voie aux grands genres mixtes du XXe siècle.

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Comme l’explique Lauric Guillaud, étrangement, les romans de monde perdu sont longtemps passés inaperçus alors qu’il y a plus de 2000 ouvrages en langue anglaise, et quelques centaines en français, en italien et en russe. Pour certains c’était un épiphénomène de la colonisation (thème souvent repris, veine des romans de voyage…)


Les romans de monde perdu sont issus des " voyages extraordinaires ou imaginaires ", des mythologies (Avalon, le Royaume du prêtre Jean…)


Note : La figure du Prêtre Jean

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Au milieu du XIIe siècle, des rumeurs venues d'Orient font état d'un mystérieux royaume chrétien, celui du Prêtre Jean, que l'on ne savait vraiment situer, au-delà de la Perse et de l'Arménie, aux confins du monde, en Afrique ou en Inde, tant les données géopolitiques étaient confuses. Ces rumeurs prennent des proportions énormes, lorsque commencent à circuler différentes versions d'une lettre, adressée par le Prêtre Jean à différents monarques d'Europe, ou encore au pape, selon les versions. Cette fausse lettre, qui est probablement une gigantesque mystification, sera lue et propagée avec passion jusqu'à l'époque des Grandes Découvertes.

À l'époque des croisades, le mythe du prêtre Jean prend de l'ampleur. Le prêtre Jean pourrait devenir un soutien potentiel de l'Europe contre les musulmans. Au cours des dernières croisades, certains écrivains considèrent son existence comme certaine. Marco Polo et Jean de Joinville sont tous les deux convaincus que le royaume du prêtre Jean a existé, mais qu'il a été vaincu récemment par les peuples environnants. Des romans ont pour objet ce mythe, comme Le collier du Prêtre Jean de John Buchan. Plus récemment, la recherche du royaume de prêtre Jean est la base de l'intrigue du roman Baudolino, d'Umberto Eco (voir ce lien : http://www.tribunes.com/tribune/alliage/45/Eco_45.htm).


Chronologie :


Voici une petite chronologie afin de bien avoir en tête le contexte politique et littéraire de l’époque.

XVIIIe siècle : Apparition du fantastique.

1830 : Les Français débarquent en Algérie.

1840 : La Nouvelle-Zélande devient britannique.

1842 : Hongkong devient britannique.

1853 : La Nouvelle-Calédonie devient française.

1859 : Les Français prennent Saigon.

1863 : Protectorat français au Cambodge.

1864 : Voyage au centre de la terre (Verne).

1885 : Les Mines du roi Salomon (Haggard).

1885 : l'Europe se partage le continent africain.

1887 : Allan Quatermain (Haggard).

1888 : L'Homme qui voulait être roi (Kipling).

1894 : Le Peuple du brouillard (Haggard).

1896 : Le Pays des aveugles (Wells).

1899 : L'empire colonial espagnol s'effondre.

1901 : Le village aérien (Verne).

1904 : Le Tibet devient vassal de la Grande-Bretagne.

1908 : Congo belge.

1911 : Un drapeau au pôle sud.

1912 : Le Monde perdu (Doyle).

1914-1918 : Première Guerre mondiale.

1918 : Cycle de Caspak (Burrough).

1922 : L’étonnant voyage de Hareton Ironcastle (Rosny aîné).

1926 : Mythe de Cthulu (Lovecraft) = retour du fantastique.

1930 : Essor de la SF.

1932 : Les habitants du mirage (Merritt).

1932 : Conan (Howard).

1933 : Les Horizons perdus (Hilton).

1939-1945 : Seconde Guerre mondiale.

1950 : Essor de la fantasy.


Les types de Lost-Race-Tales :


Pour Alain-Michel Boyer, les mondes perdus se définissent ainsi : "Quelque part sur le globe, en un lieu retiré, isolé du monde moderne et du reste de l'humanité, dans une enclave préservée de l'histoire, au bout d'un étroit défilé que barrent de hautes parois rocheuses, un groupe d'hommes et de femmes vit sa vie propre, dans l'ignorance la plus totale de ce qui est advenu ailleurs : cette communauté est un rameau détaché de civilisations occidentales disparues ou un isolat échappé à l'anéantissement et situé à un stade antérieur de l'évolution". (dans l'ouvrage collectif Les Mondes perdus paru aux Presses Universitaires de Bordeaux). Les mondes perdus sont ces récits où des Occidentaux découvrent par hasard ou sur la foi d'une carte, un pays fabuleux ayant connu une évolution différente de la nôtre, en général archaïque, voire primitive.


Selon Lauric Guillaud (Les mondes perdus, Omnibus), il existe quatre grands types de récits de mondes perdus :


- Les récits de terre creuse dans lesquels on imagine qu'il existerait un monde au centre de notre terre, séparé depuis toujours du nôtre, ou isolé depuis une catastrophe. Ce type d’œuvres serait inspiré des théories du capitaine Symmes, développées dans un ouvrage de 1826, Theories of Concentric Spheres, où il affirme que la terre est creuse, et qu'elle est ouverte aux pôles. On retrouve l’exploitation de cette théorie chez Poe, avec les Aventures d'Arthur Gordon Pym (au terme de son voyage, Pym se dirige vers un gouffre mystérieux, situé au pôle), mais aussi chez Jules Verne (Voyage au centre de la terre), Edgar Rice Burroughs (avec son cycle Pellucidar) ou encore Obroutchev (La Plutonie).

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Pellucidar de Burroughs

- Les récits de mondes préservés : on découvre des races oubliées ou disparues depuis longtemps. Les récits de ce type sont donc propices à l’utilisation de dinosaures ou aux fantasmes sur le chaînon manquant. On peut citer Le Monde perdu de Conan Doyle, où les héros, en suivant un scientifique déchu, découvrent sur un plateau isolé un écosystème préservé depuis des millions d’années, ou encore l’un des épisodes de Tarzan d'Edgar Rice Burroughs : Tarzan dans la préhistoire.

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- Les récits d'Atlantide et de continents perdus (Mu, la Lémurie, etc.) : on retrouve un espace géographique légendaire préservé, dont l'existence n’a jamais été attestée. On peut citer ici L'Atlantide de Pierre Benoît, Tarzan et les joyaux d'Opar d'Edgar Rice Burroughs, Le réveil de l'Atlantide de Paul Féval fils et Magog, ou La Découverte de l'Atlantide de Denis Wheatley.

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- Les récits de races perdues ("lost race tales" au sens strict): ces récits forment la grande majorité des Mondes Perdus, avec des auteurs comme Rider Haggard (She, Les Mines du roi Salomon, et la majorité des oeuvres du cycle d'Allan Quatermain), Kipling (L'homme qui voulut être roi), Edgar Rice Burroughs (Tarzan et les croisés, Tarzan et l'Empire romain, Tarzan et le secret de la jeunesse), H. G. Wells (Le Pays des aveugles). Lovecraft proposera une vision assez différente de races perdues en imaginant une civilisation de dieux et de démons qui auraient vécu avant l'homme (dans le cycle de Ctuhlu, par exemple). Il ne faut pas oublier les récits qui imaginent des races perdues radicalement différentes de la nôtre : peuples d'hommes poissons, d'hommes plantes, avec par exemple L'étonnant voyage d'Hareton Ironcastle, de Rosny l'aîné.

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Caractéristiques :


- Récit à la frontière du roman d'aventures et de la science fiction : les œuvres s'appuient sur des hypothèses scientifiques (le chaînon manquant, la terre creuse, le darwinisme social) pour développer des récits de fiction. Des auteurs comme Abraham Merritt sont à la frontière des deux genres.


- Des rêveries coloniales : les terres découvertes sont très riches, ce qui en fait la reformulation fantasmatique des récits de royaumes coloniaux - ceux du Rajah Brooke par exemple. L'intertexte est évident dans un monde perdu réaliste comme celui de Rudyard Kipling (L'Homme qui voulut être roi), un peu moins chez Haggard et Burroughs. À chaque fois, un Blanc est amené à prendre possession de territoires inconnus, condamnés à disparaître selon les théories du darwinisme social en vogue à l’époque, dévorés par des sociétés plus évoluées. Cela explique l'importance des imaginaires préhistoriques, qui reformulent en terme de lutte des races et de darwinisme la conquête géographique : le massacre dans Le Monde Perdu de Conan Doyle, par exemple, exprime la supériorité du Blanc. Dans tous les cas, l’Occidental joue un rôle fondamental dans la survie du peuple qu'il découvre : soit celui-ci fait allégeance et il survit, soit il lui résiste, et il est détruit.

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- Un voyage extraordinaire : E. A. Poe et Jules Verne ont contribué au développement du roman de voyage. Ensuite, la tradition du voyage est renouvelée par la dynamique des explorations et la fascination des auteurs pour les pays encore vierges où survivent des peuples et des créatures mystérieuses, loin de toute civilisation. Le charme du monde perdu réside dans le caractère anachronique, le choc brutal entre l’explorateur et le " sauvage ", c’est une forme de réconciliation du passé et du présent comme dirait Alain-Michel Boyer. Sous couvert de science, on réinvente la mythologie, le dinosaure se confond avec le dragon, on préserve ainsi un pays merveilleux et oublié, et on " comble un manque dans l’imaginaire " (Y. Vadé).


- Un voyage initiatique : Le héros est confronté à de nombreuses épreuves qui font de cette aventure un voyage initiatique (par exemple le jeune journaliste dans Le monde perdu, qui part à l’aventure pour prouver à la femme qu’il aime qu’il est un homme, et découvre lorsqu’il rentre, qu’elle a épousé un " bonnet de nuit " qui n’a jamais rien fait d’extraordinaire.


- Entre science et fiction : Au début, la vraisemblance est sauve, pour mieux plonger le lecteur : décryptage de manuscrit, carte découverte, exploration hasardeuse réitérée par des explorateurs… Mise en scène des possibilités apparemment inépuisables des découvertes contemporaines. Le lecteur fantasme un monde où tout serait possible. L’homme essaie de découvrir des secrets cachés, et transgresse ce qui est normalement interdit. La thématique du secret passe par le déchiffrage d’un document énigmatique (carte, parchemin, manuscrit…) assimilables aux talismans de Poe ou de Verne. La quête consiste à trouver un trésor, un secret (l’éternelle jeunesse), un territoire mythique (l’Atlantide, le Kâfiristân…). Le héros rencontrera des figures étranges (dragons, kraken, chevaliers en Afrique, géants, lilliputiens…) et découvrira des lieux ahurissants (des ruines, des paysages sauvages…)


Les explorateurs tentent souvent de se faire passer pour des dieux, que cela tourne bien (Le peuple du brouillard) ou très mal (L’homme qui voulu être roi).

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Le monde perdu risque de disparaître à partir du moment où il est retrouvé, soit parce qu’une fois souillé, il est détruit par un élément extérieur, soit par la cupidité des colons, soit qu’il retourne dans les limbes une fois les explorateurs repartis car ces derniers préfèrent l’oublier.


La science est un élément exotique dans ces romans.


En 1914, la carte du monde est terminée, même si le humains n’ont pas foulé toutes les terres (désert, banquise…) mais le genre continue grâce aux découvertes paléontologiques.


- La recherche du chaînon manquant / l’ethnologie : Les théories darwiniennes de la seconde moitié du XIXe siècle s’infiltrent dans les littératures de l’imaginaire et fondent les " romans anthropologiques " ou " les romans d’anthropologie excentrique ". Premier roman sur le chaînon manquant : A wild, a weird history de John De Morgan (1887). Chez Burroughs, créateur de Tarzan, il y a un chevauchement d’évolutions.


Dans le Monde Perdu (Doyle) et L’étrange voyage de Hareton Ironcastle (Rosny) les " évolutions divergentes " sont exterminées.


Cette quête du chaînon manquant se poursuivra jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Les découvertes archéologiques inspirent aussi beaucoup les romans de mondes perdus, et le développement des magazines de vulgarisation n’est pas pour rien dans l’engouement pour ce type de littérature.


Les blancs sur les cartes disparaissent et le thème du monde perdu s’affaiblit pour laisser place à la science-fiction " technologique " : conquêtes de mondes stellaires.


Le monde perdu relève aujourd’hui plus du conte de fée que de l’archéologie.


- Perversité : Trois ressorts interviennent dans les romans de monde perdu : la quête du pouvoir, de l’argent, ou de l’amour d’une femme. Ces trois ressorts sont en quelque sorte les Mac Guffin privilégiés de ces types de romans.


Trois phases :

 soumission à l’idéologie en vigueur (expansionnisme, conquête du monde perdu) ;

 phase de transition (Tarzan : à mi-chemin entre le civilisé et le primitif) ;

 1918-1933 : revanche du monde perdu et glissement vers fantastique /SF.


Phase 1. Triomphe de la science, de la colonisation et de l’utopie.

Dans Voyage au centre de la terre, le savant représente l’idéologie du savoir et l’appropriation de la nature. Il y a une fascination pour les terres africaines (mission civilisationniste de Quatermain, par exemple) : la race perdue ne peut être que primitive. Malgré certains aspects " panthéistes ", c’est la rationalité qui prévaut, et l’idéologie progressiste (condamnation de l’esclavage, conquête coloniale, désacralisation…) mais ces éléments conduisent parfois à la destruction du monde perdu (Atlantis de LH Morrow, The Scarlet Empire). L’Atlantide semble le lieu privilégié de l’utopie sociale et technologique, et les récits se teintent donc de science-fiction. L’explorateur a le dessus grâce aux sciences et à la technique et le monde qui était simplement oublié est voué à la destruction.


Phase 2.  Doute, angoisse, fascination

C’est une phase de doutes quant aux bienfaits du progrès et de la civilisation, et une métamorphose s’amorce fin XIXe début XXe. La Première Guerre mondiale n’arrange rien…

Cette évolution est parfois perceptible dans les œuvres successives d’un même auteur (ex. Haggard, avec l’évolution de Quatermain). Après la Seconde Guerre mondiale, les auteurs se tournent vers le fantastique (métempsycose, spiritisme…)

Dès 1910, John Buchan dans Le Collier du prêtre Jean prophétise le déclin des nations colonisatrices.

Doyle, dans le Monde perdu, laisse transparaître des sentiments mitigés, alors que l’auteur est attaché aux valeurs victoriennes (ambivalence du monde, ambivalence des personnages qui s’interrogent sur leur geste – tuerie des hommes-singes – et sur l’avenir du monde perdu).


Phase 3.
La revanche des mondes perdus et le retour du fantastique.

Elle est accélérée par la Première Guerre mondiale et se dilue avant la Seconde Guerre mondiale : le monde perdu se fait plus menaçant. Le héros, s’il parvient à s’échapper, laisse la porte vers notre monde ouverte aux monstres. Le cadre spatio-temporel du lost-race tale traditionnel éclate, et façonne les bases de la fantasy moderne.

Dans Ironcastle on voit l’Altérité, qu’elle soit zoologique, végétale ou humaine.

On assiste à un retour du fantastique avec Lovecraft (Dans l’abîme du temps), et Howard (L’Île des épouvantes) avec une conception cyclique de disparition et réapparition de l’espèce humaine. Ils lâchent des monstres-dieux sur le monde. Au roman de race perdue se superpose l’épopée raciale. La terre creuse apparaît comme l’un des vecteurs principaux des thèmes de l’apocalypse et de la menace. En 1919, Milo Hastings reprend la thématique des mondes perdus avec The City of endless nigth dans lequel il écrit qu’après la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne s’est isolée du reste du monde dans les profondeurs de la terre et a créé une super-civilisation technologique susceptible de conquérir les peuples de la surface. D’autres œuvres suivront, annonçant le pire. On retrouve une permanence (existence des dieux) et une menace (déferlement de démons / monstres mythiques). Apparaissent la magie noire, les divinités obscures, l’obscurité d’un monde médiéval, etc.

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Évolutions :


Lovecraft, Burroughs et Merritt nous orientent vers une autre tradition littéraire, plus 
tardive: celle de la fantasy. Ces mondes primitifs que découvrent les héros sont en effet fort proches de ce qui définira ce genre né au XXe siècle : emprunts aux mythologies et aux légendes médiévales, personnages et thèmes des littératures archaïques, recours au merveilleux et à la magie. On voit, chez Rice Burroughs, Tarzan explorant tour à tour différents univers empruntés à l'imaginaire médiéval (les croisés) ou à l'imaginaire antique (les Romains, les Atlantes). Les héros de Haggard redécouvrent des peuples issus de l'imaginaire biblique (Queen Sheba's Ring, King Solomon's Mines) ou antique (She). La magie et les animaux fantastiques, sont présents. Les univers barbares annoncent souvent quant à eux les récits de R. E. Howard. C'est enfin la cohérence du monde décrit, qui se traduit souvent par une tentative opérée par les auteurs ou les amateurs, de le cartographier, qui rappelle l'univers de la fantasy.


Le roman de monde perdu décline au moment de la Seconde Guerre mondiale car la carte du monde est complète, et l’image connaît un essor formidable (comics avec des super-héros, et films), essor également de la fantasy (Tolkien…) et des films comme Indiana Jones et Allan Quatermain.

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Marie-Agnès, A.S. Ed.-Lib.

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par Marie-Agnès publié dans : fiches de lecture AS et 2A
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Jeudi 28 février 2008

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Jules Verne : Le Village aérien, 1901
in Les mondes perdus
Omnibus, 1993
ISBN 2-258-03732-8



Illustration : couverture Petite Bibliothèque Ombres





Biographie :

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Le 24 mars 1905 disparaissait Jules Verne, écrivain déjà mondialement connu, sinon reconnu par ses pairs. Jules Verne est né à Nantes le 8 février 1828. Il s'installe à Paris en 1848 pour y étudier le droit et songe alors à une carrière littéraire.


Ses véritables débuts littéraires se font dans des revues et des journaux. Il fréquente ainsi les cercles littéraires du milieu du XIXème siècle et fait la connaissance d’Alexandre Dumas qui l’introduit dans le milieu dramatique. Il publie rapidement ses premières nouvelles. Puis il écrit des récits plus consistants tel Martin Paz qui révèle déjà sa passion pour l’histoire et la géographie.


En 1863, l'éditeur Hetzel est séduit par le manuscrit de Cinq semaines en ballon et s'attache Jules Verne pour vingt ans. L’éditeur crée bientôt une collection qui lui est entièrement consacrée et qu’il nomme " Voyages extraordinaires ". Puis les romans se succèdent rapidement : Voyage au centre de la Terre (1864), De la Terre à la Lune (1865), Les Enfants du capitaine Grant (1867-1868), Vingt mille lieues sous les mers (1870), Le Tour du monde en quatre-vingts jours (1873), etc. Ce roman, ainsi que Michel Strogoff, fit la fortune de Jules Verne.


La plupart de ses romans, à son époque, sont appelés romans d’anticipation. Il dira à la fin de sa vie : " A vingt ans, mon idéal était de voyager. Cet idéal, n’ayant pu le réaliser qu’incomplètement, je me suis mis à voyager en imagination, et à la suite de Philéas Fogg, qui fit le tour du monde en quatre-vingts jours, je ne tarderais pas à l’avoir fait en quatre-vingts romans ". Cette phrase symbolique mêle concret et imaginaire, réel et littérature.


Jules Verne laisse derrière lui une œuvre riche d’une extraordinaire créativité. C’est l’un des premiers auteurs à mêler avec autant de succès science-fiction, aventure et fantastique. Son intérêt pour la science et le fait qu’il aborde dans ses romans des thèmes qui se concrétiseront dans le courant du 20ème siècle (voyage sur la lune, sous-marin, etc.) lui confèrent le statut de visionnaire. Ses romans seront fréquemment adaptés au cinéma, leur récit à grand spectacle se prêtant parfaitement aux productions hollywoodiennes. Ses personnages sont des icônes de l’imaginaire populaire (tels Phileas Fogg, le capitaine Nemo ou Michel Strogoff).


Les mondes perdus


Si l’on retient la période 1864 à 1933 on peut discerner trois phases : une première période soumise au triomphe de la science, de la colonisation et de l’utopie avec entre autres : Jules Verne, Voyage au Centre de La Terre (1894) et Wells.. Une deuxième phase transitoire entre le primitif et le civilisé : Le monde perdu de Conan Doyle (1912)… et la phase finale (1918-1933) : la revanche des mondes perdus et le retour du fantastique avec les œuvres de Merritt qui préfigurent l’héroic fantasy en mêlant les éléments habituels du " lots-race tale " au fantastique le plus échevelé.


Le Village aérien
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Le Village aérien
  l’un des derniers écrits de Jules Verne est un roman d’aventure de 1896, publié en 1901 sous le titre de la Grande Forêt. L’action se situe en Afrique équatoriale et conte l’expédition de deux amis explorateurs en quête d’aventures et d’imprévus : l’Américain John Cort et le Français Max Huber. Un Camerounais qualifié de ferloper (guide) nommé Khamis les accompagne ainsi qu’un enfant du pays, Llanga, un petit indigène enlevé à sa tribu et élevé par des missionnaires


Partis trois mois plus tôt visiter la région de l’est du Congo français et du Cameroun, après s’être joints à une caravane, il leur tarde de rejoindre Libreville pour retrouver leurs factoreries. Le Français Max Huber, contrairement à son ami John Cort, trouve que " cette expédition n’a pas donné tout ce qu’il attendait "…. (page 328, chapitre 1).

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Arrivés à l’orée de la Grande forêt, ils décident de la traverser en suivant un cours d’eau en direction du sud-ouest. Là commence un voyage où nos explorateurs vont vivre des aventures telles que même Max Huber qui se lamentait du manque d’imprévu, d’extraordinaire ne devait pas s’y attendre.. Ils vont faire des découvertes étonnantes.


Tout d’abord, un cri au milieu la nuit, ngora, entendu par John Cort alors que les autres se reposent, puis un radeau vieux de quelques années près d’une rivière, un cadenas de fer rongé par la rouille et enfin une cage vide contenant des objets (casseroles, lunettes…) et un carnet portant le nom du Docteur Johausen. La stupéfaction leur coupe la parole. C’est une révélation : " Lui, enfin s’écria l’un, lui dont on n’avait plus aucune nouvelle….. ", (page 386, chapitre 8). Lui, pour nos deux explorateurs c’est le docteur Johausen, parti dans cette région d’Afrique afin d’étudier les singes et de poursuivre le projet abandonné par le professeur Garner. Il avait disparu mystérieusement.

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Ils s’interrogent : " Mais pourquoi la cage était-elle vide ? pourquoi ses hôtes l’avaient-ils quittée ?…Combien de mois, de semaines, de jours fut-elle occupée ? Etait-ce volontairement qu’ils étaient partis ?…. Enfin le docteur Johaussen et l’indigène vivaient-ils encore….. " (chapitre 8 page 390).


Ils ouvrent le carnet qu’ils ont trouvé dans une boite en fer blanc.


Dans ses dernières notes, le Docteur Johausen fait référence aux expérimentations du professeur Garner. Il était convaincu que les quadrumanes parlaient, qu’ils se comprenaient et employaient le langage articulé.


Ici commence l’aventure extraordinaire des deux explorateurs qui vont s’enfoncer dans la forêt et rencontrer l’étrange tribu des Wagddis.

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ANALYSE DE L’ŒUVRE


Le
Darwinisme réfuté par Jules Verne


Jules Verne dans ce roman extraordinaire, atypique, cite plusieurs fois la théorie de Darwin. Même s’il en reconnaît la logique, il y est hostile. Il pose la question de l’homme primitif à travers la description de cette peuplade inconnue d’Afrique, les Wagddis sorte de chaînon manquant " pour rattacher le règne animal au règne hommal " (page 440, chapitre IV). En s’opposant à l’idée d’origine simienne de l’homme, réfutant l’idée de variabilité des espèces " que l’homme soit un singe perfectionné ou le singe un homme en " dégénérescence " (chapitre 4, page 440). Il insiste sur le fait que les hommes-singes sont bimanes (deux mains comme l’homme) et non quadrumanes comme les singes (quatre mains). Jules Verne se prononce pour un être intermédiaire entre l’homme et le singe en l’occurrence : un microcéphale.


Il est demeuré un cuviériste convaincu. Sa seule modernité, il l’emprunte à l’anthropologiste, M. de Quatrefages, son maître à penser, qui admettait que les espèces avaient varié au cours des âges, mais non qu’elles avaient pu se transformer. C’est cette idée, appliquée à l’homme, qu’illustre Le Village aérien.


Jules Verne à la fin du roman rappelle par les paroles des deux explorateurs que le peuple Wagddis ne peut pas être admis dans les rangs de l’humanité : c’est parce qu’il manque d’une conception qui est propre à tout homme, celle de la religiosité qui se retrouve chez les plus sauvages tribus (page 452, chapitre15). Est-ce un préjugé religieux de l’auteur ? il est difficile de le dire.


Point de vue ethnologique


Verne décrit les danses des Wagddis : " ils se faisaient plus de grimaces que de contorsions, et aussi de culbutes " ; il décrit " ces attitudes chorégraphiques [où] l’on retrouvait moins l’homme que le singe. Et que l’on entende bien, non point le singe éduqué pour les exhibitions de la foire, non…le singe livré à ses instincts naturels " (chapitre 4, page 458/459).


Point de vue géographique et historique


Ces deux disciplines sont indissociables de l’œuvre de Jules Verne. Il a eu envie de faire connaître les découvertes et les interrogations des hommes de son époque et de partager une certaine fascination que ce continent exerçait sur les hommes. Il est d’ailleurs l’auteur d’une Géographie illustrée de la France et de ses colonies (1868). Une partie des fictions de Jules Verne (cinq en tout dont Le Village aérien) se situent donc sur ce continent. Au 19ème siècle, après l’abolition de l’esclavage, la plupart des états européens dont la France se lancent à la conquête de l’Afrique et en colonisent une grande partie. Il y est fait allusion dans ce roman entre autres au chapitre 1 et dans la dernière phrase : " cette peuplade de primitifs ne passera pas un jour sous le protectorat de l’Empire d’Allemagne ? Cependant, il serait possible que l’Angleterre…"


La question du racisme dans ce roman ?


Ce roman s’inscrit dans le contexte de la colonisation ; même s’il faut replacer cela dans son époque, lorsque Jules Verne compare l’intelligence d’un noir adulte à celle d’un enfant blanc de six ans, le propos est indéniablement raciste.


Le fantastique et l’extraordinaire dans le Village aérien


Le Village aérien
n’est pas le roman de Jules Verne où le fantastique est le plus présent. Cependant on y trouve diverses scènes qui relèvent de l’extraordinaire : torches " qui après avoir brillé au niveau de la plaine, jetaient alors de plus vifs éclats entre cinquante et cent pieds au dessus du sol " ou " comme si un vent de flamme eût traversé cette épaisse frondaison " (page 342/343) mais aussi page 345 : " c’était comme une énorme vague dont les volutes échevelées se fussent déroulées avec fracas ", puis : " des souffles stridents, des éclats cuivrés s’échappaient de ces centaines de trompes - autant de clairons sonnés à pleine bouche " …


Mon avis sur ce roman


Le Village aérien
est un peu moins connu que d’autres romans de Jules Verne. Nos héros, sont plutôt spectateurs des événements qui s’y déroulent.. J’ai bien aimé ce roman car le style est fluide, même si l’aspect scientifique peut être rebutant dans un premier temps. Il est facile à lire et à la portée des enfants : en effet, tout au long du roman on a l’impression que se déroule un jeu de piste qui relie les épisodes entre eux.


Christophe, A.S.Bib


Liens :

Texte du Village aérien en PDF

 le Centre International Jules Verne

35 illustrations de l’édition originale peuvent être consultées sur

The Illustrated Jules Verne
par CHRISTOPHE publié dans : fiches de lecture AS et 2A
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Mercredi 27 février 2008
Fiches de Matthieu et Pauline

" I shall be gone and live, or stay and die. " Shakespeare

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Biographie :

Né en 1929 à Genève, Nicolas Bouvier y meurt en 1998.

Son père est bibliothécaire, ce qui explique le fait qu’il ait lu très jeune tout Jules Verne, Stevenson, Jack London, Fenimore Cooper… D’après lui, l’envie de " grandir et déguerpir " le prit dès l’âge de 8 ans.

De plus, il le dit à Jacques Meunier : " J’ai été élevé dans un milieu huguenot, à la fois rigoriste et éclairé, très ouvert intellectuellement, mais où tout l’aspect émotif de l’existence était sévèrement géré. " C’est plus qu’il n’en faut pour avoir des envies de départ.

Nicolas Bouvier suit néanmoins des études de lettres et de droit, et s’initie au sanskrit et à l’histoire médiévale. Il semble alors promis à une brillante carrière universitaire. Mais il choisit de prendre la route, " pour ne pas occuper la niche que déjà la société vous prépare. "

A partir de ce moment, Nicolas Bouvier fera tout pour échapper à l’ethnocentrisme à l’occidentale.

En 1946, le jeune Nicolas Bouvier, 17 ans, part déjà seul pour l’Europe du Nord.

C’est en juin 1953 qu’il prend le départ dans une improbable Fiat Topolino avec son ami peintre Thierry Vernet, en direction de l’Inde. Notons que les deux compères entreprennent ce voyage vingt ans avant les hippies ! Mais ils ne font pourtant que suivre l’exemple d’Ella Maillart, compatriote de Bouvier et pionnière parmi les grands voyageurs, partie dans les années 1930 vers Moscou puis l’Anatolie, et le reste de l’Asie…

Le voyage de Bouvier et Vernet suivra un autre itinéraire : partis de Belgrade, ils traversent la Macédoine, la Grèce, la Turquie, l’Iran (où ils passent l’hiver, à Tabriz), puis le Pakistan, l’Afghanistan, pour arriver enfin au Khyber Pass, les portes de l’Inde, un an et demi plus tard.

Tour à tour écrivain, poète, photographe-iconographe, professeur, guide touristique en Chine, etc., Nicolas Bouvier obtient le Grand Prix Ramuz pour l’ensemble de son œuvre en 1995.

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Bibliographie (non exhaustive) :

- L’Usage du monde, 1963

- Le Poisson-scorpion, 1981

- Chronique japonaise, 1975

- Journal d’Aran et d’autres lieux, 1990

- Le Dehors et le Dedans, 1991

- Le Hibou et la baleine, 1993

- Les Chemins du Halla-San, 1994

- Routes et déroutes, entretiens avec Irène Lichtenstein-Fall, 1997

  

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L’écriture

Le langage utilisé par Nicolas Bouvier est précis, très travaillé et poétique.

Il accorde une grande attention aux détails, et fait une place importante à l’émerveillement continuel. Il laisse son esprit accessible aux milles choses simples qui l’entourent. Les sens ont donc une importance capitale dans son œuvre.

Ses mots traduisent sa sensibilité à fleur de peau, au sens propre du terme, et une présence au monde intense. Ce qui entraîne souvent des digressions très substantielles.

En effet, L’Usage du monde peut être décrit comme une suite de scènes et de tableaux pris sur le vif. Les couleurs se font d’ailleurs éclatantes, et leur description est parfois très minutieuse, comme pour ces différents bleus : profond en Anatolie, plus léger en Perse…

Nicolas Bouvier tente également de toucher à la fameuse altérité culturelle par le biais des mots qu’il emploie : samovar, tchaîkane, et d’autres expressions glissées au fil du texte en français ne sont pas toujours expliquées, ce qui met le lecteur aux prises avec l’inconnu que le voyageur côtoie tous les jours.

Par ailleurs, la langue de Bouvier peut être qualifiée de musicale, notamment grâce à sa légèreté et sa fraîcheur. Notons que la musique fait partie intégrante du voyage. Il le dit en 1998, quelque temps avant sa mort : " Pour moi une vie sans musique, ça n’aurait pas grand sens. " Il a d’ailleurs enregistré au long de son chemin différents morceaux plus ou moins traditionnels, qui sont regroupés aujourd’hui dans le CD Poussières et musiques du monde.

Fraîcheur de l’écriture donc, mais cela cache un long travail de maturation, de recherche des mots justes. En effet, L’Usage du monde n’est publié qu’en 1963.

La lenteur est une clé non seulement de l’œuvre mais aussi de la vie de l’auteur.


La lenteur

" Assez d’argent pour vivre neuf semaines. Ce n’est qu’une petite somme mais c’est beaucoup de temps. Nous nous refusons tous les luxes sauf le plus précieux : la lenteur. "

" Fainéanter dans un monde neuf est la plus absorbante des occupations. "

Nicolas Bouvier souhaite laisser la place à tous les hasards lors du voyage.

Il fait même l’éloge de la dérive : d’après lui, l’abandon aux choses est synonyme de passivité en Occident, alors qu’en Asie il s’agit plutôt de suivre le courant vital et de se laisser porter par lui.

C’est en prenant le temps que l’on peut espérer toucher à l’essentiel.

 

Mais toucher à l’essentiel sous-entend aussi se détacher de tout le reste.


Le dépouillement

Nicolas Bouvier prône le dénuement, autant intellectuel que physique. Pour être présent au monde, il faut se tenir dans un état de naïveté, d’innocence calculée. Ainsi Bouvier cite Henri Michaux : " Toute une vie ne suffit pas pour désapprendre ce que naïf, soumis, tu t’es laissé mettre dans la tête – innocent ! – sans songer aux conséquences. "

En effet, voyager sans préjugés est la condition nécessaire pour être touché par ce et ceux que l’on rencontre. De plus cette phrase rappelle l’insoumission, le refus de Bouvier d’entrer dans la " niche où veut nous mettre la société. "

Pour lui, le dépouillement procure à la fois la liberté et l’émotion, dont ne sont pas dépourvues les scènes où les voyageurs partagent des choses simples avec les habitants des lieux qu’ils traversent : du thé, de maigres victuailles, des cigarettes, ou simplement le silence. Pour Bouvier, les exemples à suivre sont ceux de la femme qui applaudit en riant lorsque sa maison s’écroule sous le poids de ses invités, et de l’homme qui, sans même passer prendre une chemise, accompagne les deux voyageurs pendant plusieurs semaines.

" La route, c’est une école de l’appauvrissement et non de l’enrichissement. "

Partir signifie prendre un risque ; les moments difficiles seront les bienvenus, ils construisent le voyageur.

" La vertu d’un voyage, c’est de purger la vie avant de la garnir. "

" Si on ne laisse pas au voyage le droit de nous détruire un peu, autant rester chez soi. "

Voyager est donc pour Bouvier une ascèse consentie, qui dégonfle l’ego et nous rappelle qu’on n’est rien.

A la fin de l’œuvre, le voyageur arrivé à son but et émerveillé par la splendeur du paysage écrit ceci :

" Ce jour-là, j’ai bien cru tenir quelque chose et que ma vie s’en trouverait changée. Mais rien de cette nature n’est définitivement acquis. Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs. Puis se retire, et vous replace devant ce vide qu’on porte en soi, devant cette espèce d’insuffisance centrale de l’âme qu’il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui, paradoxalement, est peut-être notre moteur le plus sûr. "

Et de conclure avec une citation d’Emerson :

" Une fois ces frontières franchies, nous ne redeviendrons jamais plus tout à fait les misérables pédants que nous étions. "

Le dépouillement est ici un moyen de se remettre à la mesure du monde.

Quant à l’approche du Vide faite par Bouvier, elle est à relier avec la pensée de la Mort. Cette pensée de Mort est présente dans l’ensemble des œuvres de l’auteur, pour qui voyager est apprendre à mourir.

On notera dans la biographie de l’auteur une importante dépression à Ceylan en 1956, qui donnera naissance au Poisson-scorpion.

L’évocation de cette Mort exclut cependant le pathos. Bouvier critique en effet la discrétion exagérée de l’Occident à l’égard de cette question. Pour lui, cet ultime instant de dépouillement est seulement susceptible de curiosité.

  

Conclusion

Ce voyage selon Nicolas Bouvier, bien différent du tourisme ou du loisir, n’est néanmoins pas une fuite de soi, mais bien plutôt une quête. Quête de soi et de la diversité de l’Autre.

A lire, donc. Lentement.

Matthieu, A.S. Bib.

 




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Chronique Japonaise
Payot, 1989

 

Nicolas Bouvier est né prés de Genève en 1929, il est mort en 1998. Il fait partie des écrivains voyageurs les plus connus aujourd’hui, il est parti très tôt sur les routes, il est passé par l’Irlande, l’Afghanistan, la Chine ou encore le Japon où il est allé trois fois à partir des années 1950. Poète, il mêle envie de découvrir et nostalgie de sa patrie, surtout quand il se retrouve à l’autre bout du monde et se heurte pour de bon à une culture qu’il ne parvient pas à comprendre et qui ne lui ouvre pas facilement les bras. Il parle ainsi du voyage en général et de la découverte de l’Autre : " Si on ne laisse pas au voyage le droit de nous détruire un peu autant rester chez soi. " Voilà qui résumé parfaitement le sentiment que l’on ressent à la lecture de son récit.


Chronique Japonaise


Il évoque donc une civilisation qu’il juge trop méconnue des Occidentaux, de la création du Japon et des kami, issus de l’union des dieux jumeaux Isanagi et Isanami, jusqu’à l’ère Meiji, deuxième phase d’ouverture du Japon à l’Occident. L’histoire passe sans heurts du mythe à la réalité, des kami à la rencontre entre Chinois et Japonais, puis entre Japonais et Portugais. La lecture de ce texte n’est faite que de rencontres, de mélanges, des armes aux cultes chrétiens, bouddhistes et finalement shintoïstes, de la langue à la musique ; Nicolas Bouvier et le lecteur ne peuvent alors qu’être impressionnés par la capacité d’absorption et d’adaptation des Japonais, qui tirent le meilleur de ce qu’ils découvrent de gré ou de force, sans toutefois perdre leur identité.


Par delà l’Histoire, Nicolas Bouvier nous livre son histoire à lui ou comment, en 1955, fraîchement débarqué au Japon sans argent en poche ni projets en tête, il a connu beaucoup de difficultés dans un pays dont il connaît encore peu de choses et qui se méfie toujours un peu des étrangers. Ainsi aura-t-il du mal à se loger, à se nourrir aussi, meilleur moyen, avouera-t-il plus tard, de s’acclimater à la nourriture japonaise la plus déstabilisante. Il mêle ses propres témoignages, comme celui de son année passée dans le quartier d’Araki-Chô, quartier populaire bien loin du Tokyo que l’on s’imagine aujourd’hui, ou le moment où il a enfin compris la portée du théâtre No, à des témoignages extérieurs : anonymes ou pas, professeurs d’université, jardinier, logeur, étudiant, paysan… Nicolas Bouvier lui-même a connu deux Japon : dans les années 1950, le pays n’avait encore rien du pays fiévreux, occidentalisé, que l’on connaît aujourd’hui. Quand il revient dans les années 1960, Tokyo ne lui plaît plus et on voit pointer déjà le Japon de maintenant. Ainsi ressent-on sa mélancolie en filigrane dans le texte. Il est revenu habiter à Kyoto avec femme et enfant, lesquels sont repartis quelques années plus tard, pour des raisons personnelles mais aussi parce que, de l’avis de Bouvier, sa femme ne s’est jamais sentie chez elle au Japon.


Cette diversité illustre parfaitement le sentiment récurrent de Nicolas Bouvier de n’être qu’un étranger et surtout de le rester, sentiment qui reste toujours en arrière-plan dans le récit. Cela va jusqu’à la frustration, jusqu’à la colère, même, de ne pas pouvoir comprendre, de se heurter à des comportements, des regards, des questions souvent futiles et parfois hostiles, comme si les Japonais n’éprouvaient pas le même désir que lui d’en apprendre le plus possible sur l’Autre en face de soi. Le passage sur la fête des Fleurs au village de la Lune que rapporte Bouvier en est le meilleur exemple. Durant cette nuit où les paysans japonais vont célébrer les kami, Bouvier va assister à des scènes improbables, tantôt touchantes, tantôt grinçantes, et où les gens vont considérer le voyageur qu’il est comme un étranger perdu mais intéressant, qu’il faut alors éloigner, ou au contraire exhiber ; au moins attirer son attention.


Le passage dans lequel Nicolas Bouvier évoque Hokkaidô est un moment clé du livre. Le voyageur semble enfin être en paix dans ces terres froides et, au moment où il les parcourt, encore vides d’hommes ou presque ; il semble avoir trouvé ce qu’il cherchait au Japon, loin de " l’âme du Japon " que réclamaient des touristes croisés à Kyoto. Par delà l’histoire de l’île, peuplée par les descendants des Aïnous, habitants originels de l’île venus des steppes russes, de ses relations tendues avec l’extérieur (la Russie et le conflit qui couve encore à propos des îles Kouriles) mais aussi l’intérieur du pays (pendant longtemps, les Japonais avaient du mal à considérer les habitants de Hokkaidô comment appartenant à Yamato), Bouvier nous parle d’une terre apaisante. Aujourd’hui l’île est devenue un des lieux de vacances de prédilection des Japonais, des Tokyoïtes surtout, et des populations urbaines en général, et le mouvement est déjà amorcé quand Nicolas Bouvier va, comme eux, se ressourcer véritablement à Hokkaidô. " Il y a dans ce décor […] une immatérialité qui répète sans cesse : faites-vous petit, ne blessez pas l’air " ; ainsi résume-t-il les paysages et l’ambiance toute entière qui règne sur l’île.


C’est la mélancolie qui nous gagne à la lecture de Chronique Japonaise, plus que l’émerveillement de découvrir ce qu’est le Japon et ce que sont les Japonais, depuis l’origine de leur histoire. On apprécie, comme lui, les paysages découverts et véritablement ressentis, les tranches de vie des Japonais, pans du passé ou perspectives du futur, présent ancré dans un quotidien que parfois Bouvier semble désorganiser par sa seule présence. Mais on reste aussi perdu que lui face aux Japonais eux-mêmes, au regard qu’ils portent sur leur propre culture, regard inaccessible à l’occidental malgré tous ses efforts, de même que Bouvier a fini par manquer de mots et de force pour tenter de s’y immerger totalement. Et c’est presque avec un sentiment de défaite qu’il quitte le Japon et que l’on referme le livre. Il dira de ce pays après son départ : " Le Japon est un apprentissage du peu. Il n’y est pas bien vu d’occuper trop de terrain. "

est issu d’un premier écrit, Japon, qui date de 1967. Le livre est à son image, récit attendri ou amusé des légendes et de l’histoire japonaise, témoignages parfois amers de sa solitude, quand la curiosité et la volonté de comprendre laissent parfois la place à la mélancolie.

Pauline, A.S. Ed.-Lib.


Site hommage à Nicolas Bouvier

 Interview de Nicolas Bouvier

Voir aussi dossier sur Nicolas Bouvier dans Le Magazine littéraire de février 2008.

Bio-bibliographie sur le site de l’Armitière.

par Pauline et Matthieu publié dans : fiches de lecture AS et 2A
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Mercredi 27 février 2008

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John Dos Passos / 1896-1970
Manhattan Transfer / 1925
Gallimard, Collection Folio
Traduit de l'américain par
Maurice-Edgard Coindreau

 







Né à Chicago, issu d'une famille aisée, Dos Passos fréquente les meilleures écoles des Etats-Unis et parcourt avec un tuteur l'Europe ou il découvre la peinture, dospassos.jpegl'architecture, la littérature. Il finit sa scolarité à Harvard. En Europe, lors de la Première Guerre mondiale, il rencontre Hemingway, la belle vie d'après-guerre et une conscience politique révolutionnaire. De retour aux Etats-Unis, il s'affirme en écrivain engagé, en intellectuel révolutionnaire. Roman anti belliciste, prise de position pour Sacco et Vanzetti, contre la peine de mort, soutien aux syndicats, au candidat communiste en 1932. La guerre d'Espagne marquera un tournant idéologique et politique à droite, traduit par la dénonciation du communisme et du stalinisme, qui lui vaudra par la suite un certain ostracisme de la part du monde littéraire.


Après les écrivains réalistes socialistes de la fin du XIXe siècle/début XXe, Dos Passos fait partie avec ceux que l'on a appelés la "génération perdue" (Hemingway, Scott Fitzerald, T.S. Elliot, Gertrude Stein) des fondateurs du roman moderne, urbain, du modernisme dans la littérature américaine. Le mythe américain des espaces sauvages, du wilderness se transpose dans le monde urbain. Dos Passos est un de ceux qui ont le plus innové dans le domaine de la technique romanesque. Il introduit une nouvelle façon d'écrire (nouveau style, procédés expérimentaux, une qualité de mouvement inspirée du cinéma), il reprend en la perfectionnant l'idée de Sherwood Andersson du roman collectif (le brassage des personnages, le mouvement) par l'interpénétration dans ses livres de récits, de chansons, de biographies d'hommes célèbres, de souvenirs d'enfance. Enfin, Dos Passos utilise la technique dite du courant de conscience ou monologue intérieur, où le processus de pensée du locuteur est le plus souvent décrite comme entendue ou adressée à soi-même en lieu et place d'une tierce personne.


Manhattan Transfer
  est un magnifique livre sur New York, métropole en pleine mutation suite au traité d'expansion signé par le maire de New York, ville dans laquelle Dos Passos nous fait découvrir la vie , les histoires, l'espoir et le désespoir d'une multitude de personnages que le destin va faire se rencontrer, se croiser dans une grande fresque humaniste mais très réaliste. La description de la ville est très précise, poétique et remplit le livre d'une présence incontournable, étouffante. Les nombreux personnages, de classes sociales différentes (riche famille, artistes, migrants, avocats, hommes d'affaires, ouvriers) sont comme obnubilés, hypnotisés par la volonté de réussir, d'arriver, de faire leur trou dans cette ville où misère et opulence se côtoient, dans le même espoir d'être New Yorkais. La seule issue pour échapper à cette situation sera la fuite.


Quelques personnages importants que l'on retrouve tout au long du livre permettent de suivre et de relier une multitude d'histoires.


Ellen Tatcher est l'héroïne du livre. D'origine modeste, artiste de théâtre, objet de toute les attentions de la part des hommes (elle se marie plusieurs fois), elle est étonnamment "moderne" : libre, indépendante, un peu femme fatale ; sa quête de réussite et de reconnaissance dans le théâtre guident sa vie, laissant peu de place aux sentiments.


Gus Mc Neil, livreur de lait qui pense que" New York est foutue" et qui veut partir, et Georges Baldwin, avocat sans travail, vont se rencontrer lors de l'accident de Mc Neil, renversé par un tramway. Baldwin saisit l'occasion, s'occupe du cas Mc Neil et de sa femme par la même occasion, gagne le procès intenté contre la ville (12000 dollars). Cette affaire et cette rencontre vont transformer la vie des deux hommes : grâce à cet argent Mc Neil va se lancer dans la politique et finir député ; Baldwin, lui, va devenir un avocat coté et rejoindra Mc Neil en politique.


Emile et Congo, deux marins français déçus par leur travail sur le bateau et par la vie en Europe profitent d'une escale à New York pour débarquer clandestinement, persuadés de trouver dans cette ville une vie meilleure, de faire leur trou, de gagner de l'argent. Trouvant en Marco, un anarchiste italien, un compagnon d'infortune, ils se rendent vite compte que cette ville est sans foi ni loi, sinon celle de l'argent et des affaires véreuses. Emile va se fondre dans l'anonymat de la ville ; Congo, lui, va monter dans l'échelle sociale, finir millionnaire, changer de nom pour échapper à la police, tout cela grâce à la prohibition, à la contrebande.


Enfin, la famille Herf à travers les éléments qui la composent est un peu une synthèse des différentes histoires qui traversent le livre. Famille aisée et qui a réussi dans le commerce, elle fait partie de la haute société new-yorkaise. La famille est composée de James et Emily Herf, de leurs deux enfants James et Maisie, de leur cousin Jimmy Herf dont la mère Lily est morte peu après leur retour d'Europe et du cousin d’Emily et de Lily, Joe Hartland. Le fils, James, suivra le chemin tracé par son père, et après être revenu décoré de la guerre en Europe finira Président de la Bank and Trust Compagny avec comme philosophie de la vie une triple fidélité à sa mère, à sa femme, à son drapeau. Maisie suivra elle aussi le chemin tracé par ses parents à savoir un mariage arrangé satisfaisant les deux parties. Joe Hartland, lui, est le mouton noir de la famille. Ex-roi de la finance et du marché, il a fait faillite et est maintenant rejeté par la famille, ruiné, désoeuvré ; il finit par trouver du travail comme veilleur de nuit sur les chantiers. Jimmy, lui, est le personnage le plus complexe et le plus intéressant du livre. A la mort de sa mère, son avenir semble tout tracé. Son oncle a pour lui les plus grandes ambitions, grandes écoles et avenir assuré dans son commerce. Mais Jimmy, influencé par l'éducation de sa mère rêve d'une autre vie et quitte la famille Herf. Il s'ensuit pour Jimmy une longue quête d'identité, une recherche du sens de la vie. Il deviendra finalement journaliste, sera bolchéviste, pacifiste, membre de l'Internationale des Travailleurs, se liera d'amitié avec Congo, se mariera avec Ellen puis se séparera, fréquentera beaucoup de monde de tous les milieux sans jamais donner l'impression d'être à sa place dans cette ville et dans cette société. Le livre se termine par le départ de Jimmy au petit matin. Il prend le bac, heureux, libéré, comme soulagé d'avoir survécu à l'enfer.


Ce livre est un grand livre et, s'il est difficile à résumer simplement; il est d'une lecture captivante et passionnante.

Jean-Pierre, 1ère année Bib.

par jean-pierre publié dans : fiches de lecture 1A
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Mardi 26 février 2008

Cours AS et 2A. Littérature et altérité culturelle

LA TRADUCTION

(Pour Umberto Eco, se référer aux fiches de lecture)
 


L’importance des littératures traduites.


Selon Ricoeur, la langue maternelle est " invitée à se penser comme une langue parmi d’autres et, à la limite, à se percevoir elle-même comme étrangère ". (Sur la traduction, éd. Bayard, p. 17)


1. Histoire de la traduction et des théories de la traduction avant le XXe siècle.


Antiquité.
 

Fidélité et mot à mot :

Cicéron :

" ... il ne sera pas toujours nécessaire de calquer votre langage sur le Grec (ou toute autre langue) comme le ferait un interprète (ou traducteur) maladroit ".

" Quand je traduis les Grecs, si je ne puis rendre avec la même brièveté ce qui ne demande aux Grecs qu'une seule expression, je l'exprime en plusieurs mots ".


IVe siècle

Saint Jérôme : Privilégier le sens plutôt que le mot à mot. 
" Non verbum e verbo sed sensum exprimere de sensu ".

 
XVIe siècle.

La critique du littéralisme


Etienne Dolet :

" Entends, que chascune langue a ses proprietés, translations

en diction, locutions, subtilités, & uehemeces à elle particulieres.

Lesquelles si le traducteur ignore, il faict tort à l'autheur,

qu'il traduit: & aussi à la langue, en laquelle il le tourne (...) "

Étienne Dolet

La manière de bien traduire d'une langue en aultre , 1540.


XVIIe siècle.


Les " Belles Infidèles " : l’expression est attribuée à l’écrivain Ménage, évoquant les traductions de Nicolas Perrot d’Ablancourt : " Elles me rappellent une femme que j’ai j’ai beaucoup aimée à Tours, qui étai belle mais infidèle ". Perrot d’Ablancourt devient le théoricien de ces " Belles Infidèles ".

Nicolas Perrot d’Ablancourt : " cela n’est pas proprement de la traduction ; mais cela vaut mieux que la traduction "


2. Problèmes et enjeux de la traduction au XXe siècle.

Voir fiches sur Umberto Eco


Langue source / langue cible. Contradictions, ambivalences.

Walter Benjamin, La Tâche du traducteur, 1923 : " La vraie traduction est transparente, elle ne cache pas l'original ".

Georges Steiner, (Après Babel, 1975), parle de " parcours herméneutique " ; il s’agit d’ " habiter " l’Autre.

" Lorsqu’une langue meurt, c’est un monde possible qui meurt avec elle… Une langue contient en elle le potentiel illimité de découvertes, de recompositions de la réalité, de rêves exprimés, ce qui nous sont connus sous le nom de mythes, de poésie, de conjecture métaphysique et de discours de la loi ".

Antoine Berman (L’épreuve de l’étranger) s’élève contre " la négation systématique de l’étrangeté de l’œuvre étrangère ".

Ambivalence :

" Sur le plan psychique, le traducteur est ambivalent. Il veut forcer des deux côtés : forcer sa langue à se lester d’étrangeté, forcer l’autre langue à se déporter dans sa langue maternelle. "

Antoine Berman, L’Epreuve de l’étranger, Gallimard, 1995.


Le traducteur, un passeur ?

" Passeur est une métaphore complaisante. Ce qui importe n’est pas de faire passer. Mais dans quel état arrive ce qu’on a transporté de l’autre côté. Dans l’autre langue. Charon est aussi un passeur. Mais il passe des morts. Qui ont perdu la mémoire. C’est ce qui arrive à bien des traducteurs. " Henri Meschonnic, Poétique du traduire, Verdier.


La quête de perfection.

Pour Paul Ricœur, il s’agit de " renoncer à l’idéal de la traduction parfaite " Paul Ricoeur, Sur la traduction, p. 16. " Et c’est ce deuil de la traduction absolue qui fait le bonheur de traduire. " (p. 19). Le bonheur est alors de trouver " une correspondance sans adéquation. " (p. 19)


Traduction, langage, littérature

" Traduire met en jeu la représentation du langage tout entière et celle de la littérature. Traduire ne se limite pas à être l’instrument de communication et d’information d’une langue à l’autre, d’une culture à l’autre, traditionnellement considéré comme inférieur à la création originale en littérature. C’est le meilleur poste d’observation sur les stratégies du langage, par l’examen, pour un même texte, des retraductions successives " (p. 14) Henri Meschonnic, Poétique du traduire, éd. Verdier, p.14.


3. La traduction, dans le champ de la littérature ?


Scepticisme de Mounin :

" On peut si l’on y tient, dire que, comme la médecine, la traduction reste un art, mais un art fondé sur une science. " Georges Mounin, Les Problèmes théoriques de la traduction.


L’apport de l’exercice de la traduction à l’écrivain :

Selon Michel Tournier, lui-même traducteur, " La traduction est certainement l’un des exercices les plus profitables auxquels puisse se soumettre un apprenti écrivain, l’objectif étant la formulation d’une pensée étrangère dans un français aussi coulant, souple et familier que possible. Le traducteur se doit d’apprendre à manier en virtuose les clichés, locutions, formules toutes faites, tournures usuelles et autres idiotismes qui constituent le fond de la langue dans laquelle il écrit, et dont l’absence ou la rareté caractérise ce jargon abominable qu’on a appelé le ‘traduit du’ ".

Et, plus loin :

" Or, cet exercice prépare excellemment à l’œuvre originale. En effet, le maniement constant des pièces essentielles constituant l’automatisme de la langue apprend non seulement à s’en servir dans la traduction mais à les gauchir et à les éliminer dans l’œuvre originale. "

(Le Vent Paraclet , p.164)


Traduction, transposition, création :

Blanchot : "il est bien connu que la littérature classique a demandé à la culture et aux langues anciennes ce dépaysement destiné à élever la langue courante à la dignité d'une langue traduite. Transposer en français une oeuvre grecque ou latine, c'était déjà accomplir l'essentiel d'un acte créateur"


Liens :

Site Traductif

Portail de la traduction littéraire

Profession Traducteur Littéraire

 

par pier publié dans : Citations altérité culturelle
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Lundi 25 février 2008

 

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Collectif,
JAPON
Casterman-Ecritures, 2007,
254 pages









L’ouvrage Japon est un projet initié par l’institut franco-japonais de Tokyo et c’est Frédéric Boilet qui a été à l’origine de son édition. Le projet est original : dix-sept auteurs (neuf Français ou francophones, huit Japonais ou résidents au Japon) ont été réunis dans un même ouvrage pour parler du Japon. Les Français, invités chacun dans une ville différente par les instituts franco-japonaises et alliances françaises de l’Archipel - Joann Sfar à Tôkyô, Emmanuel Guibert à Kyôto, Nicolas de Crécy à Nagoya... - réalisent une histoire autour de leur ville ou de leur région d’accueil. Les Japonais nous parlent du pays où ils vivent ou de celui où ils sont nés : Kazuichi Hanawa, Sapporo ; Jirô Taniguchi, Tottori ; Daisuké Igarashi, Iwaté... Au départ, il n’était pas envisagé d’édition professionnelle de ces travaux et c’est donc Frédéric Boilet qui a apporté cette idée et son propre réseau : ce sont les éditeurs de ses albums dans le monde et qui suivent ses activités autour de la Nouvelle Manga, qui vont publier l’album.

QUI EST FREDERIC BOILET ?
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Frédéric Boilet est un auteur de bandes dessinées français né le 16 janvier 1960 à Épinal, vivant et travaillant au Japon. Il est à l’origine du mouvement de la nouvelle manga (oui je dis bien " la " car pour Frédéric Boilet le terme manga est féminin en raison de son histoire).

En 1978, il entre à l'École nationale des Beaux-arts de Nancy dont il suivra l'enseignement jusqu'en 1983, date de la sortie de son premier album de BD, la Nuit des Archées (Bayard-Presse), réalisé avec la collaboration de Guy Deffeyes. Il va ensuite publier plusieurs BD.
En 1989, grâce à l'entreprise Shoei et au Centre National des Lettres, qui lui octroient une bourse, Frédéric Boilet part pour le Japon. De ce voyage naîtra Love Hotel qui raconte l'odyssée tragi-comique d'un Français au Japon ; l'album sort en 1993 et sera sélectionné pour l'Alph' art du meilleur album au salon d'Angoulême en 1994.
En 1993, il est le premier auteur occidental à recevoir la bourse internationale de création de l'éditeur japonais Kôdansha et séjourne une année à Tôkyô. Boilet entame Tôkyô est mon jardin, une suite de Love Hotel. Ici, le regard de l'auteur, tout comme celui de son héros, a changé : moins perdu, il s'accommode des - relatives - bizarreries du Japon.
En 1997, il retourne au Japon dans l'intention de s'y établir. Là-bas, il publie une adaptation japonaise de Tokyô est mon jardin, ainsi que des œuvres destinées au seul public japonais comme le récit Une belle manga d'amour. Les tirages de ces œuvres sont souvent extraordinaires et Boilet en obtient une grande notoriété.
En 2001, avec l'aide de Mariko Konno et d'Issei Miki, il organise l'Événement Nouvelle Manga qui se déroule en octobre dans les vieux quartiers de Tôkyô. Il fête à cette occasion la publication simultanée en France (Ego comme X) et au Japon (éditions Ohta) de la version intégrale en un album de l'Épinard de Yukiko une de ses plus célèbres séries.
D'avril à juillet 2002, il réalise la traduction et l'adaptation graphique du premier volume de Harukana Machi e (Quartier lointain), de Jirô Taniguchi, qui paraît en France en septembre 2002 chez Casterman. L'album reçoit l'Alph-Art du Meilleur Scénario et le Prix des libraires Canal BD au festival d'Angoulême en janvier 2003.
Entre septembre 2002 et septembre 2003, il réalise les traductions et adaptations graphiques du second volume de Quartier lointain, paru chez Casterman en mai 2003, et de Munô no Hito (l'Homme sans talent) de Yoshiharu Tsuge.
Tout en continuant au Japon sa série d'illustrations pour le grand quotidien Asahi Shimbun, il dirige depuis janvier 2004, pour Casterman, la nouvelle collection de manga d'auteur Sakka, dont les premiers volumes paraissent à l'automne 2004. Aux côtés d'auteurs déjà publiés en France, comme Kazuichi Hanawa, Kan Takahama, Kenji Tsuruta ou Hideji Oda, la collection présente pour la première fois en Occident les ouvrages de quelques-uns des meilleurs auteurs de la bande dessinée japonaise adulte..
En 2005, il dirige avec Masanao Amano le Terrain vague de Hideji Oda et le collectif Japon, ouvrages qui paraîtront en 2005 et 2006 dans la collection internationale Nouvelle Manga, simultanément en français (Casterman), en japonais (Asukashinsha) et en quatre autres langues. Pour Japon, il réalise également l'histoire courte " Dans la ruelle Amour ".
Le 16 janvier 2006, Frédéric Boilet a 46 ans et publie en France l'Apprenti Japonais aux Impressions Nouvelles. L'ouvrage rassemble 12 années de textes, dessins et photographies sur le Japon...
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LA NOUVELLE MANGA SELON FREDERIC BOILET

La bande dessinée japonaise accorde une importance particulière à l'histoire (ampleur des récits, variété des thèmes) et surtout à la narration (sa fluidité, sa technique pour suggérer les sensations, les sentiments). Au Japon, devient mangaka celui qui, avant tout, a envie de raconter des histoires, au contraire de la France où les auteurs de BD viennent à ce métier le plus souvent par goût du dessin.
À l'opposé de la BD franco-belge, qui jusqu'aux années 1990, se contentait de ressasser les mêmes univers de SF, historiques ou d'aventure, la manga a toujours privilégié le quotidien. Cet attachement au quotidien est la principale raison de son succès auprès d'un large éventail de lecteurs : tandis que les univers de SF ou d'action des bandes dessinées franco-belge et américaine ne ciblent quasiment que les adolescents masculins, les histoires au quotidien de la manga touchent, au Japon, aussi bien les hommes que les femmes, autant les adolescents que les adultes. Un paradoxe est que ce quotidien, thème de prédilection du cinéma français dont les Japonais sont friands, et plus généralement européen (par rapport notamment au cinéma d'Hollywood), a pendant longtemps été absent de la BD, alors qu'il est depuis toujours le fleuron de la manga...
De plus, l'essentiel de la manga traduite en France depuis plus de dix ans est une manga commerciale pour adolescents, dans le prolongement des dessins animés qui les ont précédés sur les petits écrans français.
La manga au quotidien qui semble pouvoir toucher en France un public plus large que celui des seuls otaku (entendre par là " fan de la manga ") est une manga plus adulte, au quotidien sans emphase ni stéréotype, une manga à ce jour pourtant pratiquement ignorée des lecteurs francophones, à part la récente traduction du Journal de mon père de Jirô Taniguchi, ou de l'Homme qui marche il y a quelques années.

Avec des éditeurs comme l'Association ou Ego comme X, un mouvement est né en France au début des années 1990, précisément en réaction aux BD "SF/héros/action" pour ados des années 1980. En proposant des histoires souvent fondées sur le quotidien, autobiographique ou imaginaire, en sortant les albums du cadre strict du 46 pages couleurs à suivre, ces éditeurs et leurs auteurs ont ouvert la BD à un nouveau lectorat.
L'impact de cette "nouvelle BD" a rapidement dépassé les frontières de la France, nombre d'auteurs révélés par l'Association et Ego comme X sont aujourd'hui traduits dans le reste de l'Europe, leurs albums sont distribués aux États-Unis, alors que la plupart de leurs confrères réputés plus "commerciaux" ne parviennent pas à quitter le marché franco-belge.
Quand elle parle de quotidien, la BD devient non seulement plus universelle, " l'universalité est le plus souvent dans sa cuisine ou au fond du jardin, et beaucoup plus occasionnellement sur Mars ou Alpha du Centaure ", elle devient aussi, aux yeux des lecteurs étrangers, plus "française". C'est aussi en retrouvant une "touche française" que des amateurs de cinéma et de romans français peuvent devenir amateur de BD...

L’OUVRAGE 
JAPON 

Pour Frédéric Boilet, les auteurs de Japon sont représentatifs de cette Nouvelle Manga. Les auteurs français de ce livre sont des auteurs à vocation universelle. Côté japonais, ce ne sont pas forcément des auteurs pour " fans " français de mangas ; de même, les auteurs français choisis ne sont pas destinés à la poignée d’" otaku " japonais de bande dessinée franco-belge. 
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Kan Takahama "Au bord de la mer"

Chacun des auteurs de Japon peut être lu par tout le monde : il n’y a pas besoin d’être fan de manga pour apprécier les histoires de Taniguchi, et les lecteurs japonais peu habitués aux codes de la BD peuvent apprécier les histoires de Davodeau.
Japonplanchedavodeau-sapporo-fiction-copie-1.jpegEtienne Davodeau, "Sapporo Fiction"

Frédéric Boilet a donc été le responsable du choix des auteurs français de Japon, mais aussi de la plupart des auteurs japonais. Il a choisi des auteurs dont les œuvres semblent avant tout universelles. Il en a aussi profité pour ouvrir une porte à quelques auteurs peut-être moins connus, comme David Prudhomme ou encore Aurélia Aurita.
Dans cet album, il n’y a pas une histoire qui se ressemble, même s’il y a une certaine unité de temps entre les différents récits qui se situent fin 2004. L’auteur présente le projet au début du livre, par un mail adressé à Etienne Davodeau, et on entre ensuite directement dans les différentes BD. Chacune est précédée d’une page où figure la carte du Japon avec un point représentant le lieu où se trouve l’auteur et, en seconde partie, on peut lire une petite biographie de l’auteur en question. On notera une grande différence de trait d’une planche à une autre, comme entre " Ciel d’été " de Jirô Taniguchi et " Je peux mourir, maintenant ! " de Aurélia Aurita, sans que ce soit dérangeant pour la lecture. Les histoires n’ont pas forcément de sens (entendre par là, début, péripéties et fin) : on est dans le quotidien ou la description de ce pays ou encore les légendes japonaises.
auritajepeuxmourirmaintenant.jpegAurelia Aurita, "Je peux mourir, maintenant"

On s’éloigne effectivement de la BD classique franco-belge ou du manga " grande vente " édité en France. C’est un assemblage d’humour, de poésie, d’exotisme, d’anecdotes qui varient selon les regards portés par les différents auteurs. Ce projet me semble très intéressant et je pense que ce type d’échange entre pays pourrait être renouvelé, on en voit déjà le début avec le collectif Corée, chez Casterman Ecriture encore une fois, qui paraît-il est lui aussi captivant.

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 Interview Fabrice Neaud Site Arte
 
 





Fanny, 2ème année Ed.-Lib.
par fanny publié dans : fiches de lecture AS et 2A
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Dimanche 24 février 2008
James Ellroy
Le Dahlia noir et Ma part d’ombre
Fiches de Margaux, Marion, Sandrine

1. Le Dahlia noir

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ELLROY James
Le Dahlia Noir ( The Black Dahlia)
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Freddy Michalski pour Rivages,
Editeur : Editions Payot & Rivages
Collection : Rivages/noir dirigée par François Guérif
Date de parution : 1987
504 pages
ISBN 978-2-86930-391-1
  • Fiche de Margaux

    Biographie :
     
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    L’écrivain américain Lee Earl Ellroy est né en 1948 à Los Angeles. Le meurtre de sa mère en 1958, alors qu’il n’a que 10 ans, va profondément influencer ses écrits. 

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    Plusieurs années plus tard, il sombrera dans la drogue et l’alcool. A partir de 1975, Ellroy se met à écrire et connait son premier succès avec le Dahlia Noir en 1987. Ce roman sera d’ailleurs adapté au cinéma par Brian de Palma en 2006 et fera partie de la sélection officielle du festival de Venise en 2006 et du festival de Deauville, la même année.
    Le Dahlia noir est le premier tome de ce que James Ellroy appelle le quatuor de Los Angeles. Ce sont quatre romans où l’action se déroule dans cette ville américaine.
    Citation : ''Par nature, je suis un écrivain obsessionnel''

    Œuvres d’Ellroy :
     
    1981 : Brown's Requiem
     1982 : Clandestin (Clandestine)
     1984 : Lune sanglante (Blood on the Moon) [Trilogie Lloyd Hopkins, I]
     1984 : À cause de la nuit (Because the Night) [Trilogie Lloyd Hopkins, II]
     1986 : La Colline aux suicidés (Suicide Hill) [Trilogie Lloyd Hopkins, III]
     1986 : Un tueur sur la route (Killer on the Road ou Silent Terror)
     1987 : Le Dahlia noir (The Black Dahlia) [Quatuor de Los Angeles, I]
     1988 : Le Grand Nulle part (The Big Nowhere) [Quatuor de Los Angeles, II]
     1990 : L.A. Confidential [Quatuor de Los Angeles, III]
     1992 : White Jazz [Quatuor de Los Angeles, IV]
     1994 : Dick Contino's Blues (Hollywood Nocturnes) [nouvelles]
     1995 : American Tabloïd [Underworld U.S.A., I]
     1996 : Ma part d'ombre (My Dark Places)
     1999 : Crimes en série (Crime Wave) [articles et nouvelles]
     2001 : American Death Trip (The Cold Six Thousand) [Underworld U.S.A., II]
     2004 : Destination morgue (Destination: Morgue!) [articles et nouvelles]
     2007 : Tijuana mon amour [articles et nouvelles] (issus d'œuvres non publiées dans les versions françaises de Hollywood Nocturnes, Crime Wave et Destination: Morgue!)

    Résumé :
     
    Dans les années 40, deux ex-boxeurs sont amenés à travailler ensemble en tant que policiers sur une terrible affaire de meurtre. Sur un terrain vague de Los Angeles, une jeune femme d’une vingtaine d’années, Betty Short, est retrouvée coupée en deux au niveau du tronc, éviscérée, mutilée mais aussi, entièrement nettoyée. Elle sera appelée le Dahlia Noir par des journalistes à cause de ses cheveux noirs et des robes noires qu’elle portait. L’enquête mène Lee Blanchard et Bucky Bleichert de Boston à Tijuana, toujours dans des lieux pauvres et violents. L’identité du meurtrier surprend le lecteur, qui ne la découvre que dans les dernières pages du livre.

    Analyse :

    Les lieux :
    la majeure part du roman se déroule dans la vi