Samedi 31 mai 2008


Sébastien DOUBINSKY
Les fantômes du soir
Editions Le cherche midi
Paru le 07 février 2008
13 €

 

 

















     Une couverture alléchante - une nuit de pleine lune, trois livres ouverts qui s'envolent... ou qui arrivent par les airs - et un titre mystérieusement évocateur Les fantômes du soir, pour un roman qui attise la curiosité du lecteur tout au long de sa lecture.

 


     Sébastien Doubinsky est né à Paris en 1963. Il a vécu une partie de son enfance aux Etats-Unis et a passé sept ans au Danemark, enseignant la littérature française à l'université d'Aarhus. Auteur d'une thèse sur Blaise Cendrars, il signe ici son dixième roman.




     Le héros de ce roman est Paul Rubinstein, un écrivain de cinquante-deux ans. Jusqu'alors méconnu du grand public malgré ses douze romans publiés, il figure pour la première fois sur la liste du Goncourt.

     Malheureusement, sa première télévision tourne au fiasco et lorsqu'il rentre chez lui, un deuxième événement de taille vient bouleverser sa vie. Les auteurs défunts Henry Miller, Lawrence Durrell et Blaise Cendrars se trouvent réunis dans son salon et l'attendent pour trinquer.

     Est-il mort? Est-il fou? En proie à la plus grande stupeur, l'écrivain s'imagine que sa dernière heure est arrivée, que ces trois convives de l'au-delà sont venus le chercher.

     Plongé dans un profond désarroi, Doubinsky promène ses doutes dans Paris et cultive son désenchantement d'auteur avec l'alcool et d'importantes remises en questions. La rencontre du succès poursuivi pendant tant d'années signifie-t-elle que l'idéalisme et la liberté qui caractérisaient sa jeunesse ont été perdus ?

     Ni trop léger ni trop grave, le récit du vague-à-l'âme de l'auteur et de son appréhension du succès crée l'atmosphère d'un suspense. Que se passera-t-il entre Rubinstein et les trois fantômes illustres ? Quelles conversations ? Quelles questions ? Quelles révélations ?

     Il n'est pas certain que le livre ne laisse pas le lecteur sur sa faim, mais ne serait-ce pas là son plus grand mérite ? Convoquer ces grands auteurs du vingtième siècle disparus et faire naître ou renaître une familiarité entre le lecteur et eux, permettre de nouer une relation à poursuivre au travers d'autres textes.

    Nul doute, ce roman renvoie à d'autres romans. Les oeuvres de Miller, Durrell et Cendrars devraient trouver de nouveaux lecteurs après que ces derniers ont refermé ce livre.

Sarah, A.S. Bib. 

Sébastien Doubinsk a une page myspace à l'adresse suivante : http://www.myspace.com/sebdoubinsky

par Sarah publié dans : fiches de lecture AS et 2A
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Mercredi 28 mai 2008


Collectif,
JAPON
Casterman-Ecritures, 2007,
254 pages

 

 

 











Voir aussi la fiche de Fanny. 


Collection « Écriture » de Casterman

     Japon est paru dans la Collection "Écriture" de Casterman. Cette collection est consacrée à la BD d'auteur internationale, en noir et blanc et se présente sous un format « comix ».


Quelques exemples de titres déjà parus dans cette collection :

Histoire Couleur Terre de Kim Dong-hwa

Quartier Lointain de Jirô Taniguchi

Corée, La Corée vue par 12 auteurs (qui reprend le principe de Japon).

 

 

Frédéric Boilet et la "Nouvelle Manga"

 

     Initiateur de cet ouvrage, Frédéric Boilet est un auteur de bandes dessinées vivant et travaillant au Japon depuis 1997.


     Il fonde, en 1995, l'Atelier des Vosges (place des Vosges à Paris), avec Christophe Blain, David B., Émile Bravo, Joann Sfar, Tronchet et Emmanuel Guibert. Ce dernier transpose d'ailleurs les premières années de l'atelier dans le Kyôto des années 1920 pour son récit dans Japon tout en s'inspirant des estampes japonaises pour la partie graphique.


     Au Japon, Boilet assurera la traduction et l'adaptation de Quartier Lointain de Jirô Taniguchi pour Casterman ou encore de L'Homme sans talent de Yoshiaru Tsuge pour Ego comme X.

      Depuis 2004, il dirige la collection de manga « Sakka » destinée à un lectorat adulte chez Casterman. Sakka signifie « auteur » en japonais.

 

     Le terme "Nouvelle Manga" apparaît à la fin des années 90 et sert au départ à désigner les productions de Frédéric Boilet. Le terme donnera ensuite lieu à un mouvement transculturel lié à la bande dessinée et à un label international que se partagent plusieurs éditeurs (dont Casterman, Ego comme X et La Boîte à Bulles en France). Japon est paru sous ce label.


     Dans un entretien accordé à Arte le 15 juin 2004, Frédéric Boilet décrit ce mouvement ainsi : « Lancée officiellement en septembre 2001 avec l’événement Nouvelle Manga organisé à Tôkyô, la Nouvelle Manga est aujourd’hui une initiative d’auteurs qui cherche, en créant des ponts entre les auteurs, les éditeurs et les lecteurs de toutes origines, à promouvoir une bande dessinée universelle, à présenter ce que manga, comics et BD ont de meilleur et non pas seulement de vendeur, ceci plutôt dans le registre universel du quotidien, autobiographique, documentaire ou fictionnel. »


     Pour plus d'informations sur Frédéric Boilet et la "Nouvelle Manga" vous pouvez consulter la fiche de lecture de Fanny et le manifeste de la "Nouvelle Manga".

  

L'ouvrage    


     Japon est paru en France en novembre 2005 ainsi que dans 5 autres pays : le Japon, l'Italie, l'Espagne, l'Angleterre et les Pays Bas.   L'ouvrage rassemble 17 auteurs, 10 francophones et 7 japonais, plus ou moins connus et pour la plupart liés au mouvement de la « Nouvelle Manga », donc des proches de Boilet.

     Des auteurs francophones et japonais doivent imaginer une histoire en noir et blanc de 10 à 15 pages et en sens de lecture gauche-droite, à partir de leur séjour de deux semaines au Japon pour les auteurs francophones et à partir de leur région d'origine ou de résidence pour les auteurs japonais.

 

     Avant chaque récit, la page de titre indique le lieu géographique qui l'a inspiré, ainsi qu'une petite biographie de l'auteur.

      A l'exception du sujet, le Japon, et du nombre de pages, les auteurs pouvaient laisser libre cours à leur imagination. Cela a donné un ouvrage très hétéroclite, sans réelle ligne directrice à part la succession de régions du Japon du sud vers le nord.

 
Visions du Japon


     Il n'y a aucune prétention à l'objectivité mais plutôt une volonté de nous offrir les visions très subjectives des auteurs.


     On ne pourra donc pas diviser l'ouvrage en deux visions, l'une francophone et l'autre japonaise car la diversité des récits fait qu'il y a dans cet ouvrage autant de visions du Japon que de récits.

 

     On retrouve tout de même quelques éléments récurrents dans les récits, notamment par rapport à la description du Japon et des moeurs de ses habitants : les onsens (bains thermaux japonais), l'attachement aux montagnes, à la nature et à ses légendes, la culture du graphisme, du dessin, la culture manga, la politesse et la discrétion des habitants, l'attrait des Japonais pour le mariage à la catholique même si pas très catholique dans sa célébration puisque souvent célébré par de faux prêtres.

    On trouve aussi quelques critiques sur le touriste occidental.

   

Les récits


    
  Les auteurs font souvent ce qu'ils savent le mieux faire et on retrouve donc sans peine la patte de chacun. Le style graphique et littéraire de chaque auteur est assez aisément discernable. Les premières pages présentent l'ouvrage et son concept grâce à la reproduction d'un e-mail de Frédéric Boilet à Etienne Davodeau.

 

Les récits de voyage : quelques récits se rapprochent de ce genre littéraire.

 

     "Les Nouveaux dieux" de Nicolas de Crécy préfigure l'excellent Journal d'un fantôme paru en 2007 chez Futuropolis. Le récit met en scène un concept publicitaire qui tente de prendre forme et son manager. Cela donne une sorte de quête initiatique pour un dessin où Nicolas de Crécy aborde avec originalité de nombreux thèmes comme les moeurs du Japon, sa culture graphique, les comportements des touristes français mais aussi la création artistique et l'inspiration.




 
     Avec "Le Tôkyô de Oualtérou", Sfar joue sur les préjugés. Il met en scène une présentation du Japon très jouissive de son ami Oualtérou qui y réside depuis trois ans sans jamais avoir voulu apprendre la langue. Il tient un discours très incisif sur les caractéristiques des Japonais, s'attaquant à leur politesse, à la mode du rappeur américain, au pachinko (désigné comme le RMI japonais), à leur manière de travailler, aux Yakusas... 
    



Dans "Sapporo fiction", Etienne Davodeau inverse les rôle en décrivant son voyage à travers les yeux d'un autochtone qui l'accompagne.

Mais celui qui se rapproche le plus du récit de voyage c'est Fabrice Neaud. Dans "La Cité des arbres", il décrit ses activités, nous livre ses sentiments, décrit le Japon et les Japonais comme il les perçoit, donne des éléments de cultures, d'histoire...

 

Les étranges : certains récits s'appuient sur l'imaginaire japonais, d'autres uniquement sur celui de leurs auteurs.


     David Prudhomme raconte la fugue de ses chaussures au pays sous la mer (référence à la légende de
Urashima Taro).


     Taijô Matsumoto, dans Kankichi, raconte l'histoire d'un jeune garçon un peu à part qui passe son temps à dessiner et sera rejeté par les membres de son village. Mais le caractère magique de ses dessins fera de lui un être adulé pour avoir sauvé le village.


     Schuiten et Peeters signent un mélange entre une brochure touristique et un reportage sur un japon futuriste dans Osaka 2034. On y retrouve leur tendance à présenter des décors architecturaux complexes. Ils décrivent le Jardin des délices, une sorte de résidence de luxe au dessus de la ville d'Osaka et une nouvelle espèce d'insecte qui est devenue la mascotte de la ville et héros du manga Orduroman.

 

Les émouvants :


     Kan Takahama revient avec son amant dans le village de son enfance, maintenant désert, pour évoquer son passé, son présent et son avenir.


     Jirô Taniguchi s'illustre en contant l'histoire d'un jeune homme retournant en vacances chez ses parents dans le Japon des années 50 pour y revoir une jeune fille que l'on veut marier sans son consentement et qui n'ose pas s'y opposer.


     Moins poétique en apparence mais très original, Frédéric Boilet signe une déclaration d'amour pour son amante Aurélia Aurita (qui participe aussi à cet ouvrage) sur fond de description des consignes pour le tri des déchets ménagers à Tokyo.

  

Conclusion


     Cet album s'inscrit clairement dans le mouvement de la "Nouvelle Manga" avec des récits plus ou moins autobiographiques, s'appuyant largement sur le quotidien et en mettant en avant cette volonté d'échange entre deux cultures à travers la bande dessinée d'auteur.

 

     L'ensemble est agréable à lire. Le format court des récits est parfois frustrant tant on a l'impression que les auteurs manquent parfois de place pour développer leurs histoires. D'ailleurs Nicolas de Crécy a repris son récit de Japon pour en constituer une "version longue" dans Journal d'un fantôme. Notons quand même que certains s'en tirent mieux que d'autres ; Taniguchi en particulier, s'accommode parfaitement de ce format.

 
B. R., Bib 2A


    
   
par Benoît publié dans : fiches de lecture AS et 2A
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Dimanche 25 mai 2008

     Il semble que le métier de traducteur soit né aux environs de 3000 avant Jésus Christ. On en retrouve la trace en Egypte et en Mésopotamie sous la forme de tablettes faisant office de grammaires et de glossaires multilingues. Ce sont les scribes qui exerçaient ce métier. La traduction était donc étroitement liée aux fonctions officielles et administratives. 

     La Bible est un des premiers ouvrages littéraires à avoir été traduit. Cela en 385 par Saint Jérôme. Le pape Damas lui avait confié le soin d’établir une nouvelle version latine de la Bible. Cette version, nommée la Vulgate, sera longtemps considérée comme la meilleure des traductions. Elle vaudra d’ailleurs à Saint Jérôme d’être appelé le saint patron des traducteurs.


     La traduction a aujourd’hui une place incontestée dans le monde littéraire. Nous vous parlerons tout d’abord la situation dans le monde de l’édition française, puis nous vous présenterons les cinq meilleures ventes de livres traduits en France en 2007.


Saint Jérôme lisant, Georges de La Tour


La part de la littérature étrangère en France


     Quelle langue les éditeurs français traduisent-ils le plus ?

     Deux tiers des traductions, tous genres confondus, le sont de l’anglais. Soit pour l’année 2005 et selon les chiffres du Syndicat National de l’Edition, 808 ouvrages issus des Etats-Unis et du Royaume-Uni. Viennent ensuite les livres japonais (110 titres dont 99 bandes dessinées mangas), allemands (71 titres), italiens, espagnols et néerlandais.

     Le goût de l’édition française pour les productions françaises semble pourtant se ralentir. En effet, 1191 titres ont été traduits en 2005, dont 383 ouvrages de littérature et un nombre à peu près équivalent de livres pour la jeunesse, contre 1404 en 2004. Pour un titre étranger acquis, cinq titres français sont vendus dans le monde.

     La langue la plus traduite par les membres de l’Association des traducteurs littéraires de France (ATLF) est l’anglais (52%) puis l’allemand, l’espagnol et l’italien.

 

Les collections des maisons d’édition

 

     Plusieurs maisons d’édition ont créé des collections dédiées à la littérature étrangère traduite. C’est notamment le cas de Seuil, qui lui a consacré plusieurs collections, et les éditions Gallimard avec la collection " Du monde entier ".




     D’autres se sont spécialisés dans le domaine comme
Gaïa.

 


Les Éditions du Seuil

 

    La littérature étrangère occupe une place particulière.


     La première collection est Don des langues, une collection bilingue de poésie étrangère dirigée par Pierre Leyris qui y publiera notamment les traductions de T.S. Eliot (Prix Nobel de Littérature 1948), ainsi que David H. Lawrence et des traductions d’auteurs russes par Armand Robin.

     En 1949, les éditions du Seuil publient un écrivain italien, Giovanni Guareschi, dont la saga Le Petit Monde de Don Camillo, diffusée en plusieurs volumes et vendu à 1,2 millions d’exemplaires fera la fortune du Seuil.

     Sa réputation établie, le Seuil s’oriente davantage vers la littérature étrangère. De nouvelles collections apparaissent comme Sources orientales en 1959 ou Méditerranée consacrée à la littérature d’Afrique du Nord.

     La littérature étrangère se développe au sein des éditions du Seuil dans les années 60 et 70, en particulier dans le domaine des lettres anglo-saxonnes mais aussi allemandes avec la traduction d’écrivains engagés (Ingeborg Bachmann, Günter Grass…). De nombreux grands auteurs du monde entier sont traduits tels Italo Calvino, William Boyd, Gabriel Garcia Marquez… La plupart de ces auteurs intègrent la collection Le don des langues.


 

     Une maquette réalisée par le graphiste Pierre Faucheux caractérise depuis 1958 les ouvrages du Seuil, repérables par leur cadre de couleur bordant la couverture blanche : cadre rouge pour le domaine littéraire français, cadre vert pour le domaine étranger.

 

Les Éditions Gallimard

 

     Tout comme le Seuil, Gallimard a vu sa part de littérature étrangère évoluer et augmenter. Il a même créé une collection prévue uniquement pour cela : Du Monde Entier.

     " Du Monde Entier " est la principale collection de littérature étrangère des Editions Gallimard. A été publié notamment Le Dieu des Petits Riens (A. Roy) qui fait partie des titres les plus emblématiques.

     Le premier titre paru dans cette collection fut Après (Der Weg Zurück) d’Erich-Maria Remarque en 1931.

D’HIER A AUJOURD’HUI

     " Du Monde Entier " est créé au printemps 1931 dans un contexte de développement de la littérature étrangère.

     Jusqu’en 1950, la collection ne s’adresse qu’aux bibliophiles car ne sont réunies que les éditions originales de certaines traductions. Pourtant, " Du Monde Entier ", première collection dédiée à la littérature étrangère n’entraîne pas la disparition de la littérature étrangère sous d’autres dénominations. De nouvelles collections sont créées : " Les Classiques Russes " avec Bounine, Gontcharov en 1935, " Les Classiques Anglais " quatre ans plus tard, publiant des titres d’Emily Brontë, Dickens… puis " Les Classiques Allemands " en 1941 avec Eckhart, Goethe…

     La collection n’a jamais eu de directeur attitré. Pour l’enrichir, on a fait appel à des membres du comité de lecture et des collaborateurs extérieurs.

     Quelques classiques de la collection : Hemingway, L’Adieu aux armes, Le Vieil homme et la mer… Kafka, Le Procès, Le Château… D.H Lawrence, L’Amant de Lady Chatterly

     On dénombre aujourd’hui parmi les titres de la collection environ 35 langues traduites et parmi les auteurs, plus de 55 nationalités (dont 24 européennes).


Quelques chiffres à titre indicatif :

Création :
1931

Titres parus : 1700 environ

Nombre de titres disponibles : 1300

Ventes depuis parution : 11 millions d’exemplaires.

Le top 5 des traductions en 2007

1 _ Benoît XVI, Jésus de Nazareth, tome 1 : Du baptême dans le Jourdain à la Transfiguration. Paru en mai 2007 chez Flammarion, traduit par Dieter Hornig, Marie-Ange Roy et Dominique Tassel.

2 _ Paulo Coelho, La sorcière de Portobello. Paru en mai 2007 chez Flammarion, traduit par Françoise Marchand.

3 _ Woody Allen, L’erreur est humaine. Paru en mai 2007 chez Flammarion, traduit par Nicolas Richard.

 

4 _ John Le Carré, Le chant de la mission. Paru en septembre 2007 aux éditions du Seuil, traduit par Mimi Perrin et Isabelle Perrin.

5 _ Joan K. Rowling, Les reliques de la mort. Paru en octobre 2007 chez Gallimard, traduit par Jean-François Ménard.

 


Un traducteur célèbre

     L’un des plus célèbres traducteurs découvreurs, aujourd’hui disparu, et qui donne son nom à un prix de traduction est Maurice-Edgar Coindreau. Ce jeune professeur d’espagnol envoyé comme lecteur aux Etats-Unis lit avec passion les nouveaux auteurs américains dont un certain William Faulkner… Il proposera ce dernier aux éditions Gallimard et Faulkner deviendra par la suite une référence pour toute une génération d’écrivains français.


Conclusion

     En France, la grande majorité des livres traduits sont d’origine anglo-saxonne et pour le reste principalement espagnole, italienne et allemande. Mais les traductions russes et japonaises, entre autres, ont tendance à se développer.

Marine et Sophie, Bibliothèques 2e année. 


Quelques liens :


Stock Cosmopolite

Belfond littérature étrangère

Edi
tions des deux terres

Site Picquier
, littératures d'Asie.

Editions de l’Aube, idem.

Chandeigne, littérature portugaise.

Métailié, littératures sud-américaines.

Verdier, collection "Terra d'altri", littérature italienne.

Kéruss, éditeur québécois... de littérature russe.

par Marine et Sophie publié dans : fiches de lecture AS et 2A
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Vendredi 23 mai 2008

 
Patrick CHAMOISEAU,
Texaco
Gallimard, 1994
Collection Folio
497 pages



















     Texaco est une oeuvre kaléidoscopique, mosaïque, dont la forme correspond parfaitement à l’épopée créole que l’auteur nous livre à travers une tresse d’histoires.Ce récit mythique rend compte de l’aventure collective du peuple martiniquais en contant les péripéties individuelles de Marie Sophie Laborieux et de sa famille. Composé de textes de nature différente (les missives de l’écrivain, les notes de l’urbaniste, les cahiers de Marie Sophie laborieux qui entrecoupent la narration principale de l’héroïne), le livre nous donne à voir et entendre la multiplicité créole et l’imaginaire baroque d’un auteur engagé.


     J’ai choisi de développer trois axes pour entrer dans la récit :

Le temps, L’espace, et La Parole.

     Car ces trois mots essentiels suffisent à ancrer un homme dans sa réalité et rendre à un peuple sa dignité. Telle est l’entreprise ontologique de Chamoiseau, véritable poiésis qui transforme et continue le monde.

 

I- ECRIRE SA PROPRE HISTOIRE


Une vision de soi et du lien à l’Autre

 

Ecrire pour reconquérir sa propre histoire : le mythe et l’épique


     Afin de redonner une colonne vertébrale à la destinée des martiniquais, les romanciers de la créolité se veulent historiens. Dans Eloge de la Créolité, manifeste écrit par Patrick Chamoiseau, Raphael Confiant et Jean Bernabé, le projet se définit comme une entreprise idéologique d’ordre nationaliste. Il s’agit d’échapper à l’ethnocentrisme historique et à la chronique coloniale en faisant en sorte que les Antillais réinvestissent leur histoire.


     Pour cela, les écrivains se font les chantres d’une histoire épique, militante. Il faut interpréter le passé pour en dégager un message, un sens, le rendre disponible pour l’idéologie (légende dorée des ancêtres de Marie Sophie Laborieux). Puisque l’histoire a été faite par l’Autre, le dominateur, l’élite blanche, l’écrivain réorganise l’approche historique pour la recentrer sur le non-événementiel et la vision intérieure. (Par exemple dans Texaco, l’histoire du peuple est racontée à travers des péripéties individuelles, les conflits ne sont pas ressentis par eux-mêmes mais par les conséquences qu’ils ont sur les personnages). L’auteur explore les interstices, comble les lacunes, magnifie le courage du peuple et loue son génie de la survie.

 


     Récit épique, le roman se substitue à la réalité. Les épopées ne sont pas écrites avant ou pendant les actions historiques mais après. C’est un récit de compensation : le roman est écrit un peu comme une épopée, au moment même où Texaco a disparu.

 


     De même, Texaco est une re-création, une " Création mythologique " (p426). Défigurée par l’esclavage, la Martinique ne possède aucune histoire à elle, qui lui confère son identité métisse et lui raconte la possession de la terre. La littérature se fait donc restauration et transmission d’une parole de nuit. En ce sens Texaco devient mythe fondateur en relatant l’origine et le sacré (le grand-père africain, figure originelle de la résistance, Esternome, le père de Marie Sophie, les Mentô, hommes de force …). Le texte n’explique pas à proprement parler, mais raconte une histoire symbolique qui dit le lien unissant les membres d’une communauté. A travers le caractère exemplaire du mythe, Chamoiseau restitue ainsi toute son intégrité bigarrée, son identité volée au peuple antillais.

 

 

L’Importance de la lignée


     Avec l’histoire de l’héroïne et de sa famille, on assiste à la construction d’une histoire collective du peuple créole.

 


     La notion de filiation garantit la conservation du passé (parole) :

 


     " La sève du feuillage ne s’élude qu’au secret des racines. Pour comprendre Texaco et l’élan de nos pères vers l’En-Ville, il nous faudra remonter loin dans la lignée de ma propre famille car mon intelligence de la mémoire collective n’est que ma propre mémoire. " p 44

 


     Cependant, l’écrivain nous fait sentir la fragilité de cette transmission et la déperdition de la culture orale africaine (mort de l’Africaine –" Peu de monde aussi autour de sa mémoire " p 133 et p 426 : " Je pleurai aussi de consternation en voyant à quel point les conteurs étaient vieux, et combien leur voix isolées du monde semblaient s’enfoncer dans la terre comme une pluie de carême derrière laquelle je galopais en vain ").

 

 

Ecrire L’aliénation et la relation à l’Autre :


     " Notre vérité s ‘est trouvée mise sous verrous, à l’en bas du plus profond de nous-mêmes, étrangère à notre conscience et à la lecture librement artistique du monde dans lequel nous vivons. Nous sommes fondamentalement frappés d’extériorité. (…) Nous avons vu le monde à travers le filtre des valeurs occidentales, et notre fondement s’est trouvé exotisé par la vision française que nous avons dû adopter. Condition terrible que celle de percevoir son architecture intérieure, son monde, les instants de ses jours, ses valeurs propres, avec le regard de l’Autre. Surdéterminés tout du long, en histoire, en pensées, en vie quotidienne, en idéaux (…) nous avons été déportés de nous-mêmes à chaque pan de notre histoire scripturale. "
(Eloge de la créolité)


     Dans Texaco, Chamoiseau ausculte le lien qui unit les Antillais à la métropole et décrit à travers son roman les processus d’aliénation, d’acculturation et d’assimilation qui ont conduit le peuple créole à la dérive identitaire, créatrice de violence, de folie et d’errance existentielle.

 


     Le peuple, plongé dans une grande misère, souffre d’un sentiment de déracinement. La population n’a jamais vraiment eu le contrôle de la terre antillaise. Sa difficulté à trouver un point d’ancrage engendre la déréliction et l’exil intérieur. Plusieurs personnages, les driveurs, symbolisent l’incapacité à se fixer (Nelta p 295 et 299, Arcadius p 392-394). Le désir de fuir, de ne pas se confronter au réel ou de sombrer dans la violence et l’alcoolisme affectent plus particulièrement les hommes (les majors, les violeurs ou pères incestueux). A l’image de Marie Sophie, " femme-matador ", les femmes résistent davantage à la déroute identitaire et s’affirment comme les piliers de l’univers créole.

 


     On constate un attachement profond à la mère patrie (patriotisme), qui subit une idéalisation et devient objet de culte (célébration du Général De Gaulle lors de sa venue). Chamoiseau évoque également de façon récurrente la grande admiration que les individus vouent à la culture française à travers plusieurs personnages (Gros Joseph, Ti Cirique).

 


     Cependant, cet amour est très ambivalent puisqu’il procède de l’aliénation.


     Cette entreprise d’assimilation qui confine à l’acculturation est décrite à travers la figure du mulâtre. P 82-83 ou p 265.

 


     Chamoiseau dénonce à la suite de Frantz Fanon (Peaux noires et masques blancs) cette idéologie du blanchiment : le procédé de lactification : p 83.  " Tout un chacun rêvait de se blanchir "

 

   

 II- LES LIEUX


     Dans Texaco, Chamoiseau décrit le lien profond qui unit les Martiniquais à la terre, à leur espace de vie.

 

Il met en évidence trois lieux symbolisant l’origine de l’identité créole.


L’habitation, lieu central


     C’est une monde à part qui évolue en vase clos : p 55.


     L’auteur montre l’horreur des sévices ( cachot p 46, 47) et la hiérarchie qui y règne (Békés, les administrateurs, les esclaves grand case et esclaves de terre).

 


     Lieu de l’aliénation (en même temps, lieu de la souffrance et lieu de naissance du jeune Esternome, père de Marie Sophie) et de la désintégration (Destruction du noyau familial : souvent géniteur inconnu), l’habitation est également le lieu du combat souterrain des esclaves (empoisonnement) p 45 / fuite des Marrons).

 


Le Morne et le jardin créole

 


" Le sol, par-dessous les maisons demeurait dans notre esprit étrangement libre, définitivement libre " p 350.

 


     La force du peuple créole, le génie de sa survie résident dans son lien à la nature. Ce rapport à la terre, équilibré, harmonieux, apporte au peuple l’humanité indispensable à la formation d’une communauté.

 


     Le paysage constitue l’être, il n’est pas un décor. La liberté émane du Morne : l’épisode de la Noutéka Des Mornes, acte fondateur d’Esternome qui devient un chant épique (p 140 à 150) traduit ce mouvement existentiel émancipateur : La Noutéka est la conquête du pays pour s’approprier la terre et se forger une identité propre.

 


     " (…) Pour me dévoiler cette Odyssée voilée, mon Esternome utilisa souvent le terme de noutéka. C’était une sorte de nous magique. A mon sens, il chargeait un destin d’à-plusieurs dessinant ce nous-mêmes qui le bourrelait sur ses années dernières " p 139.

 


     " C’était bâtir le pays (pas le pays mulâtre, pas le pays béké, pas le pays kouli, pas le pays kongo : le pays des nèg-terre. Bâtir le pays en Quartiers, de Quartier en Quartier, surplombant les bourgs et les lumières d’En-ville. (…)

 


     Dire Quartier c’est dire : nègres sortis de liberté et entrés dans la vie en tel côté de terre. Habitation voulait dire : Grand-case, dépendances, terre et nègres amarrés. Quartier voulait dire : soleil, vent, œil de Dieu seulement, sol en cavalcade et nègres échappés vrais. " p 145


     De loin ; ça semble bonheur la chance, mais en fait, Marie Sophie, c’est balises du destin. Il te faut lire le paysage ". p 146

 


     Pour décoder la complexité créole, la matrice d’origine, il faut se pencher sur les traces inscrites dans la terre.

 


" Notre paysage est son propre monument ", Edouard Glissant.


     En fait, la temporalité, les étapes de la conquête sont gravées dans l’espace. L’identité créole et son passé se dessinent dans les paysages.

 


     " Les Traces étaient donc autres que les routes coloniales : elles menaient sans trompette où ton cœur le voulait. " p 148.

 


 La conquête de l’En-Ville ou la prise d’un territoire : trouver une place

 


Geste créole, quête existentielle : " L’En-Ville désigne ainsi non pas une géographie urbaine bien repérable, mais essentiellement un contenu, donc, une sorte de projet. Et ce projet, ici, était d’exister ", p 422.

 


     En fait pénétrer l’en-ville et y être accepté, c’est s’ancrer dans l’espace, trouver une place digne (l’espoir d’un travail rémunéré, synonyme de respect et d’autonomie) : " Ce qui m’a sauvée, c’est de savoir très tôt que l’en-ville était là. L’En Ville, avec ses chances toutes neuves, marchandes des destinées sans cannes à sucre et sans békés. L’en Ville où les orteils n’ont pas couleur de boue. ", p 43.

 


     Mais Fort de France est aussi montré comme le monde des plus fortunés, des mulâtres et des blancs ( p 135). Un monde fait d’exclusion et de solitude qui annihile la communauté créole fondée sur les liens de solidarité entre déshérités. Ce grand cloisonnement engendre la décomposition du groupe , la perte de sa cohésion, de sa force et de sa vitalité. Déshumanisation et ruine sociale.

 


Parfois l’En-ville est décrite comme un monstre, un ogre destructeur (p244).

 

 
TEXACO et l’image de la Mangrove urbaine


     Texaco, quartier créé par Marie Sophie Laborieux, aux abords de Fort de France, est un peu la fusion de l’en-ville et du morne avec l’importance de la mémoire, la chaleur humaine, la solidarité et les réflexes d’autosubsistance.

 


     La construction du quartier marque la volonté de mettre fin à l’errance, de s’attacher au sol. La bataille pour garder Texaco c’est la lutte pour affirmer son identité, pour être reconnu socialement.

 


     Pour définir Texaco, l’écrivain utilise l’image matricielle de la Mangrove.

 


     Celle-ci est le lieu premier de la vie. Point de la côte où se mêlent eaux salées et eaux de rivières, c’est un espace très fécond où se reproduisent beaucoup d’espèces (p 289 et p 249).

 

     La Mangrove est une constante dans la littérature antillaise. Ainsi, Saint John Perse parle de " vases fécondes " et dans Eloge de la Créolité, on retrouve cette image :


     " La créolité c’est le monde diffracté mais recomposé, un maelström de signifiés dans un seul signifiant : une Totalité.

 

     (…) La créolité est une spécificité ouverte. C’est exprimer une totalité kaléidoscopique. Elle est une annihilation de la fausse universalité, du monolinguisme et de la pureté. Elle est notre soupe primitive et notre prolongement, notre chaos originel et notre mangrove de virtualités. Car le principe même de notre identité est la complexité. "


     Texaco symbolise donc la Poétique de la relation. C’est l’allégorie de la Martinique et de son brassage ethnique. Incarnation du métissage, de la diversité, - de la diversalité comme l’avancent les essayistes d’Eloge -, il exprime la volonté de se situer au carrefour, à la confluence, d’appartenir au Tout-Monde cher à Edouard Glissant.

 

   

III- LA PAROLE, SIÈGE DU SOUVENIR ET FONDATRICE DE L 'HISTOIRE 


Un texte messianique


     La forme et la construction du livre mettent en scène une parole rhizomique.

 


     La multiplicité des voix narratives donne une perspective commune, solidaire, au cheminement intérieur du peuple. Sorte de biographie mythique d’une communauté, Texaco met la parole au centre de la narration pour exprimer l’affermissement identitaire, l’avènement d’un monde antillais enfin reconnu.

 


     En cela, Texaco est un récit messianique (on trouve beaucoup de titres de chapitres et d’évocations littéraires, souvent ironiques, rappelant la Bible. )


     Les motifs de La Noutéka / exode, la figure du Christ (l’urbaniste sauveur), le pouvoir de la nomination (nom secret de Marie Sophie Texaco), le Mentô / prophète… autant de signes qui reprennent les codes des récits bibliques et donne à voir la réalisation d’un destin commun.

 


Un texte imprégné d’oralité : L’Oraliture ?


     Le rôle de la parole est fondamental dans le récit. Son pouvoir assure la cohésion de la société. C’est la seule arme dont dispose le peuple. Le récit de son père à Marie Sophie, conté ensuite au marqueur de paroles, (= l’écrivain), engendre Texaco, le livre. La parole est acte, lente élaboration d’un univers complexe mais cohérent.

 


     L’oralité est l’unique moyen d’échapper à l’aliénation en transmettant la mémoire du peuple créole qui fonde son identité.

 


     La puissante figure du Mentô symbolise cette autre parole de la nuit, elle incarne la résurgence originelle africaine, La Force, d’ordre magique et poétique.

 


     Tel un prophète, le Mentô annonce l’exode, il est à l’origine de la conquête du pays et de l’En-ville. Sa parole est fondatrice, ontologique.


L’écrivain-voyant : vers une identité mosaïque


     Pour les signataires d’Eloge de la Créolité, il s’agit d’ " Etre le récolteur de la parole ancestrale, le jardinier des vocables nouveaux, le découvreur de la créolité du créole. L’écrivain éclaboussera cette langue des folies du langage qu’il se sera choisi. "

 


     Le pouvoir hypnotique du verbe et le travail de Chamoiseau sur la langue insufflent dans le texte la réalité insaisissable du vivant.


     Texaco se révèle ainsi un texte-mosaïque à la mélodie et au rythme singuliers qui mélange créole et français.

 


     A propos de celui-ci, les auteurs d’Eloge assurent :


     " Nous avons habité cette langue. Nous nous la sommes appropriée. Nous avons étendu le sens de certains mots. Nous en avons dévié d’autres. Et métamorphosé beaucoup. En nous elle fut vivante. En elle nous avons bâti notre langage. "

 


     Et c’est vrai que sans cesse, le langage se tord et se déforme, la petite musique créole venant déranger l’agencement des mots. Faite de jeux et de détournements sémantiques, la parole virevolte, toujours vive et frondeuse, transgresse les codes et de " glissade de langue " en " chiffonnage de son nom comme les nègres aiment en faire ", hante longtemps la mémoire du lecteur.

 


     Chamoiseau – Oiseau de Cham - rend compte de la situation diglossique du peuple créole partagé entre langue véhiculaire (le français) et vernaculaire (le créole). Il montre ainsi la suprématie du français entraînant un phénomène d’acculturation. On assiste alors au reniement de sa propre langue, de sa propre culture au profit du français.

 


     Or la revendication d’une identité créole passe par la réhabilitation de la langue. Le créateur combine donc les deux, se libère des contraintes pour accoucher d’un texte luxuriant, baroque, et foisonnant se voulant affirmation d’une nouvelle humanité créole.

 


     " Véritable galaxie en formation autour de la langue créole comme noyau, la Créolité connaît aujourd’hui encore un mode privilégié : l’oralité. (…) L’oralité est notre intelligence, elle est notre lecture de ce monde, le tâtonnement, aveugle encore, de notre complexité. L’oralité créole, même contrariée dans son expression esthétique recèle un système de contre-valeurs, une contre-culture ; elle porte témoignage du génie ordinaire appliqué à la résistance, dévoué à la survie. "
  Eloge de la Créolité


Fabienne, A.S. Bib.

  Liens


Sur l’esclavage et le travail de mémoire sur la traite 

http://www.diverscites.fr/

http://www.gensdelacaraibe.org/index.php?option=com_content&task=blogsection&id=60&Itemid=40

Sur l’anticolonialisme

http://www.anticolonial.net/spip.php?article183

Institut du Tout-monde

http://tout-monde.com/

Article sur le racisme (interview Edouard Glissant)

http://www.afrik.com/article11833.html

 

Sur le créole

   

-le site du KAPES KREYOL : de nombreux articles écrits par Patrick CHAMOISEAU sont en ligne.

  http://www.palli.ch/~kapeskreyol/sommaire.html


-le site " Ecrit créole- langue et Culture "

  http://ecrit.creole.free.fr/index.html


- Sur le concept de diversité et de créolité :

http://www.potomitan.info/divers/imaginaire.htm


- Sites de promotion des cultures et des langues créoles

http://www.potomitan.info/index.php

http://www.campuscreole.com/npds/index.php?op=edito

 

 

Sur Patrick Chamoiseau


-le site de Patrick CHAMOISEAU (site anglophone)

  http://www.patrickchamoiseau.cwc.net/index.htm


- Le site RFO (interview)

http://martinique.rfo.fr/article11.html


- Le site Planetantilles 

http://planetantilles.com/index.php5?IdPage=1102595400


-le site littéraire " Ile en Ile "

  http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/chamoiseau.html


- Sur l’identité et l’altérité chez Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau 

http://www.potomitan.info/chamoiseau/identite.php

 

Sur Edouard Glissant 


- Site d’Edouard Glissant 

http://www.edouardglissant.com/


- Site ile en ile

http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/glissant.html


- Article sur la création littéraire chez Edouard Glissant

http://www.potomitan.info/atelier/glissant.php

 

Sur Raphael Confiant :


-Biographie et bibliographie

http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/confiant.html


-
Interview de Raphaël Confiant

http://martinique.rfo.fr/article13.html


- Article sur la parole créole de Confiant

http://www.potomitan.info/atelier/pawol/parcours.php


- Article consacré à Confiant dans la revue en ligne remue.net

http://remue.net/spip.php?rubrique97


- Campus créole

http://www.campuscreole.com/npds/article.php?sid=14

par Fabienne publié dans : fiches de lecture AS et 2A
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Mercredi 21 mai 2008

 

 


Victor Segalen,
René Leys,

Paris, G. Crès, 1922.
Le Livre de Poche, 1999
(coll. Classiques).

 

 











     La question de l’identité est la question centrale de l’œuvre de Segalen; elle est la clé de voûte d’une œuvre et d’une vie ( on parlera ici d’œuvre-vie), entièrement consacrées aux voyages et à la littérature. Le Fils du Ciel, Stèles ou René Leys sont autant d’œuvres qui, inspirées par ses séjours en Chine, font de l’altérité, de cet échange permanent entre le monde et soi, l’essence même de l’écriture.


     Après un parcours biographique, nous verrons comment Segalen formule sa théorie de l’exotisme puis en quoi René Leys constitue un chef-d’œuvre et une construction étonnante sur l’altérité.

 

 

VICTOR SEGALEN ou les Finisterres de l’esprit : Parcours biographique.

 



     Victor Segalen est né à Brest en 1878. Très vite, sa vocation lui apparaît : son attrait pour la recherche, la poésie et pour les voyages (la Bretagne décrite telle « la Chine de l’Occident » - voir le celtisme de Segalen selon Kenneth WHITE). Après de solides études classiques et scientifiques et, sous la férule d’une mère autoritaire et bigote, il entre à l’École de médecine navale de Bordeaux en 1898. De santé fragile, sujet à de fréquentes crises nerveuses (dépression et neurasthénie), il s’intéresse de très près aux désordres mentaux et aux maladies nerveuses. Sa thèse de médecine, soutenue en 1902, présente une analyse de la perception et du traitement de la maladie mentale dans les romans naturalistes. Passionné par la littérature et la musique, il écrit un article très remarqué sur l’École Symboliste, rencontre Huysmans, Saint-Pol Roux ou Debussy - avec lesquels il entretiendra une correspondance. Sa première affectation dans la Marine lui permet de découvrir Tahiti en 1903 - sur les traces de Gauguin qui vient de mourir. Cette rencontre manquée influence durablement l’œuvre de Segalen, qui s’intéresse dans le même temps à la culture maorie et imagine Les Immémoriaux, roman publié en 1907 sous le pseudonyme de Max-Anély. Tout à la fois œuvre de fiction, somme ethnologique et archéologique, le « roman » puise sa substance dans la culture maorie orale et traditionnelle bouleversée par l’intrusion de l’Occident. L’œuvre établit déjà un dialogue entre le réel et l’imaginaire - dialogue que toute sa vie Segalen poursuivra - et le commencement d’un long itinéraire à la recherche d’un moi profond, le Milieu de toutes choses, loin des cartes et de lieux trop précis.


     Au cours de son voyage vers Tahiti, Victor Segalen avait établi un premier contact indirect, avec la Chine, en visitant la « ville chinoise » de San Francisco… mais il lui faudra attendre 1909 pour découvrir sur place l’empire de la dynastie mandchoue finissante.


     Bien qu’exerçant la médecine, Segalen prépare cette rencontre et touche un peu à tout, écrit sur beaucoup de choses mais pour mieux embrasser la diversité qui l’entoure et saisir ce qui fait cette sensation d’être autre et autrement qui l’habite. Il attend que se produise ce choc qui va induire sur son existence et provoquer l’ébranlement subjectif nécessaire à l’écriture - et au parachèvement d’une oeuvre.


      Et ce choc, il sent très vite que c’est la Chine qui va lui permettre de le vivre où il espère trouver « le lieu et la formule » (selon la formule de Pierre-Jean Jouve) et se trouver soi-même.


     La Chine donc: l’exil le plus absolu qui se puisse concevoir…


     Segalen prépare cette rencontre en suivant les cours de langue chinoise de l’École de langues orientales et ceux de l’éminent sinologue Édouard Chavannes. Puis il réussit le concours d’élève-interprète de la Marine et se voit détaché pour deux ans de stage.


     En fait, il effectuera trois séjours en Chine et va s’enfoncer dans la réalité chinoise comme aucun écrivain occidental ne l’a jamais fait. « Au fond, écrit-il à Debussy en 1911, ce n’est ni l’Europe ni la Chine que je suis venu chercher ici, mais une vision de la Chine. Celle-là, je la tiens et j’y mords à pleines dents ». L’essentiel de l’œuvre de Segalen est orienté par la Chine : Stèles (1912), Peintures (1916), René Leys (1922) ou Équipée (1929) - tous publiés à titre posthume - et tout le matériel archéologique de Chine, la grande statuaire en sont les résultats.


     En effet, lorsque Segalen débarque en Chine avec femme et enfants, il souhaite atteindre au plus profond, au cœur de ce vaste empire - et de son rêve. Et il va y parvenir, avec l’aide de ses amis Jean Lartigue et Augusto Gilbert de Voisins ( ce dernier, écrivain et esthète richissime, est le mécène des expéditions) par la voie la plus intime qui est celle de l’archéologie. L’archéologie qui fouille, qui fouaille, qui pénètre et qui fait lentement remonter à la surface des choses - le réel - que la main de l’homme - le découvreur, le poète - débarrasse de ses scories pour y retrouver l’image d’un rêve projeté que la mémoire et le geste tout à la fois recréent. C’est en parcourant les routes de la Chine intérieure qu’il demeure fasciné par ces stèles qui s’élèvent au bord des chemins, sorte de « peaux de pierre » qui lui inspireront cette forme poétique singulière. La déclaration de guerre vient interrompre son ascension du Tibet, « acte manqué » qui lui inspirera un poème-testament mais il effectue peu après un troisième et dernier voyage où, en tant que médecin militaire, il est chargé d‘examiner des volontaires chinois chargés de travailler dans les usines d’armement françaises.


     Après l’armistice, il envisage de quitter la Marine pour se consacrer définitivement à la sinologie mais, son état de santé ne lui permettant plus de repartir, il semble gagné par une maladie mystérieuse dont il rend compte au quotidien dans sa correspondance après une existence passée dans la poussière des chemins et le mouvement. On retrouve son corps le 23 mai 1919 au milieu de la forêt d’Huelgoat, un exemplaire de Hamlet à la main.

 

 

L’EXOTISME SELON SEGALEN : Une « esthétique du Divers ».

 

     Les années passées en Océanie avaient conduit Segalen à méditer sur la notion d’exotisme. En 1908, dans l’intention d’écrire un jour un Essai sur l’exotisme, il se mit à rédiger un certain nombre de notes pour préciser ces idées sur le sujet. L’essai ne verra jamais le jour mais Segalen ne cessera jamais d’étoffer son dossier, consignant des réflexions à la suite de lectures, de rêveries ou d’un voyage. Dans ces notes, il condamne deux sortes d’exotisme. La première consiste à rechercher uniquement le pittoresque de choses étrangères et à collectionner ce qui dérange délicieusement les conventions d’usage et de goût. Cette forme d’exotisme a la vie dure depuis le XVIIIe siècle. Les meilleurs représentants de l’époque de Segalen sont Loti et Farrère. S’ils avaient le mérite de transporter leurs lecteurs dans des pays et des civilisations étrangers, ils ne cherchaient que des décors à leurs intrigues restées européennes sous le déguisement exotique. Ces écrivains-là ne cherchent pas à pénétrer dans les coutumes et l’âme des nations étrangères et ne traduisent dans le meilleur des cas que l’apparence de ces cultures et surtout leurs réactions personnelles, de curiosité ou d’ennui devant l’étalage du bizarre et de l’incompréhensible. Plus subtile et plus redoutable aussi est la seconde sorte d’exotisme dont l’œuvre de Claudel et son Connaissance de l’Est est une brillante illustration : Segalen ne remet pas en question la beauté de son œuvre ni son prestige mais son intellectualité tend à défigurer la valeur et l’essence de l’autre (la rencontre entre les deux hommes à Pékin est loin d’avoir laissé un souvenir impérissable à Segalen…).


     Segalen souffrit très tôt d’une éducation rigoriste et puritaine, visant à reproduire un modèle conforme
à l’idéal social, moral et religieux de la famille brestoise. La prise de conscience et bientôt la revendication d’une Différence lui permettant de s’affirmer en tant qu’être spécifique passent par la découverte de la sensation, cet interdit de la petite bourgeoisie bretonne à la fin du XIXe siècle, pour laquelle la notion même de plaisir est tabou. Sentir, en effet, c’est éprouver l’écart entre soi-même et ce qui est fondamentalement Autre. La sensation ouvre Segalen à la Différence et le fait entrer dans l’univers de l’altérité, traduisant cette co-naissance au monde dont Claudel fera l’un des fondements de son Art poétique.


     L’exotisme de Segalen est une véritable esthétique personnelle, d’une subtilité très proche des subtilités de Mallarmé qui voulait « peindre, non la chose, mais l’effet qu’elle produit ». Il s’agit, à travers un échange constant entre le Même et l’Autre, de pratiquer une sorte de jeu de miroirs, de reflets et d’échos qui permette de suggérer une vision personnelle. « L’Exotisme considéré comme une esthétique du Divers »: cette formule ne s’applique pas seulement sur les différences de nations et de cultures mais aussi sur toute différence qui sépare un objet d’un autre, un être d’un autre être. L’exotisme devient la charte du refus du semblable et du continu, l’exaltation de différences comme sources de toute beauté. En vertu de la règle d’exotisme, passer du l’Autre au Même, du monde extérieur au monde intérieur, ce rythme d’alternance conduit nécessairement à un approfondissement de soi. Il ne s’agit pas d’adopter aveuglément - comme on le ferait de nos jours - mœurs et cultures étrangères mais de se servir des mœurs et cultures étrangères pour mieux mesurer et savourer ce qui fonde sa différence. La connaissance d’autrui ramène ainsi à la connaissance de soi. L’exploration de l’espace extérieur s’achève en l’exploration de l’espace du dedans: « On fit comme toujours un voyage au loin de ce qui n’était qu’un voyage au fond de soi. » (Équipée).


     Mais le poète, sensible à toutes les formes et à toutes les richesses du réel, se trouve logiquement amené à explorer cet autre du Réel, qui est l’Imaginaire. Employé par Segalen, ce mot serait trop long à définir. Cependant, on peut affirmer que, pour lui, la saveur et la beauté de l’expérience voyageuse tiennent dans l’opposition, dans l’antagonisme entre le Réel et l’Imaginaire. Sacrifier l’un des deux, c’est trahir l’exotisme et mutiler la Beauté ( « 
L’imaginaire déchoit-il ou se renforce quand on le confronte au réel ? » ).


     Voilà pourquoi la Chine est la vraie patrie spirituelle de Segalen. Dans l’immense continent chinois, il a dû affronter et vaincre les durs obstacles du Réel à travers des expéditions rudes et mouvementées. Mais la Chine est aussi, plus que partout ailleurs, un pays traversé par des puissances invisibles. La Chine, pays du Réel, est aussi le domaine d’élection de l’Imaginaire. En se frottant durement au Réel, il a pu mettre en relief les vertus de l’Imaginaire. Il construit son œuvre comme une médiation entre ces deux puissances antagonistes et complémentaires.

 

 

LA CHINE A L’ÉPOQUE DE SEGALEN : Quelques repères historiques.

 

     Lorsque Segalen arrive en Chine, en juin 1909, c’est pour assister à l’effondrement du pouvoir impérial mandchou. La régence est assuré par le prince Tchouen car le nouvel empereur, Pou-Yi, n’a que trois ans. L’année précédente, l’Empereur Kouang-Siu, est mort, en même temps que sa tante et mère d’adoption, la vieille et redoutée Impératrice Tseu-Hi. Bien que son règne dura dix-neuf ans , le pouvoir ne cessa d’être exercé par Tseu-Hi qui contraint son neveu l’Empereur à la réclusion dans son propre palais. Affaibli par la guerre sino-japonaise de 1905, le vieil empire chinois devient la proie des convoitises de toutes les grandes puissances. Face à cette « curée », réformateurs et traditionalistes s’affrontent. Menée par la figure de Yuan Che Kai, la révolution est inévitable et va entraîner, en 1911, l’abdication de l’Empereur, l’instauration de la République et la fin d’institutions millénaires.

 

 

RENE LEYS : UN « CHEF-D’ŒUVRE DE REALISATION MYSTERIEUSE ».

 

     Segalen a le souci constant de se renouveler chaque fois qu’il entreprend une œuvre importante. Avec René Leys, il va tenter de remettre en cause les principes du genre romanesque (dont le développement tyrannique l’agace et constitue le genre utilisé par les écrivains « exotiques »  qu’il proscrit) et surtout de remettre en cause la notion d’Auteur. Dans ce récit, il se refuse à jouer le rôle de l’auteur omniscient et extérieur au récit puisque il avoue sa présence dans le livre à travers un narrateur qui porte son nom et même son prénom, narrateur qui ignore cependant les événements ultérieurs du récit et son dénouement ( Couverture de l’édition de 1922 : deux noms se disputent la couverture, le personnage semblant prendre le dessus sur l’auteur).


     Installé à Pékin, occupé à l’écriture de René Leys, Segalen n’a pas conscience de toute l’importance de l’œuvre qu’il est en train d’élaborer. Il évoque celle-ci comme une sorte de délassement et y voit une parodie du roman commercial de l’époque, du roman-feuilleton et plus particulièrement du roman policier à la manière de Gaston Leroux avec, pour intrigue, le mystère du Dedans d’où les titres proposés de Jardin mystérieux ou Le mystère de la chambre violâtre dont l’intention parodique est évidente. A l’origine de ce projet, sa rencontre avec Maurice Roy, à Pékin, en 1910. Segalen fit la connaissance de ce jeune Français qui s’exprimait en pékinois à la perfection. Son père, directeur des Postes à Pékin, l’avait proposé comme professeur de chinois. Segalen ne pouvait rêver de meilleur introducteur aux choses de la Chine. Par suite des révélations du jeune homme sur les menées occultes du Dedans (la Cité interdite), Segalen, troublé par leur vraisemblance et en même temps sceptique, quant à la crédibilité du personnage, décide de tenir un journal qu’il intitule: Annale secrètes d’après Maurice Roy. C’est à partir de ce document qui en constitue l’avant-texte qu’il va se mettre à écrire René Leys.


     Segalen n’a pas eu beaucoup de transpositions à faire pour en tirer un roman. René Leys se présente sous la forme d’un journal tenu par un Français désireux d’écrire un roman sur la vie et la mort de Kouang-Siu. Il lui faut pour cela pénétrer dans le Palais impérial (la Cité Violette Interdite) afin de recueillir les documents et les renseignements utiles. Il croit trouver dans René Leys, jeune compatriote beau et séduisant professeur de chinois, le guide idéal. Celui-ci affirme diriger la Police secrète du Palais après avoir été l’intime de l’Empereur Kouang-Siu et lui avoir sauvé la vie mais surtout être l’amant de l’Impératrice douairière, sa veuve, dont il aurait eu un enfant… Loin d’être un simple décor, Pékin constitue aussi l’un des personnages du récit qui semble épouser la forme même de la ville - ou plutôt des villes superposées - qui la composent (« On ne peut disconvenir que Pékin ne soit un chef-d’œuvre de réalisation mystérieuse.. »). En effet, le Pékin exotérique, visible, tangible se double du Pékin ésotérique, impossible à décrire, et pour cause, puisqu’il s’agit de la Cité violette interdite, du Palais impérial situé au centre imaginaire du gigantesque échiquier de la ville.