Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 octobre 2007 5 12 /10 /octobre /2007 21:27
Pedro Páramo
de Juan Rulfo
Juan RULFO,
 
Pedro Páramo,
Gallimard,
coll. "L'Imaginaire", 145 p.


    Juan Rulfo (1917-1986) est un auteur mexicain, référence en matière de littérature latino-américaine et littérature générale.
    Lors d’une enfance plutôt difficile (il sera orphelin à 10 ans), Rulfo fait ses premières lectures, qui le marqueront. Il étudie à Guadalajara, capitale de l’état de Jalisco au Mexique, puis à Mexico, notamment l’Histoire de l’art. Une fois ses études achevées, il part pour de multiples voyages à travers le Mexique et les pays environnants et, dans les années 1930-1940, fait paraître ses premières nouvelles dans les revues America et Pan. Il se lance également dans la photo, qu’il pratiquera tout le long de sa vie. Ses premiers clichés sont publiés aux Etats-Unis dès 1949.
    Pour ce qui est de son travail d’écrivain, il a la chance de recevoir une bourse du Centre Mexicain des Auteurs, ce qui lui permet d’écrire et publier un recueil de nouvelles en 1953 (El Llano en llamas) puis Pedro Páramo en 1955, son seul roman. Il se consacre ensuite, et jusqu’à la fin de sa vie, à l’édition d’une importante collection d’anthropologie pour l’Institut National Indigéniste de Mexico.

    Pedro Páramo débute avec l’évocation de la mort de la mère de Juan Preciado. Elle lui fait promettre de se rendre à Comala, son village natal, afin de retrouver son père qu’il ne connaît pas, et qui n’est autre que Pedro Páramo. Juan Preciado fait donc le voyage jusqu’à Comala, que sa mère lui avait décrit comme un lieu paradisiaque et lumineux, mais où elle n’avait pas remis les pieds depuis des dizaines d’années. Quelle n’est donc pas la surprise de Juan Preciado lorsqu’il ne trouve en place et lieu de Comala qu’un village triste et abandonné !...
    Il fait cependant la rencontre de quelques personnages étranges et insolites, qui lui racontent peu à peu l’histoire du village et de son père, mort il y a des années, et dont le sort de Comala dépendait. Mais, petit tyran de province, Pedro Páramo a volontairement laissé mourir le village. Et les étranges et insolites rencontres de Juan Preciado s’avèrent être des habitants morts de Comala, qui errent en peine depuis ce temps-là…
    Juan Preciado devra souffrir afin de reconstituer le difficile passé de son père et de Comala…

Cet unique roman de Juan Rulfo sera néanmoins très vite considéré comme une œuvre majeure de la littérature, entre autres par des gens tels Carlos Fuentes, Gabriel Garciá Marquez, Günter Grass, etc…
Pedro Páramo a été et est encore très étudié à l’université et fait donc l’objet de multiples études, dont celle de Jorge Zepeda, La réception initiale de Pedro Páramo.

Récit morcelé et bouleversant la chronologie, ce roman nécessite un réel effort du lecteur, qui doit faire le lien entre les différents événements, grâce à de discrets indices glissés au fil du texte.
On a une alternance assez régulière entre le passé et le présent jusqu’à la moitié environ, où le passé prend largement le pas sur le présent qui disparaît alors.

Dans ces quelque 175 pages, l’auteur aborde des thèmes aussi forts et profonds que la mort, la peur, la religion et la folie.
La mort, vous l’aurez compris, est traitée d’une manière bien particulière, propre aux conceptions des peuples précolombiens.
La peur, vécue par tous les personnage, est donc universelle : peur de la domination, peur de la mort, peur de la perte de l’être cher…
Pour ce qui est de la religion, une large part est donnée au péché. Péché pardonné lorsqu’il est impardonnable, non-pardonné alors qu’il aurait dû l’être…Un des personnages principaux est un curé en combat avec sa propre conscience, de moins en moins sûr de sa légitimité.
Tout cela a lieu dans un contexte de délire général, une atmosphère « phtisiquement » pesante. Cette ambiance lourde est traduite par le motif de la goutte d’eau : larme de tristesse, elle se transforme facilement en goutte de pluie venant d’un ciel sombre et lui-même pesant, avec tout ce qu’il peut porter de peuple divin…
L’univers fleuri et plutôt joyeux de la jeunesse de la mère de Juan Preciado s’est donc transformé en un lieu stérile, désert, quasiment pourrissant. A cause de l’irrémédiable décision d’un terrible Pedro Páramo, devenu aphasique d’amour et de rancœur. Son nom lui-même laisse présager quelque anéantissement : « Pedro » renvoie à « pierre », le prénom, mais aussi l’objet minéral et inerte, alors que « Páramo » signifie explicitement « étendue désertique », « plaine stérile »…
Et l’homme au nom si dévastateur finit bel et bien par transformer Comala en une sorte de purgatoire, sans autres souffrances que celles que l’on porte déjà, mais sans plaisir ni réconfort, et où les morts errent en peine, incapables de reposer en paix…

En cédant au vieux réflexe qui consiste à essayer de donner un sens à chaque œuvre, alors qu’elle n’en réclame pas d’elle-même, on pourrait parler de ce livre comme d'un roman social, décrivant un Mexique profond et rural avec ses usages, ses croyances et ses superstitions. On pourrait aussi mentionner le fond historique : la Révolution Mexicaine des années 1910-1920, due à un régime politique autoritaire mené depuis la fin du XIXe siècle. Et enfin, on pourrait déclarer bien fort qu’il s’agit d’une critique de cette tyrannie dont fut victime le Mexique, tant au niveau national que régional ou provincial, à cause de ces grands propriétaires terriens sans pitié pour ceux qu’ils réduisent en esclavage !...
Mais ce serait passer à côté de l’essentiel : cette impression étrange de suspension du temps et d’incertitude lorsque l’on quitte des personnages humains et touchants à la fin d’un bon roman.

M.F., A.S. BIB-MÉD

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Recherche

Archives