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19 octobre 2007 5 19 /10 /octobre /2007 21:24
 XAVIER HANOTTE
LES LIEUX COMMUNS
BELFOND
2002

Xavier Hanotte, né en 1960 en Belgique, est un philologue et un germaniste qui traduit des œuvres  du néerlandais, puis se lance dans l'édition juridique et enfin dans la gestion de bases de données informatiques.

Bibliographie :
Manière noire, 1995
De secrètes injustices, 1998
Derrière la colline, 2000
Les lieux communs, 2002

Résumé :
Les lieux communs est un roman mêlant passé et présent, nous présentant deux récits miroirs, qui se croisent et alternent. On lit ainsi la voix contemporaine et innocente de Serge, 8 ans, entouré de sa tante dont il est épris et de ses bruyants collègues, en route pour le parc d'attractions de Bellewaerde. Et un chapitre sur deux, la voix de Pierre se fait entendre : cet officier belgo-canadien rejoint avec quatre très jeunes hommes fraîchement engagés, le front de Bellewaerde, en 1915.

Hanotte visite ainsi les thèmes de la découverte, de l'oubli personnel et collectif, de la solidarité et de la trahison. Mais c'est surtout en jouant sur les contrastes et les parallélismes qu'il touche et perturbe les lecteurs.

Contraste : « de la futilité à la tragédie » (J. C. Lebrun)

Tonalité des voix : la légèreté et l'innocence de l'enfant s'opposent au vocabulaire dur et désabusé de l'adulte. Les différents contextes renforcent bien sûr nettement ce contraste : d'un côté, on a un monde en paix, qui propose des loisirs et de la détente, matérialisé par le parc d'attractions. De l'autre, ce sont le chaos et la brutalité de la guerre.
Ces deux mondes s'opposent aussi par leurs valeurs : Serge vit dans un monde où l'argent et l'individualisme priment. Le petit narrateur surprend notamment les collègues de sa tante qui médisent gratuitement sur elle. A l'opposé, sur le champ de bataille, ce sont la camaraderie et le respect des serments qu'on porte au plus haut.
Au niveau des thèmes : le lecteur est transporté continuellement de l'adrénaline des manèges à l'angoisse de l'obus, de la jalousie infantile du garçon à la générosité mortuaire/morbide du soldat, des éclats de rire aux pleurs. Tandis que Serge se réjouit de son indépendance éphémère, Pierre recherche la compagnie de ses camarades.
 Finalement, c'est le lecteur qui a véritablement l'impression de monter sur des montagnes russes : il ne sait plus s'il doit crier ou sourire.

Parallélisme : deux scènes similaires mais traitées différemment ?

Les deux récits sont écrits en focalisation interne et à la première personne. Ils pourraient donc facilement se confondre s'il n'y avait pas la typographie des chapitres.
 Enchaînement des chapitres : Hanotte joue sur l'illusion du lecteur et reprend un thème d'un chapitre sur l'autre. Il essaye clairement de nous perdre et de nous interpeller.

[fin du chapitre 14] Sur sa trajectoire presque silencieuse, l'obus ne troue encore que de l'air. Mais son souffle va croissant, et sa colère.
Nous l'attendons, guettons l'impact.
Tous muscles tendus et et le coeur battant.
« Incoming ! » gueule quelqu'un, vers les étangs.


[début du chapitre 15] Cette fois c'est notre tour. Ça descend, ça descend, ça descend... D'abord lentement, avec un bruit comme si ça ronflait. Puis la terre fonce vers nous. Alors tout devient fou, le vent siffle, la vitesse augmente. Les gens crient. Je serre les dents et les poings, à me faire mal, je retiens ma respiration...
Plus que deux ou trois secondes avant le plouf. Je l'attends, j'ai peur mais je voudrais pas être ailleurs. Mes mains moites glissent, j'ai envie de crier avec les autres.
Voilà... Maintenant... Ne pas fermer les yeux, surtout...
Plaouff !

C'est le grand plongeon.

 Bérénice, la tante du petit est souvent comparée à un militaire, et l'équipement de Serge nous rappelle également celui des soldats
 Anecdotes semblables traitées sur deux tons : notamment celle de la photo, où chaque groupe (celui de Pierre et celui de Serge) prend la pose devant le lion de Bellewaerde.
 L'action se situant sur le même site, les décors sont donc parallèles : au début, les deux protagonistes sont chacun dans un bus. Puis, ils arrivent dans un parc, où les fleurs « sentent bon » de nos jours, ravagé par les tranchées et les impacts autrefois.
 Le thème de la maladie : les blessés graves se bousculent en 1915 alors que le mal des transports est le plus courant à l'époque contemporaine.
 Des objets sont récurrents : par exemple, la casquette qui revient d'une scène à l'autre : protection et repère pour l'un, détail esthétique pour l'autre.
 La carte aussi se retrouve dans les deux récits : pour se rassurer en silence, les soldats analysent les lignes des tranchées, tandis que le garçon tente de ne pas s'égarer, seul dans le parc.
 Des personnages sont similaires : Bérénice, la tante volage, a quitté son mari Pierre, tandis qu'au début du siècle, Berthe brise le coeur du soldat Pierre.
 Enfin et surtout, c'est le personnage du vieil homme, dans le récit du garçon, qui permet de faire se rejoindre les deux récits : une pelle à la main, une carte dans l'autre, il creuse la terre à la recherche d'un « trésor pas comme les autres », dont on ne connaîtra la nature qu'à la fin. Ce personnage aux couleurs kaki intrigue le petit garçon qui semble être le seul à le voir.

Le garçon vit-il l'équivalent burlesque de la bataille du soldat ?

Ces chassés-croisés et ruptures de tons imprègnent le livre d'une atmosphère étrange, pas vraiment surnaturelle mais un peu onirique, où s'égarent de temps en temps quelques faits inexpliqués.
Finalement, Xavier Hanotte semble nous livrer une sorte d'ode étrange et poétique à la vie et à la mémoire, que l'on pourrait résumer dans sa phrase « que l'Histoire n'oublie pas ce que vous avez fait ! ».

Inès, A.S. Edition.

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