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8 novembre 2007 4 08 /11 /novembre /2007 21:38

Gabriel Garcia Marquez
De l’amour et autres démons, 1994,
traduction d'Annie Morvan,
éd. originale 1995, Grasset et Fasquelle,
Rééd. Le livre de poche, 187 p.


En 1949, envoyé par son rédacteur en chef sur les ruines du couvent Santa Clara, le narrateur, jeune journaliste, découvre un vaste chantier de démolition parsemé d’ossements ; on vide les cryptes de trois générations d’abbesses, d’évêques et autres dignitaires avant de construire un hôtel. Il observe le maître d’œuvre qui met au jour une nouvelle crypte ; un coup de pioche suffit à délivrer une « chevelure vivante d’une intense couleur de cuivre » de plus de vingt-deux mètres de long. Sur la pierre taillée est inscrit le nom de Sierva Maria de Todos los Angeles. Ce qu’il voit à cet instant lui rappelle une histoire que lui racontait sa grand-mère : celle de « la petite marquise de douze ans, dont la chevelure flottait comme une traîne de mariée, morte de la rage après avoir été mordue par un chien ». L’idée que cette sépulture était peut-être la sienne germe dans son esprit, et est à l’origine de ce récit.

Carthagène des Indes, au milieu du XVIIIe siècle. Sierva Maria, fille unique du marquis de Casalduero et d’une roturière, Bernarda Cabrera, se rend au marché ; elle va faire quelques achats pour sa fête d’anniversaire lorsqu’elle est mordue par un chien couleur de cendre portant une lune blanche au front. Personne ne s’inquiète de cette petite blessure à la cheville qui cicatrise déjà. Elle fête ses douze ans dans la joie avec les gens qui l’entourent : les esclaves ; c’est avec eux qu’elle a grandi et qu’elle semble s’épanouir. Ses parents ne s’occupent guère de cette petite fille qui paraît être un poids tant pour son père, qui passe son temps dans un hamac, que pour sa mère, femme séductrice, rapace et gourmande à tel point qu’elle en mourra, et qui parfois même oublie qu’elle a une fille. Cela explique en partie le caractère étrange de cette fillette qui ment dès qu’on lui pose une question, paraît introvertie mais peut se montrer exubérante à la moindre occasion. Pourtant quand des rumeurs d’épidémie de rage se propagent, le marquis commence à se préoccuper de l’avenir de sa fille. Malgré l’inexistence de symptômes chez l’enfant, son père voulant la soigner lui administre toutes sortes de traitements de différents médecins. L’un d’entre eux rouvre la blessure et y applique des cataplasmes, un autre la « nettoie » avec de l’urine ; en deux semaines la petite marquise a souffert de tous les maux (vertiges, convulsions, spasmes, délires) ; « elle se roulait par terre de douleur et de furie ». Désormais tout le monde est convaincu qu’un mal la ronge ; rage ou possession diabolique. Le marquis ne sachant que faire s’en remet à Dieu, ou plus précisément à l’évêque don Toribio de Caceres y Virtudes qui décide de faire interner Sierva Maria au couvent de Santa Clara où elle sera exorcisée. Dès son arrivée, l’abbesse Josépha Miranda voit en elle une créature de Satan et lui attribue la responsabilité de tous les événements inhabituels ou suspects. Son comportement étrange pour les clarisses n’est autre que celui d’une fillette élevée par des esclaves, suivant les us et coutumes Yoruba et non catholiques. Elle chante en Yoruba, en Congo, en Mandingue,  aide les esclaves du couvent à égorger un bouc… Avec eux elle se sent chez elle, elle vit, tout simplement. Cela ne dure pas, elle est rapidement enfermée dans un pavillon isolé qui servait de prison pendant l’Inquisition. L’évêque demande au père don Cayetano Delaura d’être l’exorciste de Sierva Maria. Celui-ci  se rend donc régulièrement au couvent, il est très vite fasciné par  la jeune fille, jusqu’à ce qu’il comprenne qu’il ne s’agit pas de fascination mais d’amour. Au départ méfiante à son égard, elle finit par lui ouvrir son cœur. Leur relation grandira dans l’ombre de la cellule de Sierva Maria ; le prêtre la rejoignant toutes les nuits. Cet amour maudit causera la perte des deux amants.

Dans cette œuvre Gabriel Garcia Marquez aborde différents thèmes : la lâcheté (personnage du père), les inégalités sociales (esclaves/bourgeois), l’oisiveté (mère de tous les vices), les croyances et superstitions religieuses et leurs archaïsmes.  Il dénonce ces travers humains  grâce à l’histoire d’une héroïne atypique et mystérieuse dans le cadre coloré de Carthagène des Indes. Le réalisme magique est omniprésent, mais toujours subtilement introduit dans le récit. La différence de culture entre les esclaves et les bourgeois est source  d’incompréhension, de peur et laisse place à toutes sortes de superstitions. La petite marquise de douze ans, que l’on croit  atteinte de la rage puis possédée par Satan, est victime de la loi religieuse et de la société dans laquelle elle vit ; le fait qu’elle soit marquise alors qu’elle se comporte comme une esclave dérange. Les personnages s’acharnent sur elle, la poussant à la limite de la folie que ce soit de douleur, de rage ou d’amour.
 
Biographie de Gabriel Garcia Marquez

    Écrivain hispanophone majeur du XXe siècle, Gabriel Garcia Marquez est né le 6 mars 1928 à Aracataca (village des montagnes de la Caraïbe colombienne).
    Il fut éduqué par ses grands parents maternels, sa grand-mère le terrifiait la nuit avec des histoires fantastiques et son grand-père, ancien colonel, lui racontait les grandes sagas et épopées nationales. Il fut également marqué par le récit des aventures du général Rafael Uribe, légendaire chef libéral.
    Il a commencé ses études à 12 ans. Intègre par la suite un lycée pour élèves surdoués, tenu par des jésuites, dont il sort bachelier à 18 ans. Il s’installe dans la banlieue de Bogota pour étudier le droit et le journalisme.
    Il commence sa carrière de journaliste au sein d’El Espectador, quotidien dans lequel il a publié sa première nouvelle, La Troisième Résignation, en 1947. C’est à cette période qu’il découvre Faulkner, Hemingway, Woolf, Kafka, Dostoïevski, Joyce, Rulfo… Nommé correspondant spécial, il voyage à travers l’Europe (Genève, Paris, Rome, Barcelone, Londres, Allemagne de l’Est, Hongrie) avant de revenir en Colombie.
    Après la révolution cubaine, il crée un bureau d’agence d’informations, Prensa latina, dont il démissionne pour s’installer à Mexico (1961). Là, il écrit des scénarii, des nouvelles et commence en 1965 la rédaction de Cent ans de solitude, roman qui lui apportera gloire et célébrité.
    À Barcelone, il fonde en 1972 l’hebdomadaire Alternativa et en 1978 il crée la fondation Habeas pour la défense des droits de l’homme et des prisonniers politiques en Amérique du Sud.
Activiste politique, proche de Fidel Castro, il a accordé son soutien, moral et financier, aux mouvements révolutionnaires latino-américains, il a servi d’intermédiaire entre les guérilleros et le gouvernement colombien et a souvent négocié avec les FARC.
    Il a reçu le titre de Commandeur de la légion d’honneur en 1980, et le prix Nobel de littérature en 1982 pour « ses romans et ses nouvelles, dans lesquels le fantastique et le réalisme sont combinés dans un univers à l’imagination très riche, reflétant la vie d’un continent et ses conflits ».
    Certaines de ses œuvres ont été adaptées au cinéma, notamment Chronique d’une mort annoncée ou encore L’Amour au temps du choléra.
    Il est considéré, avec Juan Rulfo, comme le père du réalisme magique.


Clotilde 2e année Édition – Librairie

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