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16 novembre 2007 5 16 /11 /novembre /2007 21:29
FITZGERALD Francis Scott, MILLER Henry, CHARYN Jérôme,
Nouvelles New yorkaises,
Paris, Editions Gallimard,
coll. “Folio Bilingue”, 2007.

    Ce recueil regroupe trois nouvelles : Rags Martin Jones et le prince de Galles de Francis Scott Fitzgerald, Le 14e District de Henry Miller et Chante Shaindele chante de Jérôme Charyn. Toutes trois s’attachent à raconter New York, toutes trois sous un angle différent.

    Nous verrons en quoi la vie des auteurs influence leur écriture et leur vision de cette ville dont il est question ici.

    En ce qui concerne Francis Scott Fitzgerald, il naît le 24 septembre 1896 dans le Minnesota. Il fait des études et commence à écrire très tôt. Il rencontre Zelda qui sera son épouse et avec qui il aura un enfant à l’âge de 22 ans. Ensemble, ils auront un train de vie assez soutenu, vivront en France où ils seront de toutes les fêtes et où l’écrivain rencontrera Ernest Hemingway qui deviendra un de ses proches amis. Le couple vivra sur la côte d’Azur, à Capri en Italie, à Paris. Fitzgerald dira à ce propos dans une interview accordée au New York World du 3 Avril 1927 : « Le meilleur de l’Amérique s’en va à Paris. Les Américains de Paris sont les meilleurs. C’est plus amusant pour une personne intelligente de vivre dans un pays intelligent. La France possède les deux seules choses qui nous attirent quand nous vieillissons : l’intelligence et les bonnes manières. » Réflexion que l’on retrouve chez le personnage féminin de la nouvelle Rags Martin Jones et le prince de Galles. En écho, il parle de la ville de New York en ces termes dans son essai My lost city : « L’agitation de New York en 1927 atteignait l’hystérie. Les fêtes étaient plus grandes […] le rythme était plus rapide […] les spectacles étaient plus démesurés, les bâtiments plus hauts, les mœurs plus libres et l’alcool meilleur marché. »
    C’est ce New York là qu’il peint dans Rags Martin Jones et le prince de Galles (nouvelle extraite du recueil Les Enfants du Jazz publié en 1924) où il est question d’un jeune et riche héritière qui arrive à New York et qui est accueillie par un jeune homme qui l’aime éperdument et met en scène une extravagante histoire pour la séduire alors que celle-ci est blasée car il n’est rien qu’elle ne possède et tout l’ennuie. C’est une jeune personne effrontée et très coquette qui vit dans le luxe.
    On a dans cette nouvelle une vision du New-York aisé des années 20 où rien n’est assez grand ni assez beau pour divertir ces jeunes filles riches, intelligentes, jolies et cyniques que l’on rencontre dans les écrits de Fitzgerald ; ces jeunes filles sont convoitées par des garçons dont elles n’ont que faire – ce sera le cas ici au début de la nouvelle – et qu’elles rejettent. Ce personnage féminin récurrent dans l’œuvre de Fitzgerald semblerait venir d’un amour de jeunesse malheureux de l’auteur : Ginevra King qui lui aurait inspiré ces personnages de garçonnes à la répartie piquante et que nous lui connaissons.
    On peut également voir dans cette histoire un écho de la vie mondaine de l’auteur lui-même qui avait un train de vie insouciant et joyeux mais il dépeint l’âge faste du jazz avec ces fêtes, ces grands artistes et cette certaine atmosphère des années folles.
Fitzgerald meurt le 21 décembre 1940 après une vie riche mais aussi douloureuse puisque dans ces dernières années, il sombre dans l’alcoolisme et personne ne veut de ses scénarios à Hollywood. Zelda avec qui il a vécu une relation passionnée et conflictuelle, est internée pour dépression nerveuse.

    Henry Miller, lui est né le 26 décembre 1891 dans une famille modeste d’origine allemande. Il passera son enfance à Brooklyn, et c’est de cela qu’il parle dans la nouvelle Le 14e District extraite du recueil Printemps noir publié en 1936, de ses souvenirs de jeunesse, son amour pour la rue.
    Miller vivra en France des années 1930 jusqu’au début de la Seconde Guerre mondiale. C’est à cette époque qu’il décide de se consacrer entièrement à l’écriture.
A propos de son œuvre, elle est largement autobiographique, on verra également qu’elle est empreinte d’une grande liberté, on y retrouve une atmosphère féerique, fantasmagorique ou irréelle. Son écriture fait beaucoup appel aux sens, certains la qualifieront même de pornographique – il aura notamment un procès pour obscénité lors de la sortie de Tropique du cancer publié en 1961 - .Une des raisons pour lesquelles il s’installe en France est qu’il s’y sent à l’abri de la censure et qu’il peut écrire plus librement qu’aux Etats-Unis dont l’aseptisation lui plait de moins en moins -.
On dit également qu’il est un précurseur, un défenseur de la liberté de pensée et d’expression ; il semblerait également qu’il ait inspiré des auteurs de la Beat Génération tels que Jack Kerouac et certains disent même qu’il aurait – par sa façon libre de traiter le sujet – impulsé la libération des mœurs sexuelles dans la fin des années 60.
    Dans la nouvelle Le 14e District, c’est la part autobiographique de l’œuvre de Miller qui s’exprime puisqu’il s’attache à raconter son enfance dans le quartier de Brooklyn ; il le fait de façon très poétique puisqu’il parle de la rue comme de quelque chose d’authentique, réel, et magnifique ; on pourrait presque comparer cette façon de l’aborder au poème Une Charogne de Baudelaire où le poète magnifie le cadavre en décomposition d’une jument qui n’est pas esthétiquement beau – tout comme la rue qui ne l’est pas non plus – mais il rend son horreur, sa laideur sublime et grande. C’est ce que fait Miller en traitant de façon très poétique des sujets qui ne le sont pas au premier abord. Il mythifie la rue. Son écriture ici est très sensuelle, il fait appel à la vue, à l’odorat, ses descriptions sont très réalistes. On retrouve donc une des caractéristiques de la nouvelle : son réalisme qui peut paraître ici cru, dépouillé. L’auteur ne s’embarrasse pas de fioritures, il en dit juste assez. On trouve une autre caractéristique de son écriture : l’onirisme puisque la nouvelle est fragmentée en deux parties ; d’une part, la partie purement autobiographique, très rationnelle et une seconde partie où l’on se trouve dans un univers onirique, on semble en effet transporté dans un rêve où les événements n’ont pas vraiment de rapport entre eux.
    Henry Miller devient un écrivain reconnu, nous pourrons même dire mythique. Il s’éteint à l’âge de 89 ans en Californie.


    Jérôme Charyn, quand à lui, est né à New York en 1937 ; il est d’origine russo-polonaise, il passera son enfance dans le quartier du Bronx. Il vécut lui aussi en France, y enseigna même l’esthétique du cinéma et du roman à l’université américaine de Paris. Il est l’auteur de plusieurs livres et essais sur la ville de New York. Il écrira également plusieurs romans policiers.
    Dans la nouvelle Chante Shaindele Chante, extraite du recueil L'Homme qui rajeunissait, publié en 1963 , Charyn raconte l’histoire d’une jeune chanteuse de music-hall surnommée « la Molly Picon d’East Broadway ». Cette jeune fille d’origine modeste vit avec son père et se produit dans des théâtres plus ou moins miteux où elle chante des chansons traditionnelles juives, elle a beaucoup de talent et est très appréciée du public lors de ces représentation. La grande peur de son père est qu’elle montre à tous qu’elle est une femme ; aussi lui fait-il porter une serviette sur la poitrine car il dit que dès que les hommes verront qu’elle est formée, son art sera secondaire et qu’ils voudront tous la posséder. Arrivant au théâtre d’Henry Street qui part complètement en ruine, la jeune fille tombe amoureuse d’un des employés du théâtre ; elle décide donc d’aller contre l’avis de son père et se met à porter des soutiens gorge et se comporter comme la jeune femme qu’elle est. Cela lui attire les problèmes prédits par son père, elle est séparée à jamais du garçon qu’elle aime et voit sa vie changer du tout au tout.
    Charyn dépeint ici un New York plutôt pauvre ; pour cela, on peut regrouper sa nouvelle et celle de Miller qui s’attachent à peindre un New York plutôt modeste alors que Fitzgerald nous dresse le portrait de la haute société new-yorkaise. Il fait également une esquisse assez fidèle du microcosme juif présent dans la ville de New-York puisque il utilise certaines expressions, références à ce peuple et n’oublions pas que la jeune fille qui est aussi le personnage principal de la nouvelle chante des chants yiddishs. On peut voir dans le prénom de celle-ci un hommage à la mère de l’auteur qui s’appelait Faigele par la sonorité voisine du prénom de l’héroïne qui se prénomme Shaindele.


Conclusion :
    On voit que les nouvelles de ce recueil sont assez traditionnelles dans leur construction. Et cela car elles nous laissent toutes une impression d’ensemble (selon l’idée de concentration défendue par Edgar Poe) ; elles sont également toutes caractérisées par leur brièveté, elles comprennent toutes une unité de lieu bien définie, une chute nette et un certain réalisme on sera en effet complètement plongé dans l’univers décrit dans chacune des nouvelles, aussi bien les fêtes huppées de Rags Martin Jones et le prince de Galles, l’ambiance du 14e District que les théâtres de Chante Shaindele chante.
    On peut cependant mettre à part la nouvelle de Miller puisqu’elle n’a pas vraiment de chute proprement dire et que l’unité de lieu est « perdue » dans la deuxième partie car on ne sait pas vraiment si on est dans la réalité ou dans une rêverie de l’auteur (ou le narrateur).

Pour approfondir :
BOUZONVILLER, Elisabeth, Francis Scott Fitzgerald, Paris, Belin, 2000.
CHARYN, Jérôme, La Belle Ténébreuse de  Biélorussie, Paris, Gallimard, 1996.
JONG, Erica, Henry Miller ou Le diable en liberté, Paris, Grasset, 1994.
LEROY, Gilles, Alabama song, Paris, Mercure de France, coll. Bleue, 2007. (Prix Goncourt 2007. Biographie romancée de Zelda Fitzgerald).

Céline, Bib, 1ère année.

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Published by pier - dans Nouvelle
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