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17 novembre 2007 6 17 /11 /novembre /2007 17:28
Kiran Desai,
Le Gourou sur la branche, 1998,
Titre original :
Hullabaloo in the Guava Orchard,
Traduction Jean Demanuelli,
Calman
n-Lévy, 1999,
Nouvelle éd. Le livre de poche.

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I - Kiran Desai

    Née en 1971, fille de la romancière et novelliste Anita Desai, Kiran Desai grandit à Delhi jusqu'à quatorze ans, quand elle part pour l'Angleterre avec sa mère puis aux Etats-Unis où elle finit ses études secondaires dans le Massachussetts, avant de poursuivre à Bennington College dans le Vermont. Elle s'inscrit alors dans un cours d'écriture en Virginie, et ensuite à Columbia University à New York. Au cours de ses études à Columbia, Kiran Desai fait une pause de deux ans durant laquelle elle contribue au New Yorker et écrit Hullabaloo in the Guava Orchard (1998, (Le Gourou sur la branche, 1999), un conte mêlant la magie des fables et la comédie dans l'histoire d'un jeune garçon qui tente d'échapper aux responsabilités de la vie adulte en se réfugiant dans un arbre.

    Le livre, salué par Salman Rushdie, est récompensé par le Betty Trask Award. Son deuxième roman, The Inheritance of Loss (2006) (publié en 37 langues) reçoit le Man Booker Prize (le Goncourt britannique), le National Book Critics Award et le prix indien Hutch Crosswords. Le roman parle d'exil, d'appartenance à deux cultures, du passé et du présent. Kiran Desai tient à son passeport indien et retourne tous les ans à Delhi, mais est résidente permanente des Etats-Unis.

        Prix : Le Betty Trusk Award, reçu par Kiran Desai, est attribué par la Society of Authors au meilleur premier roman d'un auteur de moins de trente-cinq ans appartenant au Commonwealth.

        Auteurs préférés : Kiran Desai cite, parmi ses auteurs favoris, Kazuo Ichiguro, Kenzaburo Oe, Gabriel García Marquez, Truman Capote, Tennessee Williams et Flannery O'Connor.


 Bibliographie

     - Le gourou sur la branche (Hullabaloo in the Guava Orchard), traduit de l'anglais par Jean Demanuelli, Éditions Calmann-Lévy, 1999, ISBN 2-7021-3012-7
     - La perte en héritage (The Inheritance of Loss), traduit de l'anglais par Claude et Jean Demanuelli, Éditions des 2 terres, 2007, ISBN 978-2-84893-043-5


II - Le Gourou sur la branche
   
   1. Historique

    Quand on l'interroge sur ses maîtres, Kiran Desai cite Gabriel García Márquez, Flannery O'Connor, Kenzaburô Ôé, Juan Rulfo. Mais il y a aussi l'auteur du Baron perché, Italo Calvino, dont l'ombre plane sur son premier roman : Le Gourou sur la branche (disponible en Livre de poche), histoire d'un incorrigible gambergeur qui décide de quitter ce bas monde et de s'installer sur la branche d'un goyavier sans savoir que cette étrange ascension fera de lui une divinité locale, le nouveau prophète d'une Inde obsédée par l'absolu. «J'ai ébauché ce livre pendant mes études, alors que je m'étais inscrite à un atelier d'écriture de l'université de Columbia», explique Kiran Desai.

    2. Résumé

    C'est un garçon ! Sampath est né à l'arrivée de la mousson, après une telle sécheresse que des secours étaient envoyés par avion. Vers l'âge de ses 20 ans, Sampath est las de la routine de la famille, las de l'agitation de la petite ville (tout le monde s'épie), Shahkot, et las de son travail à la Poste (il lira en cachette en les regardant par transparence les lettres des gens). Il perd son travail à la Poste au grand dam de son père parce qu'il s'était déshabillé devant tous les convives invités au mariage de son patron. Sampath se réfugie, oppressé par la ville, dans la vallée où il y a des vergers, en haut d'une colline sur un vieux goyavier. Il refuse d'en redescendre et passe du statut de bon à rien à celui d'ermite, de Baba, de Sage. Sampath commence alors à prodiguer conseils et phrases à haute portée philosophique, non sans quelques connaissances au début puisqu'il va se servir de ce qu'il avait lu dans les lettres pour faire croire qu'il savait beaucoup de choses. Il retrouve peu à peu goût à la vie. Chacun des membres de sa famille profite de cette situation inespérée pour réaliser ses aspirations personnelles. Mais l'anarchie ne tarde pas à s'installer.

    Le roman décrit la vie de toute une famille, d'abord lasse de ce fainéant de Sampath, puis attentive à sa tranquillité et à ses besoins. Sa mère, la rêveuse Kulfi est douée pour la cuisine : elle n'en fait que pour un fils qui à ses yeux a toujours raison. C'est la grand-mère, Ammaji, qui nourrit les autres : Chawla, le père qui espère bâtir une fortune avec les pèlerins qui viennent profiter de la grande sagesse de Sampath, et Pinky la fille amoureuse du marchand de glaces. Un jour, un singe langur (singe blanc au visage noir) cesse d'importuner les filles devant le cinéma et vient au verger. Tous ses congénères suivent. Sampath devient le Baba des singes. Mais les singes deviennent de terribles alcooliques, et de si mauvais sujets que toute la ville s'émeut. Les projets se succèderont pour résoudre la contradiction entre la présence des pèlerins et celle des sauvageons.


   3. Les personnages.

  •  Sampath Chawla : héros de l'histoire, fainéant, rêveur, solitaire, lunatique.
  •  Kulfi : mère de Sampath, est une femme rêveuse, somnambule qui en fait voir de belles à son mari. Elle est douée pour la cuisine, ne rêve que de cuisiner à l'air libre et de créer LE plat de son existence. Elle pense que son fils à toujours raison.
  •  Ammaji : la grand-mère qui nourrit les autres.
  •  M. Chawla : le père de Sampath, qui au début prend son fils pour un bon à rien, et se désespère sur l'avenir de sa progéniture et qui va essayer de bâtir une fortune avec les pèlerins qui viennent profiter de la grande sagesse de Sampath. Le père confond amour familial et intérêt financier.
  •  Pinky : la sœur de Sampath amoureuse du marchand de glaces, d'un amour assez "fou".

    Et après cette galerie de personnages hauts en couleur : un espion, un colonel, un docteur, un patron de la Poste, les collègues de Sampath de La Poste, le marchand de glaces, un chef des services sanitaires absorbé par son ulcère, un sous-préfet dépassé par la situation et des singes alcooliques pour catalyser le désordre sous-jacent, etc.

  4. Thèmes abordés

    À travers ce roman, le lecteur découvre les multiples facettes de la société indienne.

    La place du garçon dans la famille est essentielle. De nombreux passages, pleins d'ironie, tournent autour du mariage. Kulfi avait été présentée à Chawla et à sa mère comme la seule personne normale d'une famille un peu fêlée. La dot était intéressante et permit d'effacer les dettes. Lorsque Sampath s'entête à rester dans son arbre, les parents envisagent de le marier : ainsi reçoit-il sans joie une jeune fille à marier escortée de toute sa famille. Mais la personne est de carnation trop foncée. Heureusement, du point de vue de l'ermite arboricole, elle tombe lourdement du goyavier. Exit la donzelle ! On parle aussi mariage pour le marchand de glaces. Celui-ci vit au milieu de douze femmes (mère, tantes et soeurs…) et comme il rêve d'aller rejoindre Pinky, qui lui a mordu l'oreille par amour, elles lui trouvent une superbe beauté au teint clair et aux yeux de biche. Pour qui le marchand de glaces va-t-il fondre ?

    Une ironie féroce vise les fonctionnaires indiens, tous les serviteurs de l'État. Le directeur des postes réquisitionne son personnel pour préparer les fêtes du mariage de sa fille. Le colonel qui surveille plus les pigeons que ses soldats, le médecin responsable de la santé publique, le préfet qui tarde à venir de Delhi, tous subissent une mise en boîte souriante. Les manuels disent que l'administration indienne est pléthorique. L'auteur reprend le cliché et invente ici un fonctionnaire chargé de vérifier l'authenticité des gourous ! Très absorbé par son travail d'espionnage dans le verger, et particulièrement attentif aux préparations culinaires de Kulfi, parviendra-t-il à prouver l'imposture ?

    On fait beaucoup de descriptions, de la nature, du paysage, de la ville, de la campagne, des personnages, des fruits, et autres denrées alimentaires, des couleurs, etc.

    Peut-être le fait d'avoir quitté l'Inde a-t-il marqué les romans de Kiran Desai car dans les deux romans, elle a écrit l'histoire d'un personnage arraché à son monde.

Ce roman est plein de saveurs indiennes et de parfums exotiques.

          6. Citations.

"Je suis persuadée que le rire reste la meilleure arme contre toutes les formes d'intolérance."
                                                                               Kiran Desai.

"D'une sensualité et d'une imagination étonnantes, ce roman est la preuve que la rencontre de l'Inde et de la langue anglaise continue à produire de nouveaux enfants d'une extrême vitalité."
                                                                               Salman Rushdie.

        7. Avis personnel

    Le livre est raconté sous forme de conte populaire, de fable satirique, et d'épopée.

    Ce roman est facile à lire. Les descriptions ne sont pas pesantes mais au contraire vous font rêver, imaginer, voyager, sentir, toucher. Personnellement, ce livre m'a donné une forte envie de manger un poulet au curry.
    C'est un roman frais, on se laisse porter. C'est une véritable invitation au voyage.

    Cette lecture drôle et rafraîchissante nous plonge dans l'imaginaire indien, tout en pointant les travers de notre société mercantile ; elle réunit aspirations spirituelles et préoccupations plus terre-à-terre. Ou comment aborder des sujets sérieux en gardant le sourire…

Grégoire, Bib 2ème année.
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