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17 novembre 2007 6 17 /11 /novembre /2007 18:01
Kiran Desai,GOUROU-copie-1.jpg
Le Gourou sur la branche, 1998,
Titre original :
Hullabaloo in the Guava Orchard,
Traduction Jean Demanuelli,
Calmann-Lévy, 1999,
Nouvelle éd. Le livre de poche.

 
  •  Le Gourou sur la branche
    Shahkot, petite ville d’Inde, est le théâtre d’évènements difficiles. Ses habitants attendent la pluie absente depuis longtemps. La nourriture manque et les estomacs crient famine.
    Enfin, le jour tant attendu arrive : il se met à pleuvoir et les ravitaillements tombent du ciel. Mais c’est aussi le moment où Sampath vient au monde. Pour les habitants de la ville, c’est un miracle, il est né sous une bonne étoile.
    On pourrait donc s’attendre à ce que Sampath soit quelqu’un de doué, ouvert et heureux. Mais on le découvre, 20 ans plus tard, rêveur, passif et timide en total décalage avec le monde dans lequel il vit. Il est entouré de son père, homme très énergique qui a de l’ambition pour ses enfants et de sa mère, Kulfi, excentrique, attachée à son fils. Sa sœur est une adolescente qui accorde une grande importance au regard d’autrui, tandis que sa grand-mère est une adepte des dentiers. Tous les jours, Sampath se rend à la poste où il « travaille » : il occupe son temps en lisant le courrier qui passe entre ses mains.
    Lorsque son patron le licencie, Sampath doit faire face à son père et à ses reproches. Son besoin de liberté, de paix et de calme devient ainsi de plus en plus intense : il décide de fuir la ville après s’être rendu compte, grâce à une goyave dont la chair se libère de son écorce, qu’il devait s’évader de sa prison.
    Le vacarme qui bourdonnait dans sa tête a disparu. C’est dans un verger paisible, entouré de la nature, qu’il s’arrête et s’endort, tranquillement. Sa famille le retrouve perché sur son goyavier. Ayant peur des critiques, son père essaie de résoudre la situation, en vain, car son fils a choisi son mode de vie.
    Sampath suscite la curiosité des habitants de la ville qui viennent le voir. Connaissant tout de leur vie, il commence à leur donner des conseils à l’aide d’aphorismes qui deviennent célèbres. La joie et l’harmonie que ressent Sampath lui procurent un pouvoir de séduction et de persuasion. Il devient alors « Sampath le sage », le célèbre oracle de la ville sujet de nombreux articles de journaux. La population est subjuguée par son aura, elle boit ses paroles. « Tout le monde vient voir le baba de Shahkot dans son ermitage arboricole ». Sampath est le seul centre d’intérêt de la communauté qui, par ailleurs, est très généreuse. Son père l’a d’ailleurs très bien compris. Son fils devient alors la source de profit de la famille qui s’est installée dans le verger : vente de sandwichs, de produits dérivés, sponsors, offrandes, ... Tout est bon pour s’enrichir.
Un jour, des singes qui semaient la terreur dans la ville, élisent domicile dans le verger, aux côtés de Sampath. Les habitants lui vouent alors une admiration sans limite : il a réussi à dompter les singes qui les terrorisaient. Mais la vie du verger bascule lorsque la bande de primates découvre l’alcool. Devenus alcooliques, ils détruisent les installations, terrifient les fidèles. Ils deviennent ainsi le centre des préoccupations de la ville dont le brouhaha et les disputes sont continuels. Sampath se sent pris au piège. Triste, prostré, son inspiration s’est envolée. Alors que chacun propose une solution pour venir à bout des singes, Sampath rêve déjà à une nouvelle sérénité...

Le Gourou sur la branche et le réalisme magique.

     Le roman de Kiran Desai nous fait découvrir les réalités de l’Inde tout en laissant une grande place à la magie qui vient le plus souvent de l’imaginaire des gens. Quelques exemples :
- Au début de l’histoire, le père de Sampath lit un article dans lequel sont énumérées les raisons de la sécheresse. Cela viendrait des « projections de cendre lors de la récente reprise de l’activité volcanique en Terre de feu », ou ce serait « l’Irak qui essaierait de leur voler la mousson », ou encore,  « un joueur de flûte hongrois prétendrait détourner les nuages ».
- La mère de Sampath dont l’imagination est très fertile, profite de la nature pour concocter des plats originaux à base d’ingrédients inconnus trouvés dans la forêt. Un espion, membre de l’organisation de dépistage des ermites charlatans, est venu épier Sampath. Il est convaincu que Kulfi est une sorcière qui prépare des potions qui permettent à son fils de tromper les gens.Tout au long de l’histoire, il essaie de prouver sa théorie.
- Les fidèles de Sampath sont subjugués par ses paroles : « Les jours de grande chaleur, l’abeille bourdonne plus fort ; les jours de pluie, elle reste tranquillement dans sa ruche », « quand la bouteille est cassée, il n’y a plus moyen de distinguer l’air qu’elle contenait du dehors »...
La magie vient de l’innocence des gens capables de croire aux maximes de Sampath, aux miracles, même si ce n’est pas logique.

    L’histoire nous transporte dans un monde parallèle où les singes sont alcooliques et volent des documents « top secret », où l’armée est entraînée pour capturer des singes, où les gens sont prêts à croire des choses imaginaires... Dans ce monde parallèle, une seule date est mentionnée, dès la page 219 : c’est le 30 avril. Cette date tombe de manière irréelle, mais elle rend l’histoire réelle. Une date est un élément réel et banal, mais ce n’est pas le cas dans le livre.

    Kiran Desai compare deux mondes opposés en utilisant la magie :
- Le monde de Monsieur Chawla, le père de Sampath, qui a envie de vivre « à la manière occidentale ». Consommateur, il veut s’enrichir et pour ce faire, il utilise les médias, les sponsors. Il vit comme un vrai commerçant à la recherche du profit. Il pense d’ailleurs investir son argent dans une compagnie spécialisée dans la lingerie féminine.
- Le monde de Sampath qui ne recherche pas la richesse, la possession de biens. Son souhait est de vivre de manière simple, loin de la civilisation.
C’est peut-être par ce décalage que l’auteur fait un parallèle avec la société indienne tiraillée entre les influences du monde occidental et  ses traditions.

« L'homme apaisé, sans haine ni peur, mérite d'être appelé sage. » Bouddha.

Emmanuelle, AS bib

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