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17 novembre 2007 6 17 /11 /novembre /2007 21:48
L’insupportable Bassington, suivi de quatre nouvelles inédites
Saki
Traduit par Raymonde Weil, Michel Doury et Jean Rosenthal
Paris : Ed. Robert Laffont, 2006
Collection Pavillons poche
Prix : 7, 90 €
ISBN : 2-221-10638-5

L’auteur :

    Saki est un pseudonyme ; son vrai nom est Hector Hugh Munro (1870-1916). Auteur britannique né en Birmanie. Il perdit sa mère très jeune. Son père l’envoya au Royaume-Uni pour être élevé par deux tantes avec son frère et sa sœur. Mais les deux tantes étaient de vieilles filles autoritaires ayant des goûts très différents. Les frères eurent donc une enfance ennuyeuse, au milieu d’un combat incessant entre les deux femmes.
    A la fin de ses études secondaires, il commence une carrière de journaliste au Morning Post, qui lui permet de beaucoup voyager.
    Saki est un pseudonyme en référence à un personnage du poète persan Omar Khayyam. Il s’est essayé à tous les genres littéraires, mais est surtout renommé pour son art de novelliste. Il a écrit deux romans, 35 nouvelles et une étude. Son écriture est caractérisée par un humour noir grinçant.
    Il meurt lors de la Première Guerre mondiale, en 1916, à l’âge de 46 ans.

Le roman L’insupportable Bassington :

Résumé :

    Francesca Bassington est une femme matérialiste qui souhaite voir son irresponsable de fils, Comus, épouser la jeune Elaine de Frey, afin, par un jeu d’héritage, de pouvoir garder sa maison.
        Mais Comus est un jeune homme irresponsable et égoïste. Finalement, c’est Courtenay Youghal, ami de Comus et jeune politicien, qu’Elaine décide d’épouser. Elle ne sera pourtant pas heureuse.
    Dépitée, Francesca décide d’exiler son fils en Afrique, où il tombe malade et meurt.

    Cet ouvrage est principalement caractérisé par l’absence de morale et la parodie de la société. Le roman débute ainsi : « Cette histoire n’a pas de morale. Si elle y dénonce un mal, du moins n’y suggère-t-elle pas de remède. »

Les personnages :

  • Francesca Bassington : Francesca est une dame de la haute société, matérialiste, qui souhaite que son fils se marie uniquement pour garder sa maison. Elle pense que son fils Comus est une catastrophe et remercie le ciel de ne lui avoir donné qu’un fils : «  Si le destin s’était montré fort serviable en la gratifiant d’Henry comme frère, Francesca pouvait en revanche apprécier à sa juste valeur la cruelle malveillance de la fatalité qui lui avait donné Comus pour fils » (page 20). Elle possède dans son salon (qu’elle se représente comme son âme), son portrait peint par le célèbre Van der Meulen, mais ne sait pas s’il s’agit d’un vrai ou d’un faux.  Elle est très superstitieuse et friande de potins mondains. Elle cherche à servir son intérêt avant tout. Par exemple, lorsqu’elle apprend qu’Emmeline Chetrof, qui doit hériter de la maison dès son mariage, ne pourra se marier avant quatre ou cinq ans, elle saute de joie : « Mais pour Francesca, qui avait écouté avec une attention frémissante, dès qu’elle avait entendu prononcer le nom d’Emmeline Chetrof, ces nouvelles arrivèrent comme un flot libérateur et béni. A moins d’entrer dans un couvent et de prononcer ses vœux de célibat, Emmeline ne pouvait être plus agréable à Francesca qu’en se liant à un amoureux nanti d’une situation telle que le mariage devait être remis à jusqu’à un avenir lointain » (page 176). Lorsqu’elle reçoit la nouvelle de la mort de Comus, son frère, Henry, vient la voir pour lui annoncer que son fameux tableau est en fait un faux, et prend la tristesse de Francesca pour de la déception à propos du tableau, en femme matérialiste qu’elle est : « Francesca ne pouvait ni faire un geste, ni articuler un mot ; elle serrait le morceau de papier froissé dans sa main, et se demandait si cette voix grêle et optimiste qui débitait des consolations d’une ironie macabre, consentirait jamais à se taire » (p 225)
  • Comus Bassington : Comus est orgueilleux, cruel, égoïste et insolent. Son seul but dans la vie est de s’amuser et de jouer. Il courtise la jeune Elaine de Frey, mais est concurrencé par Courtenay Youghal, son ami et brillant politicien. Cependant, comptant sur son seul charme, il néglige cet aspect des choses : « Comus, qui marchait insouciamment à travers un pays inconnu pour sanctionner une victoire qu’il croyait déjà certaine, commit la faute de négliger une armée invaincue sur son flanc. » (Page 122). Après qu'il a volé un plat et demandé de l’argent pour couvrir ses dettes de jeux, Elaine se décide à voir en Comus ce qu’elle refusait d’accepter : « Elaine de Frey se rendait parfaitement compte des qualités qu’elle aurait voulu trouver chez Comus, et elle se rendait parfaitement compte, bien qu’elle essayât de s’illusionner, qu’il manquait absolument de ces qualités. » (Page 126). Ainsi, Comus se voit supplanté par Courtenay Youghal. Il part, à contrecœur, sur les ordres de sa mère, en Afrique, sans se départir de son ton ironique lorsque Francesca lui relate les merveilles du continent : « Quel bel échantillon de prose persuasive ! Cela rappelle les Psaumes, et plus encore, les prospectus de voyage. Si vous étiez honnête, vous confesseriez que vous l’avez prise telle quelle dans un projet pour encourager l’industrie du caoutchouc ou celle du rail. » (page 164) Mais, malgré la beauté du pays et la joie des Africains, Comus, en bon matérialiste de la haute société, s’ennuie, ne disposant d’aucun des moyens d’amusement présents en Angleterre. Il tombe alors malade et meurt sans revoir son pays.
  • Elaine de Frey : Elaine est une jeune femme de la haute société londonienne, courtisée par deux hommes : Comus et Courtenay. Elle est amoureuse de Comus, mais se refuse à admettre sa vraie personnalité, égoïste et irresponsable : « Elle avait conçu un peu plus qu’un caprice passager pour le jeune homme (ou plutôt pour le jeune homme qu’il aurait pu être) et elle se refusait désespérément à le voir comme il était et à l’estimer à sa juste valeur » (page 78) . Elle finit par épouser Courtenay, mais elle n’est pas heureuse avec lui. Deux tantes d’Elaine discutent de son mariage, et le résument ainsi, avec le ton cynique caractéristique de Saki : « - Je ne crois pas qu’elle soit destinée à être heureuse, dit sa sœur, mais Courtenay l’a au moins empêchée de faire la plus grande faute qu’elle eût pu faire : épouser ce jeune Bassington. - Il l’a aussi, dit Mrs. Goldbrook, aidée à faire la plus lourde faute de sa vie, après celle que tu viens de citer : épouser Courtenay Youghal. » (Page 204).
  • Courtenay Youghal : C’est un ami de Comus, mais contrairement à ce dernier, il est ambitieux et brillant. Il se définit lui-même ainsi, en se comparant à Comus : « Son égoïsme est magnifique, mais absolument futile (…) tandis que mon égoïsme est banal, mais parfaitement pratique et calculé » (p 81). Il épouse alors Elaine, mais ne lui accorde aucune attention, la contredisant sans cesse, et prenant ses décisions à sa place, sans pour autant avoir la volonté de la blesser.
Les nouvelles :

        L’étang : Mona épouse John Waddacombe et ils s’aiment. Mais, « environ deux jours après son mariage, Mona avait fait une tragique découverte : elle s’était unie pour la vie à un homme avec lequel elle n’avait pas grand-chose en commun et dont elle ne pourrait espérer aucune complicité.» (Page 230)
    Un jour, durant une promenade solitaire, elle découvre un petit étang noir dans un endroit « sinistre et empreint de mélancolie », et, tous les jours, elle part le contempler en souhaitant s’y noyer.
    Mais, John tombe malade, et les soins constants qu’apporte Mona, qui n’a plus le temps de se promener, rapproche le couple, qui s’aime enfin à la folie.
    Quelque temps après, elle retrouve l’étang et n’a plus du tout envie de s’y noyer, mais elle y tombe, et réussit à en sortir.
    Cette nouvelle fait l’éloge de l’amour, et de la complicité nécessaire à un couple. Sa particularité réside dans la description du paysage de l’étang, très lugubre et mélancolique, ainsi que dans la peinture de la pensée de la femme. Par exemple, en contemplant l’étang, elle n’y voit qu’une femme noyée.

        Des propos inconsidérés : Mrs Duff-Chubleigh se trouve dans une situation délicate : lors de sa réception, Bobbie Chermbacon, jeune homme riche qui courtise sa fille, a traité la Marquise la plus en vue de « vieille dinde mitée ».
    Le problème se pose de la façon suivante : elle ne peut renvoyer la marquise, mais si Bobbie reste, celle–ci part. Si Bobbie part, il ne pourra certainement pas épouser sa fille. Elle décide donc d’envoyer Bobbie dans une réception pour hommes, afin qu’il n’ait aucune chance de rencontrer la marquise.
    Mais après avoir également insulté l’évêque, Bobbie est renvoyé et fait son voyage dans le même wagon que…la marquise que tous le monde évitait de mettre en relation avec lui.
    Après avoir vite oublié la fille de Mrs Duff-Chubleigh, Bobbie épouse la marquise dix mois plus tard.
    La parodie de la haute société est très présente dans cette nouvelle. En espérant avoir « le beurre et l’argent du beurre », soit, l’influence de la marquise et un gendre riche, la narratrice se retrouve sans l’un ni l’autre.

    Un coup pour rien : Philip Stletherby rend visite à Honoria Salten-Jago, une amie influente qui peut l’aider pour sa carrière. Dans le train, il rencontre un jeune homme sans le sou, prétendant être le fils d’Honoria, et qui lui demande de lui prêter un peu d’argent.
    Ayant peur de se faire escroquer, Philip décide de lui tendre un  piège, en lui posant des questions sur sa famille. Ce dernier, par exemple, lui explique qui se mère a, comme lui, de beaux cheveux bruns. Or, Philip se souvient d’une femme blonde. Lorsque le garçon descend du train, il refuse de lui donner de l’argent, persuadé d’avoir affaire à un escroc.
    Arrivé à bon port, il discute avec un de ses amis, mais apprend avec malheur que son hôtesse n’est blonde… que depuis quelques semaines : « Comment cela : quel changement ? Vous ne voulez pas dire ?... Oh, bien sûr, vous ne la connaissez que depuis peu de temps ! Elle avait de magnifiques cheveux bruns qui se mariaient parfaitement à la fraîcheur de son teint ; et voilà qu’un beau jour, il y a cinq semaines environ, elle est arrivée en blonde éclatante. Quel choc ce fut pour tout le monde ! Cela ne lui va pas du tout. Nous voici arrivés. Mais, dites-moi, que se passe-t-il ? Vous n’avez pas l’air bien. ». (Page 252).
    Cette nouvelle est basée sur le système de « tel est pris qui croyait prendre ». En croyant avoir roulé un escroc, le héros risque fort de voir son avancement professionnel s’effondrer sous ses yeux.

    L’almanach : Dans un petit village, deux amis décident d’escroquer les habitants en créant un almanach local, c'est-à-dire un calendrier comprenant des prédictions sur les villageois.
    Ils se débrouillent pour trouver des prédictions tellement vagues ou se fondant sur des habitudes si immémoriales qu’elles ne peuvent que se réaliser : « Ce qu’il faudrait, suggéra Vera, ce serait de formuler ces prédictions de façon à ne pas pouvoir se tromper de beaucoup. Je devrais commencer par prédire que le pasteur prononcerait un émouvant sermon du Nouvel An tiré de l’Epître aux Colossiens : aussi loin que remontent mes souvenirs, il l’a toujours fait, et, à ce stade de leur vie, les hommes ont horreur du changement. Ensuite, on pourrait sans risque prédire pour le mois de janvier, que « plus d’une famille bien connue de la région se trouvera confrontée à de sombres perspectives financières qui toutefois ne déboucheront pas sur une véritable crise ». Un chef de famille sur deux par ici découvre à cette époque de l’année que les siens vivent très au-dessus de leurs moyens et que de sévères restrictions vont devoir s’imposer. » (Page 254)
    L’almanach se vend très bien et toutes les prédictions se réalisent, sauf celle où Jocelyn doit tomber de cheval à la fin de l’année. Or, il est dans l’intérêt des deux auteurs qu’elle se réalise pour pouvoir en vendre autant l’année d’après.
    L’un des deux amis, afin de parer à cette éventualité, dit à la cavalière qu’il est au cœur d’un complot, et, lui faisant croire qu’elle doit absolument se cacher, finit par la faire tomber de cheval : «  Les amis les plus intimes de Jocelyn ne surent jamais à quel danger précis elle avait échappé lors de la chasse ce jour-là : mais on s’assura qu’on en savait assez pour garantir à l’almanach de bonnes ventes au nouveau prix de trois shillings. » (Page 261)
    Cette nouvelle parodie tous les escrocs et les prophètes, souvent capables « d’aider un peu le destin » afin de pouvoir vivre de leur activité, en jouant sur la naïveté des gens et leur besoin de savoir où ils vont.

L’écriture de Saki :

    Saki, dans son œuvre, fait la critique d’une classe fortunée dans la société anglaise postvictorienne.
    Ses personnages, tournés en dérision, deviennent des stéréotypes (la femme matérialiste, la coquette, la radin…), et les caractères sont souvent les mêmes : la jalousie, le goût des potins, la perfidie…
    Saki utilise dans son écriture, beaucoup d’humour anglais, noir et satirique, pour décrire la haute société et leurs soucis constants d’apparence, de renommée et de pouvoir.
    Le plupart de ses histoires portent sur des événements mondains, des scandales, des situations sociales embarrassantes… Elles sont fondées sur la parodie de la haute société, les jeux de langage, l’ironie, les quiproquos…
    Grâce à son enfance passée chez ses tantes, il peut dépeindre avec réalisme, sans exagérer énormément, le cynisme présent dans les parties de bridge, les garden-parties, le matérialisme ambiant, les caractères…
    Ses nouvelles se caractérisent par son sens de la dérision et de la chute.

 « Elles révèlent les manières et les attitudes de la société britannique de son temps dépeintes de l’intérieur par un chroniqueur doté d’un regard distant et sardonique. L’humour aimable de ses récits cache mal une pointe de cruauté ; il y a de la rage aussi chez Saki, un goût du saccage, tempéré par une écriture élégante et ciselée. La virtuosité avec laquelle les scènes sont emmenées, de même que l’imagination psychologique de l’auteur, étonnent à chaque lecture. Les nouvelles de Saki nous offrent un dépaysement complet, et nous amènent aux sources même de l’humour anglais. »
(http://www.rsr.ch/espace2/meridienne/selectedDate/5/11/2007#lundi)

    Marion, Bib 1ère année.


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Published by pier - dans Nouvelle
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