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19 novembre 2007 1 19 /11 /novembre /2007 22:18

Arundhati Roy,arundhati-copie-1.jpg
Le Dieu des Petits Riens
, 1997
Ed. Gallimard, 1998 
traduit de l'anglais par Claude Demanuelli

439 pages


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        Le Dieu des Petits riens raconte l'histoire de jumeaux de sexe opposé de huit ans, Rahel et Esthappen Kochamma. Ils vivent dans un petit village du Kerala (Sud de l'Inde), Ayemenem, chez leur grand-mère, Mammachi, propriétaire d'une conserverie "Conserverie et condiments paradise" fabriquant des confitures. Ils y habitent avec leur mère, Ammu, depuis le divorce de cette dernière (ce qui est mal vu dans sa famille). Dans la maison familiale, il y a aussi l'oncle Chacko, directeur de la conserverie et marxiste à ses heures perdues et aussi Baby Kochamma la grand-tante des jumeaux. Tout ce petit monde appartient à la classe des Touchables et est chrétien, c'est donc une famille « respectable ». Dans l'entourage des enfants, il y a également Velutha, un Intouchable, ouvrier à la conserverie, que Mammachi a pris sous son aile. Deux personnes vont venir s'ajouter à cette famille pour quelques semaines de vacances, Margaret Kochamma, l'ex-femme de Chacko, et leur fille, Sophie Mol, qui vivent habituellement en Angleterre. Cependant, un événement tragique, le décès de Sophie Mol, et ce qui le suivra vont chambouler la vie de toutes ces personnes et séparera Rahel et Estha. Cela nous est raconté par Rahel qui, de retour au village où elle retrouve son frère 23 ans après, se souvient de ce drame. Mais ses souvenirs vont nous parvenir par bribes désordonnées.

        Ce roman aborde plusieurs thèmes dont un tient particulièrement au coeur de l'auteur puisqu'elle se bat contre : la division de la société indienne en castes. Les autres thèmes sont : l'amour interdit, le communisme et la mort.

        L'amour interdit est le thème central du roman. C'est lui qui conduit à sa fin tragique l'histoire passée. Il est représenté par deux couples. Le premier est formé d'Ammu et Velutha, la Touchable et le Paravan. Une histoire vouée à l'échec qui n'aurait jamais dû commencer. Ils ont grandi ensemble mais ne se sont jamais touchés. Le jour de l'arrivée de Sophie Mol, leurs regards se croisent et cela va changer leurs vies. Ils s'aimeront pendant treize nuits en secret « en s'en tenant aux petits riens » et en laissant « les Grandes Choses tapies au-dedans » (expression qui revient régulièrement tout au long du roman et qui explique le titre du roman). Malheureusement, ils sont vus et le père de Velutha les dénonce à Mammachi. Cette dernière poussée par Baby Kochamma va séquestrer Ammu et chasser Velutha. Le second amour interdit est celui de Rahel et Estha dont on ne prend conscience que dans les derniers chapitres. Tout au long de l'histoire, on a des preuves de leur complicité et de leur "connexion" que l'on attribue au fait que ce sont des jumeaux mais, est-ce normal que des jumeaux partagent des événements, des sensations alors qu'ils ne sont pas ensemble (« ... Rahel se souvient s'être réveillée une nuit, riant aux éclats du rêve que faisait Estha. [...] Elle se souvient de Madras. ») ? De plus, les derniers chapitres sont assez troublants. En effet, Estha compare le corps de sa soeur à celui de leur défunte mère puis leur "amour" se concrétise ce qui va contre la morale.

        Le premier amour interdit aide à la dénonciation de la division de la société indienne en castes. En effet, si ce système n'existait pas, Ammu et Velutha pourraient s'aimer librement et ils n'auraient pas peur d'être surpris. Cela leur permettrait de ne pas s'en tenir aux « petits riens » et d'avoir un avenir ensemble. Velutha, en tant qu'Intouchable, est considéré comme un sous-homme par Baby Kochamma et cette dernière qui se méfie de lui voit dans sa liaison avec Ammu le moyen de se débarrasser de lui. La division de la société se voit aussi au travers du traitement des ouvriers de la Conserverie. Ils sont rarement mentionnés individuellement, ils ne sont que du petit personnel. Seules les femmes de la conserverie ont un statut un peu à part puisque Chacko, coureur de jupons, a l'autorisation par sa mère d'avoir des liaisons avec elles. Cependant, elles ne doivent pas rentrer dans la maison et la "salir"; pour cela Mammachi a fait aménager une entrée privée dans la chambre de son fils.

        Le troisième thème abordé ici est la mort. Elle est très présente dans le roman et notamment dans les souvenirs de Rahel. Ceux-ci commence d'ailleurs par l'enterrement de Sophie Mol, sa cousine. Sa mort prématurée ne sera expliquée que tardivement comme si Rahel ne voulait pas s'en souvenir afin de ne pas réveiller le souvenir de ce qui a suivi. On découvre aussi assez tôt qu'Ammu est décédée à l'âge qu'ont à présent les jumeaux (« ... ils ont l'âge d'Ammu quand elle est morte. Trente et un ans. Ce n'est pas vieux. Ni jeune. Un âge pour vivre ; pour mourir, aussi. »). Il y a également de nombreuses allusions à Pappachi, le grand-père de Rahel et Estha, décédé depuis un petit moment, entomologiste de Sa Majesté qui battait sa femme. Cette dernière non plus n'est plus de ce monde au retour de Rahel au village. Le roman a un ton dramatique et Rahel tente d'éviter de se souvenir des circonstances de la mort de sa cousine comme si ce qui avait suivi était pire que tout.

        Il y a aussi un aspect politique dans ce roman avec une forte présence du communisme par le biais de deux personnages, le camarade K.N.M. Pillai, qui voudrait bien devenir le dirigeant de la délégation régionale du Parti, et Chacko qui est devenu marxiste plus pour des raisons financières qu'idéologiques. Il pense qu'ainsi il pourra garder la confiance de ses ouvriers et qu'ils ne se révolteront pas contre leurs conditions de travail. Le communisme prend également l'apparence de milliers de manifestants irrespectueux sur la route de Cochin sur laquelle roule la famille Kochamma sans Mammachi pour aller chercher la famille de Chacko à l'aéroport.


       
Le Réalisme magique se trouve dans la construction même du roman. L'alternance de passé et de présent est une de ses caractéristiques. De plus, le fait que le passé ne nous est pas dévoilé dans un ordre chronologique nous plonge dans un monde étrange avec une impression de rêve. Les souvenirs arrivent au gré des pensées de Rahel et peuvent même être évoqués plusieurs fois (« Un âge pour vivre ; pour mourir, aussi » p.18, 423). De plus, la "connexion" qui existait entre Estha et sa soeur quand ils étaient petits, et qu'ils retrouvent 23 ans après, trouble et tient presque du merveilleux.

        C'est un très beau roman qui nous fait voyager sur les rives d'un fleuve et dans la société indienne. Il nous montre une vie faite d'interdits et de valeurs sociales dans un style très poétique.


Biographie de l'auteur :

        Arundhati Roy est née le 24 novembre 1961 à Ayemenem dans l'Etat du Kerala (Inde du sud) d'un père hindou et d'une mère chrétienne de l'Eglise syriaque. Sa mère, Mary Roy, est très célèbre en Inde pour avoir milité pour l'égalité des droits des femmes indiennes lors des divorces (partage des biens en faveur des femmes) au moment du sien. Arundhati est partie vivre à New Delhi à l'âge de 16 ans, où elle vécut pauvrement et fit une école d'architecture avant d'écrire des scénarios pour le cinéma et la télévision indienne avec l'homme qui est devenu son mari. Elle a commencé en 1992 son premier roman Le Dieu des Petits Riens qui a été publié en anglais en 1996 puis en français en 1998. Depuis, il a été traduit en plus de 30 langues. Militante active, elle a écrit deux essais, regroupés dans son deuxième ouvrage, sur les catastrophes environnementales que l'Inde causera en construisant ses 3200 barrages sur le même fleuve. De plus, elle milite auprès du mouvement altermondialiste, se bat pour les droits des femmes et dénonce la division de la société en castes.

        Elle a reçu plusieurs distinctions dont deux prix depuis la parution de son premier roman. Le Dieu des Petits Riens a été récompensé par le Booker Prize en 1997. En 2001, elle a reçu deux distinctions. En avril, elle a été décorée des mains de l'Ambassadeur de France en Inde de la médaille de Chevalier de l'ordre des Arts et des lettres et, en mai, Elie Wiesel, Prix Nobel de la paix, lui a remis le Grand Prix de l'Académie Universelle des Cultures pour son travail littéraire et son engagement dans la lutte pour les droits de l'homme dans son pays.


Bibliographie sélective :

Le Dieu des Petits Riens, Ed. Gallimard, 1998 ; traduit de l'anglais par Claude Demanuelli.

Le Coût de la vie, Ed. Gallimard, 1999, Coll. Arcades ; traduit de l'anglais par Claude Demanuelli.


Cyrielle, 2ème A. BIB-MED

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commentaires

akialam 03/12/2007 12:10

C'est de mon point de vue un livre extrêmement complexe, que j'ai eu beaucoup de mal à cerner au départ, et puis finalement on se laisse porter.

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