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20 novembre 2007 2 20 /11 /novembre /2007 19:53
Murakami Harukikafka-sur-le-rivage-copie-1.jpg
Kafka sur le rivage, 2003
Traduction de Corinne Atlan,
Belfond, 2006,
réédition 10/18
637 pages


L’œuvre
        L’histoire, puisqu’il faut en dire un mot même s’il est plutôt réducteur de devoir résumer en quelques lignes un tel récit, est centrée autour de deux personnages.
        L’un se nomme Kafka Tamura ; c’est un adolescent fugueur de 15 ans autour duquel flotte une malédiction. Son père a ainsi prophétisé qu’il serait un jour parricide et incestueux. De plus, il souffre de l’absence de sa mère qui l’a abandonné en emmenant sa petite sœur lorsqu’il avait cinq ans. Sa fugue le mènera dans une bibliothèque tenue par une femme mystérieuse et un bibliothécaire androgyne.
        Parallèlement à la fugue de Kafka Tamura on suit le vieux Nakata, handicapé mental suite à un étrange incident survenu lors de la Seconde Guerre mondiale, qui, s’il a du mal à communiquer avec les humains, possède la faculté de comprendre et de parler le langage des chats. C’est pourquoi, pour compléter la maigre pension que lui verse le préfet il s’est spécialisé dans la recherche de chats perdus. La recherche d’une petite chatte va l’entraîner sur les traces d’un voleur de chats. La rencontre avec ce voleur va obliger Nakata à fuir et à emprunter la même route que Kafka Tamura.
        A ces deux personnages viennent s’en ajouter d’autres ayant tous une plus ou moins grande importance dans la succession d’événements plus ou moins étranges qui forment la trame de ce récit. En effet, on assiste notamment à une pluie de poissons puis à une autre averse, de sangsues cette fois.

            Kafka sur le rivage n’est donc pas fait pour les tenants du rationalisme et s’inscrit bien dans la veine du réalisme magique puisqu’aucune réponse aux événements surnaturels n’est apportée à la fin du livre. Pas même concernant l’incident survenu dans la jeunesse de Nakata qui pourtant est présenté sous la forme d’une enquête militaire menée après la guerre dans le but d’éclairer cette affaire. Il faut ajouter à ce côté surnaturel une dimension onirique, comme souvent chez Murakami, qui prend une grande ampleur au fil du roman tant et si bien qu’il en devient parfois difficile de distinguer ce qui est du domaine du réel et ce qui appartient au rêve. Cela n’est pas sans accentuer le côté spirituel et poétique de cette histoire aux allures de tragédie grecque.
        Les références culturelles, très nombreuses, distillées dans ce livre passent donc par la culture grecque antique avec, en tout premier lieu, la référence œdipienne au fils incestueux et parricide. La culture anglaise est également très présente tout au long du récit avec des références allant des dialogues de Macbeth de Shakespeare à la musique pop-rock. On retrouve également les mélodies intemporelles de Schubert, de Coltrane et de Beethoven. Cela fait de Kafka sur le rivage un livre à la fois très japonais par son univers et sa dimension existentialiste mais également terriblement occidental à travers les références culturelles et la description d’un Japon tout ce qu’il y a de plus moderne et occidentalisé.
        La musique tient, on l’a vu au travers des références culturelles, une place importante dans ce roman, comme toujours chez Murakami. Ce roman tire d’ailleurs son titre d ‘une chanson fictive que découvre Kafka Tamura, Kafka sur le rivage. Tout au long du roman, la musique va agir sur les personnages comme vecteur de sentiments et de sensations nécessaires, entre autres, à la quête identitaire qui se joue individuellement pour chacun d’eux. Car chaque protagoniste sera confronté à un moment ou à un autre à des questionnements sur son identité profonde, ses raisons de vivre…
        Outre ce thème de la quête d’identité, Murakami aborde la solitude et l’absence, deux sujets qu’il affectionne particulièrement. Ainsi, notamment, Kafka Tamura, qui a été abandonné par sa mère quand il était petit, se retrouve seul au monde après sa fugue (même s’il l’était apparemment déjà du temps où il vivait avec son père).
        Comme souvent chez Murakami il est également question d’une femme mystérieuse, la mère de Kafka, que ce dernier souhaiterait retrouver afin de mener à bien ses deux voyages (sa fugue et son voyage intérieur), en quête de son identité alors même que la malédiction oedipienne pèse sur lui et scelle son destin.
        Ce roman d’initiation est somme toute très murakamien et considéré comme son récit le plus ambitieux et le plus envoûtant.

Anthony, 2ème année Ed-Lib

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