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20 novembre 2007 2 20 /11 /novembre /2007 20:32
Kiran Desai
Hullabaloo in the Guava Orchard, 1998,
Le Gourou sur la Branche, 1999,
Traduction Jean Demanuelli,
Calmann-Lévy
Nouvelle éd. Le livre de poche.

Sources :

  • Site evene.fr pour ce qui est de l’essentiel de la biographie.
  • Lire, septembre 2007 (le guide de la rentrée littéraire, par A.Clavel)
  • Lire, juin 2006 (Inde : les colporteurs de mirages, par A.Clavel)
  • Le magazine littéraire, mars 2007 (dossier : l’Inde)
  • Le monde diplomatique, mars 2007 (Littérature indienne, quatre mille ans d’engagement social, par T.Chanda)
  • http://wodka.over-blog.com/article-6125508.html : l’analyse étant pertinente, j’ai jugé bon d’en reprendre une partie (certains passages sur l’ironie sur le mariage et sur l’ironie concernant la fonction publique).
  • Le site du Salon du livre de Paris 2007 : http://www.salondulivreparis.com/2/francofffonies.htm?idh=7
  • La lettre du Bureau international de l’édition Française du 16 avril 2007, par E.Brezault
  •  Les archives du français du Québec (http://www.tlfq.ulaval.ca/AXL/asie/inde-1Union.htm)
I. L’auteur

Biographie :

        Fille de la romancière Anita Desai, née en 1971, Kiran Desai a grandi à Delhi en Inde jusqu'à quatorze ans, quand elle part pour l'Angleterre avec sa mère puis aux États-Unis où elle finit le lycée dans le Massachusetts, avant de poursuivre à Bennington College dans le Vermont. Elle s'inscrit alors dans un cours d'écriture en Virginie qui lui fera dire que les ateliers d’écriture sont la cause d’une littérature américaine « aseptisée », et ensuite à Columbia University à New York. Au cours de ses études à Columbia, Kiran Desai fait une pause de deux ans durant laquelle elle contribue au New Yorker et écrit Hullabaloo in the Guava Orchard (1998, Le Gourou sur la branche, 1999), un conte mêlant la magie des fables et la comédie dans l'histoire d'un jeune garçon qui tente d'échapper aux responsabilités de la vie adulte en se réfugiant dans un arbre. Le livre, salué par Salman Rushdie, est récompensé par le Betty Trask Award. Il est publié dans 22 pays. Son deuxième roman, The Inheritance of Loss (2006) reçoit le Man Booker Prize, le National Book Critics Award et le prix indien Hutch Crosswords. Le roman parle d'exil, d'appartenance à deux cultures, du passé et du présent. Kiran Desai tient à son passeport indien et retourne tous les ans à Delhi, mais est résidente permanente des États-Unis.
        Quand on l'interroge sur ses maîtres, elle cite García Marquez, Kenzaburô Oé, Juan Rulfo.
        On sent également beaucoup l’influence d’Italo Calvino dans son premier roman, le Gourou sur la Branche, car celui-ci, par son héros, s’approche du roman de Calvino intitulé Le baron perché (1954). En effet, dans le baron perché, le héros est un aristocrate italien du nom de Côme Laverse du Rondeau, qui décide de vivre dans un arbre afin de démontrer le vrai sens de la liberté et de l’intelligence, ainsi que la médiocrité des gens qui l’entoure. Ce roman de Calvino est prétexte à une fresque sociale et historique, car, du haut de son arbre, le baron rencontrera de grands personnages de son temps comme Bonaparte.

Ce qu’elle dit :

        «Ma mère a joué un très grand rôle. Grâce à elle, je n'ai cessé de baigner dans la littérature. Lorsque j'ai commencé à écrire, elle m'a prise au sérieux même si c'était périlleux pour moi de vouloir suivre un tel exemple.»
«J'ai ébauché ce livre [le gourou] pendant mes études, alors que je m'étais inscrite à un atelier d'écriture de l'université de Columbia», explique Kiran Desai, qui aime travailler dans la cuisine de son appartement de Brooklyn en grignotant des biscuits, «pour se donner du courage». Le thé est son carburant, et la sieste de 14 heures son réconfort. Le reste du temps, elle travaille, «très tôt le matin, au saut du lit, et tard le soir».
Pour elle, la littérature indienne en anglais a des spécificités : c’est une manière d’exprimer les émotions très différente, et une façon particulière de raconter des histoires.

II. Le roman

Quatrième de couverture :

"D'un caractère rêveur et lymphatique, Sampath Chawla rate systématiquement tout ce qu'il entreprend. Jusqu'au jour où, lassé du monde, il décide de s'installer dans les branches d'un goyavier pour y trouver la paix, et devient brusquement un ermite célèbre. Des pèlerins affluent de l'Inde entière afin de recevoir la bénédiction du sage perché, et la famille de Sampath s'enrichit en faisant la promotion du saint homme. Mais une bande de singes farceurs envahit les goyaviers et sème le trouble dans le verger."

L’histoire en détails :

        Je suis malheureusement obligée de centrer ce résumé autour du personnage principal, car on se perd facilement dans les détails foisonnants et les nombreux personnages de ce roman.

        Sampath est né le soir de la plus grosse tempête jamais vue à Sahkot, alors que la mousson se faisait attendre et que l’aide humanitaire, dispensée partout ailleurs, se désintéressait du sort de cette ville. Ce soir-là, une caisse de l’aide humanitaire tomba sur un arbre, Sampath naquit avec une tache de naissance, et son destin se mit en marche. Sampath est un rêveur que son père veut forcer à travailler. Il passe ses journées dans une poste, à lire les courriers personnels au lieu de les trier. Lors du mariage de la fille de son patron, Sampath est pris d’une frénésie étrange, vêtu de nombreux vêtements féminins colorés qu’il retire un à un, en dansant sur une fontaine. Son renvoi n’est une surprise pour personne, et M. Chawla pousse son fils à chercher un nouveau travail. Jusqu’au jour ou Sampath s’enfuit, et s’installe dans un goyavier. Peu à peu, les gens qui le trouvaient simplet le prennent pour un grand sage, et des centaines de fidèles viennent quotidiennement lui rendre visite. M.Chawla flaire la bonne affaire et organise la vie touristique du verger. Sa femme Kulfi, tout aussi bizarre que Sampath, se consacre à nourrir ce dernier avec des plats extravagants de sa composition. Des singes langurs font alors leur apparition dans le verger, ayant compris qu’ils y trouveraient toute la nourriture nécessaire grâce aux offrandes faites au « gourou », mais ils découvrent l’alcool et ne peuvent plus s’en passer, devenant incontrôlables. Les autorités cherchent un moyen de se débarrasser des langurs, Kulfi décide d’en cuisiner un, et toute cette agitation pousse Sampath dans la mélancolie. Il réalise que tout ce qu’il cherchait à fuir se retrouve sous son goyavier. La veille de la grande traque des singes par l’armée, Sampath médite, une goyave à la main. L’une des dernières de la saison, grosse et mûre. Au matin, il ne reste plus trace de Sampath, juste cette goyave, qui porte une tache ressemblant à celle de Sampath.


Ce qu’il ressort du texte :

Le lecteur découvre de nombreuses facettes de la société et de la culture indienne, grâce à ce roman plein d’humour et d’ironie.

L’ironie
 
Ironie autour du mariage.
  • Le mariage de Kulfi et Chawla n’est qu’un arrangement : la famille de Kulfi va marier cette fille qui semble normale malgré son somnambulisme, contrairement aux autres membres de la famille, ce qui convient parfaitement à la famille de Chawla qui a besoin de l’argent de la dot. (p.81)
  • La famille de Sampath lui cherche une fiancée, pour le convaincre de descendre de son arbre. Celle-ci arrive, escortée par toute sa famille, qui voit là une occasion de caser cette demoiselle à la peau trop foncée. Cet événement donne lieu à une scène cocasse. (p.77 à 80).
  • Ce non-mariage de Sampath est aussi l’objet d’envie de la part des fidèles de Sampath. Tous seraient ravis de ne pas avoir à s’occuper de leurs familles respectives. (p.121)
  • Le marchand de glaces rêve d'aller rejoindre Pinky, la sœur de Sampath qui lui a mordu l'oreille par amour (p.139). Il vit au milieu de douze femmes – et trois hommes – de sa famille, qui lui trouvent donc une jeune fille magnifique pour le détourner de son projet. La jeune fille semble gagner son cœur. (p.232)
  • L’auteur parle même d’une « saison des épousailles » (p.63), et les futures mariées doivent répondre à une description très stricte ! (p.76)
  • Le seul mariage qui aurait pu avoir lieu n’est pas. Mademoiselle Jyotsna et Sampath semblent nourrir un doux sentiment l’un envers l’autre à partir du moment où Sampath devient le célèbre baba de l’arbre. (ex. p. 145) Mais il disparaît, au grand désespoir de la demoiselle…(p.251)

        Ironie quant à la religion, puisqu’il suffit que quelqu’un grimpe dans un arbre et déclame quelques aphorismes pour devenir un grand gourou. De plus, l’auteur pousse le cynisme jusqu’à créer un personnage très particulier, dont il sera question plus bas. Finalement un gourou de plus ou de moins ne change rien à l’affaire, l’Inde n’étant plus à une religion près.

        Ironie autour des fonctionnaires et du système :
  • Le directeur des postes réquisitionne son personnel pour préparer le mariage de sa fille. (p.49)
  • Le colonel observe les oiseaux au lieu de surveiller ses soldats. (p.167 à 169) Il est même tellement borné qu’il a un planning pour effectuer sa toilette.
  • Le médecin responsable de la santé publique est accro au jus d’oignon.
  • Le préfet fraîchement émoulu se retrouve pris dans un tourbillon d’événements qui le dépassent. (p.205)
  • Tout ce petit monde est infichu de s’entendre sur la marche à suivre pour sauver le village d’un fléau : des singes alcooliques qui font régner le chaos le plus total.
  • Un fonctionnaire est chargé de vérifier l'authenticité des gourous. Celui-ci cherche à tout prix à prouver l’imposture de Sampath, ce qui le mènera au fond du chaudron de Kulfi, après avoir repris les célèbres aphorismes de Sampath à son compte lors de réunions professionnelles. (p.148)
        Ironie autour de la société indienne: l’Inde a vu l’émergence d’une classe moyenne, travaillant dans des bureaux, avec les mesures prises par Indira Gandhi dans les années soixante-dix. Et c’est cette classe moyenne qui est raillée dans ce roman, à travers les personnages de Chawla qui court après la réussite sociale, à travers M.Gupta, opportuniste de haut vol, et même à travers Sampath qui rejette ce mode de vie en bloc. (cf. p.33)

Les cinq sens

        L’histoire est mise en valeur par une écriture piquante qui met tous nos sens à contribution avec l’énumération de couleurs, de parfums, ou d’épices. L’auteur livre des descriptions très détaillées de ce qui entoure les personnages, et des personnages eux-mêmes. (exemple p.127)

  • La vue : avec des descriptions comme celle de la scène du mariage de la fille du directeur des postes, Kiran Desai nous en met, justement, « plein la vue ». Les couleurs chatoyantes des saris sont décrites avec force détails.
  • Dans cette même scène par exemple, l’auteur fait intervenir l’odorat. Ce sens a cependant moins de place que la vue ou le goût.
  • Le toucher et l’ouïe : ces deux sens sont assez peu représentés en tant que vecteurs d’information. Bien sûr, les personnages touchent et entendent, mais la place que leur réserve l’auteur est minime.
  • Pour finir, le goût. Ce sens est le plus utilisé dans ce roman. Le goût est partout. L’auteur nous parle du parfums des glaces, de l’acidité des fruits, et nous décrit avec délices les plats préparés par Kulfi, dont la nourriture est la lubie depuis la naissance de Sampath(p.127, p.243, etc.)

La nourriture

        La nourriture est un sujet essentiel dans ce roman. Le premier jalon est posé avec Kulfi : durant sa grossesse, elle rêve de plats somptueux tandis que la famine fait rage. Puis, lors de la naissance de Sampath, tombe une caisse de l’aide humanitaire regorgeant de nourriture ; enfin, tout au long de la vie de Sampath, Kulfi utilise la nourriture pour le consoler. Kulfi est tellement fixée sur la nourriture qu’elle a essayé de voler des plants expérimentaux, et des animaux dans un zoo. A chaque fois, elle a été prise pour une innocente visiteuse perdue…
        Le goût de Kulfi pour la cuisine se manifeste crescendo lorsque Sampath est dans son goyavier (p.98 et 127, par exemple), et son obsession gastronomique trouve son apogée à la fin, lorsqu’elle décide de faire une surprise à son fils en lui cuisinant un singe (p.243). Étrangement, Sampath fait tout pour sauver les singes des funestes projets des autorités locales, et ne se doute pas de ce que lui prépare sa mère. Elle-même ne sait pas que ce n’est pas un singe, qui est tombé dans le chaudron…
        Un autre jalon est posé avec la présence du marchand de glaces, l’insistance d’Ammaji, la grand’mère de Sampath, pour avoir un dentier, et l’attaque du singe devant le cinéma. Le croisement de ces trois éléments donnera naissance à une nouvelle intrigue : l’amour de Pinky et du marchand.
        L’espion chargé de démasquer Sampath est lui-aussi intimement lié à la nourriture. En effet, il soupçonne Kulfi et ses repas d’être à l’origine du comportement de Sampath. Peut-être le drogue-t-elle ? Elle empêche tout le monde de s’approcher de sa cuisine improvisée, ce qui fait d’elle une suspecte idéale. Les investigations mèneront le malheureux au fond même du chaudron bouillonnant de Kulfi. Comme quoi, la curiosité est réellement un vilain défaut…
        Enfin, la nourriture est la cause de l’arrivée des singes dans le verger, car « offrandes » veut aussi dire qu’il y aura de quoi manger. Mais plus que de quoi se rassasier, ils trouveront de quoi boire, ce qui va amener le chaos dans le verger et dans la région tout entière.

La magie

        La magie fait partie intégrante de cette histoire, tout comme elle est indissociable de l’Inde et de ses habitants.
        On retrouve ce « décalage » dans la presse, avec des explications farfelues de phénomènes naturels, au tout début du roman.
        Le comportement de Kulfi, tout au long du roman, est très étrange, et l’on peut se demander si elle ne cache pas quelque pouvoir. Cette impression est corroborée par des événements concomitants des grands moments de sa vie. Par exemple, sa délivrance coïncide parfaitement avec l’arrivée tellement attendue de la pluie.
On peut aussi penser que la magie vient de la présence des singes : ils sont l’un des fils rouges de ce roman, avec la nourriture. Ils lient Pinky et le marchand de glaces, les autorités au verger, et disparaissent avec Sampath. De plus, le singe langur est un animal sacré (le dieu-singe Hanuman, pour les hindous, symbolise la force) et le fait qu’une horde de singes, même alcooliques, « adopte » Sampath donne à ce dernier une certaine légitimité en tant que gourou. De plus, les connaissances de Sampath de ce qu’il ne devrait pas savoir, pourtant acquises de la manière la plus rationnelle qui soit, passent pour un don de divination. Il se prête alors au jeu, en déclamant des aphorismes plus ou moins saugrenus. (p.93-94)
        Mais plus que tout, la magie réside dans la disparition de Sampath, qui laisse à sa place favorite une goyave bien mûre et tachée.

Un récit initiatique ?

        Sampath est un jeune homme qui refuse sa vie d’adulte, c’est pourquoi il s’enfuit pour s’isoler dans un arbre. Bien vite, pourtant, il se rend compte que la fuite ne fonctionne pas, mais refuse toujours de faire face, jusqu’à sa disparition. Dès qu’on l’extrait de force de son monde intérieur, il est perdu. La violence et le tumulte de la réalité sont une souffrance pour lui, et il préfère s’isoler sur la terrasse d’abord, puis dans son bureau, et enfin dans son goyavier.
        Il refuse tout ce qui représente un adulte : le travail, le mariage, une vie sédentaire et monotone, l’entretien d’une famille.
        Une preuve de son immaturité est donnée avec le poème qu’il essaie de composer. Et sa réflexion : « C’était pour s’éclaircir l’esprit qu’il était monté dans une arbre et non pour se l’embrouiller, or en ce moment, il ne faisait qu’aller à l’encontre de ses ambitions. » (p. 187) montre qu’il ne sait pas agir en adulte et n’en a aucune envie. Monter dans un arbre relevait du caprice.
        Pinky est une demoiselle pleine de ressources, mais qui a encore beaucoup de choses à apprendre, notamment la maîtrise et l’expression de ses sentiments. L’ennui lui fait prendre conscience de son « amour » pour le marchand de glaces, et elle prétend le lui prouver avec des tenues tapageuses et une déclaration… mordante. Elle aussi cherche la fuite, mais avec son marchand charmant, qui lui fait faux bond, partagé entre ce qu’il croit être de l’amour pour Pinky et les sentiments qui le taraudent à l’endroit de celle qu’il surnomme « Mademoiselle Gâteaux ».

        Au final, aucun de ces deux personnages que l’on accompagne ne parvient à grandir réellement, malgré ces événements étranges et sans doute quelque peu traumatisants.

La place de la famille

        Ce roman montre aussi, toujours avec humour, la place prépondérante de la famille dans la société indienne. Le mariage semble devoir résoudre tous les problèmes, le rang social est déterminé par la famille, le rôle du père est très important bien qu’on ait l’impression que les femmes tirent les ficelles (notamment dans le cas des fiançailles du marchand de glaces).
        C’est le fait d’être « la sœur du baba » qui permet à Pinky de ne pas être emprisonnée ou internée après avoir mordu son aimé (p.141), c’est un « honneur qui rejaillit sur toute la famille » du photographe que de recevoir une bénédiction de Sampath en récompense de son travail (p.144).

        Kiran Desai a écrit un premier roman représentatif de la nouvelle génération des jeunes auteurs indiens en langue anglaise, en forme de conte, qui présente la vie d’une petite ville indienne. Elle nous plonge dans l’imaginaire indien, en réunissant des aspirations spirituelles et des préoccupations matérielles dans un roman réjouissant, où le coca-cola côtoie le curry.
        Ce roman ne révèle pas tous ses secrets à la première lecture. Il faut au contraire le relire pour découvrir toutes ces petites articulations et enchaînements qui font que le scénario se tient parfaitement sans qu’il se voie et sans qu’il soit pesant à la lecture. Nous avons ici une histoire charmante, d’une grande richesse tant du point de vue des descriptions qu’au niveau du rythme et des événements, soutenue par un style alerte et enlevé. En bref, c’est une lecture sensuelle, plaisante et très drôle qui attend ceux qui osent ouvrir ce roman.
    D’autant qu’une récente attaque de langurs est à déplorer à New Delhi (voir ce lien : http://www.dhnet.be/infos/faits-divers/article/190084/des-singes-sauvages-terrorisent-l-inde.html ).

III. Le contexte

Le pays

    Située dans le sud de l'Asie, l'Inde est un des pays les plus peuplés du monde après la Chine (953 millions habitants). Sa capitale est New Delhi. L’Inde est une mosaïque de langues, de peuples et de religions.
    L’hindi et l’anglais sont les deux langues officielles de l’Inde, mais on compte 18 langues constitutionnelles qui sont l’anglais et l’hindi, le bengali, le télougou, le marathi, l’ourdou, le gujarati, le kannada, le malayalam, l’oriya, le penjabi, l’assamais, le népali, le konkani, la cachemiri, le sindhi, le manipuri et le sanskrit. L’Inde compte en réalité plus de 1600 langues, dont 398 sont officiellement répertoriées. Cependant, seulement 40 langues sont parlées par plus d'un million de locuteurs et rassemblent plus de 850 millions de personnes, soit 85 % de la population du pays. Cela signifie que moins de 10 % des langues sont parlées par la très grande majorité de la population et que 90 % des langues de l'Inde ne sont utilisées que par 15 % des locuteurs indiens.
La littérature :
        En 1913, l’Inde a eu l’honneur de recevoir le Prix Nobel de littérature par l’œuvre de Rabindranâth Thâkur dit Tagore (1861 - 1941), à la fois compositeur, écrivain et philosophe.
        De 1972 à 1992, 5 romans indiens ont reçu le Booker prize, puis Arundathy Roy l’a reçu en 1997 pour le Dieu des petits riens, et Kiran Desai l’a reçu en 2006 pour La perte en héritage.
        La création indienne de langue anglaise a acquis depuis quelques années une certaine visibilité. Elle connaît aujourd’hui l’une de ses périodes les plus fastes grâce à la fécondité de romanciers comme Salman Rushdie ou Arundhati Roy. Cette génération d’écrivains montre que l’anglais n’est plus un symbole de la colonisation, mais qu’il est devenu un outil d’exploration de la réalité indienne.
        Le premier roman indien en anglais date de 1864, mais le genre a connu son véritable essor, à partir des années 1930, avec la génération de R. K. Narayan qui a donné naissance à une littérature originale. Ils ont été les premiers à comprendre que l’utilisation de l’anglais dans le contexte indien n’allait pas de soi.
        Dans la préface de son roman Kanthapura (1938), Rao écrivait : « Nous sommes condamnés à exprimer cette âme qui est la nôtre avec les mots venus d’ailleurs. Il est difficile de rendre compte des nuances de notre pensée et des silences qui meublent le processus de réflexion à cause de cette incapacité que nous ressentons à les exprimer dans une langue étrangère. »

        Dès le XIXe siècle, l’administration britannique a souhaité voir émerger « une classe d’individus, indiens par le sang et la couleur de la peau, mais anglais par leurs goûts, leurs opinions, leur morale et leur capacité intellectuelle » (Thomas Babington Macaulay, Minute on English Education, 1835) et en 1835, elle fit voter une loi imposant l’étude de l’anglais dans l’enseignement secondaire et supérieur. La langue anglaise n’a donc rien d’une langue étrangère pour ces romanciers, car, issus des couches aisées de la société, ils ont presque tous fait leurs études dans des écoles où l’anglais était la principale langue.

        La littérature indienne est un savant mélange de scénarios impeccables et d'images bigarrées, sur fond d’Histoire et de grands débats (la décolonisation, la menace intégriste, la misère, les conflits de castes et de classes, le désarroi d'une société qui a perdu ses anciens repères.) Elle nous fait toucher du doigt une culture tournée vers l'invisible, le merveilleux et le spirituel, mais c'est aussi un foisonnement d’identités indiennes qui nous offre des styles variés.

L'édition française

        L’anglais reste la langue de médiation pour bon nombre d’écrivains indiens sur le marché français car elle permet à l’éditeur français d’avoir un accès direct au texte et de se passer du jugement littéraire du traducteur. L’Inde compte 16 000 maisons d’édition qui ont publié  plus de 80 000 œuvres en 2005. Le marché potentiel est donc énorme : le pays occupe le 3e rang mondial derrière les États-Unis et la Grande-Bretagne en matière de publications en langue anglaise.
        Cette littérature a explosé dans les années 1980 et 2000 avec des écrivains qui ont construit leur œuvre dans un mélange géographique et culturel où l’Inde est à la fois lieu de vie, terre d’exil et « patrie imaginaire ». Ils ont reçu de prestigieux prix littéraires (prix Nobel, Booker Prize) qui les ont fait connaître dans leur propre pays et à l’étranger. Mais l’Inde, par son histoire présente et passée, reste encore peu connue des Français, malgré de nombreuses publications d’essais de sociologie, notamment.
        Sur la scène littéraire française, les écrivains indiens s’inscrivent dans des collections généralistes consacrées à la littérature étrangère, où l’anglais (Inde et diaspora) côtoie indifféremment les langues indiennes. La topographie du paysage littéraire indien en France se modifie au gré des choix des directeurs de collection qui défrichent le terrain depuis une dizaine d’années. La production littéraire indienne se décline en France dans toutes les langues, de l’essai au roman, en passant par le récit de vie, la littérature de jeunesse et même la bande dessinée.
        Certaines maisons d’édition misent sur la différence en valorisant la découverte d’une culture encore méconnue du grand public, d’autres ont créé des collections consacrées à la découverte de l’Inde : Gallimard, L’Harmattan... Le Cherche-Midi, avec son « Domaine indien », dirigé par Jean-Claude Perrier, innove également, en proposant depuis 2002 des romans publiés en Inde et achetés directement aux éditeurs indiens, sans transiter par des agents littéraires ou des éditeurs anglo-saxons, ce qui doit « favoriser le contact direct entre éditeurs français et indiens, afin de découvrir des auteurs indiens vivant en Inde et rendant compte de la réalité de leur pays ».
Les éditeurs français reçoivent parfois les manuscrits anglais avant qu’ils ne sortent en Inde : c’est ce qui s’est passé avec Indrajit Hazra (Le Jardin des délices) au Cherche-Midi ou Mira Kandar chez Actes Sud (Planet India). La France multiplie les manifestations consacrées à l’Inde (festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo, Lille 3000…) et participe de plus en plus activement à la découverte de nouveaux auteurs.

M.A., A.S. Ed-Lib.

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