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21 novembre 2007 3 21 /11 /novembre /2007 21:35
SAKI, Le Cheval Impossible,chevalimpossible-copie-1.jpg
292 pages.
Traduit de l'anglais par Raymonde Weil
et Michel Doury,
Julliard Paris, 1993,
Ed. Robert Laffont, coll. Pavillon Poche, 2006.

Biographie disponible : fr.wikipedia.org/wiki/Saki_(écrivain)

        Le Cheval Impossible est un recueil de 39 nouvelles dont la plupart datent de 1912, sélectionnées par l'éditeur et publiées en 2006. Ce livre est une satire sociale qui nous plonge dans les "affres" de la société édouardienne anglaise et Saki est notre guide. Un guide cruellement drôle et considéré comme un des maîtres de la short story, de la high comedy.
        Ce nombre de 39 nouvelles pourrait faire craindre un ouvrage copieux et indigeste, mais c'est d'une écriture moderne, d'une même unité, et l'auteur "fait mouche" à chaque fois.
        IL n'a manifestement aucune compassion pour ses personnages (on pourrait même dire "sujets d'études") face à leurs dilemmes : exemple,comment se comporter lorsque l'on reçoit un neveu cleptomane mais intéressant par son récent héritage. Seuls les animaux, survolant cette jungle mondaine, personnages secondaires mais finalement les plus sensés, trouveront grâce à ses yeux.
         Les aspirations et les "tragédies mondaines" dont ces hommes et ces femmes sont les instigateurs ou les victimes, permettent surtout à Saki de nous dépeindre des comportements et des psychologies dont le lecteur, son complice, se délectera sans complexes.
        En effet, quoi de mieux que cette "bonne société" où la vacuité, les apparences et la position sociale priment, pour sonder avec justesse l'âme humaine dans ce qu'elle peut avoir de plus absurde?
        La force du style, en plus de sa virtuosité pour les épigrammes et les portraits brossés en quelques lignes, réside dans une sophistication du vocabulaire, un langue affectée, semblable aux façons de discourir de ceux qu'il dépeint  ( il leur fait d'ailleurs souvent raconter eux-mêmes les histoires).
        Et cela pour mieux se moquer et dynamiter joyeusement ce petit univers.
        Dans 14 de ces nouvelles apparaît Reginald, personnage récurrent dans l'oeuvre de Saki, l'ultime dandy cynique. Dans des dialogues ( ou plutot monologues, tant les interlocuteurs de Reginald sont parfois réduits au silence devant sa pédanterie), on peut entrevoir sa pensée "profonde". Car oui, ce Reginald a un avis sur tout : Reginald et les réjouissances de Noël, Reginald et les soucis, Reginald et les invitations.  On découvrira également la puissance créatrice de ce jeune homme agaçant dans " Le drame de Reginald":

"Reginald ferma les yeux avec cette langueur affectée de ceux qui ont de beaux cils et ne voient pas pourquoi ils le cacheraient.
- Un jour, dit-il, je vais écrire un drame vraiment grand. Personne n'en comprendra le sens profond, ils rentreront tous chez eux vaguement déçus de leur vie et de l'endroit où elle se déroule. Alors ils changeront le papier de tenture et ils oublieront.
- Et ceux qui possèdent des maisons entièrement en lambris de chêne ? demanda l'interlocuteur.
-Eh bien, ils n'auront qu'à changer le tapis de l'escalier".

    Un auteur à connaître, pour sa causticité, et pour sa plume terriblement efficace.

    Saki : " l'imagination a été donnée à l'homme pour compenser ce qu'il n'est pas. L'humour pour le consoler de ce qu'il est."

     Même sa  dernière phrase avant sa mort brutale au front de la guerre de 14-18,aurait pu être la chute d'une de ses nouvelles : "éteignez-moi cette cigarette nom de dieu!"
    Critique de Graham Greene :
    "Toutes les nouvelles de Munroe (son véritable nom) sont inspirées par l'enfance, l'humour et l'anarchie, autant que par la cruauté et la misère de l'enfance. Il s'est fabriqué un style qui est comme une machine destinée à sa propre protection. Il se protège à l'aide d'épigrammes. Reginald et Clovis sont des enfants de Wilde : c'est entre eux un incessant feu croisé d'épigrammes et d'absurdités qui nous éblouissent et nous enchantent.(...)
 Ces récits sont des récits de farces et attrapes. Leurs victimes aux noms bizarres sont assez sottes pour n'éveiller aucune sympathie. Ce sont des gens d'âge mûr, des gens puissants: il est juste qu'ils subissent une humiliation passagère parce que, à la longue, ils ont toujours le monde de leur côté. Munroe, tel un chevaleresque bandit de grand chemin, ne dépouille que les riches ; il y a derrière toutes ces histoires un sentiment de justice rigoureux."

Annie, 1ère année BIB









 

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Published by pier - dans Nouvelle
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