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23 novembre 2007 5 23 /11 /novembre /2007 19:35
Georges-Olivier CHÂTEAUREYNAUD, jardindanslile.jpg
Le jardin dans l’île,
Recueil de nouvelles, 167 pp,
éditions Zulma, collection Novella,
parution avril 2005.




L’auteur :
        Romancier et nouvelliste français né à Paris en 1947, Georges-Olivier Châteaureynaud a reçu le prix Renaudot en 1982, pour son roman La faculté des songes. Il dit avoir « commencé à devenir un écrivain lorsqu’ [il a] renoncé à la poésie ». La première nouvelle qu’il écrivit alors se nomme « Ses dernières pages » et raconte l’histoire d’un homme quittant Paris pour devenir écrivain et qui trouve son œuvre, écrite, qui l’attend dans un placard d’une maison de campagne. Voilà qui donne le ton de l’œuvre de notre écrivain, et qui situe un peu l’univers du Jardin dans l’île.
        Dans un entretien pour le site Encre vagabonde, il explique ses principes d’écriture : « Mon système littéraire repose sur la confusion : confusion entre le passé et le présent, entre l’imaginaire et le réel, l’intérieur de la tête et l’extérieur, la veille et le sommeil, etc. »


Le recueil :
        Il se compose de dix nouvelles aux thèmes différents mais relatant toujours des histoires troublantes, plus ou moins explicables par la folie ou le mensonge d’un personnage, qui huit fois sur dix raconte à la première personne.
        On a ainsi un homme entraîné dans le passé par une femme envoûtante, un écrivain réincarné pour écrire sa propre biographie, un courtier qui rapporte n’importe quelle antiquité d’un monde parallèle, un homme défiguré invité et adulé par de belles femmes célibataires.


Liste des nouvelles ; leur énonciation et résumé :

Nuit des voltigeurs :    3ème personne
        Un homme en fuite frappe à la porte d’un appartement inconnu. Une femme lui ouvre, sa fille si belle l’envoûte. Malgré des protestations, il la suit, passant les yeux bandés la porte d’un monde où les voitures ont disparu, remplacées par des chevaux…

Pâle petit jeune homme :    1ère personne
        Un homme se fait aborder dans une soirée mondaine par un jeune homme qui veut faire une biographie d’un ancien ami écrivain alors décédé. Par les connaissances précises des détails qu’il détient sur la vie de cet écrivain, le narrateur est persuadé que le pâle jeune homme dit la vérité sur son lit de mort : il est lui-même cet écrivain ressuscité.


Château Naguère :
1ère personne
        Un chauffeur de taxi amène une dame très distante à Bordeaux… mais elle ne lui fait pas prendre un itinéraire ordinaire. Elle finit par lui avouer qu’elle reproduit le chemin qu’elle a parcouru pendant la débâcle, ce qu’il représente pour elle, ainsi que la valeur qu’ont à ces yeux les deux dernières bouteilles issues de ces vignes dont le château n’existe même plus. 

Le courtier Delaunay :     
1ère personne
        Un antiquaire voit arriver dans sa boutique une légende du métier : le courtier Delaunay. Il constate vite que celui-ci possède un secret grâce auquel le courtier trouve à coup tous les objets imaginables. En effet, d’où les ramène-t-il puisqu’il ne sort de chez lui que pour aller au cinéma ? Le narrateur antiquaire s’introduit alors chez Delaunay et découvre un manuscrit racontant ses voyages dans cet endroit mystérieux et périlleux.


Le jardin dans l’île :    
1ère personne
        Un homme voyage en train de nuit vers une île où habite une femme qu’il n’a rencontrée qu’une fois. Elle ne l’attend pas, tout ce qu’il sait d’elle, c’est qu’elle est peintre. Elle peint des paysages. Tous les hommes de l’île sont intimidés par cette femme. Le voyageur, lui, parvient à vivre pendant quelques jours une expérience presque surnaturelle avec elle.

L’inhabitable :    
1ère personne
        La vie de locataire racontée par un homme dont le destin semble être d’habiter toujours des lieux inhabitables comme un appartement où naissent quotidiennement de petits feux à tout endroit, ou une maison de marbre du sol au plafond, sans oublier le mobilier.

Figure humaine :    
1ère personne
        Un ancien acteur défiguré effraie les passants. Pourtant, une femme s’excuse d’avoir mal réagi : Agathe va l’inviter aux soirées de femmes célibataires qu’elle organise chez elle. Toutes ces femmes vont s’arracher l’attention de cet homme. Jusqu’au jour où Agathe déménage.

L’enclos :    
1ère/3ème personne
        Depuis qu’il est petit garçon, le premier narrateur veut habiter cette maison. Pour lui, ce couple qui l’habite, c’est Adam et Eve. Il achète la maison en viager, et entretient son jardin.

L’importun :    
1ère personne
        Le narrateur est importuné par  un homme qui détruit sa vie chaque fois qu’il commence à en être satisfait : hideux et sale, il s’accroche au narrateur et fait fuir l’entourage de ce dernier. Quand il s’adresse à la police, l’importun disparaît. Un jour, il décide de se suicider. Alors, l’importun se jette à l’eau déclarant qu’il ne sait pas nager : si le narrateur le sauve, il disparaîtra…

Zinzolins et nacarats :    3ème personne
(Résumé au dernier paragraphe)
 
I) Différents MOTIFS reviennent régulièrement.
        En effet, un certain nombre de nouvelles font intervenir des femmes aux charmes étranges, auxquelles le héros ne peut résister :
- Antonina, la jeune femme mystérieuse  de « la nuit des voltigeurs » qui séduit puis parait emmener le héros, les yeux bandés, dans des temps anciens.
- La femme peintre, qui s’offre à un visiteur qu’elle n’attend pas quand elle fait rêver les hommes de l’île entière.
- Agathe et sa compagnie de femmes belles et célibataires adulant un ancien acteur défiguré qui habituellement effraie les passants.

        L’auteur s’attache également à construire des lieux magiques :
- On note l’importance de frontières  entre monde « normal » et magique, que ce soit sous forme de porte temporelle (Nuit des voltigeurs), d’une « barrière » vers un monde inconnu (Le courtier Delaunay), ou une autre mer encore, pour « Le jardin dans l’île ».
- Parallèlement, on est confronté à un phénomène d’enfermement : par la mer (île) ou les murs : « l’inhabitable » ou « Zinzolins et Nacarats ». Il faut dire que l’auteur, comme son personnage de l’inhabitable, a été marqué par les lieux exigus qu’il a habités dans son enfance : il logeait avec sa mère dans une chambre de bonne, d’où une certaine claustrophobie.
- On trouve également dans ce recueil différents Jardins d’Eden : la maison de « L’enclos », dont le héros prend les propriétaires pour ses Adam et Eve, l’île sur laquelle le narrateur vit « le Cantique des Cantiques », les jardins d’Aloss opposés à l’enfer de Nasterburg, aux détours desquels musique et fééries se rencontrent à tout instant.
- Enfin le recueil est envahi de maisons mystérieuses, souvent fleuries telles que celle de L’inhabitable [texte], ou de L’enclos.
        L’auteur avoue lui-même avoir un lien particulier avec l’habitat dans l’entretien pour Encre vagabonde :
        « L’errance et l’enracinement, deux thèmes contradictoires qui balisent tout ce que je fais.» ;  « Mes histoires sont pleines d’îles et de maisons mais aussi de voyageurs et d’instables. » ; « il y a peut-être deux humanités, celle qui part et celle qui reste, non ? »


II) Quoi qu’il en soit, LE DOUTE subsiste toujours sur la nature des événements relatés par les narrateurs.
Ainsi, on pourrait éventuellement donner comme explication rationnelle la possible folie de certains personnages :
- Dans le « pâle petit jeune homme », le narrateur est seul à détenir les « preuves » de son histoire : « quant aux éléments de preuves auxquelles je faisais allusion plus haut, ils sont d’ordre privé et concernent des faits connus de moi seul et de Rouan, c'est-à-dire de moi seul au monde, en principe. »
-  On peut d’abord se demander si le narrateur de « l’inhabitable » est pyromane, puis s’il est complètement fou ? Ce sentiment est renforcé par le ton emprunté par le narrateur qui se veut celui d’un habitué des déconvenues surnaturelles, que rien ne choque.
- Dans « Figure humaine », aucune trace ne subsiste de l’existence d’Agathe quand elle déménage. On pourrait penser en incrédules que cette histoire est issue de l’imagination d’un homme blessé du peu d’égards des gens envers lui depuis qu’il a été défiguré.
- Les répliques-mêmes de personnages de« l’enclos » insinuent que le narrateur doit être « fou ». L’homme se crée également une symbolique délirante.
- Les apparitions et disparitions  mystérieuses du personnage de « l’importun » ressemblent à un désordre mental,  puisque aucun autre personnage malgré les dires du narrateur ne nous confirme avoir vu cet homme insupportable. Le gendarme de l’histoire soutient cette hypothèse, contrairement au narrateur qui n’a que de doutes ponctuels. Sa dernière disparition ressemble à une guérison.
- On note toujours la présence de la folie dans « Zinzolins et nacarats », où ce phénomène est engendré par l’enfermement.
- La folie ou même le mensonge du narrateur sont soupçonnables dans «le courtier Delaunay ». La présence d’un journal ne certifie pas, dans l’histoire, qu’il ait réellement été écrit par ce personnage énigmatique qu’est Delaunay.

        Dans chacune des nouvelles, sauf la dernière, les événements surprenants ou surnaturels sont contestables, explicables par la folie ou le mensonge. Mais toujours le doute subsiste et certaines nouvelles sont moins sujettes aux réticences éventuelles d’un lecteur incrédule.


        On sent également la présence d’un certain onirisme qui pourrait aiguiser le doute ressenti vis-à-vis de la narration.
        Certains personnages semblent victimes d’un destin cauchemardesque, semblable à un interminable mauvais rêve. C’est le cas pour deux d’entre eux, l’inhabitable et l’importun. D’autres se dirigent sur une voie qui les appelle étrangement : faire une biographie, acheter une maison deviennent un devoir à accomplir, sans qu’on parvienne à saisir le but de l’opération.
        Par ailleurs, la fin d’une aventure prend souvent des allures de réveil , par exemple quand Agathe a disparu dans « figure humaine », quand, à la fin de  « château Naguère », la dame reprend ses attitudes hautaines, comme si rien ne s’était passé, ou quand une moustache apparaît dans la première nouvelle.

 Le lecteur n’est donc jamais sûr que les événements incroyables se soient passés comme ils sont racontés, ce qui correspond à la définition du fantastique par T. Todorov (Introduction à la littérature fantastique).


III) ZINZOLINS ET NACARATS :
        Il existe tout de même une exception sur ce dernier point, il s’agit du dernier texte, " Zinzolins et nacarats". A elle seule, cette nouvelle représente un tiers du recueil, c’est la plus longue et la seule à se situer dans un lieu entièrement imaginé, mais chargé d’une histoire réaliste. Après seize ans de guerre, les impériaux zinzolins décident d’emmurer vivants au milieu d’une tour creusée à même la pierre les derniers survivants des opposants nacarats avec leurs geôliers. La tour, Nasterburg, semble l’opposé de l’endroit qu’a aménagé le grand-père du créateur de la nouvelle prison, les jardins suspendus d’Aloss qui font figure de paradis sur terre. L’enfermement engendre la folie et le suicide, et finalement le plus jeune se retrouvant dernier survivant brise le mur de sa prison découvre un monde qui a avancé sans eux, et meurt en se jetant dans le vide.
Cette nouvelle reprend donc certains thèmes du recueil mais l’angle d’approche en est différent.

    Le jardin dans l’île est donc un recueil plutôt fantastique, où l’on croise des femmes et des lieux aux charmes magiques, flottant entre certitude de l’étrange et doute sur la réalité. Pour conclure, une phrase de Georges-Olivier Chateaureynaud nous replonge dans le trouble :
« Les écrivains sont des fabulateurs qui essaient désespérément de dire la vérité. C’est difficile, de dire la vérité, si difficile qu’il faut passer par le mensonge, ou quelque chose qui y ressemble. »

Flavie, A.S. Ed. Lib.

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Published by pier - dans Nouvelle
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