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23 novembre 2007 5 23 /11 /novembre /2007 20:35
Yoko Ogawaogawa-Paupieres.jpg
Les Paupières

traduit par Rose-Marie Makino Fayolle
Editions Actes Sud
206 pages
  •   Biographie :
        Yoko Ogawa est née en 1962 à Okayama (Japon) dans une famille aisée. Au collège, elle se passionne pour le Journal d’Anne Frank, qu’elle juge d’une maturité surprenante. En terminale, elle s’intéresse à la littérature et à la poésie japonaises. C’est à ce moment-là qu’elle compose ses premiers poèmes. Afin de se constituer un style propre, elle étudie la littérature. Elle écrit alors de nombreux romans courts ainsi que des nouvelles et des essais, s’inspirant notamment de Fitzgerald et de Carver. Elle remporte de nombreux prix, surtout à ses débuts (Prix Akutagawa, 1991). Ses romans ont été traduits en plusieurs langues (italien, anglais, français, allemand, grec, espagnol et catalan). Certains ont été adaptés au cinéma (L’Annulaire), en bande dessinée et en CD audio (La Formule préférée du professeur).
        Yoko Ogawa privilégie les thèmes de la cruauté humaine et du souvenir, et son style est fondé sur une réflexion philosophique sur la vie et la mort. Chaque narrateur analyse minutieusement ses sentiments et ses motivations. L’écriture de Yoko Ogawa est simple et percutante, avec le souci du détail.

  • Les Paupières :
Il y a huit nouvelles dans ce recueil :
- "C’est difficile de dormir en avion"
- "L’Art de cultiver les légumes chinois"
- "Les Paupières"
- "Le Cours de cuisine"
- "Une collection d’odeurs"
- "Backstroke" (« Dos crawlé » en Français)
- "Les Ovaires de la poétesse"
- "Les Jumeaux de l’Avenue des Tilleuls".
        Dans ce recueil, le thème récurrent est l’angoisse de l’insomnie. Toutefois, les nouvelles sont très diverses, certaines sont plutôt comiques ("L’art de cultiver les légumes chinois"), d’autres tragiques ("Les Paupières") ou carrément glauques ("Une collection d’odeurs", "Les Ovaires de la poétesse").
        Les nouvelles semblent suivre les règles « imposées » par le genre : elles sont courtes et avec peu de personnages. Par contre, certaines se déroulent sur des périodes particulièrement longues, comme "Backstroke", ou n’ont pas vraiment de chute (en tout cas le mystère n’est pas dissipé), comme "L’Art de cultiver les légumes chinois". L’unité de lieu est assez respectée, bien que les personnages soient continuellement en mouvement : ils prennent l’avion, le tramway, partent à vélo ou en voiture. Les personnages sont tous plus ou moins torturés : insomnia-ues, maniaques, obsessionnels, paranoïaques…
        Lorsqu’on lit le recueil d’une traite, on est partagé entre le malaise et l’envie de rire, du fait de la diversité des nouvelles. Ainsi, on peut éprouver une franche répulsion pour certains passages et en dévorer d’autres.

  • Présentation de trois nouvelles.
        "L’Art de cultiver les légumes chinois" :
        Une vieille dame veut vendre ses légumes à la narratrice. Celle-ci, plus par charité que par nécessité, lui en prend quelques-uns. En guise de remerciement, la grand-mère lui offre les graines d’un légume chinois en lui recommandant de ne pas les exposer à la lumière. Peu à peu, la plante se développe, rapidement mais sans vigueur. Une nuit, la narratrice et son mari s’aperçoivent que les légumes produisent une douce lumière. Ils soupçonnent alors les légumes d’être vénéneux. Pourtant, ils ne s’en débarrassent pas. Un mois plus tard, la narratrice décide d’aller voir la grand-mère et de lui demander des explications…

        " Les Paupières" :
        Cette nouvelle a donné son titre au recueil.
        La narratrice est une jeune fille de quinze ans, en conflit avec ses parents. Elle rencontre un homme d’une cinquantaine d’années, appelé N, et en tombe amoureuse. Il l’emmène tous les samedi sur l’île où il habite. Il possède un hamster qui n’a pas de paupières car on a dû les lui enlever suite à une maladie des yeux. Ainsi, l’adolescente a l’impression d’être continuellement observée. N est un personnage très secret ; il explique son manque d’argent par le retard d’un mandat postal qu’un ami devait lui envoyer. Tout au long de la nouvelle, il attend cet argent. Il évoque également une fille qu’il a connue, et qui a disparu treize ans plus tôt. Ce n’est qu’au dénouement qu’on comprend vraiment qui est cet homme…
        C’est une nouvelle dont la structure labyrinthique fait se côtoyer passé et présent. Le thème des paupières est récurrent, et symbolise le sommeil. C’est une nouvelle sensuelle, présentant deux personnages très différents, l’une entrant dans l’adolescence et la rébellion, l’autre, beaucoup plus âgé, sombre et parfois même sadique. Yoko Ogawa fait un clin d’œil à la nouvelle précédente en introduisant une marchande de légumes qui prend le ferry en même temps que le couple.

        "Une collection d’odeurs" :
Exceptionnellement, le narrateur est un homme. Il sort avec une femme très étrange qui collectionne les odeurs : elle les différencie et collecte dans des bocaux des pierres, de la sauce, etc. En plus de cela, elle possède une petite échelle ornée de motifs géométriques qui lui permet de classer les odeurs et de les analyser. Elle agit de même avec son compagnon : elle lui coupe les ongles et le coiffe pour récolter ses cheveux et les rognures. Elle entrepose ses flacon dans une pièce de la maison, sur des étagères. Un jour qu’elle tarde à rentrer, son compagnon décide d’explorer le haut de l’étagère et découvre le « clou » de sa collection…
Il s’agit d’une nouvelle dont on devine la chute, surtout si l’on a lu Le Parfum de Patrick Süskind. En effet, la nouvelle et le roman possèdent d’énormes ressemblances : la femme n’a pas d’odeur propre mais elle cherche à garder les odeurs des autres. On retrouve la même idée de classement par tiroirs. C’est la nouvelle la plus courte du roman, mais aussi la plus facile à suivre, car elle tourne autour d’un personnage
unique et de ses gestes. Là encore, Yoko Oga-wa fait un clin d’œil à la nouvelle précédente : "Le Cours de cuisine", car parmi les éléments de sa collection, cette femme conserve « un morceau de légume » très semblable à celui qui ressort de l’évier pour intégrer le ragoût…
  • Conclusion :
        Les nouvelles sont très différentes les unes des autres, mais Yoko Ogawa s’ingénie à les lier au moyen de clins d’œil et de thèmes récurrents comme le sommeil. Grâce à cela, chacun y trouve son compte sans toutefois se perdre.

CMaylis 1ère année BIB

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Published by pier - dans Nouvelle
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