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23 novembre 2007 5 23 /11 /novembre /2007 22:47
VIJAYAN, O. V.khasak.jpg
Les légendes de Khazak
Traduction de Dominique Vialyos
Fayard, 2004
275 p.

    Ravi, jeune étudiant en astrophysique abandonne ses études et part s’installer dans le village reculé de Khasak. Là-bas, un poste d’instituteur l’attend pour inaugurer la création d’une école publique. Il découvre un endroit hors du temps, comme oublié de la civilisation, où rites et prières rythment le quotidien des habitants.

    Les légendes de Khasak, premier roman d’Oottupalackal Velukutty Vijayan (O. V. Vijayan) est publié en Inde en 1969. Rédigé en malayalam, la langue officielle du Kerala (état de l’Inde sur la côte sud-ouest), le texte est ensuite traduit en anglais en 1994 par l’auteur. Ce n’est qu’en 2004 chez Fayard, que paraît la traduction française.

    Khazak c’est ce village qui s’étend au pied d’une montagne, la Chetali. A son sommet est érigé un mausolée au nom du Cheikh (chef de tribu arabe) Milan Sayid , venu en des temps immémoriaux de conquête et qu’on dit fondateur de Khazak.
    Son esprit erre toujours au sommet de la Chetali et protège le village. Aussi tous les khazaki qu’ils soient musulmans ou hindous lui adressent-ils des prières.
    Parmi la rimbambelle de personnages hauts en couleur, un homme, Nizam Ali se dit habité de son esprit et se fait appelé le Khali du Cheik. Respecté et écouté par les villageois, il est favorable à l’ouverture de l’école. Son rival principal est Allah-Pitcha Mollakah, le vieil imam qui lui a tout enseigné. Lui, est résolument contre ce nouvel établissement, qui pourrait concurrencer la madrasa où il enseigne la religion. Mais les Khazaki, savent que les vérités sont multiples et acceptent au moins un temps que leurs enfants suivent l’école publique.
    Les légendes de Khazak c’est aussi le parcours de Ravi le jeune instituteur. Fuyant un passé et des souvenirs qui le hantent, il pense trouver à Khazak, une échappatoire. Il se pose en retrait par rapport au monde, contemplatif, et cherchant sa propre voie. Mais les certitudes qu’il voudrait trouver vont s’ébranler en même temps que le cours des événements va s’accélérer : la maladie, la mort, qui s’acharnent sur le village.

    « Quand je regarde en arrière, je remercie la providence de m’avoir fait manquer de peu l’occasion d’écrire mon roman «révolutionnaire. Il n’eût été qu’un titre de plus dans la bibliographie répétitive et futile du marxisme», écrira plus tard O. V. Vijayan, en 1994 dans la postface de l’édition anglaise.
    Comme de nombreux auteurs kéralais, il était inscrit au parti communiste, et aurait pu faire de Ravi un personnage révolté contre le système des castes, tel qu’il existe en Inde. C’est d’ailleurs l’option première qu'il envisagea. Mais la tournure que prirent les insurrections de Budapest en 1956, le détournèrent du parti. Résidant à l’époque dans le village de Thasarak où il accompagnait sa sœur entrée en fonction comme institutrice, il avait déjà posé les bases de son roman. Il lui fallut cependant changer le ton engagé du roman et les aspirations idéalistes de Ravi, pour en faire un personnage en proie au doute existentiel.
    Il a mis près de treize ans à écrire et réécrire le texte tel que nous le connaissons actuellement : réaliste mais profondément onirique.
    Le lyrisme qu’il met en œuvre permet tout à la fois de peindre des sensations, un paysage, une lumière particulière et de de se perdre dans la rêverie ou les souvenirs des personnages qui à tout moment peuvent se transporter dans un espace-temps différent. Rompant ainsi avec la linéarité du récit, il fait de Khazak un monde merveilleux où le temps, cyclique, n’est plus un adversaire.
    Pour autant le village imaginaire de Khazak n’est pas sans rappeler la réalité du Kerala de l’époque où musulmans, hindouistes et communistes doivent vivre ensemble, ce qui crée quelques heurts quant à la création de l’école publique.

    Deux ans après la mort d’O. V. Vijayan en 2005, Les légendes de Khazak restent un classique dans la littérature indienne et plus particulièrement malayalam où l’on parle même de « pré » et de « post-khazak » car l’auteur a élargi les possibilités de l’écrit dans sa langue.
C’est également un succès dans le monde anglo-saxon contrairement à chez nous, où le roman traduit bien plus tard doit encore trouver sa place parmi les lecteurs.

Claire, Bib 2ème année

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