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24 novembre 2007 6 24 /11 /novembre /2007 21:02
Murakami Harukimoutonsauvage2.jpg
La Course au mouton sauvage

(Hitsuji o meguru bôken, éd. Kodansha LTD, 1982)
Traduit du japonais par Patrick de Vos, éd. Le Seuil, 1990.
Format de poche dans la collection « Points » en 2002.
 


  • L'auteur : Voir la fiche sur Le Passage de la nuit.
  • Sa bibliographie romanesque non-exhaustive : on se concentrera sur les romans déjà traduits et disponibles en français, à une exception près :
Prix Gunzo en 1979 pour son premier roman, Écoute le chant du vent, non traduit en français

La Course au mouton sauvage (1982) (Le Seuil, 1990)
La Fin des temps (1985, prix Tanizaki) (Le Seuil, 1992)
La Ballade de l'impossible (1987) (Le Seuil, 1994)
Danse, danse, danse (1988) (Le Seuil, 1995)
L'éléphant s'évapore (Nouvelles) (Le Seuil, 1998)
Au Sud de la frontière, à l'ouest du soleil (1992) (Belfond, 2002)
Les Chroniques de l'oiseau à ressort (1994-1995) (Le Seuil, 2001)
Après le tremblement de terre (Nouvelles) (10/18, 2002)
Les Amants du Spoutnik (1999) (Belfond, 2003)
Kafka sur le rivage (2003) (Belfond, 2006)
Tony Takitani (nouvelle tirée du recueil Blind Willow, sleeping woman (pas encore traduit en français) et adaptée à l'écran en janvier 2006 par Jun Ichikawa)(Belfond, 1996)
Le Passage de la nuit (2004) (Belfond, 2007)

Si je peux me permettre de faire une sélection très personnelle, je recommande vivement la lecture de deux romans en particulier : La Ballade de l'impossible et Chroniques de l'oiseau à ressort.

  • Un mot sur le traducteur :
    Patrick de Vos est maître assistant à l'université de Tokyo et spécialiste du théâtre japonais. Il est également co-traducteur de La Tombe des lucioles de Akiyuki Nosaka, paru en France chez Picquier Poche en 1995 et rendu célèbre par l'adaptation à l'écran qu'en a fait Isao Takahata (Le Tombeau des lucioles, 1996).Il reçoit le prix Noma (prix littéraire japonais institué en 1980) en 1991 pour sa traduction de La Course au mouton sauvage.

  • L'histoire :
    Tout commence avec une photo, publiée par hasard par le narrateur, un publicitaire trentenaire fraîchement divorcé, un peu désabusé, un peu perdu dans sa vie, bref un personnage principal comme Murakami les aime. Sur cette photo figure un mouton sorti d'on ne sait où, qui n'appartient à aucune race recensée, et qu'il faut retrouver à tout prix parce que la vie d'un homme extrêmement puissant en dépend...  Sauf que l'homme en question est d'ores et déjà condamné, et que le narrateur n'a vraiment rien à voir avec cette histoire. Ou presque...
Dès cet instant la quête est teintée d'absurde : deux mois pour retrouver un mouton, quelque part dans le pays, et sans trop savoir pourquoi...

    Sous des dehors d'enquête policière, l'aventure va amener le narrateur à faire table rase du passé, en éliminant une à une les obligations qui le lient à son quotidien (famille, travail, logement...), et à se lancer, non pas tant sur les traces du mouton, contrairement à ce que l'on pourrait penser, mais sur celles de son ami disparu, le Rat. La construction morcelée du récit, qui multiplie les « flash-backs », est propice au retour sur les jeunes années du narrateur, auxquelles le Rat est mêlé, et la quête sera finalement pour lui l'occasion d'un nouveau départ : en ce sens, La Course au mouton sauvage tient du roman d'apprentissage, quoique de façon moins évidente que Kafka sur le rivage par exemple.

    Certains éléments chers à la fiction « murakamienne » ne manquent pas d'apparaître dans ce récit : le narrateur croise toutes sortes de personnages plus loufoques les uns que les autres. Ici nul n'a de nom, à commencer par le narrateur, si ce n'est le chat qui se voit baptisé, non sans humour, « Sardine » environ à la moitié du roman. Il y a ainsi « le chauffeur de limousine » qui téléphone à Dieu, « l'homme étrange », « l'homme-mouton », ou encore « le Docteur ès moutons ». Chacun contribue à sa façon à l'avancée de la quête. D'ailleurs il ne faut pas oublier le personnage féminin central, « la girlfriend », dont la puissance érotique se trouve concentrée dans des oreilles aux pouvoirs par ailleurs surprenants. Car chez Murakami Haruki, les femmes sont fréquemment le moteur de l'intrigue, les initiatrices qui poussent le héros masculin sur la voie qui mène au dénouement, et elles ne font le plus souvent que passer, comme c'est ici le cas.
Les deux figures autour desquelles le récit se construit, « le Maître » et le « Mouton », n'apparaissent paradoxalement jamais et sont seulement évoquées dans le récit comme deux êtres désincarnés, deux esprits malfaisants dont la volonté pèse sur les personnages. Il n'est pas dans les habitudes du romancier de donner des réponses faciles, et on pourrait débattre longtemps de ce que représente ce « mouton sauvage » : perversion par le pouvoir, incarnation du malaise d'une société, puissance vampirisante néfaste au genre humain... Quoi qu'il en soit, c'est bien à détruire le Mal que s'emploie en définitive le narrateur, un schéma-type chez Murakami. Mais je me garderai bien de vous dévoiler s'il y parvient ou non !
    La Course au mouton sauvage est un roman qui se lit facilement, dans lequel l'étrange côtoie le réalisme le plus prosaïque, sans toutefois avoir l'ampleur des Chroniques de l'oiseau à ressort ou de Kafka sur le rivage, dans la complexité de sa structure et des manifestations du magique. Personnellement, j'ai trouvé que la première partie du récit manquait de rythme, un manque heureusement compensé par l'accélération finale et par le sentiment que la boucle est finalement bouclée, autour du trio de vieux amis que forment le narrateur, le Rat et le patron du J's Bar. Un roman, en somme, bien agréable à lire. Et, si, selon moi, La Course au mouton sauvage n'est pas - et de loin - son meilleur ouvrage, peut-être constitue t-il en revanche une bonne entrée en matière pour quiconque voudrait découvrir l'univers de Murakami Haruki.


                                                                                 J. AS Bib

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