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26 novembre 2007 1 26 /11 /novembre /2007 19:22
Ogawa Yoko,museedusilence-copie-2.jpg
Le Musée du silence, 2000,
traduction de Rose-Marie Makino-Fayolle,
Actes Sud, 2003,
316 pages.






Présentation de l’œuvre :

        Ogawa Yoko est une romancière japonaise éditée en France par Actes Sud depuis 1995. Le Musée du silence  est paru en 2003, et est disponible dans la collection Babel depuis 2006. Ce livre est le premier roman d’Ogawa. Sa production antérieure est faite de nouvelles, ou de courts récits.
OgawaYoko.jpg
      Ogawa Yoko
(www.shunkin.net)

Résumé :

        Un jeune muséographe est convié dans un village "hors du temps" afin de travailler pour une vieille dame acariâtre à la une personnalité assez particulière.
        Celle-ci, depuis son plus jeune âge, collectionne des objets ayant appartenu aux défunts du village. Afin de recueillir ces objets, elle n'hésite pas à les voler. Aujourd'hui la vieillesse l'oblige à rester au domicile ; elle charge alors le muséographe de constituer un musée (le musée du silence) et de continuer à l'alimenter. Débute ainsi une course aux objets et à la mémoire, sur fond d'assassinats et de traque policière.

        Le Musée du silence propose un univers semi-fantastique qui rappelle souvent le court récit de L’Annulaire.

Un réalisme magique planant :

        Les thèmes de prédilection d’Ogawa sont au rendez-vous dans ce roman. En effet dans tous les récits d’Ogawa, le lecteur retrouve des sujets tels que la mort, la mémoire ou encore la disparition. Mais l’unité de ses récits perdure dans sa capacité à nous plonger dans une atmosphère étrange qui imprègne de bout en bout ses histoires. 
Le Musée du silence nous propose ainsi un univers semi-fantastique où naît une ambiguïté, entre le visible et l’invisible. Le lecteur oscille sans cesse entre la certitude d’une réalité et un étrange s’apparentant au rêve.
        Au sein de la narration, une force relie les éléments qui appartiennent au domaine de l’étrange aux événements réalistes. Le lecteur est ainsi envoûté, il ne peut plus faire la différence entre le réalisme pur et le magique et ce, grâce à récit subtil.
        Le semi-fantastique naît de la psychologie des personnages mais aussi du décor du livre. L’univers crée par Ogawa semble flotter. Ogawa alimente cette impression de non-lieu et de hors-temps en nommant les personnages principaux par leur fonction : la vieille dame, la jeune fille, le jardinier, la femme de ménage et le narrateur, un muséographe.
        Ainsi ce roman est marqué par l’influence du réalisme magique et nous propose une atmosphère intimiste.
        Sa grande force réside dans la mise en scène d'un univers fantastique, fantasmagorique décrivant un territoire inconnu : des personnages mystérieux, froids, déambulent dans un monde aux apparences du réel. En apparence seulement car au fur à mesure de la lecture se produisent de légers décalages qui engendrent des tensions. Le lecteur bascule ainsi dans une atmosphère angoissante, proche du rêve. C’est ainsi qu’on voit que Ogawa Yoko a une technique narrative très maîtrisée. Mais Ogawa donne aussi à son récit une apparente banalité en faisant l’exposé de scènes du quotidien et en entrant dans des descriptions très précises.
        En outre ce livre nous plonge dans une réflexion sur le rapport de la vie et de la mort, sur la mémoire des êtres disparus. Intemporel, sans espace délimité, le musée du silence est un mausolée érigé pour la mémoire.

Analyse détaillée :

La mémoire des objets témoins de notre humanité :

        Yoko Ogawa traduit dans ce roman la force intrinsèque des objets comme témoins de notre existence passée. C’est ce pouvoir qui donne à ces objets une inquiétante étrangeté.
        Afin de rendre hommage à ces messagers du passé les personnages élèvent pour eux le " Musée du silence ", qui est plutôt un mausolée, un laboratoire qui leur réserve une seconde vie.
        L’objectif est de les sauvegarder de la disparition qui a frappé leur propriétaire.
Ayant vécu à nos côtés, les objets sont muets sur nos défauts mais dans ce monde post-mortem on revient à leur langage, car ils parlent pour nous, indéfiniment, nous racontent, eux qui ont été arrachés à nos vies, comment la vie nous a été arrachée.
        Chaque objet présenté dans ce musée porte notre personnalité perdue. Ils se posent comme preuve de notre brève existence et parfois la résume comme le pense la commanditaire du musée. On croit qu’ils nous appartiennent ; ce sont eux qui nous possèdent.

Le silence :

        Les mots de Yôko Ogawa sont brefs, comme les notices d’identification rédigées par le muséographe sur chaque objet. Les objets des défunts qui ont été prélevés se suffisent par leur présence. D’où, un roman à l’écriture souvent simple proche de l’étiquetage qui constitue la première étape du travail du jeune homme. Puis le muséographe et la vieille femme contextualisent l’histoire de ces objets et à travers elle celle des défunts. Nul long récit, nul langage cultivé. Le silence est bien plus éloquent. C’est finalement en se taisant qu’on retient le temps, qu’on sauvegarde les choses, qu’on fait le deuil de l’ancien monde.
        " Le mot silence est celui que je préfère, il offre de la lumière aux autres mots ", nous dit Yôko Ogawa.

La mort :

        Cet attachement aux objets montre une fois encore la volonté de Yôko Ogawa de lutter contre la peur de la mort, thème récurrent dans son œuvre.  Elle oppose aux forces de la mort la puissance des mots de la vie passée présents dans les objets. Elle tente ainsi de nous prouver que l’on peut apprivoiser la mort car les objets contiennent notre âme, bonne ou mauvaise, et lui offrent une part d’éternité.
        Pour Ogawa les objets que nous personnalisons tout au long de notre existence finissent par devenir sujets d’où notre devoir de les conserver.

Conclusion

        Avec ce roman réaliste magique, Ogawa remet en question l’essence de notre existence. Nous ne sommes que de passage alors que les objets restent, témoins de ce que nous avons été. On peut ainsi se poser la question de savoir si Ogawa n’est pas devenue romancière afin de lutter contre une mort qui lui fait peur.

Axelle, A.S. Ed.-Lib.

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