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29 novembre 2007 4 29 /11 /novembre /2007 22:29
ogawa-Paupieres.jpg
OGAWA
Yoko
Les Paupières
traduit par Rose-Marie Makino Fayolle
Editions Actes Sud
206 pages


L’auteur

        Ogawa
Yoko est née en 1962 à Okayama et est aujourd’hui une des plus grandes romancières/nouvellistes japonaises contemporaines.
        A treize ans, elle lit Le Journal d'Anne Frank et y découvre le pouvoir des mots ordinaires qui racontent la cruauté et l’horreur de l'Holocauste. Depuis, elle écrit des livres sensuels dans un registre très noir où l'initiation à la sexualité, à l’ailleurs, à la mort et au sacré prend une dimension presque fantastique. Obsédée par le sexe, l'eau, la mémoire, les difformités et l'inconscient, elle est également l'auteur d'Hôtel IrisMusée du silence qui sont ses deux œuvres les plus connues.  Remarquée dès son premier roman, pour lequel elle obtient en 1988 le prix Kaien, sa renommée ne cesse de croître et, en 1991, elle remporte le prestigieux prix Akutagawa pour La Grossesse.

        Son écriture est le résultat du mélange de diverses influences dont son contemporain et écrivain préféré Haruki Murakami (Kafka sur le rivage, La course au mouton sauvage...), le classique japonais Junichiro Tanizaki (Une mort dorée, Un potage bien chaudle Tatouage, Eloge de l’ombre...) et de nombreux auteurs américains tels que Francis Scott Fitgerald, Truman Capote, Raymond Carver et Paul Auster dont le Moon Palace eu un grand impact sur son univers romanesque. 

        On notera également que l’Annulaire a été adapté au cinéma en France en 2005 par  Diane Bertrand et qu’au Japon, La formule préférée du professeur, le dernier de ses romans, a reçu le Prix Yomiuri et y est également sorti en film (2005), en bande dessinée (2006) et en cd audio (2006).
Ses romans et nouvelles ont été traduits en français, allemand, grec, espagnol, catalan, et récemment en anglais (aux États-Unis) et en italien. Le plus souvent traduit est son roman Hôtel Iris, qui est moins implicite (et donc plus accessible) que ses autres romans/nouvelles.

Les paupières

        Les Paupières est un recueil de huit nouvelles paru au Japon en 2001 et dont la traduction française date de 2007 (par Rose-Marie Makino-Fayolle pour Actes Sud). Yoko Ogawa y explore l’angoisse des nuits blanches, l’inconscient, les terreurs nocturnes et l’entre-deux eaux. Les personnages de ces nouvelles tentent de s'abandonner à l’étrange pour libérer l’inconscient, l’enfoui et parvenir idéalement à vivre mieux avec eux-mêmes et le monde plein de contradictions qui les entoure (bien sûr, ils n’y arrivent pas forcément).
 
        Dormir, s’endormir, s’échapper, sortir de son corps et pénétrer dans un univers du flou, du sombre et de la nuit, tels sont les grand axes reliant les nouvelles entre elles alors que cela ne paraît pas forcément évident au premier abord. En effet, dans ce recueil une vieille dame mourante dans un avion côtoie des légumes phosphorescents ne poussant que la nuit et terrifiant leurs propriétaires, un hamster sans paupières assistant aux échanges à la limite de la perversion entre une très jeune fille et un vieil homme, des cours de cuisine qui tournent au cauchemas quand on découvre un tas d’immondices sous l’évier, une poétesse dont les ovaires ont des cheveux, de curieux jumeaux allemands dont l’un vit cloîtré et à la limite à peine palpable séparant le monde des morts du monde des vivants, etc...

    Souvent les personnages, qui sont pris dans un récit lugubre et oppressant, troublent par leur personnalité originale le milieu dans lequel ils évoluent tant bien que mal dans l’espoir de trouver une échappatoire à leur situation.

        Les histoires n’ont jamais de fin. Comme si le lecteur était censé s’endormir pendant la lecture de ces nouvelles, et ne jamais connaître le fin mot de l’histoire, la clé du mystère. Libre à chacun après d’imaginer ce qu’il veut.
        Autre fait frappant, l’étrange et le dérangeant qui font partie intégrante des histoires ne forment jamais de rupture. Avec art et surtout poésie, Yoko Ogawa rend n’importe quelle situation absurde tout à fait normale sans que le lecteur ni les personnages, pourtant en général au départ ancrés dans la réalité (avant de s’en détacher) ne s’en aperçoivent. L’inquiétante atmosphère finit par avaler les personnages tout entiers ainsi que le lecteur imprudent qui s’y est laissé prendre.

Appréciation personnelle

        Après avoir eu un peu de mal à entrer dans l’atmosphère particulière du livre, je me suis laissé prendre au jeu et surtout à l’atmosphère très particulière des nouvelles qui se sont enchaînées avec beaucoup plus de fluidité que ce que j’avais cru au début.
La poésie qui se dégage de l’écriture emporte naturellement le lecteur qui arrive à la fin du livre alors même qu’il avait l’impression de l’avoir juste commencé.

        Je n’aurai qu’un bémol pour la nouvelle "Une collection d’odeurs" qui m’a semblé n’être qu’une pâle copie du Parfum de Patrick Süskind sans en avoir la profondeur.

Extrait :


"- Quand j’aurai terminé ce que je dois faire aujourd’hui, je n’aurai plus de cheveux.

    La vieille dame avait défait trois boutons de sa robe au niveau du ventre d’où elle tirait un cheveu. On apercevait une cicatrice sur son abdomen. Une cicatrice sèche et pâle. Le cheveu en sortait tout droit. Pincé entre le pouce et l’index, il se dévidait avec régularité, comme un fil d’araignée. Elle le prenait sur la bobine et le tissait. Elle n’avait pas l’air de souffrir.
Comme elle le disait, le tissu était d’une bonne taille et elle avait presque terminé. Ne voulant pas la déranger, je décidai de passer le temps à bavarder encore un peu avec le garçon."

Marie, A.S. Bib.

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Published by pier - dans Nouvelle
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