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30 novembre 2007 5 30 /11 /novembre /2007 20:49
Claude BOURGEYX,petits-outrages.jpg

Les Petits Outrages, 1984,
rééd. Castor Astral, 2004,
(couv. "Bricolage",
Claude Bourgeyx).
       

        Claude Bourgeyx vit et travaille à Bordeaux ; il commence à écrire dans les années 80 et publie son premier livre, Les Petits Outrages, en 1984.
        Tout d'abord qualifié de bizarre à ses débuts, l'auteur prend rapidement de l'importance après son livre Le fil à retordre en 1997 qui reçoit le prix jeunesse de la Société des Gens de Lettres..

        En grand fanatique de l'écrit, il publie des pièces de théâtre (comme  La comédienne est dans l'escalier  en 1992), des livres illustrés, des livres pour enfants (comme Histoires à dormir) des livres pour adultes (Mademoiselle Werner) ou encore, des textes radiophoniques.

        Claude Bourgeyx est édité chez le Castor Astral principalement, mais aussi au Seuil, chez Arléa, Nathan, Belfond et d'autres..

Quelques mots sur l'auteur et sa verve littéraire:

        Claude Bourgeyx surprend, on le dit maître dans l'art du dérapage.

        De la plus anodine des réalités, il tire des situations exceptionnelles où surréalisme et fantastique caracolent dans un joyeux bruissements de mots.

        C'est cocasse, souvent cruel, voire même étouffant, mais c'est aussi léger, désopilant et tordant.

        Claude Bourgeyx, ce sont des histoires du quotidien racontées avec humour noir et absurde.

        Dans des textes toujours très courts (moins de deux pages à chaque fois) l'auteur nous expose des histoires acides ou loufoques, avec des personnages vivants et une fin toujours destructrice.

        On ne s'y attend jamais. A la fin de chaque nouvelle, on a en tête un « ça alors j'aurais jamais cru ! », un « beurk ! c'est écoeurant ! » ou c'est un éclat de rire tonitruant qui explose dans notre caboche, rire dicté par la surprise, ou le plus souvent par l'horreur et c'est là que réside le paradoxe.

        Finalement Bourgeyx sait décrire la folie, la cruauté de l'homme, et nous soulage de nos propres côtés noirs en appuyant bien fort dessus.

        Parfois, c'est l'incompréhension qui accompagne la lecture des dernières lignes, on ouvre des yeux ronds et puis on se dit « ce type a un grain c'est certain » mais on aime, on se presse d'aller lire la nouvelle suivante, on en parle autour de nous.

        On dit de Claude Bourgeyx qu'il tient un scalpel à la place du stylo.

        Il choque, il dégoûte, il fait rire, il interpelle, il combat, et au coeur du débat le lecteur se demande où il est tombé, mais prend plaisir à suivre les personnages attachants, spéciaux et bassements humains, dont Bourgeyx sait si bien parler.

Quand dans une interview un journaliste lui demande « Pourquoi le si court dans vos textes ? », Bourgeyx répond « Vous savez, en deux feuillets on peut soulever des mondes ».

Le recueil en question : Les Petits Outrages

        Ce recueil (son premier ouvrage je le rappelle) est composé de 34 nouvelles de deux pages maximum...

        Chacune pose des questions plus abracadabrantes les unes que les autres : « c'est quoi le poids des mots ? » ; « Dieu peut-il demeurer dans une passoire puisqu'il est partout à la fois ? » ; «Qui a bien pu engrosser la Maja nue, de Goya au musée du Prado ? » ; « Qu'est-ce qui pourrait bien nous sauver? »...

        Bourgeyx passe d'un sujet à l'autre, non sans cynisme, absurdité et humour noir mais souvent, c'est un message qu'il fait passer. Un cri du coeur, un ras-le-bol général de la vie et de ses aléas.

        En effet dans la nouvelle Planche de salut Bourgeyx, énumère toutes ces choses qui nous tuent et s'insurge : « la mort s'active à tous les étages, sans relâche, brave petite. Assez ! Je n'en peux plus ! » dit-il, « l'alcool tue, la route tue, (...) la pollution tue, (...) l'indifférence tue, (...) les colorants tuent, le désespoir tue.... ».

        Par cette imposante énumération de toutes ces choses qui nous tuent chaque jour, Bourgeyx finit sa nouvelle par une ironie tragique car enfin, se rend-il compte, ni la connerie, ni le ridicule ne nous tuent : « voilà donc ce qui épargne nos vies (...) ainsi connerie et ridicule sont nos planches de salut. Alors là, moi, je n'hésite pas, je m'engage sans restriction dans cette voie et j'invite tout le monde à me suivre. Ensemble nous sauverons l'humanité. Relevons la tête, il y a de l'espoir. »

        Voilà tout le surprenant de Bourgeyx, voilà l'exemple d'une de ces pirouettes de fin, inattendues, qui renversent la situation initiale et bouleversent notre lecture.

        Ne pouvant pas vous raconter facilement les nouvelles puisqu'elles sont au nombre de 34 et qu'elles sont très courtes, je vais vous parler de ma préférée La baigneuse. Cette nouvelle montre bien, encore une fois, le changement radical qui s'opère au moment où l'histoire de départ (plausible, normale et cohérente), devient ahurissante, absurde et surréaliste.

         La baigneuse :

        C'est l'histoire d'une petite dame qui est sur sa serviette à la plage, elle tartine chaque partie de son corps avec de l'huile solaire, « elle n'y va pas de main morte ». Le travail achevé, elle se dirige vers la mer pour se baigner (jusque là tout semble ordinaire), puis elle se met à nager et coule à pic.

        Des témoins sur la plage tentent de lui porter secours, (là commence l'absurde) mais à cause de l'huile solaire, ne parviennent pas à se saisir du corps, la petite dame glisse et s'échappe des bras qui veulent la saisir. Au rythme des essais peu concluants de ses sauveteurs, la baigneuse jaillit de l'eau « tel un dauphin à Disneyland ». Des badauds sur la plage commencent à s'agglutiner pour encourager de la voix les participants, cela finit alors par ressembler à un jeu, les sauveteurs font des équipes, « on se faisait des passes, on feintait l'adversaire, on dégageait la dame en touche, on la remettait en jeu. » A ce moment du récit, on est à l'apogée du talent burlesque de Bourgeyx, il s'en donne à coeur joie, et pousse à l'extrême la situation. La fin comme toujours, est déconcertante ; d'un jeu excitant, on passe au tragique : « le soir venu, on tira de l'eau la noyée à l'aide d'un filet de pêche. (...) Le lendemain, sur cette même plage, il y avait une foule inhabituelle de curieux, de vacanciers désoeuvrés. Les nouvelles vont vite ! »

        La dernière phrase, « les nouvelles vont vite », serait digne du célèbre Meursault de L'Etranger de Camus ; en effet elle est surprenante, on dirait là une constatation qui découlerait logiquement de cette tragédie, elle a l'impact d'une sorte de moralité mal placée.

        D'ailleurs, il arrive souvent dans le style de l'auteur que l'on ressente cette sorte de neutralité, comme si les histoires étaient racontées par un spectateur impartial et vide de toute morale.

Je vous conseille donc Claude Bourgeyx pour vos longues soirées d'hiver au coin du feu, quand la déprime arrive en même temps que les indigestions de dinde aux marrons. C'est aussi léger, fin et croustillant qu'un bon chocolat de Noël et aussi morbide et cruel qu'un hiver glacial.

 

(dans le même genre, par le même auteur chez le même éditeur et dans la même collection: Les Petites Fêlures).

Louise 1ère année Ed/Lib


 

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