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30 novembre 2007 5 30 /11 /novembre /2007 21:30
Stefan Zweig,amok2.jpg
Amok ou le Fou de Malaisi
e, suivi de Lettre d’une inconnue
et de La ruelle au clair de lune
Traduction de Alzir Hella et Olivier Bournac, revue par
Brigitte Verne-Cain et Gérard Rudent
Préface de Romain Rolland
Éditeur : Librairie Générale Française
Collection Le Livre de poche
ISBN 2253057541
Date de parution : 02 octobre 1991
Nombre de pages : 187


        Stefan Zweig (1881-1942) est un auteur autrichien surtout connu pour ses recueils de nouvelles tels que Amok (1922), La Confusion des sentiments (1926) ou Vingt-quatre heures dans la vie d’une femme (1934). Son œuvre phare Le Joueur d’échecs a été publié à titre posthume en 1943 ; en effet Stefan Zweig se suicide au Brésil avec sa femme en 1942 après avoir vu ses livres brûlés par les Nazis et ses rêves d’une Europe pacifiée s’envoler.
        Amok est un recueil de trois nouvelles : "Amok", "Lettre d’une inconnue" et "La Ruelle au clair de lune". Dans le recueil original composé par Stefan Zweig lui-même ces trois nouvelles étaient accompagnées de deux autres : "La femme et le paysage" et "La nuit fantastique", ces deux nouvelles ayant été supprimées du recueil français.
        Le thème commun de ces trois nouvelles est la passion, plus précisément la passion amoureuse et jusqu’où cette dernière peut nous amener. Passion et folie sont les deux termes inextricablement liés de ce recueil.
        L’histoire de la nouvelle éponyme "Amok" se situe sur l’Océania, un bateau qui fait la navette entre l’Inde et l’Europe. Un soir, le narrateur qui est un jeune homme rentrant d’un voyage à Calcutta est surpris dans sa rêverie par la présence d’un autre voyageur. Le soir suivant, ils se rencontrent à nouveau et le mystérieux voyageur raconte alors son histoire au jeune homme. Cet individu est un médecin, qui du fait d’un endettement important en Europe s’engage comme médecin en Inde. Pendant sept ans, il vit isolé du monde civilisé, ne fréquentant que des indiens. Un jour, une jeune femme de la haute bourgeoisie européenne vient le voir dans le but de se faire avorter (pratique illégale à l’époque). Le médecin, meurtri par le mépris et la fierté de la femme veut en échange qu’elle se donne à lui. La femme refuse et s’enfuit. Le médecin, devenu fou, regrette son geste, il quitte son poste pour se lancer à la poursuite de cette femme. Il la traque, lui écrit, la suit, développe une passion furieuse pour elle. Mais celle-ci finit par se faire avorter par une vieille Indienne et en meurt sous les yeux du médecin impuissant à la sauver.
        Cette nouvelle se nomme "Amok" en référence à une maladie qui frappe certains Malais. Ceux-ci pris d’un accès de folie soudain, se mettent à courir en tuant tous ceux qu’ils trouvent sur leur chemin. De la même manière, le médecin est pris d’un accès de folie pour cette femme et quitte son travail, sa maison pour la suivre, la retrouver ; il est obnubilé par elle, ne vit plus que pour elle et il finira par mourir pour elle.
        L’histoire de "Lettre d’une inconnue" débute par la réception par un écrivain connu d’une lettre écrite par une inconnue. Dans cette lettre, celle-ci explique à l’écrivain qu’elle a passé sa vie à l’aimer. En effet, la jeune femme a rencontré l’écrivain à 13 ans lorsque celui-ci a emménagé dans son immeuble. Et ce qui était un flirt d’adolescente est devenue une véritable obsession : la jeune femme a passé des heures à guetter l’écrivain, à aimer ce qu’il aimait, à l’espionner… Elle a un enfant de lui car elle a fait l’amour avec lui un soir, lui la prenant pour une prostituée. Toute la lettre est la description d’une vie passée à aimer follement un être qui ne s’en est jamais rendu compte.
        Les trois nouvelles racontent ainsi l'histoire de trois destins différents, tous marqués par la passion immodérée vouée à l’être aimé. Cette passion étant par ailleurs dans les trois nouvelles non réciproque. Stefan Zweig nous amène par la lecture de ce livre à nous interroger sur la frontière entre passion et folie. Jusqu’où serions-nous prêt à aller par amour ? Etaient-ce des actes de folie qu’ont commis ces personnages ou une preuve d’amour ?
        Le deuxième point commun de ces trois nouvelles est leur structuration. Les trois sont des récits dans le récit. En effet, il existe une histoire cadre et à l’intérieur de celle-ci, soit par l’intermédiaire d’une lettre soit par l’intermédiaire d’un dialogue est racontée la vie du personnage que rencontre le narrateur. Ainsi dans "Amok" le récit cadre est la conversation des deux hommes sur le bateau et le récit enchâssé est l’histoire du médecin. Cette structuration particulière possède deux avantages. Le premier est que cette forme donne un rythme à la nouvelle, accentué par le fait que Stefan Zweig revient régulièrement à la nouvelle cadre par le biais de phrases ou d’événements identiques. Par exemple, dans "Amok" c’est le tintement des verres de whisky ou le son de la cloche du navire qui ramène le lecteur dans l’histoire cadre ; dans "Lettre d’une inconnue" il s’agit de la répétition de la phrase « mon enfant est mort hier » qui rythme le texte. Le deuxième avantage est que cela permet à la personne qui raconte sa vie de mieux exprimer ses pensées, ses sentiments afin que la personne
qui l’écoute et donc à travers elle le lecteur  la comprenne. Le narrateur joue donc le rôle d’un psychanalyste (rappelons que Stefan Zweig a été l'ami de Freud) et cela permet au lecteur de mieux comprendre l’évolution du personnage vers la folie, de mieux cerner ses sentiments et donc de mieux s’identifier.
        Stefan Zweig évolue dans ces trois nouvelles dans une ambiance sinistre voire morbide (la mort d’un enfant dans "Lettre d’une inconnue", dans "la Ruelle au clair de lune" l’homme se balade dans des petites rues sombres et mystérieuses) et paradoxalement son style d’écriture est très poétique (beaucoup de comparaisons et de métaphores), il s’attarde sur certains points du paysage pour nous les décrire : il crée une véritable ambiance sombre grâce à une plume poétique. C’est ce point particulier qui m’a fait apprécier ce recueil de nouvelles ; tout réside dans le paradoxe entre les thèmes traités : folie, passion, meurtre, suicide et la manière dont cela est traité : description d’un ciel étoilé, de l’ambiance nocturne d’une ville. Le titre fait référence à ce style puisque l'amok est une maladie qui pousse à la folie et au meurtre ; cela laissait donc présager une nouvelle sanguinaire et morbide alors que la nouvelle en question est le récit d’une passion immodérée d’un médecin reclus pour une personne qu’il vient à peine de rencontrer et les thèmes secondaires abordés sont l’amour, la passion, la solidarité, l’entraide (que ce soit entre le serviteur et le médecin ou entre le médecin et l’amant). Le médecin n’est frappé que métaphoriquement par l’amok puisqu’il ne tue personne mais se lance à la poursuite de la jeune femme sans regarder les conséquences de son geste, il devient obnubilé par elle.
        En conclusion, malgré le titre et le thème principal, la folie, ce recueil de nouvelles se révèle écrit avec beaucoup de poésie et de subtilité. Il amène le lecteur à s’interroger sur des thèmes centraux de nos vies que sont l’amour et la passion. Je vous recommande donc de vous plonger dans les plus brefs délais dans ce livre de Stefan Zweig !
Coralie, 1ère année Ed.-Lib.

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Published by pier - dans Nouvelle
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