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1 décembre 2007 6 01 /12 /décembre /2007 21:01

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Yoko Ogawa,
Les Paupières
Nouvelles traduites du japonais
par Rose-Marie Makino-Fayolle
Actes Sud, 2007


L’auteur

        Yoko Ogawa est née en 1962 au Japon. Elle écrit essentiellement des nouvelles et des romans courts. En 1991, elle a obtenu le prix Akutagawa pour son livre La Grossesse (ce prix est le plus prestigieux du Japon, il est décerné deux fois par an à des auteurs quasiment inconnus et c’est le seul prix au Japon qui ait une influence sur les ventes) et en 2005, son livre L’Annulaire a été adapté au cinéma par Diane Bertrand.
        Tous ses livres traduits en français sont publiés chez Actes Sud.

 

L’œuvre / Présentation de 3 nouvelles

        Le recueil est composé de 8 nouvelles, le point de vue est féminin à deux exceptions près et les nouvelles sont toujours écrites à la première personne.

 Une collection d’odeurs

        Cette nouvelle parle d’un homme qui sort avec une jeune femme obsédée par les odeurs. Elle les collectionne dans des bocaux qu’elle entrepose sur une étagère. Elle récupère également des cils, des ongles et autres du jeune homme pour conserver son odeur et lui interdit de toucher à sa collection. Un jour, elle tarde à rentrer et il décide de découvrir ce qu’elle cache tout en haut de l’étagère…

        Cette nouvelle est la plus courte et on a une impression de « déjà-lu ». Elle rappelle en effet le livre de Patrick Süskind, Le Parfum : la jeune femme collectionne les odeurs à sa façon mais comme le personnage de Süskind, elle n’a pas d’odeur propre, ce qui étonne le narrateur.

Backstroke (dos-crawlé)

        Une femme visite un camp de concentration et découvre une vieille piscine abandonnée. A ce moment-là surgit en elle un souvenir d’enfance. Elle se souvient de son petit frère, excellent nageur, qu’elle admirait beaucoup. Le jour de ses 15 ans, et quelques jours avant de participer aux championnats du monde junior de natation, il se lève avec le bras gauche levé, droit et figé. Personne n’arrive à le rabaisser, il ne participe donc pas aux championnats et arrête la natation. Pendant des années, il reste ainsi et son bras noircit et se dessèche. Un jour, la narratrice lui demande de nager pour elle. Il accepte et, en nageant, voit son bras se détacher.

        Cette nouvelle reprend la plupart des thèmes récurrents dans le recueil et chers à Ogawa comme la mort, la relation passé/présent, l’eau, l’obsession, la perte, la nostalgie.

 Les Paupières

        Une jeune fille de 15 ans rencontre un homme d’une cinquantaine d’années, Monsieur N., qui l’invite chez lui sur une île tous les week-ends. Il possède un hamster qui n’a plus de paupières, qu’on lui a retirées à cause d’une maladie. La jeune fille se sent toujours observée et mal à l’aise, c’est un témoin muet de la relation ambiguë entre elle et le vieil homme. Monsieur N lui fait jouer du violon : l'instrument appartenait à une femme qu’il aurait aimée et qui selon lui avait la même forme de paupières qu’elle.

        Cette nouvelle éponyme reprend un thème que l’auteur avait déjà exploité dans Hôtel Iris : la relation perverse entre une jeune fille et un vieil homme.

 Ce que j’en ai retenu

        Dans ce recueil on a souvent une atmosphère étrange, une sensation de malaise, sensation renforcée par une chute qui n’est pas claire. Certaines nouvelles sont en effet un peu floues ; soit le mystère n’est pas dissous, soit le doute persiste, comme dans Les Paupières, où on hésite à se prononcer sur l’identité de Monsieur N.

        De plus, on trouve du fantastique dans certaines nouvelles comme L’art de cultiver les légumes chinois où l’on ne saura jamais ce que sont ces légumes très étranges ou dans Backstroke, où l’on ne comprendra jamais pourquoi le bras du jeune nageur a fini ainsi et surtout dans Les ovaires de la poétesse, où des ovaires chevelus côtoient des personnes imaginaires.

        Mais parfois, les nouvelles sont de simples « morceaux de vie ».

        Quelle que soit l’atmosphère des nouvelles, on retrouve souvent des personnages qui ont des problèmes de sommeil ou qui ont des obsessions : la narratrice de Backstroke qui explique au début qu’à chaque fois qu’elle voit une piscine elle se sent obligée de tout savoir d’elle (sa profondeur, etc.), son frère, qui passe apparemment beaucoup de temps à se cacher dans des coins de la maison et à y rester, la jeune femme qui récolte constamment des odeurs, un vieil homme obsédé par la forme des paupières d’une jeune fille qui joue du violon, ou des personnages qui ne pensent qu’au passé.

         Ce thème est d’ailleurs l’un des plus importants du recueil. En effet, à chaque nouvelle, il y a un large rapport au passé, qui suscite la nostalgie ou qui revient sous forme de souvenir et qui est lié à un objet ou un lieu, eux-mêmes très liés aux personnages. Les thèmes de la mort et de la perte s’y rapportent et sont très présents.

        On peut prendre comme exemples Backstroke : le camp de concentration est lié à la mort et au passé, la piscine symbolise une personne et un souvenir. Dans Les Paupières : le violon, les paupières symbolisent le passé, la perte d’un être ou d’une partie de soi.

        On pourrait donc dire que dans ce recueil, Yoko Ogawa met en avant sa peur de la mort, et le fait qu’une personne, son souvenir, est lié à un objet ou un lieu, symboles d’une certaine « vie » après la mort.

Delphine, 1ère année Ed-Lib

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Published by pier - dans Nouvelle
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