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2 décembre 2007 7 02 /12 /décembre /2007 20:33
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OGAWA Yoko,
Le Musée du silence,
traduction Rose-Marie Makino-Fayolle,
Arles, Actes sud, 2003,
315 p.

Biographie

        Ogawa Yoko est née à Okayama (Japon) en 1962 dans une famille aisée. Elle a étudié à l'Université Waseda à Tokyo (comme Murakami) puis est retournée à Okayama où elle a travaillé avant de se marier en 1986 et de commencer une carrière d'écrivain. Elle est remarquée dès son premier roman, pour lequel elle obtient en 1988 le prix Kaien ; en 1991, elle remporte le prix Akutagawa pour La Grossesse.
Tous ses romans, récits et nouvelles sont  traduits en français par Rose-Marie Makino-Fayolle.

Bibliographie non exhaustive de l'oeuvre traduite en français

Une parfaite chambre de malade ( Actes sud 2003 ; nouvelle)
La Désagrégation du papillon (Actes Sud 2003  ; nouvelle)
La Grossesse (Actes Sud 1997 ; nouvelle)
Les Abeilles (Actes Sud 1995 ; nouvelle)
L'Annulaire (Actes Sud 1999 ; nouvelle)
La Petite Pièce hexagonale (Actes Sud 2004  ; nouvelle)
Hôtel Iris (Actes Sud 2000 ; roman)
Le Musée du silence (Actes Sud, 2003 ; roman)
La Formule préférée du professeur ( Actes Sud 2005 ; roman)
La Bénédiction inattendue (Actes Sud 2007 ; 7 nouvelles)
Les Paupières (Actes Sud, 2007 ; 8 nouvelles)
   
L’Histoire
        Le Musée du silence raconte l’histoire d’un muséographe qui a été contacté par une vieille femme pour organiser un musée d’un genre particulier. Il s’agit d’un « musée du silence », d’où le titre du livre. Ce musée consiste à recueillir divers objets ayant appartenu à des personnes décédées, le but étant de ne pas oublier les morts. La vieille femme souhaite que le jeune homme l’aide à poursuivre la collection d’objets qu’elle a entreprise dès son plus jeune âge.
        Alors qu’elle n’était qu’une enfant, cette vieille dame avait décidé de se procurer, à chaque décès d’une personne, un objet la caractérisant. Selon elle, il faut que l’objet soit « la preuve la plus vivante et la plus fidèle de l’existence physique d’une personne ». Les objets doivent donc représenter la personnalité du défunt : ils doivent caractériser un élément marquant de la personne, ou de la vie qui a été la sienne. Le point commun de ces objets est qu’ils doivent tous avoir été volés.
        Le jeune homme est donc chargé d’organiser ce musée dans le manoir de la vieille femme, une demeure qui paraît un peu éloignée de tout. En plus de ce travail muséographique, le jeune homme est lui-même chargé de poursuivre l’alimentation de la collection. Ainsi, à chaque fois qu’une personne décède dans le village voisin, il doit aller subtiliser un objet chez elle pour l’installer dans le musée (la vieille dame étant devenue trop âgée pour se déplacer). Pour l’aider dans sa tâche, il est assisté d’une jeune fille et d’un jardinier.
        Le roman est le récit de toutes les tâches accomplies par ce jeune homme pour constituer ce musée : inventaire des objets, classement, indexation. Il s’agit d’une tâche très scientifique et méthodique.
        Tout au long de l’élaboration de ce musée des événements violents surgissent comme des meurtres, des actes terroristes. Des rencontres ont lieu avec des personnages assez mystérieux, parmi eux des moines vivant dans un monastère voisin et ayant fait vœu de silence. Tout cela crée une ambiance mystérieuse, une atmosphère assez froide.

Caractéristiques du roman

L’écriture
        Le roman avance de manière linéaire. Il suit les étapes de la construction du musée, l’évolution de ses bâtiments, des ses collections.
        Plus le roman avance et plus le jeune homme, qui au début semblait un peu surpris par la démarche de la vieille dame (tout comme le lecteur !), semble trouver son travail tout à fait normal.
        Le narrateur est le jeune muséographe. C’est une nouveauté dans l’œuvre de Yoko Ogawa puisque dans ses récits précédents le narrateur est une femme.

Les personnages
        Les personnages n’ont pas de prénoms ni de noms :
- le narrateur, le jeune homme n’a pas de nom. On sait très peu de choses sur lui ; il a perdu sa mère jeune, il a un grand frère dont il est sans nouvelles et à qui il écrit des lettres. Il ne semble pas avoir beaucoup d’attaches ;
- la vieille dame qui est à l’origine du projet ; elle est présentée comme acariâtre, froide et distante. Sa fille la décrit comme « ni particulièrement gentille, ni vraiment aimable, mais elle n’est pas malfaisante ». Elle mène sa vie par rapport à un almanach qui régule ses agissements ;
- La jeune fille est censée être la fille de la vieille dame. Mais finalement l’auteur brouille les pistes puisque la vieille dame est vraiment beaucoup trop âgée pour être la mère de la jeune fille. Elle a probablement été adoptée. Elle aussi semble un peu coupée du monde, elle n’est jamais allée à l’école et a étudié par correspondance ;
- Le jardinier (qui est un peu l’homme à tout faire) et sa femme : le jeune muséographe les retrouve à la fin de sa journée de travail pour discuter.

        On ne sait donc que très peu de choses sur les personnages, tout est très évasif. Pourtant leur apparence physique est parfaitement décrite et détaillée et l’on peut s’en faire une image précise.

Les lieux
        Il en va de même concernant les lieux : l’histoire se passe dans un manoir et ses alentours. Une forêt est évoquée, ainsi qu’un village, un monastère, un marais. Tout comme ses personnages, l’auteur décrit très précisément les lieux évoqués. Mais le lecteur demeure malgré tout dans une impression de flou.
        Tout ces lieux semblent coupés du reste du monde. On a l’impression que l’histoire pourrait avoir lieu un peu n’importe où ; il n’y a rien qui rappelle un contexte japonais.

Thèmes du roman

        La question de la mort est omniprésente dans ce roman dont la trame repose sur la récupération d’objets de personnes décédées. Mais on voit également toute la volonté et la force déployées par la vieille femme pour lutter elle-même contre sa vieillesse, pour avoir le temps de transmettre au jeune homme sa connaissance des objets qu’elle a volés.
        L’obsession, très borgésienne, du classement, de l’ordre est un thème cher à Yoko Ogawa (cf L’annulaire) ; tout le roman est l’histoire du classement des objets : de leur stérilisation, leur enregistrement, leur étiquetage, leur indexation.
La question du souvenir et la crainte de l’oubli. Les traces laissées par les disparus, la mémoire sont une composante forte du récit. Créer ce musée c’est conserver une preuve de l’existence des gens.
        La solitude, l’isolement sont également des thèmes forts du roman puisque tous les personnages semblent des êtres avec peu d’attaches. Il forment un petit groupe et rien ne semble exister en dehors d’eux :
«  nous étions à l’écart de la foule, et nous nous serrions les uns contre les autres comme un groupe de poussière d’étoiles rejeté en bordure du ciel. Je ne pouvais pas imaginer ce qu’il y avait de l’autre côté des ténèbres, pour autant, cela ne me faisait pas peur. Parce que nous partagions la même passion pour les objets hérités des défunts et que, grâce à cela nous avions établi des liens solides. Je savais que, dans la mesure où nous étions à la recherche de ces objets avec tendresse, aucun de nous, glissant sur le bord, ne serait avalé par les ténèbres ». (p. 136)

Réalisme magique ?
        Il n’y a pas de merveilleux dans ce roman. Il s’agit plus d’événements étranges qui se produisent dans un univers vraisemblable. Ainsi lorsque l’attentat a lieu, le lecteur met un certain temps à se rendre compte de quoi il s’agit. C’est là qu’on voit apparaître de l’étrange dans un quotidien où tout semblait normal. De même se produisent deux meurtres, une pseudo-enquête se met en place, créant une atmosphère de soupçon.
C’est dans l’atmosphère générale du roman que le réalisme magique se situe davantage : des lieux qui paraissent très neutres, deviennent à certains moments tout à fait étranges. Enfin l’écriture de Yoko Ogawa, très évocatrice et remplie d’images, contribue à donner au récit une tonalité un peu magique.
        Enfin, plus le roman avance et plus on a le sentiment de se retrouver dans une sorte de huis clos. C’est tout un univers qui se rétrécit. On a l’impression que le jeune homme se laisse progressivement enfermer dans ce monde du souvenir avec pour seuls compagnons la vieille dame, la jeune fille et le jardinier. Il s’investit totalement dans sa tâche, au point de perdre peu à peu tout contact avec le reste du monde ; ses efforts pour renouer avec lui se trouveront entravés...
Marie L., A.S. Bib





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