Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 décembre 2007 7 02 /12 /décembre /2007 20:57

Ogawa Yokobenediction-inattendue.jpg
La Bénédiction inattendue (Guzen no shukufuku), 2000
Traduction de Rose-Marie Makino-Fayolle
Actes Sud, 2007
189 pages

Bio/bibliographie d’Ogawa Yoko

    Au fil des sept nouvelles composant ce recueil, l’auteure engage une réflexion sur la construction de l’écriture et la naissance des romans. Un voyage à travers ce que la narratrice appelle la « forêt des mots » (« Qu’il s’agisse d’une longue histoire de mille ou deux mille feuillets que je passerais des heures, pendant plusieurs années, à écrire petit à petit, ou d’une miniature de quelques pages qui pourrait tenir dans le creux de la main, le roman m’évoque une forêt. »). Cette même forêt où se perd l’écrivaine avant d’y trouver son histoire et de réussir à en sortir.
Elle aborde également des thèmes tels que la maladie, la mort et la solitude. Des thèmes déjà largement explorés dans ses précédents ouvrages.

    Si ces nouvelles peuvent être lues indépendamment les unes des autres, elles s’inscrivent cependant dans une certaine continuité. On y retrouve en effet une seule et même narratrice anonyme, personnage principal, romancière elle-même, à différentes périodes de sa vie. Lorsqu’elle était enfant et qu’elle se lança petit à petit dans l’écriture après que son père lui eut offert un stylo plume. Lorsque, devenue romancière, elle commet l’erreur de se présenter à l’un de ses lecteurs. Ou encore lorsqu’elle est « exilée » sur une île pour des raisons professionnelles et que sa solitude l’amène à réfléchir sur sa condition d’écrivain.
Certains personnages y apparaissent régulièrement : le fils de la narratrice (un bébé de tout juste quelques mois), son amant, chef d’orchestre renommé (et marié) et son chien Apollo. D’autres personnages apparaissent et disparaissent au fil des nouvelles : mademoiselle Kiriko, la jeune domestique de la maison du temps où la narratrice était enfant, un admirateur zélé, convaincu d’être le frère cadet de la romancière (alors que son véritable frère est mort des années plus tôt, battu à mort par un groupe de jeunes), un vétérinaire surgi de nulle part et tombant à point nommé pour soigner le chien malade de la jeune femme…

    Les nouvelles vacillent entre réalité et imagination. Ce que l’on pourrait appeler ici le réalisme magique se caractériserait par l’apparition des bons personnages au bon endroit, au bon moment, c’est-à-dire à l’instant où la narratrice a le plus besoin (même inconsciemment) de leur présence à ses côtés. Une apparition généralement suivie de la disparition tout aussi soudaine de ces derniers (« J’ai regardé autour de moi, cherchant son habituelle présence, mais tout avait disparu : le bruit de la chaussure qui traîne, la silhouette déformée, le regard qui me cherchait. […] Je m’étais peut-être méprise. Je respirai profondément, observai encore une fois avec beaucoup d’attention. Mais le résultat fut le même. Le monde était au printemps, et j’étais seule. »). Le lecteur est d’ailleurs en droit de se demander si ces personnages sont bien réels. Et s’il est plus ou moins évident que certains le sont (le vétérinaire notamment), d’autres paraissent tout droit sortis de l’imagination de la narratrice qui de fait, en vient à remettre en cause sa propre santé mentale (cet admirateur acharné existe-t-il vraiment ou est-ce simplement une représentation qu’elle se fait de son frère défunt ?). Le fait est que nous ne connaissons quasiment rien de ces personnages. Nous ne connaissons d’ailleurs que les prénoms de la jeune employée de maison et du chien de la narratrice. Les autres personnages, la narratrice y compris, sont condamnés à rester anonymes.

    L’auteure japonaise signe avec La Bénédiction inattendue son recueil le plus personnel publié à ce jour. Tout au long des nouvelles, elle s’aventure à distiller çà et là quelques informations autobiographiques (ce qui, il faut le noter, est plutôt rare chez Ogawa). Il est évident qu’elle se sert de sa propre expérience, en tant qu’auteure mais également en tant que femme, afin de dépeindre au mieux son personnage principal. Et le récit à la première personne renforce d’autant plus ce sentiment d’ « autobiographie déguisée ».


G., 2ème année Bib

Partager cet article

Repost 0
Published by pier - dans Nouvelle
commenter cet article

commentaires

Recherche

Archives