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3 décembre 2007 1 03 /12 /décembre /2007 21:19
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Ogawa Yoko
Les Paupières
Actes Sud, 2007
18€, 206 p.

        Ogawa Yoko est née au Japon en 1962. Elle a obtenu de nombreux prix littéraires. L’écrivaine a comme thèmes de prédilection la mort, la maladie ou encore l’absence que l’on retrouve dans Les paupières. Elle s’est affirmée depuis quelques années comme l’auteure japonaise contemporaine incontournable.

        Les Paupières est un recueil de huit nouvelles ; chacune est introduite par un personnage sans histoire, mais dont la vie bascule, au fil de la narration, dans un univers poétique et fantastique.
        Ogawa Yoko nous entraîne dans son univers à mi-chemin entre la réalité et le fantastique, à travers une écriture fluide et épurée. Elle nous livre avec poésie des histoires anodines parsemées de détails minutieux (odeurs, décors, sensations…) qui donnent au lecteur une impression de flottement et de rêve éveillé.
« Un dimanche matin, lorsque j'ai tourné une page du calendrier dans la chambre, le chiffre douze apparut, marqué d'un cercle au feutre noir. Un gros rond, légèrement penché sur la gauche.
- Dis-moi, le douze, c'est quoi ? Ai-je demandé à mon mari qui lisait le journal au lit.
- Le douze ? Ça... me répondit-il, sans lever les yeux de la page des sports. »
        Le sommeil et l’exploration de l’inconscient sont des thèmes récurrents du recueil. Les Paupières explore le sommeil dans « C’est difficile de dormir en avion », l’angoisse des insomnies dans « les ovaires de la poétesse » où la narratrice part loin dans l’espoir d’échapper à son problème, mais aussi la solitude et l’inconscient des personnages dans « Backstroke ». Ces thèmes permettent de créer une atmosphère onirique communes à toutes les nouvelles.
        Les paupières constituent un fil conducteur dans ce recueil et sont le symbole d’éléments différents comme le sommeil : « Je sentais jusque dans les moindres recoins mon corps allongé dans la nuit de l’hôtel. Et cependant, derrière mes paupières s’étendait la forêt » , ou la mort : « Lorsque la vieille dame mourut, tout fut rempli de silence autour d’elle […] Je la pris sur mes genoux, lui fermai les paupières. Son expression douloureuse disparut aussitôt et un sommeil paisible l’enveloppa». .Les paupières sont aussi le symbole de l’étrange dans la nouvelle éponyme où un hamster a subi une ablation de ces membres.
        On remarque une récurrence dans le choix des destinations de voyage. Vienne semble être une ville importante pour Ogawa (on la retrouve dan trois nouvelles). Elle a aussi une symbolique forte dans ce livre car elle ouvre et clôt le recueil. En effet, dans la première nouvelle « c’est difficile de dormir en avion » la narratrice s’envole pour Vienne pour fuir ses insomnies, et la dernière « Les jumeaux de l’avenue des Tilleuls » narre la rencontre entre un écrivain japonais et son traducteur autrichien à Vienne. Enfin une des nouvelles du recueil « Les ovaires de la poétesse » semble se dérouler à Vienne.
Les nouvelles sont abordées à travers différents registres (poétique, lugubre…) mais adoptent toutes un ton semblable : « L’étagère la plus élevée était elle aussi pleine de flacons blottis l’un contre l’autre. […] Je pris celui qui se trouvait devant mes yeux. Il mentionnait mon nom. Il contenait quelque chose de noir et vaporeux. C’étaient mes cheveux. […] J’approchai un autre flacon. Je ne connaissais pas l’homme dont le nom était inscrit sur l’étiquette. L’objet collecté était un doigt » . Les nouvelles de ce recueil ont aussi en commun le mode de narration. En effet, les narrateurs de ces nouvelles ont tous un rôle dans l’histoire qu’il en soit le personnage central ou non.
        Cependant les nouvelles ne sont pas construites de la même manière. Certaines sont fondées sur un flash-back qui constitue la majeure partie du récit (c’est le cas de « c’est difficile de dormir en avion » et de « Backstroke » où la narratrice se remémore son enfance avec son frère, champion de natation).

    Le fantastique dans ce recueil est suggéré. En effet, il opère par petites touches lors de rencontres de personnages (un homme engage la conversation avec la narratrice de « c’est difficile de dormir en avion » et lui explique le pouvoir des histoires à sommeil) ou par des détails (une poétesse meurt de ses ovaires chevelus dans « les ovaires de la poétesse », la narratrice achète des légumes chinois phosphorescents dans « L’art de cultiver les légumes chinois »…). Ce recueil se situe à la frontière entre rêve et réalité.

        Pour conclure je peux dire qu’Ogawa Yoko nous plonge dans un univers envoûtant, étrange voir lugubre mais avec douceur et sans fioriture. Elle met en scène ses nouvelles de telle manière que l’on accepte les dérives fantastiques. Ses récits font preuve d’originalité et l’incursion du fantastique leur donne une couleur particulière. Ce recueil permet d’explorer différents sentiments autour d’un même thème (le sommeil) et de ses dérivés.

E.B. 2A BIB

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Published by pier - dans Nouvelle
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