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4 décembre 2007 2 04 /12 /décembre /2007 09:29
annulaire-copie-2.jpg
OGAWA Yoko,
L’Annulaire, 1994
Traduit par R.-M. Makino-Fayolle
Actes Sud, 1999, Babel

Situation de l’œuvre

- dans la production et la vie de l’auteure

Yoko Ogawa est née en 1962.
Ses oeuvres sont publiées chez Actes sud, et traduites par Rose-Marie Makino-Fayolle.

(date de parution au Japon)
La Piscine (1990)
La Grossesse (1991) a reçu le Prix Akutagawa
Les Abeilles (1991)
Le Réfectoire un soir et Une Piscine sous la pluie, suivi de Un Thé qui ne refroidit pas
L’Annulaire (1994)
Hôtel Iris (1996)
Parfum de glace (1998)
Une parfaite chambre de malade (1989) suivi de La Désagrégation du papillon
Le Musée du silence (2000)
Tristes revanches (1998)
La Petite pièce hexagonale (1991)
Amours en marge (1991)
La Formule préférée du professeur (2003)
Les Paupières (2001), recueil de nouvelles
La Bénédiction inattendue (2000), recueil de récits

        Ogawa a surtout écrit des nouvelles au début, ses premiers textes sont courts. Puis elle a écrit des récits, des romans, plus longs. En japonais, shôsetsu signifie à la fois roman et nouvelle ; ils ne distinguent pas les deux. Romans intimistes, de la vie quotidienne. Romans féminins.
        On trouve des similitudes dans ses textes, qui sont pratiquement tous écrits à la première personne, et la narratrice est souvent une jeune femme (en proie à la folie), mais on ne se trouve pas dans sa tête, on n’a pas accès à ses pensées, il y a une certaine distance avec elle.
        Le cadre se situe souvent dans des lieux anciens mais habités, des lieux clos.
Le thème du corps et de la maladie, et le thème du classement et de l’analyse (au sens biologique) est récurrent : lieux médicaux (laboratoires, hôpitaux) et leur côté ordonné, rangé.
        Ogawa crée un univers fantastique (influences de Haruki Murakami, de Tanizaki et Kawabata). Le récit L’Annulaire appartient au courant littéraire du réalisme merveilleux : c’est une approche magique du réel.
Elle a une technique narrative bien à elle (cf Ecriture).

- dans le contexte historique et culturel de l’époque

    Ere Meiji (commence en 1868) : le pouvoir impérial est restauré, ouverture du Japon à l’Occident. Les auteurs lisent les naturalistes (Zola), les auteurs américains. Grande fécondité culturelle. Roman « personnel » (shishôsetsu), intimiste.
    Japon post-moderne : La littérature allie tradition et modernité. Fantastique, littérature en marge du réel, chez les auteurs. Références à la culture occidentale. Littérature féminine.

L’histoire

    La narratrice, 21 ans, dont l’auteure tait le nom, a travaillé dans une usine de fabrication de boissons où, lors d’un accident de travail, elle a perdu le bout de son annulaire. La jeune provinciale part en ville où elle trouve un travail chez un “taxidermiste du souvenir”, M. Deshimaru. Dans son laboratoire, qui est un ancien foyer de jeunes filles, il naturalise des spécimens (des champignons, un son d’une partition, les os d’un moineau de Java, une brûlure) que les gens apportent, et les conserve dans des tubes à essai étiquetés et stockés dans les salles du bâtiment. « …le sens de ces spécimens est d’enfermer, séparer et achever. » (p.23) La narratrice s’occupe du secrétariat du laboratoire. Fascinée par Mr Deshimaru (son regard), elle s’éprend de lui, ils se voient le soir dans la grande salle de bain, et deviennent amants. Il lui offre une paire d’escarpins (p.35), qu’elle doit toujours porter et qu’elle ne va plus quitter ... L’emprise de Mr Deshimaru sur la narratrice, ainsi que le pouvoir de la paire de chaussures, fera que l’esprit de la jeune fille prendra le dessus sur son corps (désincarnation).

Le cadre spatio-temporel

        Il n’y a pas d’indication de pays ou d’époque (pas de temporalité ni de localisation). La narratrice décrit le bâtiment, vétuste, à l’abandon. C’est un lieu clos, feutré : un ancien foyer de jeunes filles devenu laboratoire. Il y a 303 salles de conservation des spécimens, qui sont les anciennes chambres des jeunes filles du foyer (p.66). Une « lourde porte de chêne » mène au sous-sol, au laboratoire, où M. Deshimaru effectue la naturalisation, interdit d’accès à la narratrice sauf si elle a une naturalisation à faire.
    On n’a pas non plus d’indication sur l'endroit où elle loge ; elle n’a ni famille, ni amis.

Climat du livre, atmosphère

        Ce récit est envoûtant et onirique. Le métier exercé renvoie à la mort, qui fascine et dérange.
        Il y a un calme et un silence suffoquants ; le lieu devient enivrant.
        On sent la présence du mal ; elle est trouble, suggérée. Le laboratoire est un lieu inquiétant et fascinant, propre à rappeler une maison fantôme ou le repaire du docteur Frankenstein, tout comme le propriétaire qui est bien à l’image du lieu.
        Tout n’est pas expliqué ce qui accentue le mystère ambiant. La frontière entre le rêve et la réalité est floue : pouvoir magique des escarpins, naturaliser des choses abstraites.

Ecriture

        L’écriture de Yoko Ogawa est fine, subtile et minutieuse, presque poétique. Elle est à la fois simple et suggestive. Simple car les phrases sont brèves, suggestive car il y a beaucoup d’implicite qui crée le mystère et contribue à installer ce climat inquiétant et envoûtant. Elle arrive à mêler la cruauté, le mal, par des détails, et la poésie.
La suggestion renvoie aussi à l’étrange, le mystère, qui ici est effleuré.

Caractère des personnages

        M. Deshimaru, tel un taxidermiste, est ténébreux, froid, mystérieux, malsain, autoritaire avec la narratrice, dédaigneux vis-à-vis d’elle. Il vit reclus dans le bâtiment.
La narratrice a honte et est tourmentée par son manque (son annulaire). L’auteur explore l’inconscient de la narratrice. Elle présente un caractère obsessionnel : elle compte, classe.

Portée symbolique des thèmes :

- Opposition entre la lumière (dans la salle de bain, dans les salles) et l’obscurité.
Elle fait écho à celle du froid et du chaud.

- Opposition entre le laboratoire en marge du normal et le monde extérieur.

- Le classement, le rangement, mis en mots par l’usage d’énumérations de noms d’objets et d’actions (verbes). Elle tient à jour le registre du secrétariat, range. Les caractères de la casse sont rangés. (p.40, p.67, p.79, p.88)
Les nombres, les numéros (de formulaires, des salles, des caractères de la casse), obsession de compter. (p.13, p.33, p.37)

- Temps / mémoire / perte / conservation
Les jeunes filles du foyer ont vieilli.
Les clients amènent des objets du passé pour les fossiliser, les rendre permanents, les immortaliser.
C’est une forme de libération, faire le deuil du temps qui passe/va ; personne ne revient les voir.
On passe du souvenir vivant au fétiche mortifère.
Perte et conservation renvoient à notre inconscient.

- Sentiment d’être emprisonnée, entravée, étouffée, incorporée à, d’une part par M. Deshimaru, par ses mains, ses doigts (p.47, p.50, p.70) et, d’autre part, par les escarpins (p.62, p.86) + ses chaussures à lui (p.74);

- Erotisme / amour / fétichisme
Fétichisme : amour sur ce mode : Mr Deshimaru la séduit avec une paire de chaussures (p.45-46), masochisme (cherche à l’humilier).
Jalousie envers une cliente.
Erotisme : se désirent dans la baignoire
Objets spécimens fétiches


Conclusion

Adaptation du livre au cinéma : Diane Bertrand, 2005, que je n’ai pas trop aimée.
Je vous conseille une de ses nouvelles : La Grossesse.


Lise, AS Ed-Lib.

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