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4 décembre 2007 2 04 /12 /décembre /2007 20:18
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Amy Tan
Noyade interdite
trad. de l'américain
Annick Le Goyat,
Buchet-Chastel, 2007
570 p.









Amy TAN :
Elle est née de parents chinois, elle-même vit aux Etats-Unis. Elle a déjà écrit de nombreux ouvrages, traduits dans une trentaine de langues à travers le monde entier. Elle a également écrit des nouvelles, des livres pour enfants et des articles pour des magazines. Elle a aidé à l’adaptation de certaines de ses œuvres au cinéma, à la télévision et au théâtre. Petite anecdote : elle est apparue dans son propre rôle dans un épisode des Simpson.

Le livre :
Il commence par une note aux lecteurs en apparence très sérieuse et assez amusante sur l’origine de l’ouvrage : Amy Tan se serait inspirée d’une histoire vraie, celle de onze touristes américains pris en otage en Birmanie, histoire soufflée de plus par l’esprit de Bibi Chen, qu’elle aurait connue du vivant de cette dernière, à une médium.
Ainsi l’auteure fait de Bibi Chen son personnage principal et narratrice de l’histoire, alors même que Bibi trouve la mort dés les premières pages du livre : elle peut ainsi, grâce à un état de conscience détaché de tout, suivre ses amis en Chine puis en Birmanie dans leur voyage catastrophique.
Les douze Américains se comportent en effet comme l’archétype du touriste ignare et ethnocentrique : parlant de ce qu’ils ne connaissent pas, comparant sans cesse chaque population, chaque situation avec les Etats-Unis et commettant de graves fautes de goût et de culture.
Dans une deuxième partie, avec la prise d’otages, le livre se recentre sur les personnages plus que sur les situations parfois burlesques : une tribu birmane, les Karen, qui fuit et se cache du gouvernement depuis des années, voit en l’adolescent du groupe leur sauveur, personnification du mythe local du Jeune Frère Blanc, où comment un occidental un peu magicien viendrait sauver les Karen de l’oppression militaire.
En fait de prise d’otages il s’agit plus d’une invitation dont les onze Américains ne se méfient pas, alléchés par la promesse d’une vague surprise une fois arrivés au lieu-dit : retenus dans un village au fin fond de la forêt par de simples (et fausses) constatations (le pont menant à la civilisation se serait écroulé alors qu’en fait les Karen l’ont juste dissimulé), les touristes apprennent à vivre de peu. Il s’ensuit des situations tantôt comiques, tantôt tragiques, et le livre plonge dans une ambiance étrange, mystérieuse, qu’on attribue parfois à la magie et parfois à des raisons plus terre-à-terre (une quelconque drogue ?) selon le point de vue de l’auteure, des Américains ou du chef de la tribu des Karen.
Sans dévoiler la fin, l’issue de l’intrigue s’insère bien dans le ton tragi-comique du livre tout entier, qui va du ridicule aux dures réalités d’un pays trop souvent oublié.


Thèmes abordés :

Le fantastique se trouve à plusieurs niveaux : le simple fait de faire raconter l’histoire par une morte en est un premier aspect, et permet de plonger en profondeur dans l’esprit des différents protagonistes, d’éclairer les relations souvent tumultueuses même si rarement complexes qu’ils entretiennent entre eux, de voir à travers leurs yeux et leurs acquis culturels un monde différent et qui nous serait tout aussi obscur sans les explications éclairées de Bibi Chen.
L’autre facette du merveilleux se situe largement dans les croyances chinoises et birmanes que nous présente Bibi. De nombreux mythes et légendes locaux émaillent le récit, des esprits se mêlent du destin des personnages, une malédiction leur est lancée très tôt dans leur périple et une ambiance mystique règne sur le petit village des Karen, principalement en la présence de deux jumeaux presque sacrés et régulièrement plongés dans des transes où différentes religions, différents mythes s’entremêlent.
A ce côté fantastique se heurte le réalisme, d’un côté des Américains et de leur méconnaissance d’une culture, de l’autre d’une situation bien réelle et tragique, celle des Karen. Les onze touristes ne réagissent absolument pas aux diverses traces de mysticisme qu’ils trouvent sur leur route et écoutent d’une oreille amusée et légèrement condescendante chaque évocation de magie. Les Karen quant à eux, sont les victimes d’une oppression bien réelle et des horreurs qu’elle entraîne et contre laquelle leurs espoirs paraissent finalement bien naïfs.
De façon régulière, comme des pauses dans le récit, l’auteure, à travers Bibi Chen, dresse un portrait digne d’un guide de voyage de la Chine et de la Birmanie, où transparaît l’affection qu’elle a vis-à-vis de ces deux pays. C’est aussi pour elle un moyen d’évoquer une situation presque pathétique tant elle paraît tragique, celle de la Birmanie, un pays fermé, enfermé même, et suur lequel la communauté internationale jette à peine un regard de temps en temps, au rythme de promesses de libération d’Aung San Syu Ki.
C’est à travers la téléréalité qu’affectionne tant aujourd’hui le monde occidental qu’Amy Tan évoque avec le plus de mordant une situation désespérée : les Karen sont persuadés qu’en passant à la télévision, la planète entière ne pourrait rester insensible à leur malheur.


Conclusion :

Noyade Interdite est un roman traitant de thèmes qui se croisent et s’entrechoquent, de la méconnaissance d’un pays pour sa culture et de son mépris pour sa situation, de personnages tous plus improbables les uns que les autres et des relations qu’une aventure toute aussi incroyable va développer entre eux, le tout sur un ton souvent léger, plein d’humour mais qui fait mouche à chaque fois.

Pauline, A.S. Ed.-Lib.

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