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6 décembre 2007 4 06 /12 /décembre /2007 21:12

Chester HIMES
Le fantôme de Rufus Jones
et autres nouvelles.
traduit de l’américain par Lili Sztajn
Gallimard, 1997,
Folio 2 euros.

La collection :
        Ce livre de 90 pages a été publié par les Editions Gallimard en 1997. Ces nouvelles sont extraites du recueil Le Paradis des côtes de porc. La collection est folio 2euros.
        Quels sont les avantages de cette collection ?
        Elle allie un visuel très attrayant à des textes de qualité, à la fois classiques et contemporains, issus des plus grands auteurs de tous les temps.
        De plus, nous acquérons la possibilité de  découvrir un auteur à travers une ou plusieurs nouvelles pour un prix défiant toute concurrence. Nous nous épargnons ainsi un recueil énorme et si l’auteur ne nous plaît pas follement, nous parcourons son œuvre sans pour autant dépenser des sommes exorbitantes pour un livre que nous n’apprécions que superficiellement. Il s’agit donc d’un investissement très judicieux et d’un outil de découverte particulièrement utile.
        Cette collection couvre tous les genres : « philosophie (Diderot, Voltaire, Sénèque, Lao-tseu, Sartre), fantastique (Poe, H G Wells), policier (Simenon, Stevenson), littérature (Nabokov, Gary), poésie (Apollinaire, Verlaine) »... elle constitue donc une mine d’auteurs incontournables, mais aussi fournit l’occasion de découvrir des auteurs moins connus.

Quelques mots sur l’auteur :
        Fils d‘enseignants noirs-américains, Chester Himes débute des études universitaires dans l’Ohio qu’il finance en étant liftier et barman. Il tombe un jour dans une cage d’ascenseur vide et en restera légèrement handicapé toute sa vie. A 19 ans, il traîne avec une bande de voyous de Cleveland et finira par être condamné à 20 ans de prison pour vol; il en sort sept ans plus tard.
        Durant son séjour carcéral, il découvre la littérature ( Dashiell Hammett, Raymond Chandler, Fédor Dostoïevski) et écrit ses premières nouvelles décrivant la condition du noir américain, pour le Cleveland Daily News. Son premier roman, S’il braille, lâche-le…, paraît en 1945 sans connaître de succès. Puis, à Paris, l'auteur rencontre en 1957 son traducteur Marcel Duhamel -fondateur de la collection Série Noire aux éditions Gallimard - pour laquelle il écrit ses premiers romans policiers. Un de ses romans,
La reine des pommes, paru en 1958, connaît un grand succès ; il obtient le Grand Prix de littérature policière.
        Il écrit plus tard son autobiographie en deux tomes. Sa dernière œuvre est celle étudiée, s’intitulant Le fantôme de Rufus Jones et autres nouvelles. Il s’installe en Espagne à partir de 1965 et meurt à Alicante à l’âge de 75 ans. Ses écrits dénoncent la condition des noirs et le racisme.

Titres des nouvelles pour un bref repérage :
"Le fantôme de Rufus Jones"
"Vers quel enfer rouge"
"Son dernier jour"
"Dans la nuit"
"Encore une façon de mourir"

Style d’écriture :
        Sa plume est cruelle, dévoilant l’atrocité des comportements humains lorsque les valeurs sont bouleversées et incomprises, les barrières infranchissables du refus d’autrui se posent d’emblée. Chester Himes utilise une  plume fluide et agréable, et par cette dernière transparaissent ses idées, ses émotions. Grâce à elle, un message  et une certaine forme de révolte sont communiqués. L’auteur manie l’humour noir (pouvant être qualifié de sordide, décadent, machiavélique- risquerionsènous même de  dire) avec brio. Le cynisme est son art.. lui permettant de dénoncer le système.

Thème :
        Ses  courtes nouvelles pourraient se combiner en une seule car on y retrouve un leitmotiv, celui du noir insignifiant, qui tente de subsister dans un monde où il n’a pas sa place, méprisé de tous, banni à cause de sa « race ».
         Celles ci s’entremêlent, connaissent un véritable enchevêtrement, il s’agit donc de cinq récits mettant en scène des personnes noires aux destins sordides ou à l’avenir incertain. Ces récits vont droit au but, ne passent pas par mille détours pour afficher l’objectif premier : la dénonciation sanglante du racisme qui fait rage à l’époque, il s’agit vraiment du fil conducteur de l’œuvre.

Petites notes sur le personnage principal :

        Le personnage central dépeint dans chacune des œuvres pourrait être le même. En effet, si nous parcourons les récits, nous retrouvons le même homme ayant la peau noire ; il semble insignifiant, meurtri, délabré, quasi inexistant. Il représente tout simplement une victime pour les personnes sans scrupule.

Notes personnelles sur l’œuvre, en particulier "Vers quel enfer rouge" :

        Dans son recueil, la nouvelle que j’affectionne tout particulièrement s’intitule "Vers quel enfer rouge". C’est le récit d’un incendie meurtrier dans une prison lugubre, noire, métaphore hautement violente des conditions de sécurité et d’hygiène déplorables, à l’image de la sous catégorie dans laquelle les Etats-Unis ont longtemps enfermé les noirs.  A sa lecture, une œuvre d’Ovide me vient  à l’esprit et résonne tel un écho ; il s’agit du  combat des Lapithes et des Centaures dans les Métamorphoses.
        La centauromachie possède quelque chose de similaire à cette nouvelle de Chester Himes, en particulier  en ce qui concerne les figures de style, les tournures de phrases.

        En effet, dans "Vers quel enfer rouge", le texte foisonne de métaphores évoquant toute l’ignominie de la scène : «  un mille-pattes au ventre écrasé rampait dans sa tête, lentement, sous les os de son crâne, traînant son abdomen ouvert. Jimmy sentit ses pattes gluantes de la substance verte et visqueuse qui en était sortie », page 33. Cette nouvelle expose une palette de scènes qui suscitent le dégoût. Il en est de même dans le récit mentionné d’Ovide, il est écrit: "Le fils d'Ophion, Amycus, ose le premier dépouiller l'autel domestique de ses dons. Il saisit un candélabre où pendent plusieurs lampes allumées; il l'élève en l'air, comme la hache des sacrifices prête à tomber entre les cornes d'un taureau, et frappe au front le Lapithe Céladon. Ses os brisés s'enfoncent dans sa tête. Ses yeux sortent sanglants de leur orbite; son nez repoussé descend dans son palais, et sa figure n'a plus rien qu'on puisse reconnaître. Pelatès, qui naquit à Pella, arrache le support d'une table, en frappe encore Céladon, le terrasse, et plonge son menton dans son sein. Le Lapithe vomit ses dents mêlées dans des flots d'un sang noir, et, par une double blessure, descend dans les Enfers. »

        Dans un second temps, de nombreuses personnifications sont utilisées : « les tuyaux des pompiers rampaient dans la boue comme d’immenses serpents », page 25 ; ou encore «  des flammes, comme de longues langues rouges, sortaient du bâtiment en feu, léchant la nuit noire » page 21. Pour finir, des répétitions sont utilisées pour renforcer le caractère effrayant de la scène : «  c’était hallucinant. Le feu était hallucinant. La nuit elle même était hallucinante. C’était comme quelque chose de totalement nouveau. Comme si la nuit venait d’être inventée, comme si le feu venait d’être inventé. » L’auteur utilise toutes ces figures de style afin de susciter chez le lecteur un impact foudroyant. Il se révèle provocateur. Ce récit est dynamique, plein de vivacité. Ce qui est certain, c’est qu’ il dresse un tableau affreusement noir de la scène de l’incendie.

         Himes ne passe pas par divers détours pour exprimer le corps qui se désagrège lorsqu’il est confronté aux flammes. Ainsi, le langage utilisé est cru, sans pathos. Dans tous les cas, le corps en tant que chair est très présent mais mentionné de façon très surprenante. Nous pouvons même parler de « boucherie ». Cette œuvre semble se démarquer des autres nouvelles car une communauté enfin égale d’hommes est évoquée, il n’existe plus aucune barrière. Cependant il s’agit d’une communauté bien originale et morbide puisqu’il s’agit de corps... morts. « Des dizaines de corps gris étaient tournés face contre terre. Des Blancs, des Noirs, des catholiques, des juifs. Les vieux et les jeunes, les infirmes et les normaux. Certains avaient été banquiers, d’autres politiciens, d’autres voleurs, d’autres encore escrocs. A présent, ils n’étaient que des masses grises sur un sol nu.
     Quoi qu’ils aient pu être, quoi qu’ils aient pu rêver d’être, quoi qu’ils aient fait ou n’aient pas fait, quelle qu’ait été leur race, leur nationalité, leur vie- cette gerbe de vomi verdâtre qui sortait de leur bouche les rendait tous égaux. »,page 31. Par là devons-nous comprendre qu’il faille donc que la vie cesse pour être l’égal de l’autre...?

…ainsi que "Son dernier jour" :
Je considère que "Son dernier jour" pourrait être adapté au cinéma puisque cette scène me remémore étrangement le film La Ligne verte réalisé par Frank Darabont. Il s’agit là aussi d’un écho. C’est l’histoire d’un noir condamné à mort qui vit ses derniers instants avant d’aller sur la chaise électrique. Il est noir ; il pourrait être blanc. Le blanc, c’est le gardien. Image cliché pourrait-on penser mais trop longtemps véhiculée puisque malheureusement on associe souvent le noir à la délinquance. L’atmosphère de cette nouvelle est oppressante, Chester Himes plante d’emblée un décor austère. A la lecture de cette nouvelle, nous percevons les sentiments de Guêtres, les descriptions sont très réalistes et à travers elles, nous avons l’impression que nous pouvons nous transposer en lui, ainsi nous ressentons ce qu’il ressent et cela nous touche d’autant plus, nous vivons nos derniers instants d’existence avec lui. Guêtres dans la nouvelle, souhaite ardemment que sa mort soit mémorable pour les autres. Ainsi il va sourire au moment de son exécution. Il s’exprime en ces termes: «  j’aurai le sourire quand on enverra le jus. Je suis un homme. », page 54. Il ne veut laisser transparaître aucune émotion. Il reste apathique même à l’approche imminente de sa mort ( la peur, l’angoisse mêlées d’appréhension le tiraillent néanmoins). Il tente désespérément de se distancier de sa propre mort, comme si elle ne lui appartenait pas et comme s’il était indifférent face à elle. Mais qui peut rester imperturbable et froid face à sa mort ?
        En vérité, ce personnage se dissimule afin de ne pas avouer la vérité ; il a atrocement peur de finir ainsi.
        La phrase suivante résume bien ses sentiments : « à un moment, il laissa échapper une espèce de rire dur et sans joie. Sur ses lèvres s’affichait un sourire glacé, moqueur et méprisant. Mais au fond de ses yeux brillait la lueur subtile d’une peur sans limite. », page 65 ou encore  « il se mit à claquer des dents et les mots « dernières heures » lui brûlèrent le cerveau comme une flamme blanche, chassant toute autre pensée. Il essaya de parler mais sa langue resta collée à son palais », page 61. Nous ressentons une véritable empathie à son égard. Il voulait simplement « être un homme », page 54.


Au terme de notre réflexion, nous pouvons dire que..

Si la première nouvelle, "le fantôme de Rufus Jones", prête à sourire à cause de son humour noir et machiavélique ( un noir décédé se réincarne en blanc, mais aussi en noir aux yeux des noirs, ce qui crée une confusion certaine et puis des drames ), on sent très vite que l’auteur ne va pas s’arrêter en si bon chemin et qu’il va passer de l’absurde au franchement cynique…

        Ainsi les autres nouvelles traitent de ce même racisme réellement présent dans  toute l’œuvre, le lynchage est aussi évoqué avec encore une façon de mourir…, En référence à cette nouvelle, nous pouvons relater un fait qui s’est déroulé
dans la salle comble du tribunal de Chattanooga aux Etats Unis, le 27 février 2000; Le juge Douglas A. Meyers abandonne l'accusation de viol portée contre Ed Johnson. Une décision pour l'honneur de la justice américaine et de la victime, jeune Noir lynché par la foule quatre-vingt-quatorze ans plus tôt. Condamné à mort par un jury blanc au terme d'un procès sommaire et autorisé dans la foulée par la Cour suprême à faire appel, Ed Johnson n'a pas eu, à l'époque, le temps de faire valoir ses droits : dans la nuit du 19 mars 1906, il était tiré de sa cellule par des Blancs de la ville, traîné à travers les rues jusqu'au pont enjambant la rivière Tennessee, pendu, puis criblé de balles.

    « Entre 1882 et 1968, 4 742 Noirs ont connu un sort semblable, dont la moitié dans le Mississippi, la Géorgie, le Texas, l'Alabama et la Louisiane (statistiques établies par l'université de Tuskegee, Alabama). »

 …mais encore est relatée la  déception profonde d’un noir (James Wilson) ami avec des blancs lorsqu’il réalise à quel point il est exclu de la société, à cause de sa couleur de peau. Il reste un noir comme tant d’autres, à bannir: «  mais quand il a reçu cette lettre, tout d’un coup, il y a eu deux camps et un abîme affreux, un mur affreux entre vous- d’un côté c’était noir et de l’autre, blanc. Il s’est retrouvé dans un camp et vous dans l’autre. Et brusquement, il s’est mis à haïr tous ceux de l’autre camp- le camp des blancs. », page 68. Ce récit montre la désillusion profonde de cet individu rejeté. La nouvelle concernée est dans la nuit.
 La définition propre du racisme prend alors tout son sens dans cette nouvelle..
 
Définition du racisme :
    Le racisme est une théorie, fondée sur un préjugé, selon laquelle il existerait des races humaines qui présenteraient des différences biologiques justifiant des rapports de domination entre elles et des comportements de rejet ou d'agression. C'est une croyance pseudo-scientifique en la supériorité d'un groupe humain, définie comme une race, sur tous les autres. Le racisme est la haine d'un de ces groupes humains. Il mène à l' intolérance des autres peuples.
    Dans le langage courant, le terme "racisme" se rapporte le plus souvent à la xénophobie et à la ségrégation sociale qui en sont les manifestations les plus évidentes.

De nos jours, une lutte perpétuelle est menée contre le racisme, agissons, main dans la main.
  
Pour conclure, nous pouvons affirmer que ces thèmes révèlent toutes ces situations d’exclusion difficiles à gérer et à accepter...

Laura, Bib 1A

                                              ………………………………


Sources:    google,  afin de rechercher des informations sur la collection folio 2 euros .
                  http://www.grioo.com/info10.html( concernant le lynchage).

                      http://membres.lycos.fr/sophiecam/(  concernant le racisme);

                    http://mindfree.fr

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Published by pier - dans Nouvelle
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