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7 décembre 2007 5 07 /12 /décembre /2007 20:31
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FICHE BIBLIOGRAPHIQUE :

Auteur : GAO Xingjian
Titre : Une canne à pêche pour mon grand-père
Traducteur : Noël Dutrait
Editeur : éditions de l’Aube    
Date de publication : 1997
112 pages, 11cm × 17cm
ISBN : 2-87678-324-X
Littérature chinoise

BIOGRAPHIE DE L’AUTEUR :
   gao.jpg     Il est important de souligner quelques points essentiels de la vie de Gao Xingjian afin de mieux cerner ses œuvres et ses sujets de prédilection.
        Gao Xingjian est né en Chine en 1940 ; il est issu d’une famille moderne, sa mère est actrice et son père est banquier ; il poursuit des études supérieures et devient traducteur de français.
        Lors de la révolution culturelle il est envoyé pendant près de cinq ans dans un camp de rééducation à la campagne.
        Il publie ses premières œuvres en 1979 mais son avant- gardisme littéraire va à l’encontre de la politique de son pays, ce qui le contraint à l’exil. Il vit en France depuis 1988 et il est naturalisé en 1997.
        C’est un artiste complet, il publie des nouvelles, des essais, des pièces de théâtre, c’est un grand artiste peintre reconnu et il a déjà écrit quatre romans dont La montagne de l’âme. Il a reçu en 2000 le prix Nobel de littérature pour l’ensemble de son oeuvre.
        Il s’impose comme l’un des pionniers de la littérature chinoise ; cependant ses œuvres sont interdites en Chine.

PRESENTATION DE L’ŒUVRE :
        C’est un recueil de six nouvelles, avec des thèmes bien différents de l’une à l’autre, c’est pourquoi je vais ici faire un court résumé de quatre d’entre elles et faire une analyse plus poussée des deux autres.

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"L’ACCIDENT"

►C’est l’histoire d’une collision entre un bus et un cycliste tirant une carriole dans laquelle se trouve un enfant. L’homme est tué, l’enfant est transporté à l’hôpital. L’agitation secoue le quartier pendant plusieurs heures, les badauds s’empressent de faire des commentaires et essayent de comprendre qui étaient cet homme à vélo et l’enfant. Puis toute cette agitation s’efface à la tombée de la nuit.

"LA CRAMPE"

►Tandis qu’il nage loin du rivage, un homme est pris d’une crampe paralysante au ventre, la nuit est tombée, la plage est déserte, grand moment d’angoisse et de solitude. Il va réussir à se sortir de cette situation, mais d’autres personnes après lui seront prises au piége.

"DANS UN PARC"

►Un homme et une femme qui se sont connus pendant leur enfance se retrouvent dans un parc. Ils évoquent leur passé, leur vie commune qu’ils n’ont pas pu réaliser, leur présent chacun de son côté. Près d’eux, sur un banc, une jeune fille attend son amoureux qui ne viendra pas.

"INSTANTANES"

►Instants de vie capturés au hasard, suite de petites descriptions sans lien entre elles, sorte de poèmes de quelques lignes qui s’entrelacent avec comme thème la mer entre autres.

"LE TEMPLE"

►Un jeune couple fraîchement marié part en lune de miel. Suite à un arrêt imprévu de leur train dans un chef-lieu provincial, ils décident, pour tuer le temps et pour donner un peu de piquant à leur voyage, d’aller visiter et explorer cette ville méconnue. Ils ont le sentiment qu’ils vont trouver un peu de calme, de sérénité et d’authenticité dans cette escale mais c’est finalement un centre-ville animé et un marché agité et bruyant qu’ils découvrent.
    Ils décident donc de grimper sur une colline pour se rendre dans un vieux temple : le temple de la Parfaite Bienveillance. Pour y accéder ils doivent traverser une forêt rafraîchissante, traverser une rivière. Le périple est court  mais semé d’obstacles.
    En arrivant ils découvrent un vieux temple délabré, en ruines, dont quelques pierres ont été volées par les habitants du village afin de construire leurs maisons. Cependant les deux amoureux savourent la tranquillité et la fraîcheur du lieu, ils vont s’allonger dans l’herbe et profiter de cet instant de repos. Et ils vont y faire une rencontre avec un vieux monsieur et un jeune garçon avec qui ils vont partager un moment d’humanité en discutant et en partageant de la nourriture.
►Dans cette nouvelle Gao Xingjian nous raconte un instant de vie simple, joyeux, de bonheur absolu  à travers cette escale dans ce temple. Ce couple nous rappelle l’état d’insouciance de l’enfance ou de la passion amoureuse quand ils décident de faire cette escale imprévue. Ou bien encore lorsqu’ ils se rendent au temple, et qu’ils traversent la rivière, on sent des instants de bonheur et de retour à l’enfance : ils se font mal aux pieds mais peu importe, leur joie est plus forte que la douleur (ex : p.11 et 12  «…Nous avancions à tâtons,  pieds nus dans l’eau. […..] Même les pierres glissantes de la rivière me piquaient les pieds […..] Au cours de notre lune de miel, même avoir mal aux pieds était une sensation de bonheur. Et tous les malheurs du monde semblaient filer entre nos orteils .Nous avions l’air d’être retombés en enfance, pieds nus comme des enfants qui jouent dans l’eau…»).
►L’auteur évoque aussi les ravages causés par la modernité sur la campagne  lorsqu’il décrit le temple et ses pierres volées, on constate comment les lieux sacrés sont sacrifiés au profit de l’expansion des villes (ex : p.11 «… Les briques et les pierres qui avaient servi à sa construction avaient été emportées au fil du temps par les paysans des environs pour construire leurs maisons ou le mur d’enceinte de leur porcherie… »). 
►Il évoque également la révolution culturelle, comme un clin d’œil à ce qu’il a lui-même vécu pendant ses années passées en camp de rééducation à la campagne (ex : p.10, 13 et 16  « …Pendant la période de grande catastrophe nationale, nos familles et nous-mêmes avions pas mal souffert, nous avions enduré tellement de malheurs… », « …A cet instant, nous n’eûmes plus du tout le même sentiment que nous ressentions en pénétrant dans ce genre de chef-lieu à l’époque où nous avions été envoyés à la campagne. Nous étions aujourd’hui des visiteurs de passage, des voyageurs…»).
►Enfin Gao Xingjian mêle un peu les genres narratifs, en effet le narrateur, de manière générale, nous raconte son aventure à la première personne du pluriel  mais parfois il va s’exprimer directement au lecteur comme s’il se confiait, on est interpellé par le narrateur, c’est une façon de ne pas être simple lecteur mais aussi spectateur, on se sent impliqué dans ce qu’il nous raconte (ex : p.10  «… cette douceur, je n’en parlerai pas non plus, vous êtes tous des gens qui avez vécu, vous avez connu cela, et de toute façon ce bonheur n’appartient qu’à nous-mêmes. Non, ce dont je veux vous parler c’est du temple de la Parfaite Bienveillance… »). Mais parfois il va s’adresser à son épouse comme s’il lui écrivait (ex : p.12  «… tu t’en souviens Fangfang ? Tu as dit cela en te serrant contre moi… »).

"UNE CANNE A PECHE POUR MON GRAND- PERE"

►Cette nouvelle a été écrite en 1986, c’est elle qui a donné son nom au recueil.
►Le narrateur va acheter une canne à pêche pour son grand- père, une canne à pêche moderne comme son grand père n’en a jamais eu afin de remplacer celle qu’il avait cassér pendant son enfance. De cet achat va découler une série d’idées, d’interrogations, de souvenirs lointains mais encore bien présents, dans la tête de l’acheteur.
    Après avoir acheté cette canne, le narrateur pense qu’il serait bon de retourner dans son pays natal afin de l’offrir à son grand- père. Il ressent une forte nostalgie des moments passés en sa compagnie (ex p : 61-62 « …j’ai bien envie de profiter de cette occasion pour rentrer dans mon pays natal et me défaire de ma nostalgie… »).
Ici on comprend que le narrateur a  été contraint à l’exode rural, comme des milliers de Chinois à cette époque, d’où la répétition extrême des mots « pays natal » , et qu’il a laissé derrière lui une Chine à l’état de nature. Cet achat qu’il veut offrir à son grand–père est l’occasion de retrouver ses racines en retournant à la campagne ; cependant le narrateur nous raconte qu’il est incapable de retrouver le village et la maison du grand-père, passage plein d’angoisse : tout a disparu dans le tourbillon d’une Chine moderne sous le béton et les immeubles et les traditions se perdent (ex p. 62-63 «… Mais ce pays natal a tellement changé que tu n’arrives même plus à le reconnaître, la route poussiéreuse a été goudronnée, les immeubles sont faits d’éléments préfabriqués tous identiques, les femmes dans la rue, jeunes ou vieilles, portent toutes un soutien-gorge, […..]Et tous les toits sont équipés d’une antenne de télévision, les maisons qui n’en ont pas semblent frappées d’une anomalie congénitale, […..] On dirait une forêt qui a poussé sur les toits des maisons, et toi tu t’es perdu dans cette forêt, tu as eu beau chercher, tu n’es pas arrivé à retrouver le chemin qui mène chez toi …»).
    Cette quête du monde qu’il a quitté et qu’il ne reconnaît pas peut être comparée à la recherche de soi-même ; on est face à une quête initiatique intérieure et à l’introspection liée aux souvenirs d’enfance et à l’attachement à un être cher : le grand-père .
    Questions fondamentales et métaphysiques : qui suis-je ? où vais-je ? quelle personne suis-je devenu entre l’enfance et l’age adulte ? Ici la perte du moi est évidemment liée à la perte de ses repères et à la perte du grand-père car on comprend vite que le grand-père ne fait plus partie de ce monde.
    Dans  ce récit on remarque qu’il y a une utilisation assez particulière des pronoms personnels, en effet le « moi » ou « je » devient tour à tour « tu » puis « il », il y a des composantes multiples du « soi ». Avec ce procédé  Gao Xingjian cherche à représenter le monde du rêve et de la spiritualité : l’adulte parle à l’enfant qu’il était autrefois.
    Sur les dernières pages nous sommes dans un récit à tiroirs, le narrateur nous raconte plusieurs histoires simultanément sans lien évident entre elles : un moment vécu entre le petit garçon et son grand-père, un survol en avion d’un désert et une retransmission d’une finale de la 13ème coupe du monde de football entre l’Argentine et l’Allemagne. Récit parfaitement décousu, les idées s’enchaînent comme dans un rêve. On sent bien qu’à ce moment là on a basculé dans un monde parfaitement onirique, on est entre le rêve et la réalité. Le rythme du récit est très rapide et les phrases sont très longues.
    Dans cette nouvelle la chute nous confirme bien que le narrateur était en train de rêver et que son grand-père est mort ( ex p.80 : « …j’entends ma femme parler, une tante et un oncle éloignés parlent aussi, je réalise que le match était retransmis en direct à l’aube et que la retransmission est finie, il faut que je me lève pour aller voir si la canne à pêche en dix morceaux en fibre de verre que j’ai achetée pour mon grand-père décédé se trouve toujours au-dessus de la chasse d’eau, dans les W.-C…. ».) L’achat de cette canne à pêche a été pour le narrateur comme un électrochoc et a provoqué chez lui toutes ces réactions. 
    Cette nouvelle est assez difficile à résumer car elle n’a pas trop de sens logique ou de chronologie. Les phrases sont très longues (parfois 2-3 pages) et il n’y a aucun dialogue entre les personnages. Gao Xingjian enchaîne idée sur idée, souvenir sur souvenir sans fil conducteur et avec un rythme bien soutenu.
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CONCLUSION ►

    A travers ce recueil de nouvelles on constate que Gao Xingjian est novateur dans sa façon d’écrire et d’aborder des sujets très simples au demeurant. On peut comparer ce genre de littérature chinoise avec un genre du cinéma asiatique : très contemplatif, parfois lent, mais  toujours empli de poésie, d’émotion, et de sensibilité.
    Avec cet auteur on est à l’interface des deux cultures qu’il connaît si bien : la culture orientale et la culture occidentale.

Liens utiles :
www.wikipédia.fr
www.aube.lu

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Published by pier - dans Nouvelle
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