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7 décembre 2007 5 07 /12 /décembre /2007 21:37
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Raymond CARVER
Les Vitamines du bonheur
(Cathedral), 1983
Recueil de 12 nouvelles
Trad. de l’américain par Simone Hilling
Librairie générale française (LGF)
Coll. Le Livre de Poche, 2004
222 pages     

    Les vitamines du bonheur  est un recueil de nouvelles écrit par Raymond Carver en 1983 et publié par « Le livre de poche » dans la collection « Biblio ». Il a été traduit de l’américain par Simone Hilling, son titre original étant Cathedral.
    Raymond Carver est un écrivain américain né en 1938. Romancier et poète, il est avant tout considéré comme un nouvelliste de premier plan. Il grandit dans l’Amérique populaire et suit le même chemin que ses parents : il se marie et devient père très jeune, enchaîne les petits emplois précaires et entretient une relation pathologique avec l’alcool. Ce n’est qu’au début des années soixante que sa carrière dans l’écriture débute. Il passe alors du poste de gardien de nuit à celui de professeur d’université.  Menant une vie épicurienne, il meurt à cinquante ans d’un cancer du poumon  peu de temps après être entré à l’Académie Américaine des Arts et des Lettres.
    On compte à son actif treize œuvres éditées, regroupant poèmes, recueils et nouvelles. Certaines de ses nouvelles ont également été adaptées au cinéma par Robert Altman.

1) Carver, un style qui dérange
    Les vitamines du bonheur  rassemble douze nouvelles, douze histoires indépendantes et particulières dont la trame se constitue autour de personnages singuliers. Raymond Carver nous plonge tour à tour dans leur quotidien le temps d’une soirée ou d’un été.  Sans information préliminaire, il nous fait pénétrer brutalement le quotidien de ses personnages. Quant à leur futur, il n’en souffle mot. L’histoire est concise,  racontant une anecdote, un moment de vie,  sans jamais déborder  de son cadre. Carver use d’une écriture minimaliste : ses phrases sont courtes, sans aucun ornement littéraire. Il détient le génie de la nouvelle limpide aux atmosphères et aux dialogues ciselés, ses textes sont vides de toutes traces de pathos ou de sensiblerie.
    « Un copain de travail, Bud, nous a invité à dîner, Fran et moi. Je ne connaissais pas sa femme et il ne connaissait pas la mienne. Comme ça, on était à égalité. »
    De plus,  il adapte son vocabulaire à celui de ses personnages, passant d’un registre familier à un lexique plus soutenu, sautant de sentiments indéfinis à de mûres réflexions. Carver ne fait aucune analyse ou intervention personnelle dans ses récits, il se contente avec modestie de raconter une histoire du point de vue de celui ou de ceux qui la vivent.
« -Nom de dieu ! dis-je.
Il n’y avait rien d’autre à dire. L’oiseau repoussa son cri étrange et plaintif. « Lé-on, lé-on », il faisait. »
     Des histoires ancrées dans le commun et le quotidien, sans surprise ni passion. Un style littéraire qui dérange : des histoires banales, sans intrigue et sans chute. Et pourtant les récits engagent et émeuvent le lecteur, car si à première vue le style est simple, la réflexion en demeure profonde.

2) Thématique des nouvelles
    Chaque nouvelle conte un bout de vie d’une personne, d’un couple, d’une famille, d’un cercle d’amis ou de collègues. On accompagne les personnages le temps d’un événement plus ou moins marquant de leur vie. Ces évènements, qui se révèlent assez ordinaires  peuvent ainsi toucher chacun des lecteurs. Il s’agit de petites et grandes tristesses de la vie quotidienne : le chômage, l’adultère, le divorce, la mort d’un enfant… L’absence d’analyse de la part de l’auteur laisse le champ libre à la réflexion du lecteur. Chacun interprète la nouvelle comme il l’entend et porte son propre regard sur les personnages et leurs histoires.  
    Les récits de Carver ciblent en particulier les Américains middle class des années 80. On y retrouve des personnages aux statuts sociaux récurrents : les hommes sont la plupart du temps ouvriers ou petits employés et les femmes secrétaires ou vendeuses. Chez Carver, les hommes ont tendance à noyer leur désarroi dans l’alcool et à abandonner facilement devant les épreuves de la vie, tandis que les femmes triment et portent leurs couples à bout de bras. Elles désespèrent de voir un jour leur mari soucieux de leur couple, de leurs proches et d’eux-mêmes. Non pas qu’ils n’aient pas conscience des situations mais ils restent passifs devant les problèmes.
C’est le cas de ce mari dans « Conversation » qui, dès le jour où il est mis au chômage, passe sa vie sur son canapé.
    Ces hommes, ces femmes, en proie à des tourments quotidiens qui entraînent la mort des valeurs qu’on espérait immuables : le mariage, la famille, l’amitié… La femme est la plus impliquée dans l’entretien de ce bonheur journalier, l’homme, lui, essaie d’oublier sa misère et de trouver un réconfort dans la passivité, la boisson ou l’adultère.
     Carver illustre
très bien cela dans « Attention » lorsqu’une femme retire un bouchon de cérumen de l’oreille de son ex-mari, infantilisé par le mariage et démuni par le divorce. 
    Souvent, c’est la femme qui quitte le foyer ou en chasse l’homme et garde les enfants. Tous tendent vers le rêve américain mais jamais ne l’effleurent. Si l’antidote des Vitamines du bonheur existait vraiment elle serait utile à tous ces personnages.
    Ainsi, Carver entretient un rapport de proximité avec l’Amérique populaire. En effet, c’est dans le sein de celle-ci qu’il a grandi. Cette misère quotidienne, il l’a vécue lui aussi.

3) Entre rire, espoir et désillusion
        En outre, Carver jongle avec deux genres : celui du burlesque à tendance absurde et celui du tragique.
        Il arrive dans plusieurs nouvelles des Vitamines du bonheur  que l’on se retrouve confronté à des situations plus ou moins déconcertantes, d’une étrangeté risible.
        C’est le cas dans « Plume », cette nouvelle où un couple est convié à dîner chez des collègues pourvus d’un bébé hideux, d’un paon nommé Joey aux cris déchirants, et d’un dentier exposé sur la cheminée. Nous retrouvons cette même extravagance dans « Attention » où le personnage principal, Lloyd, ne boit que du champagne au petit déjeuner.
        Ces bizarreries sont d’autant plus surprenantes que Carver les intègre au texte avec naturel et les joint à un réalisme tragique et désolant.
        Comme cet enfant qui se fait renverser par une voiture le jour de son anniversaire dans « C’est pas grand-chose, mais ca fait du bien » ou cet homme dans « Le compartiment » qui laisse passer son unique chance de voir son fils et regarde défiler sous ses yeux ce quai de gare où il aurait dû descendre s'il en avait eu le courage. 
        Toutes ces infinies tristesses illustrent la précarité de la condition humaine. On s’attache vite à ces hommes et ces femmes qui nous ressemblent tellement et ne demandent qu’à être heureux, ce qui est visiblement déjà trop espérer.
        Certes, il y a bien des petites joies éphémères comme cet été de douceur et de répit pour ce couple usé, ou ce gâteau d’anniversaire pour les huit ans d’un enfant. Mais elles ne semblent exister que pour renforcer la brutalité et l’injustice du désarroi à venir. Ainsi, l’été prend fin et l’enfant meurt au jour de ses huit ans.
Cependant, un espoir persiste. Celui de pâtissier aux traits durs et aux manières fortes qui livre ses sentiments et ses faiblesses à des parents en deuil, ou celui d’un père en fuite qui enfin trouve le sommeil.
        Finalement, les nouvelles de Carver sont une poursuite du bonheur qui jamais ne cesse.  

Joséphine, 1ère année Ed.-Lib.





   
   

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Published by pier - dans Nouvelle
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