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8 décembre 2007 6 08 /12 /décembre /2007 16:59
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Paul AUSTER
Mr Vertigo, 1994
trad. de Christine le Bœuf
Actes Sud, 1994




    On connaît bien Paul Auster pour ses rêveries qui nous conduisent tout au long de ses livres et qui pourtant semblent si proches de la réalité. Une limite si fine (palpable) entre l’illusion et le vrai. Vous lisez Mr. Vertigo, histoire hallucinante et abracadabrante…et le pire, voyez-vous, c’est que vous y croyez ! Votre raison vous rappelle sans cesse que ce ne sont que purs affabulations et mensonges et pourtant vous prenez cette histoire comme bien réelle. Une histoire qui aurait pu vous arriver à vous et à moi si nous avions été un petit garçon de neuf ans, par un samedi soir de novembre…
    Saint Louis, année 1924, un samedi soir de novembre. Walt, le personnage principal et également narrateur de l’histoire, rencontre le Maître Yehudi. Un maître plutôt curieux qui lui propose un marché. Un marché si abracadabrant que Walt l’accepte pour le simple plaisir de quitter son oncle et sa tante, êtres abominables au possible. Ceux-ci, bien ravis de cette aubaine, se débarrassent de cet arrogant et coûteux gamin et le laissent partir avec le Maître sans débourser le moindre sou.
    Mais, me direz-vous, quel était donc ce marché ?  Eh bien figurez-vous que le Maître s’était engagé à apprendre à Walt à voler. Eh oui, à voler. Et ce en pas moins de trois ans grâce à un entraînement impitoyablement cruel. Et s’il n’y parvenait pas, l’arrangement stipulait qu’à ses treize ans, date de fin de contrat, Walt pourrait lui trancher la tête à l’aide d’une hache. Un assez curieux contrat mais après tout Walt ne semblait rien avoir à y perdre alors pourquoi ne pas essayer ?
    Pour ce faire, le Maître conduit Walt dans sa maison, reculée des grandes villes. Walt va y faire la connaissance de Maman Sue, issue d’une tribu Sioux, et d’Esope, un jeune homme noir dont l’éducation est assurée par le Maître en personne et qui est destiné à faire de grandes études. Une première pour une personne de couleur. Ce qui n’en est pas moins un affront pour Walt, qui en bon petit garçon blanc des rues méprise cordialement les gens de couleur qu’il juge inférieurs et indignes de sa compagnie. C’est donc avec une cruauté non dissimulée qu’il les traitera, eux qui pourtant l’accueillent à bras ouverts chaque fois qu’il lui arrive des déboires. Agacé par la vie qu’il mène dans cette maison et la compagnie qu’il peut y trouver, il tentera de s’enfuir de maintes fois. En vain, puisque partout où il va le Maître est capable de le ramener. Dans l’infortune d’une de ses escapades, il va tomber très malade et à son réveil, l’attention de maman Sue et Esope pour lui vont le toucher à tel point que son comportement va changer radicalement et son tempérament va quelque peu s’adoucir.
    A partir de là commence l’entraînement, le vrai, le dur. Lui qui prenait cela à la rigolade et avec désinvolture va sortir très marqué de ses expériences. Et qui ne le serait pas après avoir passé vingt-quatre heures enseveli sous la terre dans un trou que l’on vous a fait creuser vous-même et avec seulement un long tube pour respirer ? Mais peut-être mieux vaut-il cela que l’autre choix proposé par le Maître : la strangulation ?
    Malheureusement, ce ne fut que le début de l’initiation et d’autres épreuves, toutes pires les unes que les autres, se succédèrent : Walt fut fouetté avec une branche de bouvier, jeté à bas d’un cheval au galop, attaché sur le toit de la grange pendant deux jours sans boire ni manger, frappé par la foudre ; il fut enduit de miel, et nu il dut se tenir immobile sous la chaleur d’un mois d’août alors que des milliers d’abeilles et de mouches s’agglutinaient autour de lui… Des tortures dont lui seul eut idée.
    Un entraînement qui n’a aucun sens, aucun but semble-t-il et surtout aucun résultat apparent : Walt souffre mille martyres et ne sait toujours pas voler. Et c’est par un matin lugubre que Walt réussit son prodige. La maison est étrangement calme, Esope a qui l’on a coupé le doigt la veille car il était atteint de la gangrène et maman Sue qui s’est cassé la jambe sont silencieux et semble dormir. En descendant, Walt se rend compte que le Maître a disparu et les a probablement abandonnés. Désespéré et après avoir pleuré toutes les larmes de son corps sur le carrelage de la cuisine, Walt se sent soudainement serein et c’est seulement lorsqu’il ouvre les yeux qu’il se rend compte qu’il flotte à quelques centimètres du sol.
    Le miracle produit et le Maître rentré, qui, soit dit en passant, était parti chercher l’une de ses amies Mrs Witherspoon afin de les aider à tenir la maison avec leurs deux blessés, le véritable entraînement commence. Au début, son don est très faible puis heure après heure, jour après jour et mois après mois, ses efforts vont payer et Walt petit gamin des rues deviendra Walt le Prodige. Ainsi naîtra en lui le plaisir de monter sur scène, d’être admiré et acclamé par les foules. Dans nombre de ses spectacles, les spectateurs incrédules le verront non seulement s’élever mais aussi se mouvoir dans l’air aussi aisément que s’il avait les deux pied fermement sur terre. Et ainsi commencera la belle vie ou presque. Alors que tout semble aller pour le mieux, un premier naufrage a lieu. Alors qu’ils s’entraînaient comme de coutume dans des champs avoisinants, Walt et le Maître ne voient le danger arriver que trop tard : le Ku Klux Clan est déjà là. La maison est brûlée, Esope et maman Sue sont traînés à l’extérieur et pendus.
    Ils sont dépités et anéantis maisimpuissants face à cette injustice. Suit une longue descente du Maître qui mettra beaucoup de temps à se rétablir. Mais puisque le principe de la vie est justement de vivre, la seule chose qu’ils puissent faire c’est continuer leur rêve et réussir à faire de Walt une idole.
    C’est ainsi que Walt parcourt les petites villes d’Amérique, se produit sur les places de villages pour se fait connaître. Ce qui est également l’occasion idéale pour son oncle fauché et veuf de le rattraper et de demander des comptes au Maître avec qui, selon lui, ils auraient passé un accord. Menteur et voleur, l’oncle est renvoyé avec mépris alors qu’il tente d’extorquer injustement de l’argent à son neveu qu’il aurait presque vendu quelque temps plus tôt pour s’en débarrasser. Mais la mémoire vous fait cruellement défaut dans ces moments-là, surtout lorsqu’il s’agit de grosses sommes d’argent. Humilié, l’oncle repart les mains vides mais promet de leur faire payer. Les scènes se succèdent, la tournée bat son plein et Walt en finit presque par en oublier son oncle et la peur qu’il lui inspire. Détail qui lui sera fatal : ce dernier le kidnappera et demandera une forte rançon. Walt voit sa vie défiler et sa carrière s’éteindre. Mais dans un ultime sursaut il s’en sortira indemne ou presque. L’oncle ne sera jamais retrouvé ni jugé ce qui lui sera fatal par la suite.
Après cet épisode, la vie reprend son cours et les spectacles sont de plus en plus nombreux. Jusqu’au jour où il devient évident que tout s’arrête : à l’issue de chaque représentation il est pris d’affreuses migraines. La cause très simple est la puberté et les changements corporels qu’elle induit. Et, pour chaque minute passée en lévitation Walt ressentira trois heures de migraine au sol. La décision est donc inévitable : plus de scènes, plus d’envols. Cependant, il semble que Walt ne soit pas le seul touché par la maladie car le Maître est lui aussi rongé mortellement et souffre en silence sans en donner signe à son disciple. Mais, quels que soient les obstacles, ils sont loin de fermer boutique et ils décident de continuer leur carrière dans le cinéma en faisant de Walt un acteur Hollywoodien.
    Quelle belle fin n’est-ce pas ? Mais ne vous méprenez pas, nous ne sommes pas dans un dessin animé de Walt Disney. Navrée de vous décevoir, mais vous n’entendrez pas l’éternel refrain « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants » , vous ne verrez pas non plus les petits oiseaux multicolores faire « cuicui » ni les petits cœurs voltiger dans le ciel. La fin serait plutôt de l’ordre d’une terrible chute aux enfers. Le petit Walt, gamin des rues ayant réussi à s’en sortir et à devenir la vedette de toute l’Amérique représente un beau rêve. Et le mot est bien désigné car le rêve va prendre fin très rapidement et cruellement. Et pour comprendre tout cela, vous n’avez qu’à juger par vous même.
    Voyageant péniblement dans leur voiture, après des jours et des jours de trajet ils parcourent la dernière ligne droite qui mène à la capitale. Mais c’était compter
sans l’intrusion de l’oncle Slim qui, revanchard comme jamais, va anéantir radicalement leur avenir commun en blessant mortellement le Maître. Livrés à eux-mêmes dans le désert il n’y aucun espoir de survie et pour abréger ses souffrances le Maître se suicide.
Et en arrivant là vous vous dites que rien de pire ne pourrait arriver, et pourtant si, car c’est bien là que commence l’abrupte descente aux enfers de Walt. Une vie qui fera de lui un meurtrier, un voleur et un scélérat de la pire espèce.
    Mais peut-être y a t-il toujours de la lumière après les ténèbres…à vous de voir.

    Un univers misérable où l’amour semble absent de toutes parts. Un gamin seul, livré à lui même, et qui sans l’aide de son maître aurait probablement mal tourné et serait devenu un de ces vauriens. Un lascar et voleur sans scrupules. Un ignorant se croyant pourtant savant sans savoir lire ni écrire.

Chloé, 2ème année Ed.-Lib.

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