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8 décembre 2007 6 08 /12 /décembre /2007 20:06
balconenforet-copie-2.jpg
Julien GRACQ,
Un balcon en forêt,
José Corti, 1958,
253 pages, 17 €



    De son vrai nom Louis Poirier, Julien Gracq est né en 1910 dans un petit village du
Maine-et-Loire. Cherchant à fuir les mondanités de la vie littéraire parisienne, il y réside toujours. Très discret, il estime qu’un écrivain se doit de disparaître derrière son œuvre. Une œuvre, en l’occurrence nourrie du romantisme allemand, mêlant insolite et symbolisme fantastique.
    Agrégé de géographie, un domaine qui influencera son écriture, notamment ce Balcon en forêt, il enseignera en Bretagne.
    Après le refus de Gallimard, il publie son premier livre, Au château d’Argol, en 1938 chez José Corti, éditeur auquel il restera fidèle. Ce roman sera remarqué par André Breton, par ailleurs proche de Corti, ce qui contribuera à en faire un succès d’estime.
Gracq sera mobilisé pendant la Seconde Guerre mondiale, expérience qu’il transposera pour rédiger Un balcon en forêt.
    Après avoir publié en 1950 un pamphlet féroce, La littérature à l’estomac, où il attaque le milieu littéraire parisien, en visant tout particulièrement les prix, Gracq reste fidèle à lui-même en refusant en 51 le prix Goncourt pour Le rivage des Syrtes.
Il fera paraître par la suite des textes de critique littéraire (En lisant en écrivant,L
ettrines I et II), des récits de voyage (Autour des sept collines, Carnets du grand chemin), toujours influencé par sa formation de géographe. Edité par José Corti, il ne sera jamais publié en poche.

    Un balcon en forêt paraît donc en 1958, sept ans après Le rivage des Syrtes, un récit qui prend appui sur son expérience de soldat dans les Ardennes au début du second conflit mondial.
    1939, ce sont les premiers mois de ce qu’on appellera « la drôle de guerre », période de suspens où l’on prépare la guerre, ou plutôt, où l’on attend l’offensive allemande. L’aspirant Grange, le principal protagoniste, est affecté dans un blockhaus, la maison forte des Falizes, tapi, enfoui dans cette forêt des Ardennes, archétype de l’univers des contes, à proximité de la frontière belge, avec pour mission de stopper les blindés allemands.
    Peu enthousiaste, considérant son affectation comme un blâme, Grange découvre
sa nouvelle vie puis s'y plonge corps et âme, appréciant une solitude, un silence imposé par la forêt. Le blockhaus devient alors comme un refuge, une retraite. Les contacts avec la hiérarchie sont peu fréquents et, plus qu’autre chose, confortent Grange dans sa certitude que la guerre n’est qu’une vague et sourde menace, lui laissant toute liberté d’errer dans la forêt épaisse, touffue, marquée par le rythme des saisons. Le livre est une suite de petits détails précis sur la vie naturelle, les arbres, les journées en forêt. La nature est donc très présente dans ce récit, Gracq décrivant à longueur de page le relief montagneux des Ardennes, cette végétation dense qui  marque de son empreinte jusqu’aux esprits des habitants du blockhaus, des soldats inexpérimentés, bretons pour la plupart, taciturnes, plus familiers du maniement des filets que des innombrables pièges et collets dont ils tapissent les sous-bois.
    Grange, même s’il apprécie leur compagnie préfère se réfugier dans la solitude de la forêt, dans la lecture de Shakespeare, attendant avec une sorte de délicieuse et trouble angoisse ce qui déchirera son existence paisible de Robinson des Ardennes.
    Cette attente, cette torpeur empreinte d’onirisme, ce danger vague et lointain n’est pas sans rappeler Le rivage des Syrtes (Grange, alter ego d’Aldo du Rivage sait lui aussi que seule l’attente est magnifique, que la fin de l’attente signifie toujours une catastrophe), roman empreint de surréalisme, ou les repères habituels, lieu, époque, sont indéchiffrables. Il diffère en ceci du Balcon, où tous les caractères sont aisément identifiables.
    Coupé de ses hommes donc, Grange l’individualiste rencontrera un soir pluvieux ,au cœur de la forêt, Mona, une très jeune femme pleine de vie, exubérante, naturelle, sorte de génie sorti des bois. Le temps du récit ralentit ici. Il est alors plus question de sursis que d’attente. Les promenades, les lectures sont remplacées par les successions de visite chez Mona, à l’insouciance contagieuse. Grange s’isole chaque jour un peu plus, coupé du monde, de l’histoire pourtant du même ordre que les événements météorologiques : influer sur le cours des événements est impossible. La guerre semble pourtant plus incertaine, improbable que jamais. Le livre ne fait aucunement mention des activités militaires, des préparatifs. Sorte de Robinson, Grange devient finalement déserteur, contemplant son territoire, son balcon, trichant pour conjurer le sort, pour que l’histoire l’oublie.
    Mais inflexible, intrusive, elle le rattrapera. La forêt ne protégera plus longtemps son intimité.
    Mai 1940, l’offensive allemande sort brutalement Grange de son illusoire tranquillité, brisant cette vie utopique qu’il s’était créée, dans laquelle il s’était enfermé. L’armée allemande, le monde réel, déferlent soudainement à toute vitesse sans la moindre indulgence pour Grange et ses chimères. Le rythme du récit change de nouveau, ralentit une nouvelle fois. La narration à la troisième personne nous permet par l’intermédiaire des yeux de l’aspirant d’observer le spectacle de la guerre : à travers la lunette du canon antichar, l’embrasure du blockhaus assiégé. Blockhaus qui sera éventré par un obus allemand, tuant deux hommes. Blessé, Grange, réussit tant bien que mal à s’enfuir et regagner le lit de Mona, évacuée quelques jours auparavant,dans lequel il s’endort, peut-être pour ne pas se réveiller, son balcon devenant son tombeau.

Thomas, 2ème année Ed. –Lib.

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