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10 décembre 2007 1 10 /12 /décembre /2007 18:24
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Georges-Olivier Châteaureynaud

Le Jardin dans l'île

Ed. Zulma, 2005

167 pages.


Biographie.


        Georges-Olivier Châteaureynaud est né à Paris en 1947. Romancier et nouvelliste contemporain, il a étudié la littérature anglo-saxonne et a fait des études à l'ENSB (Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts).

        En 1972 il publie Les Messagers et obtient le prix des nouvelles littéraires. L'écriture ne lui permettant pas de vivre, il excerce un grand nombre de métiers, devient bibliothécaire puis brocanteur de 80 à 82. Il obtient en 1982 le prix Renaudot pour La Faculté des songes. Il est élu président de la Société des Gens de Lettres de 2000 à 2002. Il a reçu en 2005 la bourse Goncourt de la nouvelle pour Singe savant tabassé par deux clowns.

        Il est membre de nombreux jurys comme ceux du prix Renaudot ou du prix Renaissance et anime des ateliers littéraires.

        Il « compare le nouvelliste à une huître : il filtre le temps et les événements comme ce mollusque filtre l'eau de mer pour se nourrir » ; cf: http://www.lelitteraire.com/article1748.html

Bibliographie.

Romans:

Les Messagers (Ed. Grasset, 1974 )

Mathieu Chain (Ed. Grasset, 1978)

La Faculté des songes (Ed. Grasset, 1982)

Le Congrès de fantomologie (Ed. Grasset, 1985)

Le Château de verre (Ed. Julliard, 1999)

Le Démon à la crécelle (Ed. Grasset, 1999)

Au fond du paradis (Ed. Grasset, 2003)

Nouvelles:

Nouvelles 1972-1988 (Ed. Julliard, 1993)

Le Héros blessé au bras (Ed. Grasset, 1987)

Le Jardin dans l'île (Ed. des Presses de la Renaissance, 1998)

Le Kiosque et le tilleul (Ed. Julliard, 1993)

Les Ormeaux (Editions du Rocher, 1996)

Le Goût de l'ombre (Ed. Actes Sud, 1999)

Civils de plomb (Edition du Rocher, 2002)

Les Amants sous verre (Ed. Le Verger, 2004)

Singe savant tabassé par deux clowns (Ed. Grasset, 2005)

Divers

La Fortune (Ed. du Castor Astral, 1992)

Une petite histoire de la SDLG ( SDLG, hors commerce)

L'Ange et les démons (Ed. Grasset jeunesse, 2004)

Le recueil.

    Les nouvelles rassemblées dans Le Jardin dans l'île ont été écrites entre 1987 et 1988 en Lozère à l'exception de Zinzolins et Nacarats (1977-1988), qui est une nouvelle beaucoup plus longue (44 pages). Le recueil aurait donc une certaine unité choisie par l'auteur.

    Châteaureynaud crée un imaginaire où se mêlent fantastique, influences surréalistes mais aussi réalisme. Tout vise à déconcerter le lecteur.

    Le titre de l'ouvrage, Le Jardin dans l'île, est évocateur d'une littérature qui s'attache à des éléments familiers : le jardin, lieu clos symbole d'abondance et de secret. Ce jardin se trouve sur une île isolée de tout, un endroit inatteignable protégé par le mer.

    Les personnages du recueil sont généralement enfermés dans une maison, prisonniers d'une situation qu'ils cherchent à tout prix à fuir. La maison peut prendre toutes sortes de formes : un refuge accueillant, en marbre, oppressante, elle peut aussi être une prison démesurée et inviolable. Le point d'attache se fait menaçant; il est la cause d'un malaise : dans L'Inhabitable un homme est reclus dans une maison de marbre à la fois excitante et étrange. La nouvelle L' Enclos annonce par son titre la présence de limites ; un homme veut acheter une maison qu'il vénère: «je l'ai épiée, je l'ai couverte des yeux,  je l'ai désirée de loin comme une femme ». Cette maison renferme toute la nostalgie de cet homme qui a grandi avec cette maison à la fois inaccessible et merveilleuse. Il veut revivre son enfance déjà loin en possédant ce lieu. La nouvelle Château naguère met aussi en scène une vieille maison de viticulteurs où une femme s'est réfugiée l'été 1940, année de la débâcle. Elle boit du vin produit durant cet été ; il agit comme la madeleine de Proust faisant revenir tous ses souvenirs enfouis.

    Les habitations ne sont pas forcément effrayantes, elles sont aussi rassurantes : un asile protecteur au milieu de la mer qui se déchaîne. Dans Figure humaine, un célèbre acteur de théâtre, suite à un accident, est défiguré. Il est alors rejeté par les personnes qui l'entourent. Cependant, il va rencontrer une jeune femme qui l'invite à une réception uniquement féminine dans sa villa. Les jeunes femmes ne sont pas effrayées par sa laideur inhumaine. L'homme qui fuit ce qu'il est devenu, trouve réconfort et espoir grâce à la villa et ses invitées ; elles lui redonnent « figure humaine ». Les maisons peuvent donc être un point d'attache qui coupe de la réalité, fige le temps et donne l'illusion d'un retour dans le passé.

    Cependant les nouvelles de Châteaureynaud font souvent une rupture brutale avec le réel et sont fortement marquées par le registre fantastique. Si les nouvelles ne se terminent pas toujours par une chute, le lecteur peut être surpris voire effrayé par des éléments fantastiques récurrents tout au long du recueil. Tout d'abord toutes les nouvelles, mises à part la première et la dernière, La Nuit des voltigeurs et Zinzolins et Nacarats, sont écrites à la première personne, ce qui permet au lecteur de suivre pas à pas les aventures plus ou moins angoissantes et surprenantes du narrateur. Ainsi dans L'Importun on reçoit le témoignage d'un homme qui est persécuté par un inconnu. Poussé à bout, il tente de se suicider en se noyant, l'inconnu le suit ; il ne sait pas nager, la narrateur le sauve. Par cet acte il se sauve lui-même et recouvre sa liberté : « Sauve-moi ! cria-t-il dans un ultime effort. C'est le seul moyen de te libérer de moi ! » ; cette nouvelle suscite de nombreuses interrogations. Est-ce un cauchemar ou la réalité ? Le narrateur est-il victime de paranoïa, de schizophrénie? Cet homme n'est-ce pas lui ou du moins une sorte de conscience qui le maintient en vie ?

    On vacille toujours entre réalité et fantastique. Histoire du pâle petit jeune homme, L'Inhabitable, Le courtier Delaunay se terminent par une chute fantastique. Les personnages qui peuplent ces nouvelles entretiennent des rapports étranges et complexes entre eux. Il s'agit souvent de deux personnages : une vieille dame et son chauffeur de taxi (Château naguère), un brocanteur et son courtier (Le Courtier Delaunay), un homme et un inconnu (L'Importun), un homme et une femme mystérieuse (Le Jardin dans l'île), un écrivain et un biographe (Histoire du pâle petit jeune homme). Ils ne se connaissent pas mais un événement, souvent inexpliqué, va brusquement les rapprocher pour un moment, susciter de la curiosité, de la sympathie ou un amour dévorant. Ses personnages se croisent, évoluent autour d'un mystère qui restera entier. Où se fournit le courtier Delaunay ? L'Importun a-t-il vraiment existé ? Le pâle petit jeune homme était-il réellement habité par l'âme de l'écrivain Rouan ? Autant de questions qui restent en suspens. Châteaureynaud joue avec ce monde imaginaire où se confondent adroitement réalité douce-amère et incompréhension.


    Le recueil est empreint de surréalisme, on bascule rapidement de la réalité à un monde de songes. Certaines nouvelles semblent être entièrement rêvées par le narrateur comme dans Les Voltigeurs de la nuit ; l'homme s'éveille dans un univers étrange, fantastique et anachronique. Le rêve se transforme en cauchemar, la douceur en jeu mortel. A la moto et au parcmètre du début de la nouvelle se mêlent lampe à pétrole, « robe d'héroïne romantique » et dragons. L'écriture poétique - « c'était une bête composite, la moto, le pilote, le matraqueur à l'arrière, un fauve bicéphale et pétaradant, conçu et dressé exprès pour semer la terreur à travers la ville » - donne au récit un aspect très visuel, nous transporte hors de notre quotidien, et nous entraîne dans un univers où tout semble possible. Zinzolins et Nacarats se distingue du reste du recueil par sa longueur mais surtout parce qu'elle tend vers la science-fiction. Il n'y a pas d'éléments réels, pas d'époque précise, les noms des personnages sont inventés : « Anselin, Alphan de Hay, Olon ». En quelques pages l'auteur recrée une atmosphère étourdissante et une histoire foisonnante de détails.

    Les femmes ne sont jamais narratrices, mais elles tiennent une place importante. Mystérieuse dans la nuit des voltigeurs la femme s'approche de l'être mythologique parfait : «  elle était la féminité incarnée », «Avec elle seule l'amour était parfait ». La femme idéalisée est protégée par une barrière d'eau tourmentée (le Jardin dans l'île). Le narrteur désire une femme entraperçue, ce désir va le pousser à traverser cette mer déchaînée pour se réfugier dans ce havre de paix que lui offre la maison de cette femme sur l'île perdue. L'amour de la femme est célébrée par les nombreuses images poétiques. Si la femme dévoile à l'homme certains de ses secrets, elle demeure énigmatique et insaisissable.

    Châteaureynaud excelle à nous entraîner dans des lieux magiques où se côtoient la profondeur de l'amour, l'incertitude du rêve, la fragilité de notre quotidien. On quitte à regret ce monde merveilleux, cette île féérique qui nous étourdit de récits étranges et de songes.


Julia, 1ère année Bib.-Méd.

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Published by pier - dans Nouvelle
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