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10 décembre 2007 1 10 /12 /décembre /2007 19:30
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BEN OKRI
La Route de la faim
Editions Robert Laffont, Paris, 1993
Collection Pavillons
640 pages









Biographie de l’auteur

   Ben Okri est né en 1959 à Minna au nord du Nigéria. Il a passé une partie de son enfance à Londres, avant de rentrer à Lagos avec sa famille. Il a été le témoin direct de la guerre civile au Nigéria (1967-1970). Son aspiration à l’écriture vient de sa mère qui lui racontait les légendes du monde et des esprits, et de son père passionné de littérature et qui lui a fait découvrir Dickens, Tourgueniev, Shakespeare et les philosophies grecque et chinoise. Ben Okri a fait des études de littérature comparée à l’Université d’Essex au Royaume-Uni. Il a travaillé ensuite au service étranger de la BBC World Service pendant sept ans et a été le responsable de la section poésie du magazine West Africa entre 1983 et 1986, puis le vice-président de l’association internationale des écrivains. Il vit maintenant à Londres. En 1991, l’écrivain nigérian a été couronné par le Booker Price pour La Route de la faim, premier volet d’une trilogie racontant l’histoire d’Azaro. Les deux autres volets sont Songs of enchantment en 1993 et Infinite riches en 1998 ; ils n’existent cependant qu’en anglais.

Bibliographie existant en français

- Un amour dangereux, Seuil, 2004
- En Arcadie, Bourgois, 2003
- Combat mental, Bourgois, 1999
- Etonner les dieux, Seuil, 1998
- La route de la faim, Robert Laffont, 1993
- Etoiles d’un nouveau couvre-feu, Julliard, 1992

Résumé

   Dans un ghetto nigérian à la veille de l’indépendance et des premières élections naît Azaro, un enfant-esprit. Les enfants-esprits refusent en fait de vivre sur Terre et font éternellement le pacte de choisir de mourir le plus rapidement possible afin de retourner dans leur monde merveilleux ; ils refusent de connaître les souffrances de la vie sur Terre. Azaro, cependant, décide un jour de rompre ce pacte et de rester sur Terre afin d’affronter la dure réalité du monde, d’arrêter d’osciller éternellement entre le monde des esprits et la Terre, mais aussi pour rendre heureux ses parents. Cependant, ses compagnons enfants-esprits n’acceptent pas cela et vont essayer sans cesse d’attirer Azaro et de le faire mourir pour qu’il retourne dans le monde des esprits et honorer ainsi le pacte. De plus, les dons d’Azaro face au monde invisible feront de lui une proie idéale pour les sorciers de ce monde mais aussi de l’autre. Ensuite, dans le ghetto, il sera témoin des violences et mensonges du parti des riches comme de celui des pauvres et des émeutes qui en résultent. Il assistera aussi à l’ascension sociale de Mme Koto, la tenancière du bar du quartier mais aussi sorcière. Il verra aussi ses parents échouer dans toutes leurs tentatives pour améliorer leurs vies. Ce roman est l’apprentissage de la vie pour Azaro mais aussi la découverte de la situation de son pays, le Nigéria.

Le réalisme magique

   Dans ce roman, le réalisme magique est caractérisé par l’oscillation permanente entre le monde tangible, de la Terre, et le monde des esprits, de l’invisible. Les liens de ces deux mondes sont la présence de fantômes et esprits sur la Terre et les phénomènes étranges dont personne ne se rend compte à part Azaro. Le rêve et la réalité se mêlent, et parfois, on a du mal à faire la différence entre les deux. Ben Okri nous décrit donc ici une Afrique onirique, mystérieuse, inquiétante mais aussi d’une terrible beauté.
   Le côté magique se caractérise principalement, comme on l’a dit, par la présence d’esprits. Ce sont soit des êtres invisibles, soit des êtres étranges aux corps déformés. Ces êtres empruntent, en fait, des semblants de corps humain, mais avec quelques défauts comme une jambe sur la tête ou dix yeux. Cependant, personne n’a l’air de remarquer ces étrangetés.
   On est aussi en présence d’une oeuvre réaliste puisque l’on se trouve dans un pays bien réel, le Nigéria, à une époque bien précise, la fin des années 1980 - début des années 1990. Petit à petit dans ce roman, l’argent et la politique prennent de plus en plus d’ampleur dans un monde de plus en plus matériel. Les deux partis, celui des riches et celui des pauvres, commencent à faire de nombreuses campagnes d’élections. Des affrontements apparaissent entre les hommes des deux partis, il y a une augmentation de la pression, de la terreur ; des factions apparaissent. Ben Okri, par ce côté réaliste, veut montrer la situation critique du Nigeria, la corruption des politiques en place dans le pays, l’avancée de la pauvreté, l’injustice qui règne en maîtresse.

Les lieux

- Le quartier et la maison des parents d’Azaro : c’est le lieu où l’on suit la vie d’Azaro, lieu où les parents essaient de s’en sortir, mais aussi le lieu où les partis passent pour leurs campagnes électorales.
- Le bar de Mme Koto : c’est un lieu important, où la magie est très présente. Cependant, le bar devient petit à petit le symbole du retour vers la réalité, la modernité quand, par exemple, Mme Koto remplace le fétiche accroché à un mur par une affiche publicitaire pour Coca-cola.
- La forêt : c’est un autre lieu magique où les esprits et fantômes sont très présents. Elle va être détruite au fur et à mesure pour pouvoir agrandir le ghetto et installer l’électricité. On peutvoir là une dénonciation de la pauvreté du peuple qui prend de l’ampleur.

Les personnages principaux
 
- Azaro et ses parents : Azaro est sans cesse en train de parcourir le quartier, d’essayer de comprendre le monde qui l’entoure. En même temps, il est tout le temps poursuivi par ses compagnons enfants-esprits qui essaient de le ramener dans leur monde. De temps en temps, des esprits à plusieurs têtes, envoyés par les enfants-esprits, essaient de convaincre Azaro de les rejoindre. Cette manœuvre a pratiquement réussi une fois où les esprits avaient créé des disputes entre Azaro et ses parents. Azaro, dégoûté, a donc suivi l’esprit à trois têtes dans le monde des esprits, mais ses parents l’ont supplié de rester avec eux sur Terre et lui prouvent leur amour. Azaro finit donc par revenir sur Terre. Ensuite, on peut remarquer que l’on ne connaît pas les noms de ses parents, ils s’appellent simplement papa et maman. Son père a un rôle très important avec sa passion pour la boxe puis pour un parti politique neuf qui penserait d’abord aux pauvres. Il représente, en fait, l’espoir pour le Nigeria, la nécessité pour ses habitants de devoir de battre pour leur liberté.
- Mme Koto : c’est une sorcière. Elle s’allie au parti des riches et se met à organiser des fêtes et réunions politiques dans son bar. Elle représente le passage d’une Afrique onirique et pauvre à une Afrique moderne mais terriblement inégalitaire, injuste.
- Le propriétaire de la maison des parents d’Azaro : il cherche tout le temps des ennuis aux parents.
- Le photographe : c’est le meilleur ami de la famille d’Azaro.
- Le vieil aveugle : il est toujours agressif envers Azaro. On a du mal à le cerner.


Conclusion

   Ce roman se termine par la vision de grands conflits qui se préparent sur Terre et dans le monde des esprits. La route de la faim symbolise en fait l’époque décisive et tulmutueuse que traverse le Nigéria dans les années 1990 avec l’indépendance et les élections. Le père d’Azaro, lui, finit par voir la vérité et représente à la fin l’espoir pour le devenir du Nigéria. Azaro, lui, représente cette nation qui se bat pour naître et vivre décemment, libre.

   Le vendredi 1er mars 1996, Ben Okri a écrit une lettre engagée pour son pays. En voici le début de cette lettre qui s’intitule :  Pour un Nigéria libre . Ce passage est intéressant à mettre en parallèle avec La Route de la faim.

   « Une nation qui n’est pas libre ne peut grandir. Le Nigéria a besoin d’être régénéré. Il a besoin de la démocratie s’il veut échapper au chaos qui menace de le détruire. C’est maintenant l’heure de son destin, qui depuis trop longtemps s’est fait attendre. Depuis trente-cinq ans, il souffre de cycles d’espoir qui se muent en cycle de désespérance.
Des nations dérivent vers leur propre enfer, comme dans un rêve. Et puis, un matin, après que le premier coup est été tiré, la nation se réveille et se retrouve au beau milieu de son pire cauchemar. Le Nigéria est sur le seuil. Le chaos et les démons de la guerre, de l’anarchie et de l’enfer se rassemblent imperceptiblement. Mais personne ne pense que tout cela est tout à fait réel. Personne ne croit que l’impensable se produit. […] Nous allons devoir transcender nos tribus sans perdre nos racines, transcender nos religions sans perdre nos croyances. […] Dans ce chaos, il y a une nation superbement belle et douée qui crie et qui pleure pour naître. »

Antoine Frech, A.S. Ed.-Lib.

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