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11 décembre 2007 2 11 /12 /décembre /2007 21:48
beaux-seins-belles-fesses.jpg
Mo Yan,
Beaux seins belles fesses,
(paru en Chine en 1995 avec quelques passages censurés),

éditions du Seuil, 2004.












  mo-yan.jpg  MO YAN, de son vrai nom Guan Moye, est né en 1956 dans une famille de paysans chinois. A vingt ans, il intègre l'Armée Populaire de Libération, où il commence d'ailleurs à écrire. Son origine rurale et son expérience de l'armée va marquer très fortement ses ouvrages. Après la publication de son premier livre, Radis de cristal, il prend le pseudonyme de Mo Yan, qui signifie "celui qui ne parle pas". Son écriture est pourtant très osée, très libre. Mo Yan n'hésite pas à aborder des thèmes comme le sexe, le pouvoir, la politique et à décrire très ouvertement, mais avec beaucoup d'humour, les situations et positions de la Chine. Il sera donc très fortement critiqué et parfois même censuré. Cependant cela ne l'empêche pas de devenir très vite l'un des plus grands écrivains chinois contemporains, avec la publication d'environ quatre-vingts romans, nouvelles, reportages, critiques littéraires et essais.
    L'écriture de Mo Yan est influencée par Kafka, Günter Grass et Gabriel Garcia Màrquez (Beaux seins, belles fesses peut facilement être comparé à Cent ans de solitude). Grâce à ces auteurs notamment, il se rend très vite compte que la littérature n'est pas seulement là pour faire apparaître la stricte vérité. Il existe une autre façon d'écrire : en exagérant la réalité et en insistant sur son absurdité. Mo Yan, à travers son écriture, tente de dépasser la réalité, afin de permettre au lecteur de se faire son propre jugement sur les situations décrites.

BIBLIOGRAPHIE

-Une saga : Le Clan du sorgho, Actes sud, 1990 et portée à l'écran (Le Sorgho rouge)
-Les treize pas, Le Seuil, 1995
-Le pays de l'alcool, Le Seuil, 2000
-Le clan herbivore
-La forêt rouge
-Beaux seins, belles fesses, Le Seuil, 2004
-La carte au trésor (nouvelles), Philippe Picquier, 2004
-Le maître a de plus en plus d'humour, Le Seuil, 2005

LES PERSONNAGES PRINCIPAUX

-Shangguan Lushi, la mère;
-Shangguan Shouxi, le père. Il apparaît comme lâche. Meurt dès la première partie.
-Shangguan Lüshi et Shangguan Fulu, les grands-parents. Fulu meurt dans la première partie. Lüshi a un fort caractère et peu de considération pour sa belle-fille.
-Laidi, "fait venir le petit frère", fille aînée, épouse de Sha Yueliang et maîtresse de Sima Ku. Mère de Zaohua.
-Zhaodi, "Appelle le petit frère", deuxième fille, épouse de Sima Ku (notable du village, deuxième patron de la"Vie heureuse"). Mère de Sima Liang et des jumelles Sima Feng et Sima Huang.
-Lingdi, "Amène le petit frère", troisième fille. Immortelle oiseau (après son amour pour Han l'oiseau), épouse du muet Sun Pas-Un-Mot. mère de "grand muet" et de "second muet".
-Xiangdi, "Pense au petit frère", quatrième fille, vendue comme prostituée.
-Pandi, "Espère le petit frère", cinquième fille, épouse de Lu Liren (un communiste). mère de Lu Shengli.
-Niandi, "Songe au petit frère", sixième fille, épouse de Babitt (un Américain).
-Qiudi, "Réclame le petit frère", septième fille, vendue toute petite à une riche Russe.
-Yunü, jumelle de Jintong, aveugle.
-Jintong, "l'enfant d'or". Narrateur de l'histoire. Fils unique, enfant chéri et gâté.

RÉSUMÉ

    Beaux seins, belles fesses retrace l'histoire d'une famille de paysans chinois (la famille Shangguan) au XXe siècle (des années 1930 aux années 1990), et plus particulièrement les aventures de Jintong, fils unique et tant attendu. Ce jeune enfant gâté grandit dans une famille qui compte déjà huit filles et dont le père est absent (il se fait tuer dès la première partie du roman). Cette absence masculine est sans doute liée en partie à l'obsession que Jintong voue aux seins des femmes et en particulier à ceux de sa mère (ses deux colombes), qu'il refuse de partager et qu'il tétera jusqu'à un âge très avancé. Toute sa vie, il deviendra comme fou à la vue de seins de femmes, ce qui le place dans des aventures burlesques et tragiques (il est enfermé pendant quinze ans dans un centre de rééducation et il est interné trois ans dans un hôpital psychiatrique). Sa mère tente à plusieurs reprises de le sevrer mais cela reste sans succès ; Jintong se laisse mourir, refuse toute autre nourriture (qu'il vomit), ou bien ce sont ses soeurs qui lui offrent le sein. On lui reproche de sucer le sang et la vie de sa mère, ce qui lui cause la plus profonde tristesse, car tout ce qu'il souhaite, c'est aimer et protéger les seins de sa mère ("il me fallait les chérir, les entretenir, les considérer comme des objets délicats"). Il accepte finalement de téter une chèvre, dont il protège les mamelles contre le froid en les enveloppant de peaux de lièvre (ce modèle l'inspirera lorsqu'il deviendra directeur d'une usine à soutien-gorge). Tout au long du roman, on retrouve des considérations sur les seins des femmes, considérations triviales ("j'enfournais ce sein et le suçais de toutes mes forces", "j'engouffrais le téton") ou beaucoup plus poétiques ("les tétons de ma mère - qui étaient l'amour, la poésie, l'immensité céleste infinie et les grandes terres prospèrent où ondulent les vagues jaunes d'or du blé").
Selon Mo Yan, il faut voir dans cette obsession de Jintong pour les seins, une métaphore du peuple chinois qui est trop attaché à sa patrie, trop dépendant d'un parti politique (comme le parti communiste) ou trop attaché à l'argent (le capitalisme). La mère peut être vue comme une métaphore de la Chine, terre fertile et généreuse.

    Beaux seins, belles fesses retrace donc également l'histoire de la Chine. Les péripéties des personnages et leur destin sont intimement liés aux événements chinois (l'invasion des Japonais, les prises de pouvoir successives des impérialistes, des colonialistes, des communistes et des capitalistes). Aucune période n'est épargnée mais traitée à chaque fois avec beacoup d'humour, comme pour en faire ressortir le côté aburde, cruel et ridicule. La vie chinoise se déroule sur fond de guerre, de violence, de famine, d'inondation, d'emprisonnement, de suicide, de corruption... Lorsque Pandi (qui appartient au parti communiste) se livre à des expériences d'insémination artificielle et d'hybridation entre des animaux de races différentes, apparaît la critique de la politique qui tente de se mêler à la science, pourtant une chose sérieuse. D'autres coutumes chinoises sont critiquées, comme le bandage des pieds.

    Très souvent, les personnages sont décrits comme des animaux. La naissance de Jintong se déroule en même temps et de la même façon que la naissance d'un ânon. Durant les guerres et les périodes de famine notamment, les humains sont pires que des bêtes, prêts à tout pour leur survie. Les femmes se laissent violer pour quelques morceaux de pain. Une des soeurs, Lingdi, se transforme en "Immortelle oiseau", dotée de pouvoirs surnaturels. Elle devient une sorte de prophétesse que tous les gens du village viennent consulter. Plus loin dans le roman, dans un centre ornithologique où travaille Jintong, des oiseaux sont élevés pour parler et chanter, ce qu'ils font d'ailleurs très bien et sans que cela n'étonne personne.
    Enfin, tous les personnages de Beaux seins, belles fesses, quels qu'ils soient, s'expriment toujours de façon très grossière et n'hésitent pas à s'insulter les uns les autres de façon très crue. Cela permet de faire ressortir l'absurdité et le ridicule de certains passages, de certaines situations.

    Finalement, nous remarquons qu'il y a toujours dans ce roman une alternance entre des scènes heureuses et des scènes tragiques, entre un récit épique et un récit très cru, entre des scènes légères et des scènes très dures, il y a de l'horreur mais aussi du grotesque et des rires et toujours un aspect humain. Mo Yan ne fait jamais de commentaires sur les situations décrites, car la simple description avec son style permet de se faire son jugement ("la critique n'est pas le but de ma création. L'art de l'écriture, seul, en est la source.").
Lire Beaux seins, belles fesses, c'est être dépaysé, entraîné vers un pays fascinant et d'y découvrir une autre culture et une autre histoire faite de peines et de joie et tout cela à traversune histoire très vivante et très drôle.

Sophie, A.S. Ed.-Lib.

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commentaires

Molly 11/04/2012 06:11

Je me souviens que Mo Yan a dit que ce roman était vraiment inspiré de sa mère qui avait décédé peu avant la publication du livre. J'éprouve toujours des sensations fortes quand je lis des oeuvres
de l'auteur... Il manie la langue chinoise comme une épée!!!

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