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11 décembre 2007 2 11 /12 /décembre /2007 22:09
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Jean-Paul SARTRE
Le Mur,
Gallimard, 1939

    Jean-Paul Sartre, philosophe, écrivain et critique français du XXe siècle, naît à Paris en juin 1905. Il est connu par ses œuvres ainsi que par son engagement politique (la  gauche radicale). Il est aussi connu comme étant l’ami intime de Simone de Beauvoir. On a qualifié sa philosophie d’existentialisme (chaque homme est un être unique, et est maître de ses actes et de son destin). Il a mené maints combats militants jusqu’à sa mort. Issu d’une famille plutôt bourgeoise, il fait ses études à Henri IV (Paris), puis au lycée Louis-le-Grand. Il meurt le 15 Avril en 1980. Il est l’auteur de La Nausée en 1938, Le Mur en 1939, Huis-Clos en 1944, Les Mouches en 1943 (ses principales œuvres).
     Dans une première partie, nous présenterons le recueil en profondeur, puis dans une seconde partie, nous analyserons une nouvelle en particulier.

I) Présentation des nouvelles et du recueil :   
    C’est un recueil composé de cinq nouvelles que Sartre définit comme « cinq petites déroutes tragiques ou comiques, devant l’existence » : "Le Mur", "La Chambre", "Erostrate", "Intimité" et "L’Enfance d’un chef". Ce recueil comporte 252 pages, et les nouvelles peuvent aller de 25 à 90 pages. Sartre publie ce recueil en 1939 et le dédie à Olga Kosakiewicz (amie russe de Sartre et de Simone de Beauvoir).
    1) Résumé de chaque nouvelle :
"LE MUR" :  La nouvelle, rédigée à la première personne, met en scène trois prisonniers de guerre (guerre civile espagnole) : Pablo Ibbieta, Tom Steinbock et Juan Mirbal. Ces derniers sont condamnés à mort, car ce sont des républicains espagnols luttant contre le régime de Franco. Ainsi va commencer une longue nuit pleine de détresse et de réflexion…vont-ils être exécutés ou bien seront-ils grâciés?
"LA CHAMBRE" : Ce récit, rédigé à la troisième personne présente Madame Darbédat : une femme souffrant d’un mal inconnu, et son mari qui lui rend visite fréquemment. Ce couple a une fille: Eve qui est mariée à Pierre . Mais, Pierre est hanté par un mal : la folie. Monsieur Darbédat fait tout pour que Pierre soit interné. Mais, il se heurte au refus de sa fille…
"EROSTRATE" : Ce récit, écrit à la première personne, présente Paul Hilbert,  un homme comme les autres, mais un homme ne supportant pas les autres. Sa vie bascule lorsqu’il prend la dangereuse décision de se munir d’une arme à feu…sa plus grande obsession deviendra alors de tuer une demi-douzaine d‘hommes. Il élabore donc un plan pour mettre en scène cette action pour le moins périlleuse et téméraire…
"INTIMITE" :  Cette nouvelle, rédigée à la troisième personne, met en scène une femme (Lulu), qui trompe son mari (Henri). En effet, Henri est un homme ayant ses habitudes et Lulu croit ne plus l’aimer. Lulu , avec le soutien de sa meilleure amie Rirette, trompe Henri avec Pierre. Sa vie s’écoule paisiblement jusqu’au moment où Pierre propose à Lulu de le suivre dans sa villa de Nice…là, un cruel dilemme s’offre à elle…
 "L’ENFANCE D’UN CHEF" :   Ce récit se détache du recueil. En effet, il s’agit d’une analyse psychologique et sociologique d’un personnage du nom de Lucien, qui va peu à peu sombrer dans l’idéologie fasciste…

2) Les liens existant entre ces nouvelles :
    Toutes ces nouvelles sont liées entre elles. En effet, toutes les fuites des personnages sont arrêtées par un mur ; dans "Erostrate" le personnage ne peut s’échapper (après avoir réalisé son dessein), il s’enferme dans les toilettes, donc entre quatre murs. Dans "La Chambre" , Pierre est confiné entre ces quatre murs qu’il ne peut se résoudre à quitter, tout comme sa femme Eve.  Dans "Le Mur" , les prisonniers espagnols ne peuvent s’échapper car ils sont enfermés dans une cave, par conséquent leur fuite est bloquée. Pour finir, "L’enfance d’un chef"  est la nouvelle la plus singulière du recueil. En effet, il n’y a pas vraiment de mur au sens propre du terme, mais il y a une barrière entre Lucien et les autres, car Lucien est différent d’eux. 
    Si l’on devait définir les nouvelles de Jean-Paul Sartre, on pourrait dire que ce sont des nouvelles cruelles. En effet, ces nouvelles sont plutôt tragiques ( "Erostrate", "Le Mur" , "La Chambre") Même si ce genre est apparu dans la deuxième moitié du XVIème, Sartre sait le mettre en avant.

III) Présentation de la nouvelle « Le mur » :
    Cette nouvelle, rédigée en 1938, compte un total de 45 pages. C’est elle qui ouvre le recueil. La nouvelle traite de la guerre en Espagne pendant la première moitié du XXe
   
    1) Description de cette nouvelle :
Elle ne compte que trois personnages principaux (Juan, Pablo, Tom), et se focalise sur un seul : Pablo Ibbieta ( prisonnier républicain). La nouvelle est rédigée à la première personne du singulier, et est en focalisation interne afin de rendre les sentiments de Pablo plus crédibles, pour que le lecteur pénètre mieux dans l’univers de cette nouvelle, et pour qu’il ressente les émotions du personnage. La nouvelle n’explique pas vraiment pourquoi ces hommes ont été faits prisonniers, mais l’on peut très vite conclure que c’est parce qu’ils sont considérés comme des opposants au régime de Franco, ils sont donc considérés comme « nuisibles » et appartenant dans le camp de « los rojos » ( les républicains). Ces derniers se battaient farouchement contre les nationalistes. Les protagonistes sont donc faits prisonniers et sont condamnés à attendre leur sentence dans une cave sordide en guise de cellule. Ils y passent donc la nuit, mais quelle nuit !…
    Jean Paul Sartre, nous fait vivre, pendant une nuit entière, le désespoir, la colère, l’indignation de Pablo, personnage principal, et nous montre ce que l’on peut ressentir avant de mourir. Ici, Jean Paul Sartre, nous prouve une fois de plus son excellence à nous décrire le huis clos.
    2) Analyse de la nouvelle :
    Dans cette nouvelle s’oppose deux mondes complètement opposés : le monde des morts (Juan, Pablo et Tom) et le monde des vivants (le médecin de garde) « Nous le regardions tous les trois parce qu’il était vivant ». Les trois prisonniers ne sont même plus vivants ; ils attendent la mort : « Je le regardai de côté et , pour la première fois, il me parut étrange : il portait sa mort sur sa figure. » La mort déforme leurs traits, leur comportement, leur caractère « …je savais que nous n’avions rien en commun. Et maintenant nous nous ressemblions comme des frères jumeaux, simplement parce que nous allions crever ensemble. » 
    Ce qui est singulier dans cette nouvelle, c’est le comportement du personnage principal au-devant de la mort. Il réagit très différemment des autres. Il n’a pas peur, il reste maître de ses mouvements et reste très serein : «Je trouvais ça plutôt comique[…] Moi, j’avais envie de rire, mais je me retenais » , « je me sentais las et surexcité à la fois ». Pablo reste digne face à la mort : « …je ne pouvais avoir pitié ni des autres ni de moi-même : « Je veux mourir proprement ». Nous pouvons remarquer que Pablo ressent beaucoup d’émotions mais nullement de la peur contrairement à ses camarades de cellule : « Le petit Juan se mit à crier. Il se tordit les mains, il suppliait : « Je ne veux pas mourir, je ne veux pas mourir » »
    Cette nouvelle nous montre une analyse de différents comportements face à la mort, ainsi que l’inhumanité de la condamnation à mort. Comme Victor Hugo (Le dernier jour d’un condamné ) il dénonce la peine de mort. Sartre montre combien la mort peut changer un homme.

CONCLUSION :
    Ecrites à des moments différents les nouvelles du recueil montrent une évolution de Jean-Paul Sartre. Les textes les plus anciens ("Erostrate", "Intimité" et "La chambre" sont écrits en 1936)  se concentrent sur les troubles mentaux ou sur des comportements humains, mais traitent  aussi de la relation aux autres : sexualité ("Intimité"), démence ("La Chambre"), misanthropie- paranoïa ("Erostrate"). Les nouvelles plus tardives sont "Le Mur" et "L'enfance d'un chef" écrites en 1938 ; elles complètent  le recueil et traitent de sujet plus graves, comme les crises majeures : la guerre civile, la condamnation à mort, la naissance progressive de l’idéologie fasciste. Sartre se sert peut-être de son recueil pour aborder les thèmes politiques de la très grave actualité des années trente : la guerre d‘Espagne (1936-1939)avec "Le mur "placé en ouverture , une nouvelle où triomphe le fascisme (avec Franco), et pour clore le recueil, "L’enfance d’un chef", une nouvelle sur l’idéologie fasciste.
    L'ouvrage sera donc publié en février 1939 (quelques mois après La Nausée) et sera beaucoup apprécié sauf par l'extrême-droite (Brasillach parle d'un auteur 'ennuyeux" et "malsain"…).
    J’ai beaucoup aimé ce recueil, peut-être aussi parce que j’aime énormément Jean-Paul Sartre. Je trouve que les nouvelles de ce recueil se complètent entre elles sans forcément se ressembler : "Intimité" et "Le Mur" par exemple. Certes, ces nouvelles ne traitent pas de la même chose, mais elles se concentrent beaucoup sur les émotions des personnages, "Le Mur" porte sur un sujet grave alors que "Intimité" porte sur la vie quotidienne, la vie en général avec les choix que l’on doit faire ou non, les petites difficultés de la vie d’une femme, mais que tout le monde peut rencontrer. "Intimité" est une nouvelle « simple ». Ce recueil est un tout qui s’assemble, se complète, et parfois s’oppose. Il y a de l’unité et de la diversité en même temps. Je pense que le but de Jean Paul Sartre n’était pas forcément de faire  passer un message, mais bien de faire un bilan sur le monde tel qu’il était dans les années trente. Ses nouvelles n’ont d’autre but que de nous toucher ou nous faire réfléchir. La nouvelle qui m’a fait le plus réfléchir est "L’enfance d’un chef" ; cette nouvelle a un côté inquiétant.   

Noémie, Bib. 1ère année.

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Published by pier - dans Nouvelle
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Clothilde 17/08/2012 18:33

J'ai ressenti différemment les choses pour "intimité" et "la chambre". J'ai davantage perçu le mur de façon métaphorique, dans le premier cas, le mur m'est apparu comme la barrière entre le corps
et l'esprit, cette lourdeur charnelle, considérée comme inutile par la protagoniste.
Quant à "la chambre", le mur m'est apparu comme la frontière entre les "fous" et les "sains d'esprit", ce monde dans lequel la jeune femme essaie de se fondre hypocritement et le fossé entre les
deux amants.

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