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14 décembre 2007 5 14 /12 /décembre /2007 18:23
coloniepenitentiaire-copie-1.jpg
Franz KAFKA
A la colonie pénitentiaire
1990, Gallimard,
Collection Folio classique
traduit de l’allemand
par Claude David


I / KAFKA et son œuvre :
    Franz KAFKA est né le 3 juillet 1883 à Prague.
    Il suit des études de droit dans sa ville natale.
    Il commence à écrire très tôt, dès ses jeunes années lycéennes, mais détruira tous ses écrits de jeunesse.
    C’est un homme très torturé qui, tout au long de sa vie, se montrera sans cesse hésitant.
    Deux de ses récits les plus connus sont la Métamorphose, rédigée en 1912, et le Procès, écrit en 1914.
    L’édition Folio classique sur laquelle s’appuie ce travail regroupe quatre nouvelles isolées : "Les aéroplanes à Brescia", "Le premier grand voyage en chemin de fer", "A la colonie pénitentiaire", "A cheval sur le seau à charbon" (récit très bref qui devait initialement figurer dans Un médecin de campagne mais qui en fut finalement écarté pour ne paraître qu’en 1921 dans un journal) ainsi que deux recueils de nouvelles : Un médecin de campagne et Un artiste de la faim.


II/ A propos de l’écriture kafkaïenne :

     La préface de l’édition Folio Classique, rédigée par Claude David, donne des éléments d’interprétation de l’œuvre de KAFKA dont il est intéressant et amusant de citer certains passages :
« il n’y a pas si longtemps que les récits de KAFKA étaient encore traités comme des devinettes à déchiffrer. Comme on ne les comprenait pas, on leur prêtait des sens cachés, on y cherchait des significations allégorique.[…] Un personnage du château apparaissait-il en train de repriser un bas, ce bas était la botte italienne, et donc Rome, et donc le Pape, et donc la religion catholique qu’on apposait à la foi juive. » Mais au fil du temps et avec l’aide de son ami Max Brod, « on s’est aperçu que ce n’était pas la complication de ces récits qui écartait les masses et qui excitait l’ingéniosité des doctes ; c’était au contraire leur simplicité extrême, la nudité de leur contour, qui semblait refuser toute prise à l’interprétation. […] Rien n’est caché, tout est dit, le sens adhère de si près à l’image que ce serait tout casser que de vouloir les séparer. »
    Il est vrai en effet que, lorsqu’on lit KAFKA, l’univers pesant dans lequel il lui arrive de nous plonger et le sentiment d’incompréhension que nous éprouvons face aux événements auxquels sont confrontés les personnages, surgissant de nul part sans explications logiques, peuvent poser un problème d’interprétation.


III/ A la colonie pénitentiaire :

1 /L’histoire en quelques lignes :
    L’histoire de la colonie pénitentiaire se déroule, comme le titre l’indique, dans une colonie pénitentiaire étrangère en pleine transition, car l’ancien commandant est mort et son successeur, désireux d’intégrer des valeurs plus justes au sein de la colonie, tente peu à peu de faire évoluer les lois qui la régissent vers une forme moins archaïque.
    Un premier personnage apparaît ici : l’officier, qui est totalement imprégné et profondément nostalgique des valeurs d’autorité, de rigidité et de discipline de l’ancien commandant. Il va tenter, tout au long de la nouvelle, de rallier un deuxième personnage, le voyageur, à sa cause et aux idées qu’il défend bec et ongles.
Le voyageur est le représentant de valeurs plus démocratiques qui sont celles de l’Europe occidentale, il détient le rôle de témoin dans cette période de mutation des mœurs de la colonie et l’officier va tenter, sans succès, de se servir de lui pour légitimer les pratiques barbares de l’ancien commandant.
    Le troisième personnage, pourtant central, détient une place secondaire et n’intervient que timidement: c’est le condamné. Soldat de la colonie, il est voué à une mort cruelle pour avoir désobéi et outragé un supérieur, ne bénéficiant d’aucun droit ni d’aucune possibilité de défense. Le quatrième et dernier personnage est le soldat, chargé d’assister l’officier dans la préparation de l’exécution du condamné.
Le voyageur est donc invité par le nouveau commandant à assister à l’exécution, dont est chargé l’officier, dudit condamné. Le commandant espère de manière officieuse que la réaction du voyageur influencera l’officier et lui permettra de réaliser le caractère illégitime et injuste des pratiques instaurées par l’ancien commandant.
Les quatre personnages sont donc dans une vallée où se trouve l’instrument de mort créé par l’ancien commandant et qui fait la fierté et l’admiration de l’officier.
Près de la moitié du récit est consacrée à la présentation de la machine et de son fonctionnement avec une précision et une telle passion de la part de l’officier que la lecture en est parfois insoutenable .
    L’exécution consiste en quelques mots à allonger sur le ventre le condamné sous un appareil à la mécanique complexe qui va graver dans la chair de celui-ci profondément, à l’aide d’une aiguille, le commandement correspondant à la nature de sa faute.
    Celui-ci, petit à petit et à la suite d’indescriptibles souffrances des heures durant, finit par succomber à la douleur, son corps sans vie tombe ensuite dans une fosse, au pied de la machine, prévue à cet effet.
    Mais au fil de l’interaction entre le voyageur, médusé par l’horreur du déroulement de l’exécution, d’une part, et les convictions de l’officier de l’autre, et l’officier, va avoir lieu un renversement de situation terrible qui laissera le voyageur et le lecteur sans voix.

 
2/ L’atmosphère du récit :
    On retrouve dans la nouvelle A la colonie pénitentiaire, un aspect commun à plusieurs textes de KAFKA : le même sentiment d’oppression ; bien que l’action se déroule à l’extérieur, la vallée au cœur de laquelle se trouvent les personnages est « enserrée tout à l’entour par des pentes dénudées ».
    Le nombre de personnages, très réduit, contribue également à amplifier cette sensation d’enfermement. Tout est mis en œuvre pour dérouter le lecteur, à travers le personnage du voyageur, qui porte en lui les réactions attendues du lecteur que nous sommes.
    L’officier, par la conviction et la sincérité avec laquelle il défend et tente de légitimer le fonctionnement de l’ancien commandement, est un personnage en lui-même extrêmement déstabilisant par sa foi profonde en l’autorité passée.
Ce en quoi il croit est tout simplement scandaleux mais la force avec laquelle il le fait le rend presque touchant.
    Ce à quoi le lecteur se heurte également, est la passivité des deux soldats alors que l’un d’eux est promis à une mort atroce. En effet, le condamné ne semble pas réellement réaliser la fatalité de sa situation ainsi que le caractère révoltant de sa condamnation à mort. Il attend sans mot dire son funeste destin, avec un calme déconcertant.
    Quant au soldat, l’indifférence et la dureté avec laquelle il traite le condamné, qui n’est ni plus ni moins que son semblable, confirme le caractère irréaliste de cette scène qui semble interminable.
    Les réactions, ou l’absence de réaction, du soldat et du condamné soulève chez eux une certaine résignation face à l’ordre établi. Il semble que, bien que scandaleuses et anti-démocratiques, bafouant tous leurs droits en tant qu’êtres humains et allant même jusqu’à les animaliser, faisant d’eux des bêtes dociles, les pratiques de l’ancien commandement les laissent de marbre ; ils y sont tout à fait soumis et ne les remettent pas un seul instant en doute, ils ne ressentent pas le moindre sentiment d’injustice.


3/ Conclusion :
L’officier meurt en emportant avec lui les idées monstrueuses, injustes et révoltantes de l’ancien commandant, étant son dernier partisan et admirateur.
Cela dit, il n’y a ici aucune vision manichéenne où le bien (les valeurs égalitaires de l’Europe occidentale) triompherait du mal (les sociétés archaïques).
Chacun détient une vérité qui est la sienne et qui lui est chère et l’officier, dans ses convictions propres, est complètement anéanti  par l’effondrement d’un rêve auquel il avait sincèrement cru, et qui n’est plus réalité.

Emmanuelle, 1ère année Ed.-Lib.

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Published by pier - dans Nouvelle
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