Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 décembre 2007 5 14 /12 /décembre /2007 20:14
goutdelombre.jpg
Georges-Olivier CHATEAUREYNAUD
Le goût de l’ombre
Actes Sud, 1997

    Georges-Olivier Châteaureynaud est un écrivain français, considéré comme un des artisans du renouveau de la nouvelle en France, un des membres fondateurs du mouvement dit de la nouvelle fiction revendiquant le droit à l’imaginaire dans la littérature.
Il a publié de nombreux recueils chez Grasset, Julliard ou aux Presses de la Renaissance.
    Il a obtenu le prix Renaudot en 1982 pour son roman La faculté des songes (Grasset).
    Le goût de l’ombre » est un recueil de 10 nouvelles publié chez Actes Sud en 1997.
    Ces nouvelles baignent toutes dans un univers sombre, angoissant, mystérieux, sont très ancrées dans le réel.
    Le décor est le plus souvent urbain comme une banlieue hostile ou bien dans des villes qui semblent abandonnées avec des rues dépeuplées, une place vide ou par exemple une avenue qui mène à un cimetière bordé de décharges et de friches ; ou bien encore des lieux isolés comme une île à l’autre bout du monde.
    Ces histoires ont toutes pour point commun d’avoir comme personnage principal un homme adulte ou un jeune garçon. Des individus à part, peu en phase avec leur environnement. Ils portent d’ailleurs des noms originaux comme Quiqui, Orsay, Oswald Johan, Cambouis… Tous sont plus au moins perdus, on les surprend souvent à errer seuls la nuit dans la rue avant qu’il ne leur arrive des choses extraordinaires.
    Le style de ces nouvelles est plutôt réaliste et noir. A chacune de ces histoires l’auteur apporte une touche de fantastique souvent de manière diffuse et précise ; juste une pincée d’étrangeté qui suffisent à chambouler le lecteur et la perspective du récit.
    Les thèmes abordés sont lourds : comme par exemple la mort, le suicide ; le père absent, fuyard, un parent tyrannique et manipulateur, la guerre, le désir inassouvi, la destruction.

    La première nouvelle intitulée  "Styx" est un bon exemple de l’ambiance  qu’on retrouve dans les autres récits.
    Le narrateur découvre qu’il est mort. Il s’entretient avec son médecin qui lui confirme son décès. Il décide alors d’aller aux pompes funèbres pour organiser ses propres funérailles. Il annonce son décès à son épouse qui s’écroule de chagrin. Il raconte la mise en terre de son cercueil et ainsi de suite...
    Bien qu’il soit mort, le narrateur communique sans cesse avec les êtres vivants comme s’il était toujours en vie... On ne sait quoi penser de ce personnage ; est-il vivant ? Est -il  mort ? Difficile de savoir. L’auteur se fait un malin plaisir de ne jamais résoudre la situation tandis que le lecteur reste, lui, déboussolé. Les points de repère habituels sont constamment malmenés.
 
    L’auteur semble fasciné par les momies puisqu’elles prennent place dans deux  nouvelles ; visiblement une autre manière pour l’auteur d’aborder la mort et l’éternité. Dans "Le scarabée de cœur", le narrateur décide de se faire momifier pour être à jamais aux côtés de deux femmes archéologues qu’il aime plus que tout. Dans  "Le chef-d’œuvre de Guardicci", le narrateur installe dans son appartement une momie aux yeux d’un réalisme saisissant. Cette momie va petit à petit reprendre vie.
 
    Châteaureynaud s’amuse aussi à réécrire l’Histoire. Dans la nouvelle intitulée "Quiconque", il invente un prolongement au thème de King Kong et le confronte avec le nazisme. Une actrice américaine s’exile avec son fils en Allemagne dans les années 30 pour tourner des films. Elle rencontre un certain Joseph Goebbels, ils deviennent amants. Amoureux, il souhaite absolument découvrir cet enfant qu’elle lui cache. Cet enfant est surnommé Quiqui, c’est un singe aux poils blond et aux yeux bleus. Tandis qu’il mène toujours la propagande nazie, Goebbels  va aimer cet enfant, et le protéger. Quiqui va être recruter parmi les S.S. et récolter de nombreuses médailles.

    La guerre est encore présente dans la seconde nouvelle intitulée "La cicatrice de la chevelure". Mais cette fois-ci le ton reste presque exclusivement réaliste. Le jeune Jo espère le retour de son père, un soldat qu’a rencontré sa mère. Au cinéma est diffusé un film à propos d’un soldat amnésique qui porte une cicatrice à la tête. Jo en sortant de ce film comprend qu’il ne reverra jamais son père. Cette nouvelle au ton dramatique et mélancolique ne possède pas d’effet fantastique. C’est la seule du recueil.

    La nouvelle peut basculer dans un monde totalement surréaliste comme lorsque Cambouis pénètre dans La librairie d’Eparvay pour offrir un livre de poésie à sa petite amie, Fille de Personne. Pour accéder à ce livre il doit prendre un escalier étroit et affronter des hommes au regard froid, des femmes lascives, des chats agressifs, des chutes de livres, des lianes et des ronces avant d’accéder à un vaste jardin suspendu ou le précieux recueil lui sera remis.
    Ce récit est le plus fou, celui qui s’échappe le plus au réel. C’est une exception car le fantastique est bien plus discret chez Châteaureynaud même lorsqu’il aborde le genre du conte.

    Dans "L’autre histoire" Châteaureynaud s’attaque au mythe des sirènes. Il nous raconte comment un milliardaire parti à la pêche aux sirènes capture une fillette. Elle est blessée, il la recueille et la soigne. La sirène semi-apprivoisée, trop proche des hommes, ne peut plus rejoindre les siens. Plein de remords le milliardaire aménage entièrement une île pour celle qui deviendra la femme de sa vie.
 
    Avec la nouvelle intitulée  "Les vraies richesses"  on reste dans un univers onirique. Oswald Johan est un collégien qui découvre au cœur d’une cité hostile une maison isolée au milieu d’une grande prairie, caché de la cité par un rideau d’arbre. A l’intérieur toute une famille prendra soin de lui, le soignera, le nourrira. Lorsqu’il souhaite revenir quelques jours plus tard, la maison est une sorte de musée où les gens font la queue et paient pour entrer. Il ne retrouve plus les habitants de cette maison.

    L’auteur sait aussi créer un univers oppressant et maintenir le suspense. Dans "L’écolier de bronze", le narrateur, un poète de petite notoriété, découvre dans un premier temps une place avec une statue en bronze le représentant enfant. Puis il pénètre dans un musée qui lui est entièrement consacré. C’est son intimité la plus profonde qui est révélée au public, des instants très personnels sont dévoilés. Qui est l’auteur de ces clichés ? Qui est derrière ce musée ? Pourquoi ne connaît-il pas ce lieu ?  Pourquoi personne ne lui donne-t-il de réponse ? Le poète affolé perd connaissance face à ce déluge d’interrogations.

    Le recueil se termine avec une nouvelle qui fini bien, une sorte de happy end qui nous montre que, peut-être, même au cœur de ces univers sombres, les choses peuvent tourner en notre faveur. Dans "la Tombola", le narrateur, infantilisé, isolé et manipulé par sa tante va renverser le cours de son existence grâce à un chien terrifiant et providentiel.

    Le goût de l’ombre est un recueil de nouvelles plutôt plaisant où les histoires se succèdent sans se répéter. Georges-Olivier Châteaureynaud multiplie les genres et les effets pour nous emmener dans des univers très réalistes et sombres puis d’un coup nous embarquer dans un univers étonnant et angoissant. On a plus affaire à un style fantastique où l’on retrouve une sorte d’inquiétante étrangeté qu’à un réalisme magique qui semble d’une connotation plus naïve.

Mathieu, A.S. Bib

Partager cet article

Repost 0
Published by pier - dans Nouvelle
commenter cet article

commentaires

Recherche

Archives