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15 décembre 2007 6 15 /12 /décembre /2007 21:43
lastexit.jpg
Hubert SELBY Jr
Last exit to Brooklyn, 1964
trad. de l'américain
par J. Colza,
Albin-Michel, 1970
rééd. collection 10/18






L’auteur et son œuvre :

    Fils d’un ingénieur alcoolique et d’une concierge, Hubert Selby Jr est né en selby.jpg1928 à Brooklyn, quartier populaire de New York. Véritable gamin des rues, il laisse tomber l’école à 15 ans pour s’engager dans la marine marchande. Cinq ans plus tard, il est contraint de démissionner car il est atteint de tuberculose. Hospitalisé pendant quatre ans, les médecins le condamnent à mort… mais il survit, avec toutefois une partie des poumons et de sa vue en moins. Par la suite, Selby, de petits boulots en petits boulots, en passant par la prison et l’hôpital psychiatrique, entreprend son éducation et se lance dans la lecture et l’écriture. Cet autodidacte mettra 7 ans à écrire Last Exit To Brooklyn qui paraîtra en 1964 : Selby a alors 30 ans.
    Cette œuvre, jugée obscène, est interdite dans certains états des Etats-Unis ainsi qu’en Angleterre et Italie mais devient un des romans phares de la Beat Generation de Kerouac et autres artistes contestataires.

Thématique du recueil :

    Il contient 6 nouvelles de longueurs inégales mais dont l’unité thématique est flagrante : chaque histoire nous décrit le destin tragique d’une personne qui traîne sa vie dans le quartier de Brooklyn, fil conducteur de tout l’ouvrage.
    Recueil profondément urbain, Last Exit to Brooklyn nous promène dans les quartiers les plus sordides de New York avec ses bars miteux, ses impasses, usines et autres bas-fonds sordides.
    Les personnages qui peuplent cet univers déshumanisé sont des maris volages, des ivrognes, junkies, prostituées, travestis, femmes au foyer, machos, petites frappes…    Tous ont en commun de chercher une issue à l’impasse de leur vie mais n’ayant rien à perdre ou à espérer, ils choisissent immanquablement la voie de l’auto-destruction : l’alcool, la drogue, le sexe et surtout la violence sont leurs exutoires.
    Du coup, tous les sentiments positifs - amour filial, conjugal, amitié - sont subordonnés à la violence. Ainsi, dans la première nouvelle, « un dollar par jour», une bande de voyous, pourtant amis, se battent.. avant de lyncher un soldat qui passait par là. Dans la seconde nouvelle,« la reine est morte», le travesti Georgette est amoureux de Vinnie mais celui-ci lui donne un coup de couteau. Dans la quatrième nouvelle, Tralala, l’héroïne éponyme, est une fille facile qui se donne sans plaisir, parce qu’elle le peut, qui finira violée et torturée. Également,dans la nouvelle intitulée « la grève» ,Harry, désespérément seul, ne peut pourtant pas supporter tout contact avec sa femme  et lui vomit sa haine en la battant de plus en plus violemment tout au long du récit.
    Cette liste non exhaustive montre l’omniprésence de la violence qui se substitue à un mode de communication et devient par là-même banale, un moyen de briser la monotonie du quotidien de ces anti-héros.
    Paradoxalement, les personnages n'apparaissent pas pour autant comme des victimes : même Tralala, au comble de l’horreur de la scène de viol, ne suscite guère d’empathie ou de sympathie chez le lecteur… sentiment très dérangeant par ailleurs !
Même les enfants, pourtant généralement source d’espoir, se montrent aussi cruels et impitoyables que leurs parents et semblent ainsi condamnés au même destin fatal.
Ce recueil est donc fondé sur une thématique très sombre : on découvre l’envers du miroir dans cet anti rêve américain.

Style et poétique de l’auteur :

    Cette thématique est d’autant plus difficile à supporter parfois que Selby nous livre les faits tels quels, sous forme de matière brute : l’auteur n’émet aucun jugement, aucune analyse… on ne trouve pas ce filtre, cette distanciation qu’il y a en général entre l’auteur et ses personnages ou entre les personnages et nous lecteurs. Cette absence est manifeste, surtout à la fin des nouvelles qui bien qu’achevées, ne nous livrent pas de justification ou de morale.
    L’écriture à vif de Selby est dense (pas de marques typographiques des dialogues, emploi de lettres capitales pour les reparties criées…), rythmée. Sa prose rudimentaire, au langage populaire, nous donne à voir la vérité sans fard, celle que Selby a lui même connue.

    En conclusion, cette œuvre ultra naturaliste, ultra réaliste suscite des sentiments extrêmes (dégoût, nausée, choc, incompréhension…) : c’est donc une lecture marquante, qui ne laisse pas indifférent… et c’est toute sa force.

Bibliographie de l’auteur :

La Geôle (the Room), 1971
Le Démon (the Demon), 1976
Retour à Brooklyn (Requiem for a dream), 1978
Chanson de la Neige Silencieuse (Song of the Silent Snow), 1986
Le Saule (The Willow Tree), 1998
Waiting Period, 2002


Céline, 1
ère année Ed.-Lib.

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