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17 décembre 2007 1 17 /12 /décembre /2007 20:06
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Ismaïl Kadaré

Chronique de la ville de pierre, 1971,
Hachette, 1973,
rééd. Folio











    Ismaïl Kadaré est un écrivain né en 1936 en Albanie. En 1990, il a obtenu l’asile kadar--portrait.jpgpolitique en France. A propos du réalisme magique, il a dit : « Les latino-américains n’ont pas inventé le réalisme magique. Il a toujours existé dans la littérature. On ne peut pas imaginer la littérature mondiale sans cette dimension onirique. Peut-on expliquer La Divine Comédie de Dante, ses visions de l’enfer sans en appeler au réalisme magique ? Ne retrouve-t-on pas le même phénomène dans Faust, dans La Tempête, dans Don Quichotte, dans les tragédies grecques où le ciel, la terre sont toujours entremêlés. Je suis stupéfait par la naïveté des universitaires qui croient que le réalisme magique est spécifique à l’imaginaire du vingtième siècle ! »albanie.gif


    Chronique de la ville de pierre a été publié en 1970. On y suit la chronique d’une petite ville d’Albanie à l’époque de la Seconde Guerre mondiale. Le narrateur, un petit garçon d’une dizaine d’années, nous brosse le portrait d’une ville étrange, un peu folle, et d’une enfance particulière car entourée de violence.





    L’histoire est dure ; s’y côtoient bombardements, exécutions sommaires et invasions. Pourtant, la tragédie n’y a pas sa place. La vie continue, des mariages ont lieu tout au long du roman, l’enfant grandit, découvre la littérature, tombe amoureux de Macbeth et d’une belle jeune femme. Surviennent des événements loufoques qui prêtent à sourire malgré leur côté macabre : le bras d’un Anglais devient le trophé de la ville, un jeune homme perdu cherche son amante dans les puits et de mystérieux sortilèges font trébucher les gens quand ils marchent dans la rue… Les faits les plus terribles sont traités avec une étrange légèreté qui donne à la vie le dernier mot, et qui, dans le même esprit, n’est pas sans faire penser à certains films du réalisateur Emir Kusturica, voisin de Kadaré et partageant avec lui cette culture propre aux Balkans. 

    La magie fait partie intégrante de l’histoire. Elle confère à la ville un aspect bizarre, un peu tordu. Ses habitants prennent comme ils viennent les événements et l’on en arrive à se demander s’ils ne sont pas tous fous, et qu’est-ce que c’est que cette ville qui flanche et vacille, se redresse et retombe comme un navire dans la tempête ? On finit toutefois par adopter cet univers et par s’attacher à cet endroit et à ces gens. L’impression qu’ils nous laissent à la fin du roman, si elle est forte, n’en est pas moins partagée : somme toute, comment réagir ? Faut-il rire ou pleurer ? Nos certitudes s’en trouvent toutes ébranlées…
    Je pense qu’on peut pleurer, si ça nous chante, mais sans oublier que « sous la carapace de la ville se cache la chair tendre de la vie ».


« Mais qu’êtes-vous donc, pour ne connaître ni les oiseaux, ni le chaume, ni les arbres ? D’où venez-vous ?
    Nous venons de cette ville, là-haut. Ce que nous connaissons, nous, ce sont les pierres. Comme les hommes, elles sont jeunes ou vieilles, dures ou tendres, polies ou rugueuses, aux arêtes vives, à la face rose et couverte de pores, striées de veines, malicieuses ou attentionnées au point de retenir votre pied qui glisse, perfides, se réjouissant de votre infortune, fidèles, demeurant des siècles dans les fondations comme à un poste, sottes, moroses ou orgueilleuses, rêvant de devenir des épitaphes, modestes, se dévouant sans espoir de récompense, alignées sur le sol en rangs interminables comme le peuple, anonymes, anonymes jusqu’à la fin des temps.
Vous parlez sérieusement, ou vous délirez ?
Et maintenant, comme les hommes, elles sont ensanglantées pas les combats.
Mais qu’est-ce que cette ville ? Qu’est-ce que cette ville ?
Nous sommes impatients de nous y rendre. » (p. 305)

Sophie, Bib. 2ème année.

 

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