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20 décembre 2007 4 20 /12 /décembre /2007 21:22
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Isaac BABEL
Récits d’Odessa
1931
trad. du russe
par Irène Markowicz et Cécile Térouanne
Actes Sud, coll. Babel,
1996

L’auteur :
    Isaac BABEL est né le 13 juillet 1894 dans une famille juive, plutôt aisée, à Odessa, une ville d’Ukraine sur la mer Noire. La ville d’Odessa est un foyer révolutionnaire en 1905 mais Isaac BABEL parvient à échapper au pogrom (un pogrom est une action violente préméditée, commanditée par le tsar, contre les juifs). Il soutiendra la Révolution Russe et s’engagera dans l’Armée Rouge en 1920. Il sera arrêté pour avoir critiqué Staline et probablement torturé durant 8 mois. Isaac BABEL est l’auteur de Cavalerie Rouge publié en 1920. Cet ouvrage relate sa participation à la guerre sans idéaliser les soldats qui ont combattu à ses côtés. Onze ans plus tard, il publie les Récits d’Odessa qui est un recueil de nouvelles relatant les histoires des habitants d’Odessa, en particulier en dressant un portrait de Bénia Krik, le chef de bande de contrebandiers juifs à Odessa.

L’histoire :
    Commencer à lire les Récits d’Odessa, c’est immédiatement plonger dans un monde étrange, où les héros sont des brigands et où l’illégalité a plus de pouvoir que la légalité. Au début du recueil, le lecteur assiste à un banquet où Bénia marie sa sœur, Dvoïra. La police veut profiter de ce moment pour attaquer Bénia mais bientôt les brigands  brûlent le commissariat pour éviter la rafle. Plus tard, on découvre l’enfance de Bénia et son histoire avant de devenir le roi des brigands grâce à un sang-froid exceptionnel. Ensuite  c’est la vie de Froïm Gratch qui est évoquée et le mariage de sa fille avec Bénia Krik.
    La quatrième nouvelle met en avant une femme, Lioubka Cosaque, qui tient une auberge qui fait également office de maison close. C’est l’image même de la femme non soumise, un peu brute dans ses manières et qui sait s’affirmer et se défendre. C’est finalement l’image d’une femme plutôt forte (ou qui veut le paraître) ; elle va se laisser attendrir par un homme qui va réussir à faire taire son bébé qui pleure et à le sevrer, la mère ne donnant plus de lait. Cette dernière nouvelle est très révélatrice je pense de l’esprit de ces Récits d’Odessa. En effet, cette nouvelle est une tranche de vie où les personnages sont touchants par leur douceur cachée ou leur maladresse brusque. De manière générale, les femmes sont décrites comme des personnages robustes et imposants. C'est le cas des cuisinières préparant le banquet au début : « Trois cuisinières, sans compter les plongeuses, préparaient le repas de noces, et c’est Reïzl qui régnait sur eux, Reïzl et ses quatre-vingts ans, traditionnelle comme un rouleau de la Torah, minuscule et bossue. », mais aussi de la fille de Froïm Gratch, qui désire se marier : « Papa, dit-elle de sa voix de tonnerre, regardez ce joli petit monsieur ; il a de ces petits pieds, comme une poupée, je les étoufferais bien, ces petits pieds… ».

L’écriture :
    Les Récits d’Odessa sont divisés en quatre nouvelles mais celles-ci ne sont pas séparées les unes des autres. Il y a une suite dans ces nouvelles qui relatent des histoires sur les habitants d’Odessa, mais toujours en rapport avec le Roi, Bénia Krik. La première nouvelle décrit un épisode de vie, dont les personnages nous sont encore inconnus mais que l’on découvre peu à peu grâce aux trois autres nouvelles. En effet, celles-ci éclairent au fur et à mesure les portraits des individus, des parties de leur vie quotidienne sont dévoilées et nous permettent de mieux comprendre les rapports entre les personnages. Les nouvelles sont écrites dans un style simple, très descriptif, le langage est parfois familier : « comment ça se passait à Odessa » (p.21). Le récit et les dialogues alternent, créant un équilibre entre des phrases construites dans le récit, et des phrases plus brutes, dans un langage familier qui traduit les manières plutôt brusques des contrebandiers. Les femmes sont robustes et brutes en apparence, comme les hommes, mais c’est sans doute pour mieux se protéger de toutes les actions menées contre les juifs. Les histoires sont toujours racontées par des personnages extérieurs au groupe des brigands. On retrouve dans ce texte une ambiance proche de celle qu’a dû vivre l’auteur, avec les rafles, les meurtres et les intimidations envers la communauté juive d’Odessa qui ont eut lieu alors qu’il était encore enfant.

Mon avis :

    J’ai beaucoup aimé ce recueil où l’auteur, Isaac BABEL réussit  à rendre ces brigands presque sympathiques. Il nous fait voyager dans cette époque qui a été la sienne comme s’il peignait un tableau qui dévoilerait peu à peu des aspects des personnages. C’est surprenant, dépaysant…en bref, c’est à lire et…à relire !

 Claire, 1ère année Ed-Lib.

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Published by pier - dans Nouvelle
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