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22 décembre 2007 6 22 /12 /décembre /2007 15:29
Toni MORRISON,beloved.jpg
Beloved, 1987,
traduction d'Hortense Chabrier et
Sylviane Rué,
Christian Bourgois,1989,
rééd. 10/18












Biographie de l’auteur
    Chloe Anthony Wofford écrivant sous le nom de Toni Morrison est née en 1931 dans l’Ohio. Romancière mais également professeure de littérature et éditrice, Toni Morrison est la première femme noire à recevoir le prix Nobel de littérature en 1993. Après Sula (1973) et The song of Solomon (1977), Beloved, son cinquième roman publié en 1987 et traduit en français en 1989, confirme sa notoriété aux Etats-Unis et la fait connaître en France. Elle recevra d’ailleurs en 1988 le prix Pulitzer pour ce roman.
Depuis 2002, Toni Morrison s’intéresse également à la littérature de jeunesse avec son fils, Slade.


    Le roman s’ouvre sur le lieu principal de l’action, le 124 Bluestone Road où vivent Sethe et Denver sa fille. On apprend que depuis huit ans elles vivent seules mais qu’auparavant vivait avec elles Baby Suggs la belle-mère de Sethe, rachetée et libérée par son fils Halle, le mari de Sethe. Cette dernière s’est en effet réfugiée chez elle dix-huit ans auparavant après avoir fui la ferme du Bon Abri (où elle et son mari travaillaient), enceinte de Denver, avec leurs trois enfants.
    Le 124 serait également hanté par le fantôme d’un bébé, la fille aînée de Sethe assassinée par sa mère après sa fuite dix-huit ans plus tôt, pour éviter qu’elle ne retombe aux mains du dirigeant du Bon Abri.
    L’arrivée de Paul D ., un ancien esclave de cette même ferme va bouleverser ce vase clos féminin et chasser l’esprit du bébé. Cependant quelques semaines plus tard, une nouvelle jeune fille arrive au 124 Bluestone Road…

    Dans la plupart de ses romans, Toni Morrison décrit avec des mots simples, métissés, sobres et puissants des itinéraires de personnages ancrés dans un schéma intergénérationnel fort sur fond de ségrégation raciale et d’esclavage. Beloved est inspiré d’un fait réel, l’histoire d’une esclave ayant assassiné ses enfants pour leur éviter l’asservissement.
    Beloved c’est tout d’abord un hymne au peuple noir et à son passé. Un cri pour ne pas oublier une époque révolue dont on parle trop peu souvent. Au-delà d’une histoire de fantôme, de culpabilité et de rachat, il s’agit avant tout d’un roman historique, d’une fresque sociale pour la mémoire de tout un peuple qui fut esclave. L’oubli et le souvenir tiennent une grande place dans l’œuvre de Toni Morrison. Comme dans  The Song of Solomon, le lecteur voit évoluer des personnages qui ne sont plus esclaves, qui sont sortis de ce schéma mais qui malgré tout ne peuvent se défaire de cette mémoire trop lourde qui pèse sur leurs actes et leur vie présente.
    Bien ancrés dans une réalité historique et s’appuyant sur un fait réel, Beloved est un roman polyphonique et non linéaire sur le plan temporel. Constamment entre passé et présent, nous expérimentons différents points de vue et différentes narrations. C’est aussi cela le style de Toni Morrison et sa particularité. Ainsi les souvenirs de chacun vont forger une mémoire commune et une histoire construites sur les fragments de ce que chaque personnage veut bien dévoiler, souvent à contrecoeur et souvent en se faisant du mal ou en blessant une autre personne qui à son tour se penche sur son passé et sur ses propres fantômes et démons intérieurs.

   
Mais le roman a quand même pour sujet principal l’assassinat de la petite fille de Sethe par cette dernière qui n’a pu faire graver sur sa tombe que « Beloved »,  dérisoire cri d’amour pour cette mère qui sera éprouvée par l’esprit et la réincarnation de cette enfant chérie. En effet, peu à peu, le lecteur comprend que cette jeune fille, Beloved, qui arrive au 124 Bluestone Road n’est autre que l’enfant de Sethe à l’âge qu’elle aurait eu si elle avait vécu. De là vient ce qui peut être appelé magie et mystère dans le roman. Du fait que cette jeune femme va consumer le corps de Sethe et prendre possession de sa vie au point même que Denver rejetée de cette relation sera la seule en mesure de sauver sa mère d’une relation exclusive et perverse. Denver est une enfant de la liberté, née hors de l’esclavage et c’est la seule figure du roman qui nous apparaît comme normale et non tourmentée. Si elle se prend d’engouement pour Beloved lorsque celle-ci arrive elle n’adopte finalement qu’un comportement normal, jalouse de la relation de Paul D avec sa mère, heureuse de ce qui la lie à sa soeur.

    Ce cinquième roman de Toni Morrison, comme les précédents, explore également les tréfonds de l’âme humaine et ses tourments. En mettant en scène les causes et les conséquences de l’acte perpétré par Sethe, l’auteur met aussi en avant les sentiments qui accompagnent un tel acte de folie passagère pour les uns et d’amour maternel pour Sethe. Elle nous explique que la frontière entre les différentes perceptions de l’être humain est très mince et que celles-ci diffèrent facilement. Dans ce récit, culpabilité et pardon cohabitent mais l’un efface rarement l’autre. L’amour est exclusif et parfois teinté de haine.


Cette œuvre de Toni Morrison fait donc bien partie de ce qu’on peut appelé le réalisme magique, à la fois ancrée dans des réalités historiques et malgré tout prisonnière de quelque chose de mystérieux et comme faisant partie des légendes fantastiques transmises depuis des générations, de cette coutume de l’oralité dans la culture noire où l’incursion d’un esprit malfaisant dans le monde réel n’est pas irrationnel.

Extrait
"Beloved.
Tu es ma sœur.
Tu es ma fille.
Tu es mon visage ; tu es moi .
Je t’ai retrouvée ; tu es venue vers moi.
Tu es ma bien aimée.
Tu es à moi.
Tu es à moi.
Tu es à moi.

Tu es mon visage ; je suis toi. Pourquoi m’as-tu quittée, moi qui suis toi ?
Je ne te quitterai plus jamais.
Ne me quitte plus jamais.
Tu es entrée dans l’eau.
J’ai bu ton sang.
Je t’ai apporté ton lait.
Tu as oublié de sourire.
Je t’aimais.
Tu m’as fait mal.
Tu es revenue vers moi. Tu m’as quittée.

Je t’ai attendue.
Tu es à moi.
Tu es à moi.
Tu es à moi. "

« Volontairement oubliée, ne comptant plus pour rien, elle ne peut être perdue puisque personne ne la cherche, et le ferait-on qu’on ne pourrait l’appeler, ne sachant pas son nom. Elle revendique, mais n’est pas revendiquée.
A l’endroit où s’écarte l’herbe haute, la fille qui attendait d’être aimée et de pleurer de confusion explose en menus fragments, pour que le rire masticateur l’engloutisse toute plus aisément.
Ce n’était pas une histoire à faire circuler.
Ils l’oublièrent comme un mauvais rêve. »

Bibliographie sélective
1970 : The Bluest Eye
1973 : Sula
1977 : Song of Solomon
1981 : Tar Baby
1987 : Beloved
1992 : Jazz
1998 : Paradise
2003 : Love

Elise, 2A bib.













 

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