Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 décembre 2007 7 23 /12 /décembre /2007 14:44
odessa.jpg
I
saac BABEL
Contes d’Odessa
Одесские рассказы
Traduit du russe et annoté par Adèle BLOCH
Traduction révisée par Simone SENTZ-MICHEL
Avant-propos de Robert ANDRE
Paris : Éd. Gallimard, 2006
Collection Folio Bilingue









    Isaac Babel est un écrivain juif d'expression russe né le 13 Juillet 1894 dans une famille aisé du ghetto juif d'Odessa. Sa vie et son oeuvre sont intimement liés d'une part au quartier juif d'Odessa, la Moldavanka, d'autre part à la révolution bolchévique de 1917. Il fut un des rares esprits assez libres sous Staline pour penser par lui-même, ce qui lui sera fatal. Il sera arrété en 1939, torturé puis fusillé en 1940 ou 1941. Son oeuvre sera interdite jusqu'à sa réhabilitation en 1954.

    Les Récits d'Odessa se composent de quatre nouvelles principales, de récits annexes qui sont des avant-histoires ou des compléments d histoire des Récits d'Odessa mais qui n avaient pas été publiés à l'époque soit par la volonté de l'auteur soit parce qu elles avaient été refusées ou censurées,et de premiers récits publiés dans différentes revues en 1916-1918("La Chronique", "L'Etoile du soir3) sur la vie de petites gens, pour certaines elles aussi censurées .


    Ces quatre nouvelles se déroulent dans une unité de lieu, la Moldavanka, le quartier juif du ghetto d'Odessa,dépeint par BABEL comme celui de la bohème, de la pègre, remplie de contrebandiers venant du monde entier où misère sociale, nouveaux et anciens riches se côtoient. Pour trois d'entres elles, elles tournent autour d'un personnage central, le roi de la pègre Bénia Krik et nous décrivent tantôt son pouvoir absolu sur le quartier, son ascension dans la pègre ou une scène assez cocasse de sa jeunesse. Pour autant, une multitude de personnages apparaissent, venant se greffer autour de l' histoire de Bénia Krik, y jouant un  rôle plus ou moins important. La quatrième nouvelle raconte l'histoire et la vie d'un lieu important du quartier, à savoir la maison de Lioubka Cosaque tout à la fois cave à vin, auberge, rendez-vous des contrebandiers mais aussi maison de passe où Bénia Krik se retrouvera dans une des nouvelles.

    Ce sont des histoires courtes,empreintes d' humour en ce qui concerne le fonctionnement et les méthodes de cette pègre, d'ironie au sujet de ses compatriotes juifs (notamment les riches commercants) et de sentimentalisme surtout de la part du "Roi",sur fond de violence plus suggérée que décrite et de misère sociale. Elles ne sont pas toujours faciles à lire au premier abord pour deux raisons : l'auteur ne développe pas toujours toute sa pensée et on reste souvent dans l'incertitude et le non-dit dans les faits et dans l'attitude des personnages.D' autre part, ces histoires voient apparaître des personnages ou des références à des personnages qui,s'ils ont un rôle et une signification pour l'auteur restent pour le lecteur d'étanges fantômes (page21).


     Passé cet écueil, la lecture de ces nouvelles vous améne à sourire devant certaines situations burlesques ou tragi-comiques,devant la fragilité et le sentimentalisme du Roi ou encore les méthodes de racket employées par les bandits.

    Babel nous raconte l'histoire de Bénia Krik, roi des voleurs et de ses bandits, mais il nous livre aussi un témoignage sur la vie de ce quartier d'Odessa animé et coloré, grouillant de vie, tournée vers son port et ses produits de contrebande qui arrivent du monde entier avec des personnages hauts en couleurs, pour certains cruels et brutaux (le père de Bénia Krik et les pères en genéral sont représentés de facon négative) où les classes sociales ne se mélangent pas (épicier/charretier) et où la difficulté de vivre est constante.

    Chaque nouvelle nous conte une étape différente dans la vie de Bénia Krik dans un ordre chronologique décroissant, sans véritablement  lien entre elles. La première nous éclaire sur le pouvoir et le contrôle absolu du Roi sur le quartier,la seconde nous décrit l'ascension et le premier fait d'arme de sa carriére, a trosième un épisode savoureux de la vie amoureuse de Bénia Krik qui se retrouve marié pour défendre l' honneur d'un charretier.
    Babel,comme pour exorciser son enfance de petit juif persécuté (il échappa au pogrom de 1905 notamment) se transpose par la fiction dans la peau du tout puissant Roi de la pègre. Il nous livre une fresque pleine d'humour, d'ironie, de bons sentiments mais néanmoins par moments cruelles. Les méthodes de racket nous font sourire (p25), les expéditions punitives se terminent en mariage, la mort accidentelle d'un commis par un homme du Roi tourne à l'accusation contre son patron, à la mort du coupable et à une cérémonie d' enterrement unique.

Babel nous livre ces histoires comme des portraits instantanés, sans véritable structure, sans repères chronologiques, sans une fin pourtant annoncée(p21). Pour autant, il ressort de la lecture de ces récits une idée de concentration, une unité d'impression chère à Edgar Poe.
Récits d'Odessa fut le dernier livre écrit par Issac Babel.

Sur l'auteur : Jérôme Charyn, Sténographie sauvage - La vie et la mort d'Isac Babel, 2005,  Mercure de France Bibliothèque étrangère, 2007 pour la traduction française.


"Le Roi"odessa-2.jpg
Κорοль
1923
    A Odessa, Bénia Krik, « gangster et roi des gangsters », organise le mariage de sa sœur Dvoïra, défigurée par la maladie. Sur fond d’un curieux repas de noces, le narrateur revient ensuite sur le raid conduit par le bandit à la ferme d’Eichbaum, un riche producteur de lait. Contre toute attente, cette action a abouti au mariage du brigand avec la fille de ce dernier. La police a prévu une rafle au cours de cette nuit de fête juive, afin d’en finir avec la bande, mais le soutien d’habitants de la Moldanvanka permet au Roi de mettre en échec le commissaire.
    La lecture de cette première nouvelle, "Le Roi", peut surprendre. Au regard du titre du recueil, Contes d’Odessa, il est plutôt naturel de s’attendre à un récit attendrissant, dépeignant affectueusement le vieux et pittoresque quartier juif d’Odessa, berceau de l’auteur. Pourtant, au fil des lignes, se mêlent métaphores humiliant les personnages et images violentes. Ce court récit se présente de prime abord comme une satire des habitants et de la pègre du quartier juif.
    La bestialité des personnages est ainsi largement mise en relief que ce soit en soulignant leur laideur maladive pour la sœur de Bénia ou en les affublant d’expressions propres à des animaux, chien et cochon pour les cuisinières et les mendiants. Les comparaisons dégradantes avec des objets qualifient également les personnages, le commissaire est « un balai neuf » qui « balaie bien ». Inversement, certains objets sont personnifiés ou assimilés à des animaux inquiétants. Les tables prennent vie sous la forme de serpents. La métaphore finale du chat et de la souris témoigne d’autant plus de la cruauté des images employées : menaçantes ou repoussantes, telle la rafle chez Eichbaum qui se solde par un bain sanglant de vaches meuglant à la mort.
    Ce manque d’humanité des personnages est accentué par leurs manières au repas de noces. Plus qu’un diner, c’est un véritable champ de bataille, l’un casse une bouteille sur la tête de sa femme pendant que les autres ivres du vin de contrebande, se laissent aller à un vacarme assourdissant. D’ailleurs, la préparation du repas revêt également un caractère sordide ; les vieilles femmes ne sont-elles pas en train de rôtir, suantes au milieu de leurs cuisines noircies de graisses ? Cet extrait : « …d’un garçon fluet, acheté avec l’argent d’Eichbaum et muet de détresse. » laisse à penser que le pauvre jeune homme n’a pas eu son mot à dire. Présenté ainsi, le jeune homme aurait très bien pu être vendu par un marchand d’esclaves.
    Il est donc intéressant de se demander pourquoi Isaac Babel aurait ainsi décrit sa ville d’origine et ses habitants. Or, ces bouleversements de valeurs permettent de désorienter le lecteur, de façon à le provoquer et à attirer son attention sur ces personnages.
    La sympathie du narrateur envers les bandits, par l’insertion de commentaires personnels, est bien le signe qu’il ne méprise pas les protagonistes et l’extrait de vie qu’il nous livre. « Et il arriva à ses fins, Bénia Krik, parce que c’était un passionné et que la passion gouverne l’univers. ». L’analepse de la rafle chez Eichbaum contenant des images fortes n’en est pas moins au final amusante : ce dernier se retrouve en caleçon au milieu de sa cour. La cocasserie et l’humour suivent toujours la cruauté.
    Écrite en 1923, "Le Roi" nous immerge dans Odessa grâce à des indications de lieux précises et réalistes : « rue de l’Hôpital », « rue Sophienskaïa ». L’utilisation systématique de diminutifs ou de noms familiers - Bénia pour Benzion, Dvoïra pour Déborah - nous ramène à des souvenirs d’enfance et à la vie typique d’un ghetto où tout le monde se connait « C’est tante Chana de la rue Kostetskaïa qui m’envoie… ». Mais, cet Odessa d’un bandit tout puissant terrorisant le commissariat est une inversion des faits historiques. Avant la Révolution Russe de 1917, la police des tsars menait une persécution des juifs, notamment en Ukraine.
    Ces indices nous confirment que la critique relevée tout d’abord n’est pas réelle, et que cette structure narrative courte et très travaillée sert à porter avec force l’attachement de l’auteur pour la communauté juive du quartier de la Moldavanka.

Wikipédia. Isaac Babel [en ligne].
Wikipédia. Odessa [en ligne]
Disponible sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Accueil
Encyclopædia Universalis. BABEL (I.) [en ligne].
Disponible sur http://www.universalis-edu.com
/

Jean-Pierre (pour la biographie et le recueil) et Maïlys (pour la nouvelle "Le Roi"), 1ère Année Bib/Med

Partager cet article

Repost 0
Published by pier - dans Nouvelle
commenter cet article

commentaires

Recherche

Archives